CONFÉRENCES DE MARCQ
Claude de FAubépiae secrétaire d'état) ^ Puis, le 23, pendant que dans les Pays-Bas avaient lieu des processions générales pour supplier Dieu de leur accorder la paix ^, les conférences s'ouvrirent au village de Marcq, dans la terre d*Oye, à une distance à peu près égale d'Ardres, de Calais et de Gravelines. Cinq pavillons de bois, tendus de draperies, avaient été dressés dans un parc clos : un au sud-ouest pour les Français ; un au nord-est pour les Impériaux ; un au nord-ouest pour les Anglais ; un pour Etienne Gardiner, et le cinquième au milieu pour la tenue des conférences \
Cet imposant appareil, la pompe des ambassades, ne couvrirent malheureusement que de stériles négociations. L'Angleterre, gagnée à la cause de l'empereur*, n'exerça qu'une médiocre influence; dès le début il y eut d'acrimonieuses réclamations, au sujet de dépêches interceptées par les capitaines impériaux, du pillage de la vaisselle du connétable par la garnison de Saint - Omer ^, et chacun des princes
» Lettre de Charles-Quint précitée.— Lettre de Granvelle,du48 mai. Papiers d'état j IV, 425. — Les lettres de sauf-conduit pour les commissaires français furent délivrées le 40 mai. Archives de l* Audience, liasse 4444.
" Ordre du 48 mai. Compte de C. de Berlaymont, f° xxvij.
' Lettre de C. Malopera, du 20 mai. Bull, de la Comm. royale d'hist., 2« série, XII, 249.
^ « Le jour que Ton a choisi pour la négociation est le 48<' ou 20<^ ; seullement ne veux-je obmettre de dire à Votre Majesté qu'il sera bien requis que nous soyons là deux ou trois jours devant pour parler avec Paiget, lequel m'ha fait dire par Tambassadeur qu*il le désiroit, afin que puissions communiquer sans soubçoD et regarder sur l'assistance que les Ânglois nous vouldront faire à la négociation, et de sorte que nous puissions correspondre et avoir intelligence ensemble, donnant la moindre umbre aux François que faire se pourra. » Lettre de Granvelle, du 40 mai. Reg. Collection de doc. hist., X, f<> 6.
^ Lettre de C. Malopera, du 30 mai. 1. c, 254 . — Les défiances étaient telles qu'on craignit que sous prétexte de faire escorter leurs ambassadeurs, les Français ne tentassent de s'emparer de quelque. place de l'Artois, et l'on renforça les garnisons de cette province. Lettre de Granvelle, du 40 mai, précitée.
belligérants, malgré les souffrances des peuples, malgré l'état d'épuisement et de fatigue où il se trouvait réduit luimême, maintenait avec opiniâtreté ses prétentions. Henri II avait dit d'avance que ces conférences n'aboutiraient pas, parce que les Impériaux « youdroient ravoir, et qu'il n'estoit délibéré rendre quelque chose *. » En effet, « n'oublièrent les François de remettre en avant toutes les vieilles querelles : comme la souveraineté de Flandres, ce qu'ils prétendoient sur Gênes , pour justifier la prise de Corsica , avec plusieurs aultres trop longues à raconter, mais principallement Testât de Milan. » Ils revendiquaient ce duché et le comté d'Âsti pour le duc d'Orléans , qui serait marié à une petite-flUe de Charles -Quint, et, tout en conservant le Piémont, qui leur ouvrait l'Italie , ils réclamaient aussi, au nom de leurs alliés , la restitution de la Navarre et du duché de Plaisance. A ces exigences, les ambassadeurs de Charles-Quint « respondirent de point en point en plain, leur remémorant aussi le duché de Bourgogne. » Ils refusèrent d'abandonner la Navarre et de céder le Milanais, qui livrerait l'Italie à la France ; ils exigèrent l'évacuation des états du duc de Savoie, des villes enlevées à l'empire et aux Pays-Bas, des cantons de la Corse détachés de la république de Gênes.
Ces prétentions réciproques provoquèrent des débats fort animés, et « enfin les Anglois, voians le peu d'apparence que y avoit d'en sortir par le boult, mirent trois points en avant : 1^ de marier l'infant don Carlos avecq la fille de
' « Le Rhyngrave... conta aussi qu'il avoit ouy dire audit roy de FraQce, durant nostre assamblée de Marcques, qu'il ne pensoit que feriesmes quelque chose, pour aultant que nous vouldriesmes ravoir, et qu'il n'estoit délibéré rendre quelque chose. » Lettre de de Lalaing, du 22 janvier i556. Lettres des seigneurs, XV, f" 13.