LIVRE II. CHAPITRE I. ill
« Vous êtes appelé Forester, et moi, je recevrai bientôt le nom de Rivers; ce nom, si ce que je prends pour la vérité n'est pas l'effet de mon imagination, est celui qui me convient le mieux ; il a une foule de significations mystérieuses, dont les unes, je puis le dire, sont très étonnantes et je n'ose pas les confier au papier. Votre nom me plaît beaucoup aussi. Le charme mutuel que se prêtent dans la nature les forêts et les rivières me fournit des idées et des réflexions qui me plaisent extrêmement. Sous l'ombrage des forêts^ les rivières coulent plus calmes et plus pures ; les forêts arrosées par les rivières sont plus agréables et plus fécondes : Tanqtiam lignum quod plantatum est... C'est longtemps m'appesantir sur des riens ; je ne puis pas cependant finir ce chapitre sans mentionner aussi le nom de notre Fontaine^. La limpidité, la pureté, le calme d'une fontaine conviennent si bien au caractère de notre ami, que je l'en aime davantage, et maintenant plus que jamais... »
Le P. de Clorivière exprime ensuite sa reconnaissance pour la charité dont il a été l'objet pendant sa maladie, a Ici, Dieu lui-même, ce semble, a inspiré à un grand nombre de personnes du simple peuple de prier pour moi ; cependant elles n'avaient eu aucun rapport avec moi, et je ne les connaissais pas davantage. Il s'est passé à ce sujet des choses assez étranges; je vous les conterai peut-être quelque jour.
1. Le P. de Clorivière parle ici du P. Jean-Baptiste Fouet de la Fontaine^ retiré aussi dans la Province d'Angleterre, d'où il reviendra en 1816 pour travailler avec lui au rétablissement de la Compagnie en France.
Les soins qu'on a pris pour ma pauvre personne, la charité qu'on m'a témoignée ne se peuvent dire; on n'a rien épargné, pas même des dépenses considérables ; on ne m'a rien refusé ; disons mieux : on m'a prodigué toutes choses avec profusion. Les supérieurs n'hésitèrent même pas à dire que, si c'était nécessaire, ils feraient fondre les calices et les vases sacrés pour subvenir à mes besoins...
(( Eh bien, ajoute-il, voilà mon papier rempli et tout mon temps envolé, et je n'ai encore rien dit de ce que je voulais vous dire. Une autre lettre pourra suppléer au défaut de celle-ci, laquelle ne doit pas être indifféremment montrée à tout le monde. Je ferais, j'imagine, un gros volume, si je voulais mettre par écrit tout ce que j'ai éprouvé pendant cette maladie, les grâces, les faveurs que j'ai reçues de Dieu, comme aussi peut-être les illusions et les subtiles tromperies du malin esprit. . . Je suis convaincu que saint Louis de Gonzague a une grande part dans ma guérison, bien qu'on en attribue la gloire à un médecin protestant, à la conversion duquel je me suis attaché, et pour lequel je vous demande vos prières. Notre bienheureuse Mère (je ne parle pas ici de Notre-Seigneur et de Dieu lui-même), a été* bonne pour moi au delà de tout ce que je pouvais espérer ou imaginer. Je me rappelle confusément tout cela, et j'en remercie Dieu; car si tout m'était présent aujourd'hui comme c'était alors, je ne sais ce que je deviendrais. . . Il est grand temps de finir cette lettre. . . J'aurais mille choses à dire au P. Howard; mais elles sont de telle nature que le papier ne les souffre pas... »