LIVRE I. CHAPITRE V
toutes choses pour la gloire de Dieu, pour mon bien spirituel et pour celui du prochain, d
Ce désir une fois enraciné dans son âme, il se dévoue <ic au grand œuvre de sa perfection, d ainsi qu'il rappelle. Il place à la base de Tédifice le renoncement et la mortification. Il ne semble occupé que du soin de se mortifier ; il en fait le sujet de son examen particulier. On lit dans son Journal :
« Mardi, 28 janvier. N'accorder à la nature aucune des satisfaction que la discrétion me permettra de lui refuser.
« Mercredi^ 29 janvier. Saisir avec joie toutes les occasions de me fortifier.
a Jeudi j^O janvier. Je pratiquerai ladouzième règle du Sommaire aussi fidèlement que possible, majorem abnegationem, continuam mortificationem. »
C'est la guerre déclarée à toutes les inclinations déréglées de la nature, lutte terrible dont la seule pensée faisait frissonner le confident du Sacré-Cœur, le vénérable P. de la Colombière. Le scolastique de Liège l'entreprend avec courage, et pour soutenir sa bonne volonté, il sollicite le concours de son ami, le P. Fleury, qui n'était pas encore venu le rejoindre. Dans les lettres qu'ils échangeront entr'eux, ils se rendront compte de leur fidélité sur ce point.
a Je ne sais trop que vous dire par rapport à notre chère règle, écrit-il le 20 novembre 1762; je suis toujours bien lâche. Notre résolution n'a pas laissé cependant de me servir ; j'ai veillé plus que je n'aurais fait. J'ai conçu qu'on pouvait avec l'aide de Notre- Seigneur se mortifier continuellement; j'ai même passé quelquefoisjusqu'à la pratique... »
Cependant la nature relevait quelquefois la tête. a Depuis ma dernière lettre, j'ai bien des brèches à notre règle, et j'ai reconnu ma lâcheté dans bien des petites occasions. »
Nous savons par ailleurs quelles étaient ces brèches. Rendant compte de sa conscience à son supérieur : « Pour commencer, dit-il, par mes défauts et par mes imperfections, je me suis aperçu dernièrement, à mes craintes qu'on ne se moquât de moi, que Torgueil me dominait encore avec une grande puissance. J'ai été vivement pressé de dire mes fautes au réfectoire ; mais je ne Tai pas fait dans la crainte de trop hésiter, »
Aux approches du Carême et de la Passion de Notre-Seigneur, il multiplie les actes de renoncement et de pénitence. « Mercredi, 5 février. Je m'efforcerai pendant ces jours de pratiquer autant que possible la mortification, afin de réparer les injures faites à Dieu. » Au temps du Carnaval : « Mardi, ii février. Je serai d'autant plus exact à pratiquer une mortification continuelle en toutes choses, que le monde se laisse plus aller aux plaisirs de la chair et des sens, d
Il dépasse quelquefois la mesure; il le constate avec simplicité : oc 28, vendredi- saint. Ayant fait usage pour la première fois d une petite discipline en fer, je me blessai plus que je ne voulais. » La mortification, a pour lui des charmes inconnus; il a « épousé la croix, » il n'aspire qu'à la presser toujours plus étroitement. Dans un compte de conscience à son supérieur : ce J'ai fait, lui disait-il, les pénitences qui m'ont été permises; j'en faisais davantage autrefois. A présent que ma santé est meilleure, et que mes