‹ Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique (volume 2)Chapitre 9 sur 154 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

CONFÉRENCES DE MARCQ. — CHARLEMONT ET PHILIPPEVILLE. LA RÉFORME. FIN DE SA PÉRIODE RELIGIEUSE.

Vers la fin du mois d'octobre 1 854 , au moment où les Impériaux se disposaient à clore la campagne par une dernière expédition, le connétable de Montmorency réclama la médiation de l'Angleterre. « J'ai toujours été soigneux du bien public et de la paix, écrivait-il au chancelier Etienne Gardiner; aussi n'ai-je point conseillé la guerre. Du reste, cognoissant la puissance de l'empereur et voyant l'obstination du roi, j'ai prévu que leur querelle pourroit causer à l'un ou à l'aultre ruyne entière. D'un autre côté, je vois la France esbranlée à l'hérésie, pour laquelle déjà trois villes se sont déclarées, et la paix seule peut remédier à tout cecy. Si votre souveraine veut prendre cette peine, je viendrai traiter en personne. » Le chancelier lui répondit : « Si le roi votre maître désire un traité fondé sur la justice et sur la restitution du bien d'autrui, je suis disposé à le servir près de la reine; sinon je ne m'en mêlerai pas, bien prévoyant que paix sans justice ne seroit que paix nécessiteuse et insidieuse, et non de durée. » Dans le même temps, 1? cour de Bruxelles recevait de semblables avances de la part du cardinal de Lorraine. « Sur quoi, après avoir discouru, si l'on le proposoit franchement, ou pour tromper, ou par nécessité, il sembla que la

guerre ayant duré trois ans et plus, que l'un et l'autre prince ne pouvoient être sans sentir la nécessité de finances, et Charles-Quint résolut d'entendre ce que Ton vouloit dire \ »

Ces ouvertures étaient faites quand le pape Jules III, désireux de réunir contre les Turcs les deux plus puissants princes de la chrétienté, chargea Renaud Pôle de reprendre son œuvre de pacification. Le cardinal s'y prêta avec empressement et pria Marie Tudor de servir de médiatrice. Elle s'y montra peu disposée d'abord ; elle n'eût même guère tardé à sortir de sa neutralité , si le désir de purger l'Angleterre de l'hérésie ne l'avait emporté sur toute autre considération. La paix devait ou rendre à Charles-Quint sa liberté d'action , ou faire passer aux mains de Philippe une grande partie de ses états. Dans l'une ou l'autre hypothèse la reine acquerrait un puissant appui contre les protestants, que la terreur des supplices n'avait pas abattus. Elle accepta donc , et sa médiation ayant été agréée par les deux parties (avril 1555), on convint d'ouvrir les conférences le 10 ou le 11 mai^.

Les commissaires anglais (le cardinal Pôle, le comte d'Arundel et lord Paget) arrivèrent à Calais, dans les premiers jours de mai ; ceux de l'empereur (le duc de Médina- Cœli, l'évêque d'Arras, le comte de Lalaing, le seigneur de Bugnicourt, Viglius, le président du grand conseil Lambert de Bryaerde et le secrétaire Bave), qu'accompagnait un envoyé du duc de Savoie (Claude Malopera), se rendirent, le 18, à ^ravelines, où ils furent bientôt suivis des ambassadeurs français (le cardinal de Lorraine, le connétable, Charles Marcillac évêque de Vienne , Jean de Morvillers évêque d'Orléans , et

» Lettre de S. RcDard, du 30 novembre 4554. Papiers d'état de Granvelle, IV, 343.

' Lettre de Charles-Quint, du 28 avril 4555. Correspondenz, III, 654.

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