‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 99 sur 315 · IL RENTRE EN FRANCE · texte numérisé non relu

IL RENTRE EN FRANCE

Clément XIV aurait voulu reculer sans fin la fatale promulgation; les ennemis delà Compagnie ne le lui permirent pas. Ils lui livrèrent underiiii3r assaut; et le 16 août, le Bref de suppression fut notifié au P. Laurent Ricci, Général de la Compagnie, et envoyé à tous les évoques de la catholicité qui comptaient encore des Jésuites dans leurs diocèses.

La Compagnie de Jésus fait profession spéciale de dévouement et d'obéissance au Souverain Ponlife. Jamais assurément elle n'avait pensé qu'on In! Jemanderait un jour le sacrifice de sa vie. Mais quand la Providence, par l'organe de son représentant sur la terre, lui présenta le calice, c'est une vérité de le dire, et les plus acharnés de ses ennemis n'ont pas essayé de le méconnaître, elle ne détourna

jia3 ses lèvres, et comme son premier Capitaine et Itui, elle fut obéissante jusqu'à la mort. Le P. de (;!orivière avait prononcé le voeu d'obéissance au \'icaire de Jésus-Christ. Le premier exercice qu'il eut à en faire, ce fut de quitter une règle, de (K'pouiller dea livrées et de laisser un nom qu'il aimait plus quG sa vie, et pour lesquels il aurait donné sans compter tout son sang. Nous ne chercherons pointa pijnétrer dans son cœur pour y mesurer la profondeur i\<: la plaie que ce coup y ouvrit. L'amour de l'Eglise se joignait àl'amour de la Compagnie pour redoubler sa douleur : il était évident en effet que le licenciement de cette milice allait devenir le signal et le point de départ d'uoe guerre plus acharnée et plus désastreuse; on ne le savait déjà que trop; les inspiraLcurs de cette campagne sacrilège s'en étaient expliqués avec assez d'éclat; on le connut mieux encore, quand on entendit les explosions de joie qui retentirent dans leur camp, et remplirent d'amertume les derniers jours du malheureux Pontife.

La Province d'Angleterre comptait trois maisons dans les Pays-Bas : à Gand, à Bruges et à Liège. Le collège de Bruges était l'ancien collège de Saint- Omer, que les Parlements français avaient forcé, onze ans auparavant, de se réfugier en Belgique. Il avait eu pendant ce temps une existence florissante; mais l'intimation du Bref de Clément XIV le ruina sans retour. Cette intimation fut faite aux Pères d'une manière brutale, qui rappelle les procédés mis en (i?uvre quelques années auparavant par le gouvernement espagnol. A la nuit tombante, une troupe en armes vint cerner la maison. Pendant ce temps, des

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oommissaires pénétraient dans le colli'ge, rassemblaient la communauté au réfectoire et lui [lonnaient lecture du Bref. Cette lecture faite, les trois principaux d'entre les Pères furent emmenés sous escorte au couvent des Franciscains irlandais, et y furent retenus prisonniers pendant dix mois; les autres furent dispersés çà et là dans les maisons de la ville ; il est vrai que, peu à peu, on les remit ensuite en liberté; mais on ne leur donna pas permission de retourner dans leurs chambres, ni même au collège. Tous les biens furent confisqués, sans en excepter l'argcMiferie de l'église. Les manuscrits et papiers personnels furent également saisis et ne furent jamais rendus' .

A Gand, le Gouverneur des Pays-Bas fil occuper la maison de la même manière; mais on ne dit pas qu'il fit emprisonner les personnes.

A Liège, les choses se passèrent avec plus de modération. Le prince-évéque, Mgr François-Cliarles, comte de Welbruck, qui avait relardé jusqu'au

1. Les Jésaites supprimes, des Pères Dominicains furent irivitéa i prendre à leur place la direction du collège; mais les écoliers n'acceptèrent pas ce changement sans faire cntendrB de bruyantes prolestations contre la violence qui leur avait enlevé leurs maîtres. Ils te mirent en révolte, et menacèrent do ruiner la maison de fond en comble. Rien ne put apaiser le tumulte, ni la voix des Pères Dominicains, 'ni celle des magistrals. Force fut d'avoir recours à ceux qu'on venait d'expulser : au milieu de la nuit, l'autorité civile envoya chercher le Préfet du collège, le P. Richard llorgan. Au son de cette voix aimée qui lui recommandait le respect et l'obéissance, loule cette jeunesse sentit tomber son cirervcsccuce, et rentra dans l'ordre. Pourtant le collège ne retrouv.i jamais son ancienne prospélitè. Quelques écoliers, sans attendre In décision de leurs parents qui étaient en Angleterre, altèrent eux-mêmes se réunir à leurs ani'iens maîtres à Liège, et bientôt ils y furent rejoints par le plus gi-and nombre deleura condisciples. (Letlera and Notices. T. X, p. 309-370.)

im UISTOIRB DU P. DB CLOHIVIÈRE

b septembre la promulgation du Bref, autorisa les professeurs et les scolastiques à rester dans la maison fl à poursuivre, en qualité de clercs séculiers, l'étude et l'enseignement de la théologie. Il crut seulement devoir mettre un de ses prêtres à la tête du collège, et il lui confia une des chaires de théologie. Mois l'accueil plein de réserve, et même de froideur, que II' nouveau titulaire rencontra auprès de ses auditeurs lui fit comprendre qu'il avait accepté une mission trop ([(■■licate, et i! s'empressa de se retirer. L'évèquemit alors à sa place le P.Jean Howard que sa charge d'an- (JL'ii Recteur, ses qualités aimables et la confiance des <' I iidiants recommandaient daturellemeot à son choix. Le P. Howard accepta; mais il allait se trouver en f((cc d'une situation assez difficile. La suppression de la CompagnieavaittarilasourcedesrevenusdelamaisoD. Pour remédier à cette détresse, il conçut le dessein,de concertavec quelques Pères, d'ouvrir à côté des cours hJiipérieurs de théologie une académie pour la jeunesse catholique. Le prince-évéque consulté encouragea vivement l'entreprise. Elle réussit au delà des espéninces. Plusieurs écoliers accoururent de Bruges; iliiatres vinrent d'Angleterre. En 1778, le Souverain l'iiulife Pie VI érigea le nouvel institut en séminaire jiontifical, approuva sa forme de gouvernement, lui accorda les droits et les privilèges dont avaient joui [irécédemment les collèges de Douai, de Yalladolid, d<! Lisbonne et de Rome, et surtout le privilège capital de faire ordonner ses membres sur la simple [iréBenlation de son Président'. Fidèle à sa vieille

1 . Lellers and Notices. T. X, p. 370371 . — Le Bref porle la daf ,lii 15 septembre 1778. Il reconnaît euplicitement que le nouveau

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