LIVRE II. CHAPITRE I
pour y exercer le saint ministère, et à la première alarme sérieuse, ils couraient se renfermer dans leurs retraites. En 1620, le P. Mutins Vitelleschi, Général de la Compagnie, érigea la Mission d'Angleterre en Vice-Proxnnce, et trois ans après en Province, et nomma le P. Richard Blount Vice-Provincial d'abord, et ensuite Provincial. La situation anormale et difficile dans laquelle se trouvaient, par suite des circonstances, les membres de la Compagnie, attira tout d'abord l'attention du nouveau supérieur, et il chercha les moyens de leur procurer, autant, que possible, les avantages de la vie commune et de la discipline religieuse. Dans ce but, il partagea tout le pays en un certain nombre de régions ou districts, mit à la tête de chaque district un supérieur, et désigna un lieu spécial où les missionnaires devraient se réunir à des temps réglés, pour se voir, s'encourager et conférer ensemble des intérêts de leur commun ministère.
Ces districts furent d'abord au nombre de trois; ils reçurent le nom de collèges de la Compagnie, et ils en eurent les droits; un revenu leur fut assigné. L.e furf^nt les collèges de Saint-Ignace dans le territoire de Louées, de Saint-François-Xavier dans le pays de Galles, et de Saint-Louis de Gonzague dans le comté de Lancastre. D'autres collèges, comprenant un ou plusieurs comtés, se fondèrent ensuite successivement : le collège des Saints-Apôtres, de riramaculée-Conception, etc. Au XVIIP siècle, la rigueur des lois pénales s'étant adoucie, plusieurs stations fixes commencèrent à s'établir; mais tout s'y faisait encore en grand secret, et on veillait soigneu-
sèment à ne donner aucune apparence extérieure aux chapelles publiques et oratoires. Avec le temps, une petite communauté se groupait autour du lieu saint; les protestants du voisinage s'habituaient à voir les catholiques fréquenter leur église, et les ombrages s'évanouissaient peu à peu, en même temps que tombaient les haines. Bientôt même, il ne fut plus nécessaire de s'entourer de tant de précautions; les missionnaires purent acheter des terrains dans quelques-uns des grands centres du royaume, à Bristol, à Lîverpool, à Preston, etc., et bâtir des maisons et des chapelles, qui devinrent avec le temps des résidences régulièrement constituées.
Tel était le champ vers lequel le P. de Clorivière venait d'être envoyé. Il y apportait tout son zèle et tout son dévouement : la pensée de ramener au giron de l'Eglise quelques-uns des enfants de cette noble nation qui, depuis les temps de Grégoire et d'Augustin, avait peuplé le ciel de tant de héros, le consolait de ne pouvoir aller dépenser sa vie parmi les peuplades du Canada. Le P. John Tichbourne était alors Vice- Provincial ; il le reçut à bras ouverts ; mais au lieu de lui confier tout de suite un ministère actif, il le retint quelque temps auprès de lui.
Il y avait alors, à Londres, un habile médecin, qui appliquait à la guérison des bègues une méthode nouvelle, et qui passait pour avoir opéré un grand nombre de cures heureuses. Le P. Tichbourne le remit entre ses mains. Les premiers essais dépassèrent toutes les espérances. Le P. de Clorivière est tout à la joie, ce 11 n'y a pas encore cinq semaines que je suis chez mon docteur, écrit-il le 22 août 1766, et dans ce