‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 54 sur 315 · LIVRE II. CHAPITRE f · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE f

court espace de temps, au jugement de tous et au mien, ma manière de parler s'est grandement améliorée. Je ne dis pas que je sois tout à fait guéri; je suis encore arrêté ici ou là, surtout au début d'une conversation; mais ce n'est rien auprès de ce que c'était auparavant. Je parle haut et sans me forcer; je lis d'une manière assez nette pour être entendu, même dans une nombreuse assemblée. Ainsi je ne doute pas que je ne puisse prêcher et remplir toutes les autres fonctions d'un missionnaire anglais... d Il écrivit même à un de ses parents, M. l'abbé Trublet, membre de l'Académie française, en le priant de rendre sa lettre publique, « afin, disait-il, que tous ceux qui seraient sujets à quelque embarras de langue, puissent se procurer, ainsi que moi, l'avantage de s'en voir délivrés, et afin de donner une preuve éclatante de ma reconnaissance à la personne à qui je me reconnais redevable d'un service si important. »

La cure devait durer trois mois; mais longtemps avant ce terme, le mal reparut aussi profond qu'auparavant. On se souvient du vœu qu'il avait fait pendant sa grande retraite ; ce vœu devait cesser d'être obligatoire si le nouveau supérieur, sous les ordres duquel il serait placé, ne lui permettait pas de le renouveler. Or, sur ces entrefaites, le P. Nathanaël Elliott, ancien Recteur des collèges de Saint-Omer, de Rome et de Bruges, avait été nommé Provincial. Le P. de Clorivière s'empressa de lui soumettre ses engagements, et le pria de les ratifier. C'était le temps où la méthode du • docteur de Londres paraissait tout à fait triomphante. Le P. Provincial ne crut pas devoir se prêter à ses désirs; l'humble religieux se soumit saps mot dire.

Il se contenta d'écrire en post-scriptum au bas de son Journal : « La permission de renouveler mon vœu ne m'a pas été accordée, et mon bégaiement m'a repris aussitôt avec la même violence. » A partir de ce jour, ses lettres furent muettes sur l'état de sa langue ; n'ayant point de bonnes nouvelles à donner, il aima mieux laisser croire que la guérison se soutenait, que d'attrister ses amis ou.de les occuper plus longtemps de sa personne.

Il avait eu occasion, pendant les premiers mois de son séjour en Angleterre, de rendre un grand service au P. Fleury. Celui-ci se trouvait en effet dans une situation assez mal définie : depuis deux ans qu'il était môle aux Pères Anglais, il ne savait pas encore s'il devait se considérer comme faisant partie de leur Province. Il pria son ami d'éclaircir ses doutes, et de lui obtenir du P. Provincial une solution nette et précise. Le P. de Clorivière n'avait pas besoin d'être pressé pour se charger de cette mission ; elle répondait trop bien aux désirs de son amitié; son intervention officieuse fut bien accueillie, et quelques jours plus tard, le P. Provincial annonçait lui-même au P. Fleury qu'il ce agréait ses offres, et l'embrassait comme un ange envoyé du ciel par la Providence pour le bien et le salut des âmes. »

Les trois mois que le P. de Clorivière devait consacrer au traitement de son mal finirent avec le mois de septembre. Ce long espace de temps soustrait au ministère extérieur, n'avait pas été sans profit; il lui avait servi à mieux connaître le peuple au milieu duquel il était venu, à se mettre au courant de ses habitudes, de ses nécessités particulières, des moyens

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