LIVRE II. CHAPITRE IV
dans les saints, dans tous les hommos et dans toutes les créatures; aimons-le toujours et à jamais, sans aucune interruption. C'est ainsi, ô mon Dieu, que dès ce moment, je désire et forme la résolution de vous aimer; et afin que mon amour soit moins indigne de vous, je l'unis très humblement il tout l'amour que le Cœur de Jésus a jamais eu et qu'il aura jamais pour vous. Ainsi soit-il. »
Dans cette même retraite de 1771, toute consacrée & l'amour, on relève ces mots, indices de luttes dont il n'était pas encore affranchi : « Sans plus me préoccuper de mon bégaiement, je ferai mon unique affaire d'aimer Dieu. » En effet, son défaut de tangue persistait toujours, aussi rebelle, aussi totiace : les courts instants de répit qu'il en obtenait jun-rois ne faisaient qu'éveiller des espérances presque aussitôt évanouies. « En vérité, disait-il, je suis un membre
inutile dans la Compagnie La vie a quelque
chose qui me pèse; il me semble que je n'aurais nul chagrin de mourirmaintenant; car de mener, cnnime je fais, une vie négligente, et d'tHre înhaliile iï tout, c'est un peu difficile à porter, b
Malgré ces accablements passagers, dt' grandes pensées continuaient à germer dans son ilnie. Il s'en ouvre à ses confidents habituels, avec une insistance et une conviction qui ne permettent guère de douter que Dieu ne lui ait en effet dévoilé une partie 'de l'avenir. Il cherche parfois à percer entièrement le mystère : a Mais non, dit-il, je dois mettre à. profit chacune des heures de ce jour, sans me préoceupcr de ce qui peut arriver demain. Suffîcit (lifi inaiitin sua. A chaque jour suffit sa peine. Laissons ft Dieu
le temps à venir, et ne soj^ons occupés que de faire un bon usage de celui qu'il nous donne à présent. Pourquoi veux-tu, mon âme, pénétrer dans les secrets de Dieu? Qu'il te suffise de savoir ce qu'il demande aujourd'hui, et de l'accomplir de ton mieux. Tu n'ignores pas que tu es indigne du plus petit de ses bienfaits ; pourquoi veux-tu prétendre à ses dons les plus sublimes? Si c'est son bon plaisir, il peut te tirer de la poussière, et te donner une place parmi les princes de son peuple. Mais ce n'est pas à toi à porter tes vues si haut... »
Il est certain que tout semblait lui donner raison contre lui-même. A voir cette timidité extrême qui s'effarouche du moindre éclat, qui porte son embarras et ses hésitations jusque dans l'enceinte d'une obscure communauté, ces perpétuels retours sur son impuissance, cette persuasion intime qu'il est inutile à tout, qui ne demeurerait en effet persuadé que sa vie doit se passer tout entière dans le silence et l'obscurité? Mais la voix de Dieu continue de se faire entendre : ce Malgré tout, j'entretiens dans mon cœur je ne sais quelles espérances de quelque chose de grand; Dieu est la toute-puissance, et souvent il se plaît à faire usage pour sa gloire des plus faibles instruments. »
II écrit la même chose à son Provincial, et à sou ancien professeur, le P. Howard. Ceux-ci sont presque effrayés de ces confidences, et les attribuant aune certaine exaltation, conséquence de sa dernière maladie, ils cherchent à les interpréter dans un sens plus modeste et aussi plus vraisemblable, a Sans, doute, mande le P. Howard, Dieu a de grands