‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 92 sur 315 · LIVRE 11. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE 11. CHAPITRE IV

écriture ressemblait à la sienne; mais qu'on n'était pas autorisé à les lui attribuer, puisqu'elles étaient sans signature; que, d'ailleurs, elles ne contenaient rien qui ne fût parfaitement conforme A la morale de l'Evangile. Le Gouverneur, irrité en apparence de cette réponse, mais qui, en effet, ne cherchait qu'un prétexte pour persécuter le Père, éclata en vifs reproches contre lui, le traita de fanatique et d'insensé, de perturbateur desconsciences ; il acoompagim même ses injures de violentes menaces : « Il me suffit, répondit !e Père avec douceur et dignité, de savoir combien peu je mérite les reproches que vous m'adressez; quant à mes principes, ni la prison, ni l'exil, ni la mort ne pourraient les altérer, puisque je les ai puisés dans le sein de la vérité même. » II jugea néanmoins, par les menaces du Gouverneur, qu'il courait quelques dangers, et il se décida ii quitter la ville'. »

Combien de temps dura cet exil volontaire? nous ne saurions le dire : mais nous retrouvons le P. de Clorivière à Bruxelles au mois d'octobre 1771, et pendant les deux années suivantes. L'orage passé, il reprit ses œuvres de zèle. « Il serait diflicile dédire, ajoute l'auteur que nous venons de citer, tout ce que fit, dans cette ville, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, un homme aussi doué des richesses de la grâce, aussi rempli des lumières de l'Esprit- Saint', » et sans entrer dans les détails, il raconte ce seul trait que nous citons après lui :

i. La Vie du B. P. Pierre-Joseph Picot de Ctoi-iviùre, retiijicu.i^ de la Compagnie de Jétua, i'" partie, p. 8. 2. Ibid., p. 8.

a Le P. de Clorivière, dit-il, venait un jour d'assister un de ses amis à l'article de la mort; en se rendant chez lui, il rencontra un vieillard sans foi et sans religion, qu'il avait déjà tenté à plusieurs reprises, mais inutilement, de ramener dans la bonne voie. Dès qu'il l'aperçut, il se recueillit quelques instants en lui-même, et adressa à Dieu cette prière : a Mon Dieu, si l'ami que je viens d'assister dans ses « derniers moments a trouvé grâce auprès de vous, « daignez accorder à l'homme pécheur que je vois « ici la grâce du retour à votre sainte loi. » Puis, hâtant le pas, il s'empressa de l'aborder.

(( Après quelques mots de politesse échangés de part et d'autre, le serviteur de Dieu lui demanda s'il était pleinement satisfait du bonheur que lui procurait sa fortune ici-bas, et s'il ne songeait pas à s'assurer un bonheur plus solide et plus durable que celui de la terre. Il continua ensuite sur le même ton, en l'entretenant de la fragilité des biens passagers de cette vie. Toutes ses réflexions furent d'abord accueillies, comme à l'ordinaire, par un dédain ironique de la part du vieillard incrédule. Cependant il parut, en cette rencontre, un peu plus disposé à réfléchir sur sa conduite. Le P. de Clorivière profita de cet heureux moment pour entrer en discussion avec lui, et il réfuta toutes ses assertions avec tant de précision et d'habileté, que le vieillard en fut ébranlé, et ne se sépara de lui qu'après avoir pris l'engagement d'aller lui rendre incessamment une visite. 11 ne tarda pas à tenir sa parole, et sa conversion suivit de près cette heureuse rencontre. Ainsi, le Seigneur accorda dans cette circonstance deux

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