LIVRE II. CHAPiTHE III
La pauvreté a commencé l'œuvre de la perfection; la chasteté et l'obéissance la couronnent. Par la chasteté, les vierges sont les épouses de Jésus- Chriat, titre glorieux qui renferme à la fois leurs privilèges et leurs devoirs. Epouses de Jésus-Christ, elles marchent à la suite de Jésus-Christ, et comme tant d'illustres vierges, les Scolastïque, les Claire, les Catherine de Sienne, les Thérèse, elles doivent, par leurs prières et leurs bons exemples, lui amener une multitude d'enfants spirituels. Epouses de Jésus- Christ, elles doivent n'appartenir qu'à Jésus-Christ. « On ne peut concevoir, dit le P. de Clorivière, combien ce divin Epoux est jaloux de tout ce qui concerne ses épouses. Il épie, pour ainsi dire, tous les mouvements de leur cœur, et s'il s'aperçoit qu'elles ont une autre direction que lui-même ; qu'elles sont habituellement dominées par la vanité, l'amour- propre, la curiosité, l'oisiveté ou d'autres ioclinations vicieuses, il s'en offense comme d'un affront qui lui est fait... » Il se plaint d'abord tout doucement, il fait entendre qu'un cœur divisé lui dépiait et ne mérite point ses privautés, et si sa voix n'est pas entendue, alors il se retire et ne presse plus ces ftmes de tendre à la perfection qu'il leur avait d'abord destinée.
L'obéissance complète et perfectionne l'union de l'Ame avec Dieu. Le plus grand éloge de l'obéissance, c'est celui que Notre-Seigneur en a fait luî-méme par son exemple et par sa doctrine. Le P. de Clorivière esquisse à grands traits les qualités de cette vertu « qui déifie en quelque sorte toutes nos actions, a Avec elle l'ûme habite dans une sorte de paradis
anticipé, où elle goûte une paix sereine et une incomparable félicité : « L'hiver est passé pour elle, et à l'exception d'épreuves extraordinaires, elle jouit d'une paix inaltérable. Tout ce que le monde abhorre le plus, la pauvreté, les mépris, les souffrances, lui est une source de délices. Entï'e cet état et celui de V&me imparfaite, on trouve la même différence qu'entre l'esclavage et la liberté, la misère d'un mendiant et l'opulence d'un roi, les ténèbres et la lumière, la langueur de la maladie et la vigueur de la santé... )>
A ces moyens de perfection qui sont propres à la vie religieuse, il faut ajouter ceux qui sont communs à tous les fidèles, et sans lesquels les vœux euxmêmes demeureraient sans vertu : la prière, la pratique du renoncement, la participation aux sacrements, surtout la communion fréquente, la Passion de Notre-Seigneur, la dévotion à la sainte Vierge. Le P. de Clorivière insiste d'une manière spéciale sur ces trois derniers moyens ; avec tous les maîtres de la vie spirituelle, il ne cesse de recommander la méditation de la Passion. La croix est une chaire d'où descendent, pour tous les états et toutes les situations, les leçons les plus persuasives : <k Le souvenir du Sauveur souffrant guérit les blessures les plus invétérées ; il donne lumière à l'intelligence et force à la volonté; il efface de la mémoire les vaines images; il élève les pensées, enflamme le cœur... » Une âme qui a pénétré le mystère de la croix ne veut pas d'une vie qui soit sans souffrance. « Eh quoi, dit-il après une peinture animée de l'agonie du Sauveur, n'accepterons-nous pas volontiers ce que