LIVRE II. CHAPITRE I
les plus propres à fortifier les catholiques dans la vraie foi, ou à ramener les dissidents. Il avait pu aussi donner de longues heures à Tétude de TEcriture- Sainte et de la controverse, double connaissance absolument nécessaire, et sans laquelle on ne peut espérer aucun fruit, ni même tenter aucune conversion, dans un pays où Ton a la prétention de tout rapporter à la parole de Dieu et au libre exanten.
Son défaut de langue ne lui permettait d'attendre qu un poste modeste ; il ne demande qu'à se rendre utile : « Je vois immensément à faire dans cette grande ville pour Notre- Seigneur et pour les âmes qui lui sont si chères; bientôt, je l'espère, j'aurai autant de travail que j'en pourrai désirer. Si je reste ici, je me mettrai prochainement à faire le catéchisme à tous les enfants que je pourrai rassembler. J'ai ce ministère extrêmement à cœur; la seule pensée de m'y dévouer me remplit de joie. »
L'obéissance lui confia un autre emploi : ce fut de diriger une école à Hamiher-Smith, petite ville aux environs de Londres, en attendant l'arrivée du titulaire ; et ensuite de mettre en ordre la bibliothèque de la résidence. C'étaient de bien humbles fonctions; encore ne les exerça-t-il pas longtemps; une longue et dangereuse maladie vint l'assaillir et le conduisit bientôt aux portes du tombeau.
Cette maladie occupe une place considérable dans cette période de sa vie. Il y supporta toutes les souffrances du corps et de l'esprit, jusqu'à passer pour fou aux yeux de presque tous ses frères, et il y fut inondé de toutes les grâces du ciel : ces grâees furent si extraordinaires qu'il n'ose pas, dit-il, les confier au
papier, et si nombreuses qu'il lui faudrait un volume |iour les énumérep. Elles' ont laissé dans son cœur une impression ineffaçable; plus d'une fois, il y fait allusion dans ses lettres soit au P. Provincial, soit au P. Howard qui parait avoir été le confident de tiius ses secrets; il leur parle des « grandes choses» que Dieu se propose de faire par son moyen, et dont Ir secret lui aurait été alors révélé-
Kntré en convalescence, il fut envoyé à Hammer- Sinith pour y respirer l'air de la campagne et se fi'Clifier. C'est de là que le 6 mai 1767, après un HÎlonce de plus de six mois, il écrit la lettre suivante au P. Fleury; ce sont les effusions d'un cœur de IV.'-re.
• Hamraer-Bmilh, 6 mai 1767.
(c Mon cher ami et bien-aîmé serviteur de Jésus- Christ et de sa très aimable Mère, P.C.
« C'est avec une incroyable joie de mon âme que jr reprends aujourd'hui la plume, pour vous donner une preuve de l'amour sincère que je vous porte. Pi'iidant ma maladie, Dieu sait comment, mon estime !■! mon affection pour vous se sont merveilleusement accrues; je ne puis vous dire tout ce que je pense de vous; mais il me semble qu'à l'avenir nous serons ■■iicore plus étroitement unis, et que c'est la volonté ■le Dieu. X.
Puis il joue agréablement sur leurs nouveaux jHJiiis; en effet, le P. Fleury vient d'être nommé Forestcr, et lui-même s'appellera prochainement Rivers, au lieu de Pigot.