LIVRE I. CHAPITRE V
occapatioiis ne sont pas de nature à me donner beaucoup de fatigue, je pourrais, ce me semble, conformément à l'esprit de notre vocation, aller plus loin. C'est pourquoi je vous demande la permission déjeuner tous les samedis en l'honneur de la Sainte Vierge et la veille de toutes les fêtes, de prendre la discipline tous les jours, et le soir, de retrancher une heure de mon sommeil pour la donner à la prière ; j'aurai soin d'éteindre ma lumière pour ne déranger personne ; *permettez-moi d'essayer d'abord pendant quinze jours. »
La prière et la mortification sont comme les deux ailes de l'âme; elles la rapprochent de Dieu en l'arrachant aux choses basses et sensibles. Dès les premiers jours de sa conversion, le P. de Clorivière s'était senti un attrait particulier pour la prière. Cet attrait ne fit que grandir dans la religion, et bientôt l'heure que la règle assigne à cet exercice ne sufiît plus à ses désirs. Toutes ses notes spirituelles nous le montrent s'ingéniant à se créer des loisirs, pour prolonger ses communications avec Dieu ; il s'empare des heures de congé; il dérobe du temps à son sommeil, et il trouve à la fin ce secret admirable qui est celui des saints, de se multiplier sans nuire à rien de ce que le devoir lui impose par ailleurs, et de joindre à l'action d'un homme apostolique la prière d'un contemplatif. Le Journal spirituel en est la preuve.
« Dimanche, 17 novembre 1765 (C'est la première date du Journal). Ce matin j'ai fait deux heures d'oraison dans un grand calme, et selon ma méthode ordinaire... » 11 explique dans ses comptes
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de conscience quelle est cette méthode : elle consiste moins dans les raisonnements de l'esprit, que dans les affections de la volonté ; dès qu'il se met à prier, it se trouve recueilli et pénétré du sentiment intime d-- la présence de Dieu ; sa volonté et son intelligence so liennent dans la paix et le silence devant Notre- SL'i;^iieur; mais pour éviter l'illusion, il ne laisse pas d'- préparer son sujet, et de chercher à le rendre pratique. Cette méthode, qui lui parait venir d'en haut l't r-tre bien au-dessus de ses efforts, a été'pour lui la source des plus grands biens. Elle calme ses passions, liatiquillise son esprit et le fixe en Dieu; elle lui donne une grande facilité pour la prière même vocale; crilln elle est une source abondante de lumières et iriilfcctions, qui reviennent ensuite d'elles-mêmes au l-riips opportun,
'( 10 décembre, mardi. Après la messe, j'avais l'iiitention de cousacrer seulement une demi-heure à lit [jfière; mais au bout de ce temps, je me trouvai l<H.?ment uni à Dieu, que je fus comme forcé de l'oiilinuer; la même chose m'advint au bout de la si'i-oiide demi-heure; en sorte qu'au lieu d'une demiliriire que je me proposais de rester en prière, j'y il'ineurai une heure et demie. »
Presque chaque jour, il ajoute quelque chose à rinure prescrite par la règle. Les jours de fête il s'iiltnndonne davantage à son attrait, a 27 mars, Jriifli-saiflt. Le matin, deux heures; ferveur bien plus grande qu'à l'ordinaire. — 28 mars, vendredixaint. J'ai passé la nuit en prière devant le Saint Siirrement... Dans l'après-midi une heure et demie (I.- prière, dans un doux et intime recueillement. »