‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 85 sur 315 · LIVRE II. CHAPITRE [V · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE [V

La charité seule pouvait le tirer de sa retraite. a Alors, dit-il, je garde tous mes sens avec le plus grand soin, et j'espère que mon exactitude en ce point est complète, s Ni l'âge, ni le long exercice de la vertu ne lui furent jamais une raison de se relâcher d'une réserve qui pourrait presque paraître excessive. On raconté que, jusque dans ses dernières années, non seulementil ne se permettait pas d'arrêter les yeux sur les femmes du dehors avec lesquelles il avait à traiter, mais qu'il portait la même retenue dans ses relations avec les personnes de sa famille, et qu'il ne reconnaissait ses nièces qu'au son de leur voix, renouvelant ainsi des exemples qu'on admire avec raison dans la vie des saints.

A cette modestie si jalouse, le P. de Clorivière joignait la mortification ; plus d'une fois les supérieurs durent modérer ses pieux excès. Après la grande maladie qui avait failli l'emporter, le P. Recteur de Gaad l'avait obligé à se ménager; il en appela de cette décision au P. Provincial, mais sans rien obtenir. Il dut se soumettre et se résigner à prendre quelques précautions. C'est dans cette période de sa vie qu'il s'accuse de n'avoir jamais tant accordé à la nature. Une certaine détente, si nous en croyons son humilité, paraît avoir pris, pendant quelque temps, la place de cette ferveur à laquelle il s'était livré d'abord.

Le P. de Clorivière était-il donc iramortiiié? Avait-il oublié cette règle de l'abnégation en toute choses qu'il appelait autrefois « sa chère règle, » et pour corriger un excès était-il tombé dans un autre? non, certes : malgré la réserve que lui imposait

l'obéissance, et même, si l'on veut, malgré certains ri'veils de l'amour- propre, il restait lîtlèle à lui-même. A insi à cette époque, il se levait encore à trois heures du matin, et dormait sur un simple matelas étendu à tiTre; il jeûnait tous les samedis en l'Iionneur de la sainte Vierge, et très souvent le vendredi en souvenir di.' la Passion de Notre-Seigneur; il se flagellait trois îu'iA par semaine, un quart d'heure chaque fois. 11 continuait donc à combattre vaillamment, et la mortification achevait ainsi l'œuvre de sa vigilance et assurait te triomphe de sa chasteté.

Nous ne dirons que peu de mots de son obéissance. Il était en ce point le fidèle disciple de saint Ignace. lo panégyriste et le docteur de l'obéissance. « Si Dieu m'a donné quelque vertu, disait-il, je crois que (■'est l'obéissance. » Et ailleurs : a Je n'ai jamais trouvé de difficulté par rapport à l'obéissance, même ]iar rapport à celle du jugement. » Et encore : a; Il nt' m'a jamais été difficile de voir Notre-Seigneur dans l:i personne de mes supérieurs; c'est pourquoi leurs commandements ne m'ont jamais semblé pénibles. » l'i il ajoute avec une confiance pleine de simplicité : « Si vous avez la bonté de me mettre à l'épreuve, j'iMpère, avec la grâce de Dieu, me montrer à vous tel que demandent nos règles. » L'obéissance lui est (Uïvenue comme naturelle; il lui remet le soin de tout : a Je me sens très bien disposé vis-à-vis de l'obéissance; j'aime mes supérieurs, dans lesquels je vois Dieu lui-même. Cette pensée, j'en ai la confiance, me fera toujours obéir avec un entrain joyeux, et nie conformera sans peine à leurs moindres désirs. Je n'ai pas la plus légère inquiétude sur ce qui pourra

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