LIVRE I. CHAPITRE V
En arrivant dans cette nouvelle famille, le P. de Clorivière n'eut rien de plus pressé que de se confondre et de s'identifier, autant que possible, avec ceux dont il devait partager le langage, les habitudes et toute la vie. Son nom fut changé et prit une physionomie anglaise. De Picot on fit Pigot, et un peu plus tard, de Clorivière devint Riveî'S. La langue ne lui offrit que peu d'embarras ; il l'avait parlée dans son enfance, chez les Bénédictins de Douai ; il lui suffît de quelques semaines pour en retrouver l'usage.
La grande science du prêtre, c'est la théologie. Dans ses Constitutions, le Fondateur de la Compagnie de JéBus la met au premier rang, et lui rapporte toutes les autres sciences. Quatre années entières sont consacrées à parcourir cette immense carrière, et à recueillir les trésors où le religieux, devenu prêtre et apôtre, devra puiser en faveur des âmes. Le P. de Clorivière se jeta dans cette arène avec ardeur, mais sans fougue, uniquement préoccupé do faire la volonté de Dieu. C'est la règle même tracée par l'Institut à ses étudiants.
« En m'appliquant à l'étude, je ne plais pas moins à Dieu qu'en priant, parce que je le fais par obéissance. Mon application doit être soutenue; la volonté de Dieu doit me faire surmonter courageusement ce que j'y puis trouver de pénible. Autant qu'il est possible, il faut qu'au milieu même de mes occupations, je conserve au fond du cœur un regard paisible pour mon Dieu. r>
Voilà toute l'histoire du P. de Clorivière pendant son séjour à Liège; elle se résume dans ces deux mots : la prière et l'étude; l'étude continuant et
préparant la prière; la prière aidant et vivifiant Tétude. Du scolastique ou de Tétudiant proprement dit, nous ne savons rien de plus; nous pouvons parler plus au long du religieux. Grâce à ses notes intimes, il nous est permis de le suivre, année par année, et quelquefois même jour par jour, dans cette voie silencieuse et obscure par laquelle Dieu le mène et le sanctifie.
La sainteté a coutume de nous apparaître toute faite avec sa couronne de vertus; nous ne voyons que le terme où elle est arrivée ; la route se cache à nos yeux; et facilement les âmes timides ou peu généreuses se persuadent qu'une si haute perfection n'est point pour elles. La vie des saints dissipe ces faux jugements. Ce sera donc un spectacle instructif et consolant tout ensemble, de contempler le P. de Clorivière gravissant avec effort ce pénible sentier, les yeux sans cesse fixés sur le but à atteindre, le poursuivant à travers les ennuis, les abattements, les chutes môme et les désolations; reprenant chaque jour la marche de la veille; comptant pour s^animer les progrès accomplis ou les retours en arrière; prévoyant les obstacles et disposant à Tavàince les moyens de les tourner ou de les forcer, jusqu'à ce qu'enfin il parvienne à cette perfection relative où l'invitait la grâce d'en haut. Avec quelle vigueur et quelle magnanimité il entreprit ce travail, nous allons le voir.
Parmi ceux de ses papiers qui se rapportent à cette époque, se trouve un petit écrit en tête duquel on voit ces mots : c Je lirai ceci tous les dimanches matin, d C'est le code en raccourci de la perfection