‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 43 sur 315 · LIVRE I. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE V

Il ne cache point les imperfections qui lui échappent.

a 29 novembre. Distractions; omission de la partie pratique. — 30 novembre. Mon esprit fut occupé d'un cantique que je suis en train de composer. — 15 décembre. Pendant Toraison et Theure de récollection qui a suivi ma messe, j'ai été très occupé de ce qu'on avait dit de moi et très eh peine de ce que j*avais à faire. »

Voilà des imperfections sans aucun doute. Nous pourrions en relever d'autres avec le Journal spirituel. Elles sont une preuve de l'infirmité humaine et de la mobilité de notre esprit, prompt à se laisser emporter au moindre souille. Mais au fond elles sont légères, plus importunes que nuisibles ; et elles ont ce bon résultat d'exercer la patience et de protéger l'humilité.

Ce n'est rien de soutenir les assauts de l'ennemi quand l'âme jouit de l'abondance des consolations ; la vertu éclate surtout au milieu des épreuves, a Je ne suis pas encore libre, disait-il dans un compte de conscience, des tentations de la chair; mais elles ne sont plus si violentes qu'autrefois. Ce qui me trouble à présent, ce sont mes propres frayeurs, et un certain esprit de découragement qui s'est emparé de moi. »

C'est le défaut de langue qui est la source de ces pensées de découragement. Il suit avec une attention inquiète les phases multiples de ce mal opiniâtre, et tour à tour il est triste ou joyeux, selon qu'il le voit grandir ou diminuer : a Aujourd'hui j'ai éprouvé une plus grande difliculté à parler; j'ai pu dire à peine quelques mots. » Il note aussi ses bonnes journées :

« Aujourd'hui j'ai dit la, Messe avec une grande facilité, à part quelques mots en commençant... — Samedi, l*' mars. Tout le mois dernier, j'ai eu une plus grande facilité qu'à l'ordinaire à dire la sainte Messe. »

Ce n'était qu'une amélioration momentanée, dont le malade était reconnaissant à Dieu, mais à laquelle il n'osait pas se fier entièrement. Il résolut d'essayer d'un grand coup, et, s'il était besoin d'un miracle, de solliciter un miracle. La Sainte Vierge avait été son refuge en d'autres circonstances difficiles ; c'est à elle qu'il s'adressa.

On lit dans son Journal, à la date du 8 décembre 1765 : ce Ce matin, deux heures d'oraison. Après avoir baisé la relique de la Sainte Vierge (un de ses cheveux), je tombai en un profond et doux recueillement. Le souvenir de la fête excita ma confiance, et je présentai à Notre-Dame une requête très pressante pour obtenir d'elle, parle mystère de son Immaculée- Conception, d'être entièrement délivré de mon défaut de langue. Je renouvelai fréquemment cette requête pendant une heure que dura mon recueillement, avec une grande confiance, mais aussi avec résignation, et même avec le désir de rester comme j'étais, si je pouvais ainsi également plaire à Dieu, procurer sa gloire et contribuer au salut du prochain. Je renouvelai aussi les différentes promesses que j'avais antérieurement faites à Dieu, au cas où ce serait son bon plaisir de me donner le libre usage de malangue : 1® demander avec instances à mes supérieurs la mission du Canada; S** garder ma langue avec un soin encore plus grand ; 3** réciter chaque jour le petit office de

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