LIVRE II. CHAPITRE IL
Dieu, et mon cœur sera pour jamais épris de vos charmes. »
Mais c'est dans la troisième semaine des Exercices, consacrée à la méditation des souffrances et de la mort de Notre-Seigneur, qu'il s'abandonne à toute la véhémence de son amour. Nulle part, il n'a plus de chaleur, de force et d'élan. Dès le premier jour, il entraîne son auditoire à la suite du divin Crucifié, d Prêterons-nous plus longtemps l'oreille à la nature et ne ferons-nous pas notre devoir de généreux soldats de Jésus-Christ? Le laisserons-nous seul porter sa croix...? Notre Roi s'avance à notre tête; allons après lui en hommes de cœur, et que pas un ne s'épouvante : ne laissons pas notre gloire se déshonorer en fuyant la croix ^ » La vue des chaînes dont les soldats chargent les mains du Sauveur au jardin des Oliviers le fait tressaillir. Le futur captif de la Tour du Temple salue ces liens bénis, et célèbre la félicité de celui qui a l'honneur de les porter. « O précieuses chaînes qui avez lié les mains du Tout-Puissant, je vous baise avec le respect le plus profond, et je vous embrasse. Puisque mon Jésus a été traîné captif, qui ne voit que c'est une gloire d'être chargé de chaînes pour l'amour de la justice ? »
Citons encore ces belles paroles qui jaillissent de son cœur. Jésus est attaché à la croix : « Avec quelle promptitude et quelle joie il s'étend sur l'instrument de son supplice! Jamais un époux embrassa-t-il son épouse avec autant de tendresse et d'amour!
i. Imitât., III, 56.
l;ii HISTOIBE DU P. DE CLORIVIEBE
Cette croix est une couche nuptiale, si délicieuse et si aimable qu'il a quitté le sein de son Père éternel [jour y prendre son repos. Les cloua, voilà ce qui la rend si belle à ses yeux; les épines sont le coussin sur lequel il repose sa tête; les affronts, la nudité, les ignomioles, forment ses riches et magnifiques atours; les insultantes moqueries et les blasphéraea qui éclatent autour de lui sont l'harmonie qui charme Pis oreilles... Viens, ô mon ftme, tu trouveras en lui tout ce qui t'est nécessaire : vertus héroïques, ardent amour, pures joies, vraies richesses, lumières célestes, vie sans fin, consolations, force et gloire. Viens, et contemple à loisir la beauté de celui que tu aimes. Il est exposé aux yeux de tous, afin que tous puissent le voir ; ses bras sont étendus et sa tête est inclinée pour t'embrasserj il est fixé à la croix afin que tu sois sûre de le trouver. »
L'ordre du jour au noviciat ramène sans cesse des kntures, des conférences, des catéchismes et tous CCS exercices par lesquels le Maître des novices faionne à la vie religieuse les jeunes gens qui lui sont confiés. Le devoir du P. Socius est de l'aider dans cette tâche, qui demande beaucoup de tact et de prudence, une application et un dévouement de tous les jours et de toutes les heures.
Les enseignements du P. de Clorivière sont, avant tout, substantiels et pratiques. Il ne cherche pas à exciter l'imagination ou le sentiment, ni à conduire dans des voies extraordinaires. Il s'applique à éclairer l'esprit, et en l'éclairant, à échauffer la volonté et à mener à l'action. Ce caractère de simplicité et de vigueur pratique se retrouve dans