‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 57 sur 315 · LIVRE II. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE I

Ces pages écrites, le P. de Clorivière délibéra longtemps s'il les laisserait partir. Dans Tintervalle, il avait quitté Hammer-Smith et était retourné à Londres. Le 16 mai suivant, il prit de nouveau la plume : « Mon cher Forester, voici la seconde lettre que je vous écris depuis que je suis en convalescence ; vous les recevrez toutes deux ensemble. Oui, ma maladie a été vraiment extraordinaire. J'en juge de la sorte, et par ce que j'éprouvai dans le temps même, et par les effets que j'en ressens encore. Je suis comme né à nouveau. La grâce surabonde. Les faveurs qu'on appelle gratuites, remplissent mon âme. Je n'ai pas encore trouvé un homme, catholique ou protestant, à qui j'aie pu parler et qui m'ait résisté. Mais comme je n'ai pas toujours agi ni parlé selon que la sagesse humaine semblait le dicter, j'ai eu la bonne fortune d'être considéré pendant un temps comme légèrement illuminé {light/ieaded). Tous les Nôtres ici ont eu cette opinion, à la réserve du P. Tichbourne, qui a toujours soutenu que rien dans mes paroles et dans mes actions ne donnait occasion de formuler un pareil jugement. A présent, ce me semble, tous sont du même avis, et me font l'honneur de me prendre pour un homme qui est dans son bon sens... Ma santé continue de se fortifier; j'ai passé huit jours à la campagne, à respirer le grand air et ^ boire du lait. Me voici maintenant de retour à Londres, où j'ai repris le soin de mon petit troupeau. Dans votre dernière lettre, vous me demandiez des nouvelles de ma langue. Longtemps déjà avant nm maladie, j'étais retombé dans mon ancien défaut... Depuis, je vais beaucoup mieux; et surtout quand le

discours est de Dieu, je parle avec une aisance et une liberté que je ne connaissais point. J'ai donné en anglais, devant les fidèles, un sermon d'une demiheure sans autre préparation que la lecture attentive de TEvangile du jour... Je sens une très grande facilité toutes les fois que je dois entretenir quelqu'un des choses de piété. C'est une grâce, me semble-t-il, que Notre-Dame m'a faite pendant ma maladie. J'espère que cette amélioration sera durable; mais je n'en ai aucune assurance... J'ai vu des choses merveilleuses que Dieu doit faire par mon moyen comme par son instrument. Priez bien pour moi, et de nouveau, mettez M. Howard au courant de tout; car je crains l'illusion... »

Le P. de Clorivière sortait donc consolé et fortifié de cette terrible maladie, plus que jamais sous la main de Dieu et, malgré son impuissance absolue, intimement convaincu qu'il était réservé à de grandes choses. Sa modestie ne nous a point livré, même dans ses notes les plus intimes, 1er secret de ces « grandes choses » : il en gardait la communication orale pour ses supérieurs et pour les guides de sa conscience. Mais nous ne pouvons guère douter, et c'était l'opinion commune autour de lui, que le rétablissement de la Compagnie en France, après la catastrophe finale, n'y tînt une des premières places.

En effet, la guerre venait de se ranimer avec une nouvelle ardeur contre la milice d'Ignace. Les lettres de ses correspondants lui apportaient de toutes parts le récit des attentats et des iniquités qui se préparaient ou venaient de se consommer en Lorraine et dans tous les états de la couronne d'Espagne. Tout

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