‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 267 sur 315 · LIVRE VI. CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE VI

nier : « Que les Pères ne reprennent ni le nom, ni l'habit de ta Compagnie; qu'ils s'occupent sans brait de leurs affaires, et ils n'ont rien à craindre'.» Il leur tint assez exactement parole; les ministres, connaissant ses dispositions et celles de la famille royale, se gardèrent, sinon de tout mauvais vouloir, mal dissimulé quelquefois, du moins de toute persécution déclarée. Dans les provinces, les autorités locales, préfets et sous-préfets, observèrent la môme attitude ; en général, ils ne se prononcèrent ouvertement ni pour, ni contre; mais plusieurs laissèrent percer des sentiments hostiles: on en vit des exemples à Laval, à Bordeaux, à Amiens.

Par ses relations de famille, le P. de Grivel eut plusieurs fois l'occasion de voir de près et d'entretenir te ministre de l'intérieur, M. Laine. « Ce n'est point, dit-il, un homme irréligieux; mais il a des idées philosophiques; il a des préjugés contre le clergé; il craint qu'il ne'fasse un corps qui deviendrait puissant par l'autorité que lui donnerait son ministère, et que, par son influence, il n'empêchât l'amalgame qu'on veut faire de la religion, dont la grande majorité de la P'rance demande le libre exercice tout entier, et de l'impiété qu'on redoute, non qu'elle soït nombreuse, mais parce qu'elle crie bien haut et qu'elle occupe les places. Il favoriserait davantage le clergé et soutiendrait les bons principes, s'il ne craignait peut-être de déplaire à un parti puissant et de perdre sa place. Ce parti déteste les missionnaires, parce qu'ils réveillent partout la religion avec

1 . Rapporf présenté par le P. de Grivel au P. Louis Forlis, dans U 20» CoQgrëKatioa générale.

une force, un succès et un éclat prodigieux. Des libellistes, par ordre supérieur, dit-on, mais non pas de M. Laine, ont inséré dans leur ouvrage une diatribe atroce contre les missionnaires, etM.LaiDé. soit préjugé, soit faiblesse, parle un peu contre les missions.

« Quant à l'éducation publique, il s'est prononcé contre celle que donne TUniversité. Il voit sans doute qu'organisée comme elle est, elle est le chef-d'œuvre de l'impiété et le moyen le plus infaillible de déchristianiser peu à peu la France. Il a dit dernièrement, le fait est sûr : a On a beau crier contre l'établissement de Saint-AcKeul, il n'y à pourtant que celui-là qui marche. » Il a dit aussi récemment dans le même sens': ce Que les Jésuites changent de nom; dès demain, je me déclare leur protecteur. »

Cela ne l'empêchait pas de jeter des regards inquiets sur Saint- Acheul, et d'être un peu offusqué par l'éclat trop vif de ce séminaire. Il fit même mander le P. de Grivel pour avoir des éclaircissements. Le religieux répondit que la situation de Saint- Acheul était parfaitement régulière, que ce n'était pas la faute des mattres si on avait confiance en eux. et si en France les trois quarts dès pères de famille désiraient que l'éducation fût confiée aux ecclésiastiques, ce Nous le sentons, j> dit-il, et il ajouta : « Le Roi va permettre aux congrégations religieuses d'accepter des collèges; vous devriez faire des démarches pour vous faire autoriser par le gouvernement. » Etait-il sincère? Il est permis d'en douter. Le P. de Grivel déclina Toffre, disant que le moment n'était pas venu, que le ministre lui-même n'oserait

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