‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 69 sur 315 · LIVRE II. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE II

toutes ses conférences sur Toraison, sur la vie intérieure et même dans ses explications sur le catéchisme ; il ne manque presque jamais d'y joindre à renseignement de la religion quelques considérations plus particulières à la vie spirituelle.

Les entretiens des novices pendant leurs récréations attirèrent particulièrement son attention ; c'est un point au reste qui lui était recommandé par une règle spéciale. Il avait beaucoup réfléchi sur ce sujet, et plus quTin autre peut-être il appréciait cet art si nécessaire de converser joyeusement et saintement, de dilater les cœurs et d'entretenir la charité, sans nuire au recueillement de l'esprit, a Soyez-en bien persuadé, écrivait-il à un Père qui lui avait demandé quelques conseils sur la manière de passer avec fruit le temps des récréations, les entretiens spirituels sont la source des plus précieux avantages. Par eux le recueillement se garde, Tâme demeure toujours prête à la prière. . . , pour ne rien dire du contentement intérieur qu'ils produisent toujours. De plus, c'est un des meilleurs moyens de faire du fruit dans les âmes ; en prenant l'habitude de parler entre nous de choses spirituelles, il nous sera facile d'en parler avec les personnes du monde, et de leur faire par là un bien immense. »

Il rappelle l'exemple de saint Augustin et de saint Bernard qui ne trouvaient de goût à aucun livre, à aucun entretien, si le nom de Jésus ne s'y trouvait mêlé, «c Mais à quoi bon, poursuit-il, invoquer l'autorité des saints? Qui jamais fut touché de Dieu et ne fit pas la même expérience? J'ai connu des persçnnes du monde qui l'ont éprouvé ; et si vous me permettez

de dire un mot de moi-même, je vous avouerai que, lorsque je n'étais pas aussi tiède qu'aujourd'hui, je ne pensais pas d'une autre manière; et même à présent, quand je me trouve dans une compagnie où je puis agir plus librement, le discours n'est pas longtemps sur des futilités... »

Avec de tels principes, on comprend que le P. de Clorivière, — sa règle ne lui en eùt-elle pas fait un devoir, — se soit préoccupe des entretiens des novices. Saint Ignace, que quelques-uns se représenteraient trop exclusivement sous les traits de la sévérité, ne souffrait au noviciat ni tristesse, ni gravité excessive : a C'est bien, mon fils, disait-il à un jeune homme qu'il avait rencontré l'air joyeux, je veux vous voir rire. » Nous pouvons ajouter tout de suite, pour en avoir été l'heureux témoin, que les enfants n'ont point laissé tomber la recommandation paternelle, et que le temps du noviciat reste toujours celui où s'épanouit la plus franche gaîté de l'âme et du visage. 11 ne s'agissait donc point d'assombrir le front des novices, ni de bannir la joie et l'entrain de leurs récréations ; mais seulement de les aider à se réjouir in Domino. « 11 y a quelque temps, lisant dans le P. Lancicius combien c'est une chose importante de bien passer le temps de la récréation et comment on peut le faire, je pensai, dit le P. de Clorivière, à un moyen qui me parut extrêmement utile, et qui, je n'en doute pas, plaira aux novices, en même temps qu'il rendra leurs conversations plus agréables et plus méritoires, et leur donnera une plus grande facilité à s'entretenir de choses pieuses. Ce serait de leur proposer chaque jour à discuter un

Page 1