‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 35 sur 315 · LIVRE I. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE IV

et du Souverain Pontife, étaient des oasis encore tranquilles; une multitude de proscrits y trouvèrent un refuge; les autres prirent le chemin de la Suisse, de rAUemagne, de la Pologne, de la Belgique, de l'Espagne; quelques-uns se retirèrent en Italie, mais en moindre nombre, parce que les décrets de Pombal y avaient déjà jeté plus de mille Jésuites portugais.

Sur toutes les plages où la tempête les avait dispersés, le P. Général consolait et soutenait ses enfants par des lettres où respiraient toute la tendresse et toute Taffliction de son cœur. Un groupe assez nombreux s'était retiré à Fribourg en Suisse : a J'ai reçu les lettres de Votre Paternité, écrivait au nom de tous, le 24 juin 1764, le P. Frétant, ancien Recteur du collège de Louis-le-Grand. Nous savions que Votre Paternité prenait part aux souffrances des exilés; mais combien ce témoignage écrit de votre paternelle bonté et charité nous a été plus agréable ! Nous avons lu vos lettres bien-aimées, et je vous le dis, ce n'a pas été sans larmes. Ainsi dans les premiers temps de l'Eglise, les chrétiens exilés pour la foi lisaient et baisaient avec respect les lettres que leur adressaient les évêques, pour les exhorter à la constance et adoucir leurs maux... »

En France, le deuil et les sympathies de tous les gens de bien avaient accompagné les exilés. On ne peut lire sans attendrissement la lettre publique d'adieu que leur adressa au lendemain de l'exécution de la sentence, une personne avec laquelle le P. de Clorivière avait été plus d'une fois en relation, la présidente de Langle. Après avoir versé des larmes

HISTOIRE Dn P. DE CLOBIVIÈBE

sur leur dispersion, elle s'élève par la foi au-dessus lie CCS impressions d'une tristesse trop humaine, et félicite les fils de saint Ignace d'avoir recueilli iluTitage de persécutions désiré pour eux et demandé romme une grftce par leur Père. Elle voit dans ces épreuves la plus magnifique apologie de leur Institut cl le témoignage le plus solennel rendu à la sagesse (le l'Eglise qui l'a consacré par son approbation; ;

cnliii c'est un spectacle fortifiant pour leurs amis, et j

une preuve évidente que Dieu n'a vraiment point de s meilleur trésor en ce monde que la croix. ,

Au milieu de ces épreuves, quels étaient à l'égard lie leurs persécuteurs les sentiments intimes des Jésuites, et en particulier de celui dont nous écrivons riiistoire?

ï.;\ secte qui les avait fait bannir avait affecté de leur prêter des doctrines menaçantes pour la sécurité ■li's princes ; les déclarations les plus expresses n'aviiient pas réussi à dissiper ses craintes calculées. Si l'Ue avait été plus vigilante et plus perspicace, cl!.' aurait pu découvrir en effet un projet de complot qui courait alors en grand secret parmi eux, et qui mieux que des thèses théoriques, lui aurait révélé leurs véritables pensées. Le P. de Clorivière était un (les principaux organisateurs de ce complot. Voici eomment il en raconte l'origine dans une lettre au P. Fleury, en date du 2 février 1764, quelques semaines avant le décret d'expulsion.

Il 11 faut que je vous fasse part de ce que m'a mandé un de nos Pères. Je ne vous déguiserai rien. Quelque temps après la neuvaine, me dit-il (une ncuvaine qui s'était faite pour l'Immaculée-Concep-

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