LIVBB II. CHAPITRE IV
rieur de vouloir bieu l'avertir de ses défauts, et sans promettre de travailler sincèrement à s'en corriger.
L'ennemi capital, et à vrai dire, le seul ennemi de le perfection, c'est le péché. Saint Ignace, qu'on n'accusera pas d'ignorer l'art de la perfection, ni d'arrêter à mi-chemin l'élan des âmes généreuses, ouvre par la méditation du péché la carrière des Exercices. La haine du péché mortel a fait les martyrs, et tous les jours elle peuple le ciel de nouveaux élus; la haine du péché véniel crée les saints.
En contemplant dans une de ses retraites la malice effroyable du péché mortel, le P. de Clorivière se trouve comme hors de lui d'étonnement et d'épouvante. « Le péché, dit-il une autre fois, est la seule chose que j'aie en horreur. » il ne poursuit pas d'une moindre haine le péché véniel; on trouve fréquemment dans ses notes sprituelles cette exclamation : « J'aimerais mieux mourir que de commettre un seul péché véniel de propos délibéré. » Nous ne prétendons pas dire qu'il n'ait jamais manqué à cette résolution; nous avons voulu surtout marquer la teodance et les dispositions de sa volonté. Aussi sa marche en avant est-elle rapide. S'interrogeant un jour devant Dieu et comparant le présent au passé : Œ II me semble, dit-il, que j'avance plutôt que je ne recule. »
Les obstacles écartés, il faut prendre les moyens. Les premiers de tous, ce sont les vœux. Comment le P. de Clorivière remplissait-il ces devoirs essentiels de la vie religieuse?
Parlant de la pauvreté : « Je l'estime, dit-il, et je désire la pratiquer dans toute sa perfection. » Les
lOi HISTOIRE nu F. DE CLORIVIËRE
.li'^uites de la Province anglaise dispersés çà et là ibiiis les missions, vivant pour la plupart isolés les lins des autres, ayant des œuvres à soutenir, des piiuvres à aider, jouissaient, avec l'autorisation des supérieurs, d'une certaine latitude par rapport au vœu ili' pauvreté; ils pouvaient avoir de l'argent et en diMorminer eux-mêmes l'emploi, selon les circonsliiLices et les besoins. Les Pères qui vivaient en miiimunauté et sur le continent participaient, dans niH^ certaine mesure, au môme privilège.
I']ii arrivant dans la Province d'Angleterre, le I'. Je Clorivière trouva cette coutume établie; il ne lui appartenait pas de la modifier. Mais il est vrai jiMiiitant que son cœur l'inclinait vers une pauvreté jiliis entière et un détachement plus absolu; « sans limite, dit-il à son supérieur, je n'ai rien qui me IniiiMe, rien que je possède avec attache; cependant Liniiine je ne suis pas en fait aussi pauvre que je ]n(urrai3 l'être, comme j'ai quelques livres et quelque ;irj;ciit à mon usage, je tiens à déclarer à Votre liévérence, que si elle juge que, dans les circonsl;inccs où je me trouve, il soit plus parfait pour moi (Ir les laisser, je m'en déferai, avec une grande joie cl im grand contentement de mon âme; j'en dis. (Hilant de tout ce qui est dans ma chambre. »
Devenu chapelain des Bénédictines de Bruxelles, il lUit être forcément un peu plus abandonné à sa [iiopre initiative; mais il porta avec lui le môme '■-jirit de détachement et de dépendance; et nous le \nyons rendre compte avec une fidélité scrupuleuse (le toutes ses dépenses, et môme des menus cadeaux qu'il recevait parfois en échange de services rendus.
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La pauvreté prête sod appui à la chasteté par le retranchement des aises de !a vie. Saint Ignace ne propose pas moins à ses enfants qu'une pureté angélique, sachant très bien que pour offrir à Dieu un hommage digne de lui, et pour garder sans défaillance la foi jurée, ce n'est pas trop de travailler avec l'aide de la grflce, à s'élever au-dessus des sens jusqu'à la bienheureuse liberté des esprits célestes. Dieu la donne quelquefois tui-méme à certaines âmes privilégiées et l'exempte de combats; mais habituellement elle ne s'épanouit qu'au milieu de la lutte et des orages, d'autant plus belle, plus forte et plus suave qu'elle a soutenu plus d'assauts et remporté plus de victoires. Le P. de Clorivière, comme toutes les âmes habituées à vivre par la foi dans le monJc surnaturel, dont elles ont entrevu quelques splendeurs et savouré quelques délices, soupirait après un affranchissement complet de la chair. 11 assure luîméme « qu'il avait une horreur sensible de tout ce qui est contraire à la pureté de l'âme et du corps. » Mais sa chasteté, comme celle de t'Apôtre, est une chasteté militante qui s'est perfectionnée dans l'infirmité et a grandi au milieu des épines.
Ces luttes pénibles se prolongèrent pendant de longues années, a. avec plus ou moins de violence et quelques interruptions; » mais elles ne ser\'irent qu'à purifier sa vertu et à embellir sa couronne. « Si j'ai de quoi m'humilier, disait-il à son supérieur, je n'ai rien qui puisse me troubler. »
Avec le temps et par l'habitude de vaincre, il arriva même à se créer, dans la partie supérieure de son âme, une sorte de sanctuaire où il se renfer-
malt pour vaquer librement à la prière et à ses autres devoirs, pendant qu'au dehors l'imagination et les sens étaient en proie aux plus violentes tempêtes. Après Notre-Seigneur, son recours le plus ordinairtf était la Reine des Vierges et son très pur époux, le glorieux saint Joseph. Le plus grand danger de ces sortes de combats, pour les âmes délicates et timonics, c'est de leur inspirer des craintes excessives et (les pensées de défiance et de découragement, de leur [lersuader parfois qu'elles ont perdu la grftce de Dieu et qu'elles sont abandonnées. A ces suggestions ntonsongères et funestes, que fortifie souvent un sficret orgueil, le P. de Clorivière oppose l'humiliti! qui ne s'étonne d'aucune corruption, le mépris pour un ennemi aussi vU qu'impuissant, une confiance inébranlable en Dieu et la vie de foi.
A ces armes, il ajoutait celles que Notre-Scigneur rocommande lui-même et sans lesquelles les autres seraient sans vertu : la prière, la vigilance et la mortification. Vtgilate et orale, ut non intretis ht tentationem... Hoc genus non ejicitur nisi pcr orationem et jejunmm'. Nous parlerons bientôt de sa prière. Quant à sa vigilance, elle allait, nous le savons déjà, jusqu'à se mettre en garde '< contre les plus lointaines occasions de chute. »
Dès les premiers jours de son arrivée à Bruxelles. il avait pris la résolution de ne point aller au dehors uniquement pour se distraire, mais de rester dans sa chambre à jouir de la solitude et du recueillement.
i. < Veillez et [iriez, afin que vous n'cniriez point en tentation. (Matlh. xxvt, 41 .) — Cette sorte de dénion n'est cbassé que par h |itièro et par le jeune. » {Matth. xvit, 20.)