‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 293 sur 315 · LIVRE VI. CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE VIII

lui rendre service, Tavait amené à Paris. Cette affaire heureusement terminée, M. des Genettës avait pensé que le moment était venu de réaliser un dessein conçu depuis quelque temps, celui d'embrasser rinstitut de saint Ignace, dont la forme souriait à sa nature militante, et il venait solliciter son admission. Le P. de Clorivière Técôuta avec bonté, mais ne voulut rien décider; il répondit au candidat qu'il dirait la messe, le jour suivant, pour connaître la volonté de Dieu, et il l'engagea à en faire autant de son côté. M. des Genettës revint le lendemain, fête de la Nativité de la Sainte Vierge : a Nous ne pouvons pas vous recevoir, » lui dit le P. de Clorivière. — a Pourquoi? » — a Ce n'est pas la volonté de Dieu. » — a Cependant, mon Révérend Père, voilà longtemps que cette pensée me poursuit, et il me semble que ce serait pour moi la voie de la perfection et du salut. » — a Non, il faut que vous soyez curé. » — a Curé! Jamais; j'ai déjà refusé deux fois de l'être; je me suis fait prêtre pour prêcher, confesser, exercer le ministère, en un mot; mais pas pour être curé. » — a C'est la volonté de Dieu. Vous serez nommé curé avant la fin de l'année. Vous refuserez, et serez forcé d'accepter. Vous irez dans une paroisse où vous souffrirez beaucoup, mais où vous ferez du bien. Vous la quitterez après quelque temps pour aller dans une autre * . d

La prédiction ne plaisait guère à M. des Genettës et, dans son cœur, il était bien résolu à ne pas laisser donner raison au prophète. Mais à peine était-il de

1. Notice sur la Vie de M, Dufrîche des Genettës, par E.-A. de Valette, ch. vi, p. 96.

retour dans son diocèse qu'il fut mandé par le vicaire-général : <r Nous allons vous contrarier, lui dit le vicaire-général; mais il le faut; nous avons besoin de vous; il faut que vous soyez curé. Nous vous envoyons à Alençon, où vous desservirez la paroisse de Montsort. 9 M. des Genettes présenta des observations, et comme elles ii'étaient pas écoutées, il opposa un refus formel. Le grand-vicaire lui mit alors un papier en main, en rengageant à le lire; c'était la signification d'un interdit, pour le cas où il serait impossible de vaincre autrement ses répugnances. 11 fallut bien courber la tête et vérifier ainsi la première partie de la prédiction de rhomme de Dieu; les autres ne furent pas moins justifiées. Montsort est un faubourg d'Alençon ; il jouissait à cette époque de la plus triste réputation; sept ou huit prêtres avaient dû, l'un après l'autre, abandonner ce peuple indocile et violent. M. des Genettes fit sa première entrée dans son église sous l'escorte de la gendarmerie. Trois ans après, il était devenu comme l'idole de sa paroisse convertie et régénérée. Sur trois mille habitants, il ne restait plus quune soixantaine d'esprits orgueilleux et entêtés, qui n'avaient pas voulu se rendre aux instances de son zèle. M. des Genettes paraissait réconcilié avec le ministère paroissial et ne pensait aucunement à l'abandonner, quand des embarras et* des déboires inattendus vinrent tout à coup réveiller ses anciens désirs de vie religieuse ; il donna sa démission qui, après bien des hésitations, fut enfin acceptée. Restaient à accomplir les dernières paroles de la prédiction. La cure des missions étrangères, et plus

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