LIVRE I. CHAPITRE I
vocation véritable et sous un patronage trop puissant, pour essuyer un refus : après les épreuves ordinaires, il fut agréé.
Restait à obtenir le consentement de sa famille. Sa famille était chrétienne, et en état de comprendre que cette vocation était un honneur pour elle, et qu'elle avait le devoir de la seconder. Mais il y a loin de la thèse générale et abstraite à l'application particulière et pratique. Pendant plusieurs mois, il trouva la volonté de ses proches rebelle à toutes ses prières, à toutes ses importunités. Qui les retenait? Ce qui retient, hélas ! plus d'un père, plus d'une mère, même animés d'une foi sincère; la tendresse qui se réveille alors plus vive et resserre les liens de la nature; les espérances et les projets d^avenir longtemps caressés et qui vont se briser; peut-être , sans qu'on s'en rende compte, le préjugé du monde qui regarde comme compromis ou perdu tout ce qui se donne à Dieu.
Pierre-Joseph prit le chemin de Saint-Malo pour tenter de près un assaut plus efficace. Il plaida sa cause avec déférence, mais aussi avec fermeté; il montra que sa résolution n'était point le fait d'un entraînement irréfléchi ni de l'enthousiasme d'un moment : la longue épreuve à laquelle il venait d'être soumis et sa persistance dans les mêmes desseins en étaient un témoignage non douteux; il parla de l'obligation d'obéir à la volonté divine ; son bonheur présent et sa félicité à venir dépendaient également de sa fidélité à répondre à l'appel d'en haut. Dans les familles où domine l'esprit chrétien, de pareilles raisons sont toujours assurées d'être écoutées : les
larmes coulent, le cœur saigne; mais Dieu a le dernier mot. Toutes les oppositions tombèrent enfin ; le sacrifice une fois accepté, se fit pleinement et sans arrière-pensée. Pierre-Joseph, au comble de ses désirs, s*empressa de retourner à Paris, et toujours conduit par la très Sainte Vierge, il entra au noviciat le 14 août 1756, veille de la fête de l'Assomption.
Le moment était-il bien choisi pour s'enrôler sous un drapeau qui pouvait avoir eu ses jours de gloire, mais qui semblait ne plus guère promettre que les mépris et les persécutions ? La Compagnie de Jésus était devenue le point de mire de toutes les attaques : philosophes, incrédules, jansénistes avaient juré sa perte; ils avaient recruté des alliés dans les plus hautes régions du pouvoir et jusque dans les conseils du monarque. Mais la croix de Jésus-Christ a toujours joui d'une efficacité merveilleuse pour séduire et attirer les âmes; où qu'elle soit, les grands cœurs courent à elle, et plus elle est délaissée et honnie, plus ils se pressent autour d'elle et l'embrassent avec amour.
Le noviciat de la Compagnie de Jésus, à Paris, était alors dirigé par le P. Etienne de la Croix. Au jugement du P. Ricci, Général de la Compagnie, le P. de la Croix réunissait toutes les qualités d'un excellent Maître des novices, la bonté du cœur et la facilité d'abord, jointes à la prudence et à la discrétion, une grande union avec Dieu par la prière et une connaissance étendue de la doctrine des saints et des maîtres de la vie spirituelle. Le P. Provincial de France, le P. Claude Frey de Neuville ne le tenait pas en moindre estime. Ecrivant au P. Général pour