‹ Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique (volume 2)Chapitre 13 sur 154 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Après avoir résisté longtemps aux instances de son père, Philippe était enfin arrivé dans les Pays-Bas ; le 8 septembre, il fit son entrée à Bruxelles, et la semaine suivante (15 et 16 septembre), il assista aux obsèques de son aïeule, Tinfortunée Jeanne, morte à Tordesillas, le 1 3 avril. Ces obsèques, retardées à cause de la pénurie du trésor , se firent avec une grande magnificence dans l'église de Sainte-Gudule * ; mais ce n'était point pour assister à cette cérémonie que le roi d'Angleterre avait cédé aux désirs de l'empereur : un motif plus puissant l'appelqit dans nos provinces.

Le décès de Jeanne avait impressionné Charles-Quint, et sans lui suggérer Tidée de son abdication, ni même la hâter, cet événement le confirma dans sa résolution. D'autre part, la mort de sa mère , dont il était précédemment le lieutenant en Castille, l'avait rendu le possesseur légal de ce royaume, et il pouvait, sans difficulté, en faire l'abandon à son fils. Agé de 85 ans seulement, il n'avait plus qu'une constitution usée V par le travail et par les fatigues, une santé délabrée par de cruelles douleurs. Fort jeune, il avait été attaqué de la goutte, et, malgré les soins des plus habiles médecins, la vio-

' Voir Histoire de Bruxelles,

lence du mal avait crû avec Tâge. Chaque année, les accès étaient devenus plus fréquents et plus aigus. Indépendamment de cette maladie, qui avait succédé aux atteintes de Tépilepsie, il était sujet aux hémorroïdes , et les souffrances physiques avaient fini par altérer les facultés de son âme. En 1S40 déjà, l'ambassadeur de France Marillac le représentait Fœil abattu, les lèvres pâles, le visage plus mort que vif, le col exténué; la parole faible, l'haleine courte, le dos fort courbé, les jambes si débiles qu'à grand'peine il pouvait aller, à l'aide d'un bâton, de sa chambre à sa garde-robe. En 1551, en voulant essayer une voiture destinée à le conduire à la promenade, à la chasse et aux camps, il tomba et faillit perdre le peu de temps que la nature lui laissait encore '. Les lettres de son secrétaire intime, Guillaume Van Maele, le montrent épuisé par les fatigues du corps et de l'esprit, par ses voyages et par ses guerres, sous des climats d'une température opposée, par les soins et par les soucis d'un gouvernement vaste et compliqué, par les mécomptes qu'il avait éprouvés des événements et des hommes ; rongé de tous les maux; atteint d'une décrépitude précoce ; livré aux intrigues des médecins, et, par une singulière aberration d'esprit, repoussant les conseils du praticien de talent. Corneille de Baesdorp, pour se livrer au charlatan Caballus, qui flattait ses goûts et se réglait sur ses désirs. On le voit alors chercher l'oubli de ses douleurs, occuper ses insomnies, en dictant une partie de la nuit, en écoutant des lectures, en priant à haute voix, en chantant les psaumes de David, en composant des oraisons.

Ses infirmités s'étaient surtout aggravées pendant l'hiver de 1853 à 1584. Le 24 novembre, on le trouve derechef perclus

' De Reiffenberg, Introduction aux lettres de Guillaume Van Maele,

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