‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 44 sur 315 · LIVRE I. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE V

rimmacuIée-Conception ; 4® jeûner tous les samedis en rhonneur de la Sainte Vierge et la veille de toutes ses fêtes solennelles; 6® tous les ans, au jour de r Immaculée-Conception, dire ma messe en action de grâces; 6** m'efforcer toute ma vie de promouvoir la dévotion à ce mystère, et propager le culte des saints Cœurs de Jésus et de Marie; 7"* commencer par faire un sermon en anglais sur Tlmmaculée-Conception et le prêcher. » Quelques mois plus tard, ces promesses furent changées en vœux.

C'était le zèle des âmes, avons-nous dit, qui le pressait surtout de demander le libre usage de sa langue. Entre toutes les missions que la Compagnie de Jésus avait dirigées* une des plus fécondes en travaux et en souffrances de toutes sortes, avait été celle du Canada. Plus d'une fois le sang des missionnaires avait rougi ce sol longtemps inhospitalier. Mais la persécution sanglante avait été peut-être leur moindre martyre. 11 faut lire les lettres qu'ils ont écrites de la Nouyelle-France, si l'on veut se faire une idée des travaux qu'ils eurent à soutenir pour amener au bercail de Jésus-Christ, et policer d'une certaine manière les peuplades de ces régions. Mais rien ne lassa la patience et la charité des apôtres de Jésus- Christ, et plus d'une fois, les terres qui bordent les grands lacs virent des spectacles pareils à ceux qu'on admirait encore à cette heure sur les rives du Paraguay. Les guerres de tribu à tribu, et l'hérésie non moins funeste, amenèrent la ruine presque totale de ces admirables institutions. L'occupation anglaise en 1760 et,'trois ans après, IJhumiliant traité de Paris qui cédait le Canada à l'Angleterre, leur portèrent le

dernier coup. Un certain nombre de Jésuites repassèrent en France; ceux qui restèrent au Canada s'éteignirent peu à peu, laissant leurs anciennes missions les unes après les autres*.

Le P. de Clorivière conçut le désir de voler au secours de ces peuples abandonnés et même, s'il était possible, d'ouvrir au zèle de la Province d'Angleterre ce champ magnifique désormais fermé aux Jésuites de France. C'est au temps de son noviciat que remontent ses premières aspirations vers cette laborieuse mission. Ce désir un peu endormi pendant les années de sa régence, et pendant la période qui la suivit, se réveilla avec plus d'ardeur dans la solitude de Liège. Le 10 décembre 1765, dans cette action de grâces mémorable qu'il ne pouvait se résoudre à finir, ajoutant demi-heure à demi-heure, son esprit fut saisi tout à coup par la pensée de la mission du Canada.

A partir de ce moment, cette pensée ne le quitte plus. « i^ janvier, lundi. Aujourd'hui dans l'oraison, à la messe et à d'autres moments de la journée, grand désir de la mission du Canada. . . — 18, samedi. Dans la soirée, après une heure d'oraison où j'eus beaucoup de distractions, j'étais sur le point de me retirer, quand je me trouvai profondément recueilli en Dieu et rempli du sentiment de sa présence. J'eus alors un extrême désir d'aller au Canada, et dV verser mon sang pour le nom de Jésus-Christ. — 2 1 janvier, mardi. Une heure et demie d'oraison après-midi. Beaucoup de distractions pendant une heure; mais après, sentiments très doux de dévotion,

i. Le dernier de tous fat le P. Jean-Joseph Casot : il mourut à Québec le 16 mars 1800.

Page 1