‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 86 sur 315 · LIVRE II. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE IV

arriver de moi dans les circonstances pri's<'iites (il écrivait ces lignes en 1770); car je sais que Dieu disposera toutes choses pour sa plus grande gloire et pour moD propre bien. »

Unattrait irrésistible l'attire toujours vers l'oraison. Comme l'obéissance lui a mesuré les heures qu'il avait l'habitude d'y consacrer, il se dédommage en priant, tout le jour, par la disposition habituelle du cœur, en multipliant les oraisons jaculatoires, en mettant à profit ce qu'on appelle les moments perdus, les allées et venues dans la maiii^on et au dehors. Sa conversation est véritablement au ciol.

C'est dans son compte de conscienci; de 1771 qu'il expose, d'une manière plus complète, sa méthode et les fruits qu'il en retire. En allant à l'oraison, dit-il, d a d'ordinaire un sujet en vue; a. mais il peut bien rarement s'y appliquer... Dès qu'il se présente à son oratoire, il se sent doucement recueilli; il éprouve une impression sensible et une sorte de conscience de la présence de Dieu et de son opération en lui ; il l'adore, il l'aime, il s'anéantit devant lui, il se livre à son action. Tout cela se fait simplement, tout à la fois, pour ainsi dire, sans distinction d'actes et presque sans aucun mouvement des facultés do l'âme. Il sait que cette sorte d'oraison n'est pas eu son pouvoir, et qu'elle vient uniquement de Dieu; car, sans une grâce spéciale de sa part, il n'aurait jamais été capable d'entrer dans un recueillement si intime, ni d'avoir ce sentiment et comme cette conscience de la présence et de l'opération divines. Cela ne l'empêche pas d'avoir quelquefois l'imagination assiégée par bien des fantômes et mémo, par

moments, d'être en butte à quelques tentations. Il lui arrive aussi, mais plus rarement, de voir son âme et toutes ses facultés absorbées en Dieu. Notre- Seigneur et la sainte Vierge se manifestent alors d'une manière sensible et comme s'ils étaient véritablement présents ; il s'entretient avec eux cœur à coeur et en toute confiance, et il entend ce qu'ils lui disent. Son oraison est toujours pratique, en ce sens qu'il se propose toujours de la faire servir à son avancement dans la perfection. Et de fait, même quand il a été le plus distrait, il ne se relève jamais sans y avoir puisé de nouvelles forces, et une nouvelle résolution de servir et d'aimer Dieu. »

Le journal de ses retraites et de ses oraisons journalières, contient le récit de plusieurs faveurs insignes qu'il dit avoir reçues de Notre-Seigneur et de sa Bienheureuse Mère. La réserve avec laquelle il s'exprime ne nous permet pas de décider si l'on est en droit de les ranger parmi les grâces véritablement extraordinaires ; nous nous contenterons de les rapporter simplement après lui.

« Dans une de mes méditations (c'était pendant le triduum de récollection qui précède la rénovation des vœux, au mois de juin 1768), je fus admis, avec une grande douceur de mon âme, à baiser les pieds de Jésus... Pendant la nuit, me sembla-t-il, je fus visité par l'Enfant Jésus, qui me fit les plus douces et les plus aimables caresses... Depuis ce temps, je porte une espèce de feu dans la poitrine. » Les jours suivants, il attise cette flamme au Cœur môme du Sauveur. Voici le sujet de quelques-unes de ces méditations : « Le Cœur de Jésus, fournaise d'amour;...

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