‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 40 sur 315 · LIVRE 1. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE 1. CHAPITRE V

à laquelle il aspirait, et de toute perfection. Il y ramène tout à la mortification et à Tabnégation. Avant de descendre aux détails, il établit quelques points généraux.

<c Ma principale étude doit être celle de la perfection. Il n y a point de moment où je ne doive y travailler. Je serais parfait si j'étais en tout et sans réserve soumis à l'esprit de Dieu. L'esprit et la chair opposent Tun et l'autre de grands obstacles à l'entière dépendance où je dois être par rapport à Dieu...

« Je surmonterai les efforts de l'esprit en l'humiliant; ceux de la chair, en la crucifiant... d

Ces grandes lignes tracées, le jeune religieux détermine les points qui devront principalement attirer son attention. En voici quelques-uns :

« Me porter avec courage et avec joie à tout ce que je connaîtrai du bon plaisir de Dieu.

« Chercher en chaque chose le plus parfait.

« Parler peu; aimer le silence et éviter plus que la mort toute parole inutile et oiseuse...

<c Tenir mes sens dans une exacte dépendance et châtier mon corps par des pénitences et des austérités, autant que l'obéissance me le permettra*

« Lier avec Notre-Seigneur une respectueuse familiarité.

a Me tenir en esprit au-dessous de toutes les créatures, et me .regarder sincèrement comme le plus grand pécheur.

« Epouser la croix, c'est-à-dire ne pouvoir vivre sans souffrances ; mettre mon plaisir dans la douleur, ma gloire dans le mépris, mes richesses dans la pauvreté...

« De deux choses, choisir toujours la phis désagréable et la plus difficile... »

A côté de ce cahier, le P. de Clorivière en ouvrit un autre qui devait Taider à faire passer ses résolutions dans la pratique, soutenir et contrôler sa bonne volonté. Il lui donna le nom de Journal spiritueL Il y relate chaque jour tout ce qui a trait à son oraison, à son examen particulier, aux lumières, aux bonnes pensées qu'il a reçues du ciel, à ses tentations, à ses désirs de travailler au salut des ômes. Ce Journal, avec les comptes de conscience qu'il rendait à ses supérieurs et dont plusieurs ont été conservés, forment son histoire intime et authentiqup. Il Ta écrite pour lui-même dans le secret, sous le seul regard de Dieu; et si nous y devions craindre quelques infidélités, ce ne pourrait être que de la part de son humilité. Notre tâche se bornera à grouper ensemble les traits de même nature qui se trouvent nécessairement dispersés dans des notes sans suite, jetées sur le papier au jour le jour.

La première condition demandée à ceux qui veulent s'engager dans la voie des parfaits et y marcher à grands pas, c'est le désir même de la perfection. Le désir soutient et multiplie les forces. Tous les saints ont été des hommes de désirs; c'est la véhémence de leurs désirs, animée par le Saint- Esprit, qui les a fait triompher de tous les obstacles. Le P. de Clorivière est cet homme de désirs : a Si je puis en croire mes sentiments intimes, disait-il, j*ai un désir sincère de la perfection, une horreur profonde pour les fautes même les plus légères, et je me trouve dans la ferme détermination de faire et de souffrir

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