‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 9 sur 315 · LIVRE I. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE I

c'est sur elle, comme sur le point capital, qu'il concentra tous ses efforts. En attendant les occasions solennelles de se signaler, il s'exerce sur un théâtre moins vaste, et dans les petites luttes journalières, îl apprend l'art de remporter de glorieuses victoires.

Le noviciat terminé, le F. de Clorivière, dans la joie de son âme, consomma son sacrifice et se lia pour toujours à la Compagnie de Jésus par les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance perpétuelle. C'était le 17 août 1758^ De novice il devenait scolas tique approuvé de la Compagnie. Il fut envoyé au collège Louis-le-Grand pour y suivre pendant une année les cours de philosophie.

Les jeunes religieux au milieu desquels il venait se mêler formaient dans ce grand collège une petite communauté à part. Le P. Recteur et le P. Préfet des études, absorbés par les soucis de la direction générale, se faisaient aider par l'un d'eux pour le gouvernement intérieur de cette portion de leur famille. Le Btdelle^ c'est le nom de ce dignitaire, transmet aux scolastiques les recommandations des supérieurs ; il veille au maintien de l'ordre du jour, distribue les petits emplois , entretient la bonne entente , l'esprit de dilatation et de ferveur.

Le F. de Clorivière en arrivant à Louis-le-Grand, y fut nommé Bidelle. La charge n'est pas si considérable qu'elle puisse inspirer un grand orgueil : mais l'humble Frère était ennemi de tout ce qui sentait la distinction; peut-être aussi sa timidité répugnait-elle à ce qui le mettait en avant. Ce fut sa

1. C'est la date indiquée dans le catalogue imprimé par arrêt du Parlement.

première épreuve : d'autres la suivirent bientôt plus intimes et plus douloureuses.

Il avait passé tout le temps de son noviciat dans un grand calme et m sans aucune tentation. » Mais une fois qu'il eut consommé son sacrifice, le démon parut avoir puissance contre lui. Dieu n'a pas épargné ces assauts redoutables aux plus grands saints. L'orage gronda longtemps ; pendant plusieurs années encore, nous en retrouverons l'écho dans ses notes spirituelles.

Le défaut de langue fut une autre source d'épreuves. Les étudiants de la Compagnie ont l'habitude de débattre entre eux dans des réunions privées ou ce7^cles les questions de philosophie ou de théologie traitées en classe par les professeurs. C'est une sorte de tournoi où chacun est appelé à rompre une lance à son tour, et doit successivement soutenir le rôle de Tattaque ou de la défense. Le F. de Clorivière était mal secondé par sa parole; les meilleures raisons s'arrêtaient sur ses lèvres, et il avait à recueillir plus de confusion que d'honneur. « Pendant l'année de ma philosophie, dit-il, mon bégaiement s'accrut au point que je fus incapable de donner un seul argument. »

11 ne pensa jamais à s'autoriser de cette infirmité pour demander une exemption qui aurait profité à son amour-propre, mais dont ne pouvait s'accommoder son respect de la vie commune, et beaucoup moins son désir de se vaincre et de se mortifier. Mais la croix ne laissait pas d'être rude, et il confesse en toute simplicité qu'il eut beaucoup à soufl^rir. Une autre peine s'ajoutait à celle-là : les deux choses J

Page 1