LIVRE I. CHAPITRE IV
s'ils pouvaient Toffrir tous les vendredis. Le même jour, ceux qui ne sont pas prêtres pourront , selon les mouvements de leur piété, accomplir différents actes à la même intention, par exemple réciter le chapelet, etc. Il parait préférable de choisir le vendredi, parce que c'est le jour consacré au sacré Cœur de Jésus, et celui où Notre-Seigneur du haut de sa croix nous a appris par son exemple à prier pour nos ennemis.
« 4® Quelqu'un plus âpre à la vengeance aura peut-être la pensée de ne rien se réserver à lui-même, et de tout offrir pour leur salut. Ne nous lassons pas de répéter ces paroles de notre Maître mourant : Mon père, pardomiez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font.
« En même temps, tous prieront avec ferveur pour que le culte de la Sainte Vierge qui tombe peu à peu en France, y reprenne son antique splendeur; il sera bon de Tinvoquer au nom de la gloire que procure à Dieu son Immaculée-Conception. »
Non content de s'enrôler dans cette sainte conjuration, le P. de Clorîvière voulut s'en faire le propagateur et lui recruter des adhérents. C'est aux persécutés et aux proscrits qu'elle faisait surtout appel; mais les douleurs étant communes, et toutes les Provinces de la Compagnie s'abreuvant au même calice d'outrages, personne n'était exclu. Le P. de Clorivière recueille des signatures d'abord à Liège même, parmi ses condisciples et ses professeurs. 11 s'adresse ensuite au P. Dennett, Provincial d'Angleterre, et il lui demande son concours; il lui propose Texemple de ce qui s'est fait en France, où a plusieurs de ceux qui étaient à la tête de la Province
se sont enrôlés, d II écrit au loin; il multiplie les invitations sans se lasser. Un Père français, le P. Réné- Guillaume Forest, retiré à Lorette en Italie, vante auprès du P. Général son zèle et sa piété (avril 1764). Une note conservée dans nos archives sur les événements de cette époque dit que ce complot s'étendit surtout dans le Gomtat-Venaissin et dans les Pays-Bas.
Nous aimons à espérer que cette croisade de la charité entreprise sous Tinspiration de celui qui a dit : a Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent ; priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient {Matth.^ v, 44), fut pleinement victorieuse, et qu'elle fit descendre sur les coupables des grâces de parfaite conversion.
Mais laissons pour un temps le récit de ces luttes qui étaient loin d'être apaisées; laissons le faible Louis XV gémir sur le sort des proscrits, et se débattre vainement entre les inclinations de son cœur, les réclamations de sa conscience, et les impérieuses volontés de ses Gours de justice, rappeler indirectement les exilés et leur ouvrir au mois de novembre les portes du royaume qu'un décret avait fermées derrière eux au mois de mars, mais déclarer le même jour, « qu'à l'avenir et à perpétuité, son intention est que la Société des Jésuites n'ait plus lieu dans son Royaume, Pavs et Terres de son obéissance. »
Nous devons maintenant nous renfermer avec le P. de Glorivière dans sa solitude du scolasticat de Liège et esquisser rapidement le tableau de sa vie intérieure de prière et d'étude.