LIVBE VI. CHAPITRE VII
écrits en leur honneur, il avait attaché à une petite chainette retenue à son doigt par un anneau, un crucifix et une statuette de la Mère de Dieu, et il ne se séparait, ni jour, ni nuit, de ces chers objets, résumé et mémorial toujours présent de ce qu'il aimait le plus au monde.
Ainsi passait-il sans fatigue et sans ennui les longues heures de la solitude et des ténèbres, et achevait-il, par l'exercice de toutes les vertus, de mettre la dernière main à l'œuvre de sa perfection : « Ses forces s'en vont, écrivait le P. Fontaine, son compagnon et son ami; mais qu'il est édifiant [ Son humilité, sa patience, son esprit d'oraison grandissent tous les jours'. » Ainsi le voyageur, près d'arriver au terme de sa course, oublie la fatigue et double le pas. Il s'abandonnait pleinement au bon plaisir de Dieu. Non seulement il ne se plaignait jamais, mais ce qui témoigne d'une vertu plus haute, il ne se
1. Lettre au P. Général, 30 mars 1S18 : Avant d'être envoyû comme sapérieur au noviciat de Monlrouge, le P. Fontaine (9011 vrai nom était Fouet de la Fontaine) allait tous les jours saluer le P. de Cloriviëreet causer quelques i us) ants avec lui. Il était d'un caractère très gai et très aimable, et il voulait la galté dans Les autres comme dans lui-même. Quand le F. Ogez prononça ses premiers vœux : * Courage, mon enfant, lui dîl-il, vous persévérerez, car vous êtes toujours conlent. • (Souvenirs du F. Ogez, qui dans sa belle et robuste vieillesse aimait à se rappeler, comme une espérance et une consolation, cette parole du bon religieux.) Le P. Fontaine survi^cut un peu plus d'une année au P. de Clorivière. Comme il paraissait s'en aller, on lui proposa de recevoir les derniers sacrements ; il se laissa faire très volontiers. Après qu'il eut reçu l'extrénie-anclion, on lui apporta une petite soupe : il la mangea avec appétit, el dit ensuite gracieusement : « Ce n'est pas mal pour un moribond. ■ Il mourut une demi-beure après, étouffé par son asthme, le 27 mars 1821, (Souvenirs du P. Mansîon.)
permettait pas même de souhaiter la fin de son épreuve ; il préférait, en cela comme en tout le reste, attendre le moment de Dieu; il n'osait formuler qu'un désir : c'était de quitter ce monde sans causer d'embarras à personne; hors de là, il était sans volonté propre, tout entier entre les mains du bon Maître.