‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 5 sur 315 · LIVRE I. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE I

essayèrent de l'engager; mais la Providence avait d'autres desseins en vue; toutes les négociations échouèrent. Cependant il ne convenait ni à lui-même ni à sa famille qu'il restât inoccupé : de quel côté orienter sa voile? <c Ne sachant que faire, dit-il, et étant dans ma dix-neuvième année, j'allai à Paris, la tête remplie de mille projets. C'estlà que Dieum'attendait. »

Une de ses tantes, M"® de Nermont, demeurait chez les Filles de l'Instruction chrétienne, rue du Pot-de-Fer. C'était une personne très adonnée à la piété et aux œuvres de charité. Il se fixa dans son voisinage pour être plus à portée de recevoir ses bons conseils et pour se garder plus sûrement contre les périls d'une vie indépendante. Il se mit aussitôt à l'étude du droit, et à l'étude il joignit la prière qui la féconde en la sanctifiant. II ne date toutefois sa pleine conversion que de sa seconde année, ce Je tombai, dit-il, entre les mains d'un excellent prêtre séculier. Il me fit faire une retraite en entrant dans ma vingtième année, et c'est alors que ma conversion fut complète. A partir de cette époque, je fus tout à fait un autre homme; je commençai à m'adonner de cœur à l'oraison mentale, à ressentir une soif ardente pour la sainte communion. Et même comme la gr&ce de Dieu s'accroissait sans cesse dans mon âme, j'obtins pendant une année et plus la permission de communier tous les jours... »

Dès à présent, nous pouvons le dire, nous écrivons l'histoire d'un saint. Le prêtre dont la Providence s'était servie pour opérer cette transformation, gage et prélude d'une** vie nouvelle, était M. l'abbé Grisel, grand pénitencier de l'église de Paris, ennemi déclaré

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des Jansénistes, propagateur ardent de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, guide spirituel d'une expérience consommée, confesseur infatigable, enfermé quelquefois douze et quatorze heures de suite au saint tribunal. Il eut bien vite distingué le mérite de notre jeune étudiant, et il prit à cœur de seconder en lui l'action de la grâce. La physionomie spirituelle de son disciple se dessine dès ce premier jour : il sera l'homme do la prière et l'homme de la sainte Eucharistie : toute sa vie s'écoulera entre le Tabernacle et le prie-Dieu.

Les desseins d'en haut commencent aussi à se laisser entrevoir, la vocation de Pierre-Joseph se prépare peu à peu : déjà d'insurmontables répugnances l'éloignent du monde et d'irrésistibles attraits le rapprochent de Dieu. Cette soif ardente de la sainte communion qu'il étanche tous les jours et qui se rallume tous les jours, éveille dans son âme de secrets et ardents désirs. Quel bonheur s'il pouvait, non plus seulement une heure chaque matin, goûter la consolation de posséder son Seigneur Jésus, mais fixer sa tente dans le sanctuaire, monter lui-même à l'autel, faire descendre entre ses mains la sainte Victime, et n'avoir enfin d'autre partage que Dieu pour le temps et pour l'éternité !

Une seconde retraite lui apporta la réponse désirée : a En ce temps-là, dit-il, en parlant de l'époque où il l'nt admis à la communion quotidienne, je fis une retraite de dix jours avec la permission de mon confesseur. A la fin des exercices, je ressentis une douce et forte impression que Dieu m'appelait au sacerdoce, ce qui me donna une extrême consolation.

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