‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 286 sur 315 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

MORT DV P. DE CLORIVtËRE

Jusqu'à la fin de sa vie, le P. de Clorivière jouit d'une santé, sinon robuste et vigoureuse, du moins suffisamment forte pour remplir ses devoirs. A pari l'accès de fièvre qu'il eut en Angleterre, il ne fui jamais malade. Il attribuait cette faveur à une industrie que lui avait suggérée sa piété, et à laquelle sa confiance en Dieu toute simple et toute filiale avait donné l'efficacité. H s'était fait un catalogue de tous les saints que l'on invoque da'ns les différentes infirmités, et qui ont signalé le pouvoir spécial que Dieu leur a donné pour les guérir. Aussitôt qu'il ressentait les premières atteintes d'un mal qui^lconque, il se recommandait au saint qui semble avoir reçu mission de protéger contre ce mal, et ii était exaucé.

Mais il est des infirmités que la vieillesse attire après elle et qui forment son cortège naturel. Avant de porter le dernier coup, la mort apprend ainsi à l'homme à mourir. Le P. de Clorivière ne pouvait pas échapper à cette commune Joi. Après avoirperdu

la vue, il sentit encore s'émousser la sensibilité de son oreille et s'altérer sa mémoire. 11 assistait sans se plaindre à cette ruine de la nature s'écroulant pièce par pièce, et il attendait la dissolution dernière qui devait le réunir à Jésus-Christ. La vie ne lui plaisait que parce qu'il trouvait à y souffrir. Une de ses filles spirituelles lui avait témoigné le désir de recevoir de sa main une lettre qu'elle pût considérer comme son testament. C'était à l'époque où il était renfermé au Temple : c Cette idée me plaît, répondit-il, parce qu'elle nous transporte au moment où notre âme, dégagée des liens de ce misérable corps, pourra se jeter en liberté dans le sein du Dieu des miséricordes... Ce n'est pas, continuait-il, que je sois ennuyé de la vie présente; elle a même des avantages que ne nous offre point la vie future. On peut y souffrir à l'exemple de notre divin Maître, acquérir sans cesse de nouveaux mérites, travailler à gagner quelques âmes à Dieu. Toutes ces choses sont faites pour adoucir un peu l'amertume de notre exili. D

Enfin l'heure était venue de recevoir la récompense promise au serviteur bon et fidèle. Un grand désir avait toujours rempli son &me; il avait aspiré de toutes ses forces à l'honneur de verser son sang pour le nom de Jésus-Christ, et si la grâce du martyre ne lui était pas accordée, il avait du moins demandé de pouvoir tomber au pied de l'autel sous les yeux de son Sauveur. Plus d'une fois, dans ses méditations sur les souffrances et sur la .mort de Jésus-Christ,

i. Lettre du ^i mai 1807.

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