LIVRE I. CHAPITRE I. H
Mon confesseur n'hésita pas à me dire que cet attrait venait de. Dieu et il m'avertit de me préparer à Tétat ecclésiastique. A partir de ce moment, toutes mes pensées furent dirigées de ce côté. »
Il sera donc prêtre : il en savoure d'avance les iiielTables consolations. Mais où s'exercera son sacerdoce ? Presque en face de la maison des Filles de l'Instruction chrétienne, où demeurait sa tante, s'élevait le noviciat de la Compagnie de Jésus. Malgré ce voisinage, on ne voit pas que Pierre-Joseph ait eu aucun rapport avec les enfants de saint Ignace. Il entrait rarement dans leur église; il avait pour confesseur un prêtre du clergé séculier; la pensée de revêtir un jour leur habit ne s'était jamais présentée à son esprit. Deux années s'étaient passées de la sorte sans faire naître aucun attrait, ni provoquer aucune confidence. Mais l'heure était venue où Notre-Seigneur allait parler de nouveau et lever tous les voiles. Entendons Pierre-Joseph raconter de quelle manière soudaine et imprévue il fut appelé à l'honneur de faire de lui-même un sacrifice plus parfait.
a Un jour, c'était le 23 février 1756, j'allai, contre ma coutume, entendre la messe au Noviciat. Après ma communion et mon action de grâces, comme je sortais de l'église, une personne me suivit à la porte et me dit en propres termes : Dieu vous appelle sons la prolection de saint Ignace et de saint François-Xavie?'; voici le 7ioviciat; entrez-y^. J'écoutai cette personne avec beaucoup de calme; aussitôt qu'elle m'eut quitté, je rentrai dans l'église,
1. Le P. de Clorivière cite lui-même ces paroles en français, tandis que tout le reste du journal est en anglais.
et me mis à prier avec une très grande ferveur. L'effet de ma prière fut la persuasion que Notre- Seigneur m'appelait à la Compagnie. »
Quelle était cette personne? Le Journal ne le dit point. Une tradition ancienne et qui repose sur des témoignages contemporains permettrait de supposer que c'était la Mère de Dieu elle-même, qui daignait ainsi se montrer au pieux jeune homme et lui ouvrir les portes du noviciat, comme autrefois à Stanislas Kostka, à Louis de Gonzague et à plusieurs autres. Il est du moins certain que dans la suite, Pierre- Joseph, devenu religieux de la Compagnie, aimait à faire honneur de sa vocation à la très Sainte Vierge, et qu'au milieu des épreuves les plus délicates, il se servait de ce souvenir pour relever son courage et s'exciter à la persévérance.
Cependant, une communication si grave faite d'une manière si extraordinaire avait besoin d'être contrôlée pour prévenir l'illusion. Pierre-Joseph s'en ouvrit à son confesseur. <( M. Grisel, dit-il, prit quelques semaines pour réfléchir et pour éprouver ma vocation. Après cela, il me donna son consentement, ce qui me remplit de la plus grande joie. »
Dès ce moment, toutes les incertitudes et les irrésolutions de Pierre-Joseph s'évanouissent : ce n'est plus ce jeune homme qui frappe à toutes les portes avec la même indifférence, erre sur tous les chemins sans trouver où se fixer. La lumière s'est faite, il marche vers son but avec assurance. Il se hâte d'aller au noviciat, et sollicite son admission. Son défaut de langue pouvait lui inspirer des inquiétudes ; mais il se présentait avec trop de marques d'une