LIVRE VU CHAPITRE VII
Le P. de Clorivière l'avait précédé de quelques mois seulement dans la tombe. Notre récit touche aux dernières limites de cette longue existence. Le P. de Clorivière a rempli sa mission et fait les tt grandes choses y> auxquelles il s'était senti si souvent appelé dans le secret de son cœur. Si l'on compare les incertitudes, les irrésolutions et presque les découragements de ses premières années avec les œuvres qu'il a entreprises et conduites à bon terme, on est émerveillé de la puissance de la grâce sur une âme qui s'abandonne sans réserve à son impulsion. II ne lui restait plus, ce semble, qu'à s'en aller recueillir au ciel le fruit de ses travaux ; mais Dieu veut le laisser encore quelque temps sur la terre, pour achever d'épurer sa vertu, et l'offrir en exemple à ceux qui se sont réunis auprès de lui.
Après avoir si longtemps dirigé les autres, il rentra dans la vie commune et se confondit dans la foule avec simplicité et avec joie. Plus d'une épreuve semblait Tattendre. Subitement retiré de la sollicitude des affaires, et d'ailleurs presque entièrement aveugle, n'allait-il pas être condamné à une pénible inaction? Mais le religieux, bien mieux que le sage, sait se faire une retraite au fond de son cœur. Du reste, il n'était pas pris au dépourvu. Dans son étroit réduit de la rue Cassette, aux jours néfastes de la Terreur, et plus tard pendant sa captivité au Temple, il avait fait l'apprentissage de la solitude. Aussi il eut bien ^vite réglé la distribution de ses journées. L'exercice de son emploi, quelques œuvres de zèle et de charité, l'étude et surtout la prière s'en partagèrent toutes les heures.
Le P. Simpson lui avait donné une place parmi les membres de son conseil, et lui avait offert la charge de Père spirituel de la maison ; cette dernière charge entraînait Tobligation d'adresser de temps en temps quelques mots d'édification à la communauté; rien n'était mieux dans les goûts du saint vieillard; il accepta avec empressement. D'après ceux qui lont entendu, le sujet ordinaire de ses entretiens était la personne adorable du Verbe incarné ; il parlait des mystères de Jésus et des merveilles de son amour avec un accent de foi et de piété qui pénétrait les cœurs. Il était toujours prêt, parce qu'il était rempli de Dieu ; il n'avait qu'à donner de l'abondance de ses trésors.
Il trouvait aussi, en dehors de la communauté, des occasions d'exercer son zèle. Les ftmes qui recueillirent plus souvent le fruit de ses paroles étaient naturellement celles qui étaient vouées par état à la vie parfaite. Nommons entre autres les Filles de Saint-François de Sales, dont il était Tbôte depuis plusieurs années. La reconnaissance, non moins que le désir de leur faire du bien, s'unissaient pour le conduire auprès d'elles.
Dès l'année 1809, au sortir de sa longue captivité, il s'était hâté de renouer avec elles des rapports qui remontaient à l'époque déjà ancienne où il était revenu de Belgique en France, et qu'il n'avait pas même interrompus pendant la période tourmentée de la Révolution. C'est à ces relations que nous devons son grand Commentaire sur le discours de Noire- Seigneur après la Cène, auquel il mit alors la dernière main. Dans une suite de conférences spiri*