Lettre du 31 octobre
uniquement par lui-môme ; mais c'était une nécesdité; il n'avait aucun Jésuite formé auprès de lui. Une fois que le P. Général lui eût donné un conseil, il ne négligea point de s'éclairer de ses avis.
Du reste, Tobéissance le défendait contre les périls de Tesprit propre et de Tobstinatiôn. Son admirable esprit de foi voyait Dieu dans la personne du supérieur; dès que le supérieur avait parlé, il faisait taire ses raisonnements. C'est le témoignage que lui rend plus d'une fois le P. de Grivel lui-même. « Il a l'obéissance d'un enfant. y> Le même esprit d'humilité corrigeait les saillies qui échappaient encore quelquefois à sa nature ardente, a Lorsqu'il me faisait chercher quelques passages dans ses écrits, raconte le P. Fouillot, j'avais de la peine à trouver ce qu'il me demandait, car son écriture n'était pas très lisible; quelquefois, dans ces circonstances, sa vivacité lui laissait échapper un petit mouvement d'impatience ; alors il se jetait à mes pieds, comme un enfant, pour me demander pardon. x>
La reconnaissance, qui est la vertu des âmes délicates, ne le trouvait oublieux d'aucun bienfait, et à cette époque, vingt-cinq ans après la Terreur, le F. Mallet, qui nous a conservé ce détail, était encore chargé par lui d'aller porter des secours à la pauvre femme qui servait de concierge dans la maison où il s'était retiré d'abord, et qui trompa avec tant de présence d'esprit les commissaires de la sûreté publique envoyés pour l'arrêter.
Il ne se lassait pas de parler des ser^ûces que les filles de Saint-François de Sales avaient rendus à la Compagnie naissante, et dans sa pieuse gratitude, il
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ne les appelait pas autrement que ses bonnes mères TwurricesK
Sa confiance en Dieu était sans bornes ; les épreuvi-» par lesquelles il avait passé n'avaient fait (|u(! l'accroître. Dans les dernières années de sa vie, il avait perpétuellement sur ses lèvres ces paroles rlu Psalmiste : Quoniam in spe singulariter conulituistime, et il appuyait avec une insistance marquôc sur le mot singulariter, en sorte, dit un témoin dii temps, qu'on l'appelait en riant dans la communauti!le Père Singulariter.
Sa dévotion envers les saints Anges était vive et toute fitiaie; plus d'une fois, il reçut de ces bienheureux esprits des marques d'une protection qu'on peut appeler miraculeuse. La petite notice publiée sur sa vie en cite deux traits, qui se rapportent au temps où il était supérieur du collège de Dinan.
a. Un jour qu'il voyageait à cheval, en reven.iiit des vacances, il avait passé Josselîn, la journée étant déjà très avancée, et néanmoins il voulait aller pins loin. Comme il ne connaissait pas la route, il prit un guide par mesure de précaution. La nuit le surprit bientôt dans les landes de la Nouée, et quoique hi lune éclairât sa marche, il s'égara avec son condiicleur. Ils firent mille tours et détours, sans pouvoir découvrir où ils étaient : aucun homme, aucune habitation ne s'offraient à leur vue. Le jeune guide tout éperdu, ne sachant comment expliquer une situation si pénible, se croyait sous l'influence de quelque charme magique. M. de Clorîvière, au