‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 27 sur 315 · LIVRE I. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE III

mais tous réunis dans une haine commune contre l'Iustitut de saint Ignace.

Le 6 août 1762, quatre mois après la fermeture des collèges,* moins de deux mois après la protestation suprême de Tépiscopat français et du Vicaire de Jésus-Christ, le Parlement prononça qu'il y avait abus dans Tlnstitut, que par sa nature cet Institut était inadmissible dans tout état policé ; il déclara les vœux et serments non valablement émis, enjoignit à tous les Jésuites de sortir de leurs maisons, leur défendit de suivre Tlnstitut et ses règles, d'en porter rhabit, de vivre en coiûmun et d'entretenir entr'eux aucune correspondance; enfin déclara qu'aucun ne pourrait remplir de place sans prêter le serment annexé à Tarrêt.

Le réquisitoire sur lequel ^'appuyait cette sentence entassait les accusations les plus étranges et souvent les plus contradictoires ; il aurait dû faire condamner les hommes qui se seraient rendus coupables de toutes ces monstruosités, non pas à une simple sécularisation, que la clémence du Parlement promettait de rendre assez douce à ceux qui prêteraient le serment, mais à une réclusion perpétuelle avec les maniaques malfaisants, ou à la mort la plus infâme avec les scélérats. Véritablement, on se demande comment une assemblée de magistrats qui, dans les autres affaires, avait souci de Thonneur et de la justice, a pu formuler contre toute une société de religieux qui vivaient et enseignaient au grand jour depuis plus de deux siècles, une série d'imputations aussi manifestement absurdes et calomnieuses, et en charger le recueil officiel de ses comptes rendus.

Jusqu'au dernier moment, lea Jésuites avaient continué de remplir les devoirs de leur vocation. Nous ne prétendons point dire qu'il n'y eût parmi eux aucune faiblesse, c Nous sommes hommes, et par conséquent pécheurs, écrivait l'un d'eux au P. Général, à la veille de cette catastrophe, et dès lors nous méritons les peines que la divine Providence nous ménage, en les permettant, soit dans des vues d'expiation, soit dans des vues d'épreuve. Cependant nous avons la consolation de voir qu'on ne nous accuse personnellement d'aucun délit, qu'on nous condamne sans nous avoir entendus'... »

En effet, les lettres intimes qui datent de cette époque témoignent que la Compagnie de Jésus en France restait digne d'elle-même, et que ses ouvriers n'avaient pas dégénéré. La persécution n'a fait qu'imprimer un nouvel élan à la ferveur, a Nous voyons, écrit le Recteur du Collège de Caen, le zèle do la perfection religieuse, l'amour de l'étude et de la Compagnie, grandir chaque jour dans nos jeunes gens, loin de se rel&cher au milieu de ces temps malheureux'. » Môme ferveur à Quimper. Les œuvres de l'apostolat s'y joignent aux fatigues de l'enseignement, a Les exercices spirituels ont été donnés dans chacune des deux maisons de retraite, celle des hommes et celle des femmes, et jamais le concours n'a été si grand', s

Œ Ici, dit le Recteur de Vannes, chacun s'applique avec le plus grand zèle à l'œuvre de sa perfection;

1 , Lettre du P. Salvat au P. Général, 24 mai 1762.

2, Lettre du P. Michel Mauduit au même, 15 janvier 1759.

3, Lettre du P. Jacques de Kerilly au même, 15 janvier 1759.

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