‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 277 sur 315 · LIVRE VI. CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE VU

« Mon très Révérend Père, P. C.

« La lettre que Votre Paternité m'a fait l'honneur de m'écrire, me fut remise le 15 janvier, et fut pour moi un coup de foudre. Après l'avoir lue, je me jetai aux pieds du crucifix et m'écriai : Transeat a me calix iste ! J'aurais bien voulu m'arrêter à ces mots ; mais il fallut ajouter : Veimmtamen, non sicui ego vola, sed sicut tu. Une réponse intérieure mo fut faite à l'instant : Qui non accipit crucem suam et sequitur me, non est me dignus. Ce combat ainsi terminé vous assure de mon entière soumission à vos ordres. Vous me permettrez cependant de vous dire que Votre Paternité devrait, ce me semble, étro effrayée d'avoir fait un pareil choix ; je le suis infiniment pour ceux qui l'ont suggéré, et bien plus pour moi. Je suis à peine retourné d'Angleterre, où j'ai vécu vingt-huit ans* ; je ne connais plus personne en France, et j'y suis inconnu à tout le monde. Ne sachant pas encore me conduire moi-même, comment pourrai-je diriger ceux qui en savent plus que moi, et qui me sont supérieurs en tout, et cela dans un pays où nous n'avons pas môme d'existence? — Je m'arrête ; ce ne sont pas des plaintes que j'exhale ; c'est un cœur affligé qui s'épanche dans le sein d'un père. Vous avez parlé, mon Père; vous me tracez une route nouvelle; j'y entre avec tout le courage

1. Cela ferait remonter Bon arrivée en Angleterre à l'eanée 1790 ; il avait tpiittâ la France en 1762 pour aller en Pologne; deoieura-t-il tout cet intervalle de temps dans cette Province! Que devint-il aprt^s la suppression de ia Compagnie? Nous n'avons pu le découvrir.

que m'inspirent une grande défiance de moi-même, une. entière confiance en Dieu, et l'assurance que le secours de vos prières et de vos avis paternels ne me manqueront pas. »

Le P. de Clorivière voulait se démettre le jour même où il reçut le décret du P. Général, et abandonner à son successeur son appartement et sa bibliothèque. Le P . Simpson eut de la peine à modérer cette impatience, et à obtenir de lui qu'il consentit à garder le secret encore pendant quelque temps. Avant de prendre en main le gouvernement, il désirait se ménager quelques jours de retraite a pour exposer tous ses besoins, disait-il, au grand dispensateur de toutes les grâces ^ »

L'installation eut lieu le 28 janvier après une touchante exhortation du P. de Clorivière; on célébrait ce jour-là la fête du saint Nom de Jésus. C'était d'un bon augure. Cette nomination fut partout accueillie avec faveur. « Ce n*est pas par une simple soumission de jugement, écrivait le P. Varin, que l'on a souscrit au changement qui vient de s'opérer par les ordres de Votre Paternité. Tous nous en avons admiré la sagesse, et béni le Seigneur dû plus sincère de nos cœurs. Le R. P. Simpson, dès les premiers jours de son arrivée, s'était concilié le respect, l'estime et l'affection de tous ceux qui sont ici; et nous avons la douce assurance que son gouvernement sera aussi avantageux à la Société en France qu'agréable à ceux qui sont sous sa conduite.» Quant au P. de Clorivière, « je dois dire, qu'il nous

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