‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 288 sur 315 · LIVRE VI. CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE VIII

« Personne, dit le P. de Grivel, ne pensa à pleurer; nous étions convaincus qu'il s'était envolé tout droit au ciel sans passer par le purgatoire, d Le P. Simpson, son successeur et son ami, fit écrire et adresser à toutes les maisons, avec ordre de la porter au cahier des Lettres encycliques, une longue lettre circulaire qui contenait Téloge et le précis de la vie du défunt*. Le P. Druilhet, ministre de Saint-Acheul, notait ainsi, dans le diarium de la maison, la nouvelle de cet événement, a Une lettre du R. P. de Grivel annonce la mort du R. P. de Clorivière. Le 9 janvier, entre quatre et cinq heures du matin, il a, suivant ses désirs, pendant qu'il priait devant le saint Sacrement, remis son âme bienheureuse entre les mains de son créateur. Les prières accoutumées ont été dites à son intention, bien qu'à considérer son éminente vertu et sa longue vie tout entière et si vaillamment employée au service de Dieu, il nous soit permis de penser qu'il n'a pas besoin de nos suffrages et qu'il sera plutôt notre intercesseur au ciel. »

L'Angleterre, qui l'avait autrefois compté parmi les siens, n'oublia point de lui payer le même tribut, le meilleur hommage qu'on puisse rendre à la mémoire des défunts; le P. Charles Plowden le recommanda aux prières de toute la Province,

Le P. de Clorivière était d'une taille élevée, un peu courbée sous le poids de Tûge; sa démarche était ferme ; ses traits étaient graves, empreints à la fois de douceur et d'austérité; son visage était pâle et

1. Litterœ encycltcœ de morte R, P. Petri-Josephi de Clorivière.

amaigri, sa voix forte et pénétrante : quand il parlait en public, il ne laissait paraître aucune trace de son ancien défaut de langue, mais dans la conversation ordinaire, il continuait à bégayer un peu ^

Quant à sa physionomie morale, elle est assez fidèlement esquissée dans une lettre du P. de Grivel au P. Général; on ne sera pas surpris qu'il se trouve aussi quelques ombres au tableau, a Le P. de Clorivière, écrit le P. de Grivel, a dans toute la France la réputation d'être un homme de Dieu et il la mérite ; il jouit chez tous les gens de bien d une très grande considération, et c'est une Providence très particulière de Dieu d'avoir réservé jusqu'à ce temps un homme aussi respecté, pour nous donner du crédit à l'époque de notre rétablissement en France. 11 a fait toute sa vie beaucoup de bien, il est austère pour lui-môme, un peu trop pour les autres, quoique très poli, fort aimable en récréation et homme d'esprit, véritablement savant, mort à toute!

i. Souvenirs des PP. Mansion et Le Délaizir. Une anecdote est demeurée célèbre. Quand le P. Brad, alors novice, était de quinzaine à la n^e des Postes (cette expression était appliquée aux novices qui^ de Montrouge allaient passer quinze jours à la maison de Paris pour s'y employer aux offices domestiques avec les Frères coadjutears), il faisait la lecture au saint vieillard. Le F. Brad bégayait alors beaucoup. Après Tavoir supporté quelque temps en silence, le P. de Clorivière l'arrêta pour l'engager à se corriger, et afin de donner plus de poids à ses paroles, il voulut en appeler à sa propre expérience. Mais soit émotion, soit contagion de Texemple, l'efTet répondit mal à son dessein et il ne bégaya guère moins que son lecteur. De retour à Montrouge, le F. Brad raconta l'aventure au P. Gury qui en rit de bon cœur. (Souvenirs du F. Ogez.) Cependant l'avis ne fut pas perdu ; le P. Brad se corrigea au point qu'on s'apercevait à ]>eiDe qu'il eût eu ce défaut.

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