CHAPITRE VI
ÛAKS — TROISIËHE PROB&TION
Saint Ignace, avec une sagesse merveilleuse, ii placé la troisième probation à la fin des études et ù l'entrée de la carrière apostolique. Elle a pour objet de réparer les brèches que le temps aurait pu faire ^^ l'édifice de la perfection, d'établir le religieux dans un renoncement absolu à lui-même, d'en faire un homme consommé dans la vie spirituelle, et un instrument d'une aptitude parfaite entre les mains de Dieu et de la Compagnie.
A cette école du cœur (c'est aussi le nom qu'on lui donne), le futur apôtre apprend à devenir saintement familier avec Notre-Seigneur, à traiter avec Ini comme avec un ami, de tousses intérêts; c'estlàqu'll puise cette générosité et cet élan de l'&me qui lui feront accepter résolument et joyeusement tous lis sacridces, et supporter tous les travaux.
Une année presque entière est ordinairemeul consacréeàcette grande entreprise. Le P. de Clorivièri! semble avoir craint qu'on ne lui laissât pas toute l;i mesure, et il demanda en grâce qu'on voulut bien ni'
lui eu rien ôter. Les supérieurs ne lui donnèrent point d'abord de réponse précise. En toute hypothèse, il ne pensa qu'à multiplier le temps par sa diligence, et à recueillir en quelques semaines, s'il le fallait, les fruits de toute une année. Une de ses premières pensées fut d'aller mettre cette trop courte carrière sous le patronage de Notre-Dame de Montaigu. Notre-Dame de Liesse avait sauvé sa vocation dans la grande tourmente de 1762; plus tard, presque contre toute espérance, elle lui avait ménagé l'honneur du sacerdoce et l'accès de l'autel ; il appartenait à Notre-Dame de Montaigu de couronner l'œuvre et de répandre de maternelles bénédictions sur son second noviciat. Il fit le voyage en grande partie à pied et en pèlerin ; mais ces fatigues étaient le gage de grâces plus abondantes. Sa dévotion largement satisfaite, il se remit en route; et après divers incidents à travers les populations flamandes, dont il ne comprenait pas la langue, il arriva sans trop d'encombre à Gand, terme de son voyage. C'est laque se trouvait la maison du troisième an ; le noviciat de la Province d'Angleterre s'y était aussi transporté, depuis son expulsion de Watten par les Parlements français.
Entre toutes les épreuves de la troisième probation une des plus importantes est sans contredit celle des grands exercices. Elle a pour but de former à la fois le religieux et l'homme apostolique, en pénétrant le fils de saint Ignace de l'esprit de sa vocation, qui est un esprit de prière et d'abnégation, de zèle et de dévouement.
Le P. de Clorivière entra dans cette glorieuse