LIVRE II. CHAPITRE III
très rigoureux. Elle représente Dieu et, comme dit la règle, a elle porte dans le monastère la personne même de Jésus-Christ; » il faut donc qu'elle soit supérieure comme Jésus-Christ, et à la manière de Jésus-Christ; c'est-à-dire qu'elle se comporte vis-àvis de sa communauté, en sa qualité de chef et de tête, de la même manière à proportion que Jésus- Christ, durant sa vie mortelle, s'est comporté vis-àvis de tous les hommes, en sa qualité de tête du genre humain. »
Les religieuses dont elle est chargée, sont les épouses de Jésus-Christ, ce Or quelle vigilance, quels respects ne réclament pas des âmes si chères au divin Epoux, qu'il a choisies et prédestinées pour être des vaisseaux de gloire, dans lesquelles il a déployé les merveilles de sa grâce, et qui forment la portion privilégiée de son troupeau? »
Enfin, elle doit les aider dans l'œuvre de la perfection, «t Elle n'a pas été choisie seulement pour éloigner de sa communauté les fautes plus graves, pour se contenter d'une certaine médiocrité de vertu qui, sans se mettre en peine d'une perfection plus élevée, ne se préoccupe que d'assurer une certaine régularité extérieure... Jésus-Christ n'attend point de ses épouses une vertu commune, et elles-mêmes ne sont point entrées dans la religion, et n'ont pas surmonté tant d'obstacles, pour rester avec la foule et s'en tenir à la médiocrité. C'est à l'Abbesse à les aider par ses leçons et surtout par ses exemples. Car de quel droit parlerait-elle de mortification, si ellemême était à la recherche de ses aises? de vie intérieure et recueillie, si elle était livrée à la dissi-
pation, et ne savait pas veiller sur ses sens?... » Ainsi entendue, la charge de supérieure n'a plus rien qui séduise ; les satisfactions de la vanité et les charmes du premier rang s'évanouissent en face de ces grands devoirs et de ces responsabilités. « Considérez, lui disait-il, que les bons ou mauvais effets de votre gouvernement peuvent s'étendre à plusieurs générations; si, grâce à votre vigilance, l'esprit de ferveur et le désir de la perfection animent les sœurs qui vivent maintenant, elles les communiqueront à celles qui leur succéderont, et ainsi le bien se propagera pendant une longue suite d'années; mais si, au contraire, vous laissiez la tiédeur et le relâchement prendre racine dans votre communauté, il serait très difficile ensuite de les extirper, et le mal deviendrait pire avec le temps. »
« La Supérieure, disait-il encore, est la tète de sa communauté, et c'est par elle que Dieu a déterminé de répandre ses bénédictions sur toute la maison. Si la tête est bien disposée pour les recevoir, elles seront riches et abondantes ; sinon elles seront rares et les trésors de Dieu paraîtront se tarir. Cette conduite de la Providence est incompréhensible à l'homme; cependant elle est très réelle, et l'expérience la confirme avec éclat. Si une maison semble comme abandonnée, si la grâce ne l'inonde plus comme auparavant, si elle s'en va tous les jours et menace même ruine, faute de sujets, une supérieure a grandement raison de craindre que cela ne provienne en bonne partie de sa faute ; elle doit penser que si elle avait eu plus de la vraie sagesse de l'Evangile, et moins de la prudence de la chair; plus de l'esprit de