LIVRE VI. CHAPITRE vr
Le p. de Grivel, s'inspirant surtout de l'exemple de l'abbé Liautard, inclina pour raffîrmative. ce L'opinion publique ne nous saurait pas mauvais gré, disait-it, d^' cette condescendance; elle saurait que nous ne nous y sommes prêtés que par nécessité, afin de continu'T à pouvoir faire le bien. » C'était d'ailleurs un moyen de gagner du temps, et dans l'état d'instabilité où si? trouvaieut les affaires publiques, c'était peut-être tout gagner.Le P. deClorivièreet ses deux autres conseillers, les PP. Fontaine et Varin, ne partagèrent pas c sentiment. Dans ce projet dirigé contre tout l'enseignement chrétien, ils étaient persuadés que l'Université avait en vue, d'une manière spéciale, les petite séminaires de la Compagnie; qu'après tes avoir confondus, dans une certaine tolérance commune, avci; les autres maisons d'éducation, elle ne tarderait pas à leur créer une situation plus difficile, et qu'enCn pni' des vexations savamment ménagées, elle saurait obliger la Compagnie à quitter d'elle-même la partie, sans avoir l'air de la chasser. En conséquence, ils pensaient qu'il était inutile, au prix de pareils sacrifices, de chcicher à prolonger l'existence despetitsséminaires. Sil fallait succomber, mieux valait, disaient-ils, éviter « d'encourir le reproche de s'être amalgamés iv l'Université, » et a périr glorieusement'. »
1. 0 On menace de toutes parts d'ôter aux étéques lea petits fijiuinaircs; mais si cela arrive, nous pouvons dire que nous périrons glorieusemenl. j> {Lettre du P. de Ctorivière au P. Gênèrttt, 17 octobre 1817.)
Beaucoup des détails qui précèdent ont été empruntés à une longue letlre do P. de Grivel au P. Général, 3 janvier 1818; c'est une sorir' de mémoire snr la situation de la Compagnie de Jésus en France .i cette époque.
L'ordonnance du 5 octobre 1814 ne fut pas rapportée ; la Compagnie garda quelque temps encore ses petits séminaires. Mais le P. de Clorivière et ses conseillers avaient bien deviné la tactique des ennemis de la Compagnie ; dix ans plus tard, ceux-ci prirent leur revanche.