LIVRE II. CHAPITRE IH
notre Maître a embrassé d'un si grand cœur?... Si nous pouvions être délivrés de toutes les peines et de toutes les angoisses, devrions-nous le di'sircr? S'il était en notre pouvoir de secouerce lounl fanleau, aurions-nous le courage de le faire? Non, noo, souffrons sans nous plaindre à l'exemple de Jésus- Christ. Tenons ferme dans le combat, comme il convient à des enfants de Dieu, & des membres de Jésus-Cbrist. »
Des hauteurs du calvaire, le sage directeur conduisait son auditoire au tabernacle et à la sainte table. C'est Jésus-Christ reçu dans la sainte communion qui donne aux âmes la force de consommer le sacrifice d'elies-mômes prêché par la croix. Ces nouvelles leçons tempéraient et complétaient les premières. Elles étaient d'autant plus opportunes que les religieuses Bénédictines anglaises ne parai.ssaient pas les avoir sufTisamment comprises jusque là. Avaient-elles subi rinfluence du Jansénisme, de cettehypocritedoctrinequi,sDUSprétexle de respecter le sacrement de l'autel, méprise les intentions les plus expresses de Notre-Seigneur, les invitations les plus pressantes de l'Eglise, la doctrine unanime des saints et des docteurs, et l'expérience constante des fidèles? Toujours est-il que quelques-unes, loin de ressentir pour le divin Sacrement cette faim et cette soif qui est le caractère des âmes ferventes, laissaient même quelquefois passer les jours marqués par la règle sans y participer. Le P. de Clorivière ne put voir cette négligence sans douleur, et il ne se donna point de repos qu'il ne l'eût fait disparaître. Que ceux qui sont retenus par les affaires du monde
et par les plaisirs refusent, comme les conviés de TEvangile, de s'asseoir à ce banquet; mais « vous, leur disait-il, louanges éternelles en soient au Dieu Tout-Puissant, vous avez depuis longtemps échappé à ces pièges du monde. Tous vos liens sont rompus, vous êtes libres de toute attache, et semblables à Taigle, rien ne vous empêche de prendre hardiment votre vol au-dessus de tout ce qui frappe les sens, et de le diriger vers cette chair délicieuse de votre Sauveur. A moins de graves raisons, vous ne vous éloignez jamais de la sainte table sans vous priver d'un grand accroissement de grâces et de mérites pour le temps présent, et d'un plus haut degré de gloire pour l'éternité. »
Cependant, telle est la force de l'habitude ou du préjugé, quelques-unes tardèrent encore à se rendre. Le P. de Clorivière ne put s'empêcher de s'en plaindre. Quelque temps après, ayant composé une exhortation fort touchante sur la Passion de Notre- Seigneur, il la fit précéder d'une note qu'il intitula Mémorandum pour attirer davantage l'attention. Après avoir rappelé trois points particuliers sur lesquels il avait insisté au commencement de l'année, et les avoir félicitées de leur ferveur à garder les deux premiers : a Néanmoins, ajouta-t-il, je ne suis pas sans crainte tant que je m'aperçois d'une certaine nonchalance et d'un certain relâchement à l'égard du troisième (c'était la fréquente communion). Je n'ai aucune idée de la ferveur et d'une vraie dévotion, si elle n'est pas accompagnée d'un grand amour de Jésus-Christ; et d'autre part, je ne conçois pas que l'amour de Jésus-Christ puisse exister dans un cœur,