‹ Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique (volume 2)Chapitre 4 sur 154 · MARIAGE DE LINFANT PHILIPPE AVEC MARIE TUDOR · texte numérisé non relu

MARIAGE DE LINFANT PHILIPPE AVEC MARIE TUDOR

que Son Altesse ne jouira des Pays-Bas, après la mort de Sa Majesté, sans grande difficulté; que le roi de Bohème y est désiré et Son Altesse et les Espagnols haïs. Ce sont préadvertissemens auxquels vous devez penser plus qu'à autre chose du monde, pour prévenir tels desseins et pourvoir, en temps dû, à l'assurance de la succession de Sa Majesté, et réunir ces deux princes (Philfppe et Maximilien), si y jugez quelque altération, et les nations d'Espagne et de Flandre'. » Tout un avenir sombre et sanglant se révèle dans ces appréhensions!

Les représentations les plus vives des ambassadeurs de Henri II, les intrigues les plus actives, l'or répandu à pleines mains, les remontrances de ses sujets, rien ne put dissuader Marie Tudor de cette union. Bigote au cœur sec, elle était dominée surtout par le désir de rétablir le catholicisme en Angleterre, et pour atteindre ce but, il lui fallail un guide habile et un puissant auxiliaire. Proposée dès le mois d'août, la demande de sa main eut lieu officiellement le 20 septembre et, le 30 octobre dans la soirée, elle fit appeler Simon Renard dans sa chambre. Là, seule avec l'ambassadeur, après avoir récité le Vent creator spirituSy elle jura sur l'hostie consacrée qu'elle prendrait Philippe pour mari. Dès que cet acte fut accompli, Viglius fut chargé de négocier avec le chancelier d'Angleterre, Etienne Gardiner, les préliminaires du traité de mariage ^.

De grandes difficultés restaient encore à surmonter. La chambre des communes continuait à témoigner le plus grand éloignement pour cette alliance ^, et quand elle fut

' I^ettre du 9 septembre. Papiers d'état de Granvelle, IV, 99. ' VigUi vita, n«Lxvii, 30. — M. Mignet, 1. c.

^ Lettre de Charles-Quint, du 21 décembre. Papiers d'étal de Granvellf, IV, 471.

7â RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

arrêtée, une adresse parlementaire, qui exprimait l'opinion publique, engagea la reine à ne pas épouser un étranger. Marie Tudor y répondit en cassant le parlement ^ L'opposition ne se tint pas pour battue : soutenue par la France, elle travailla en faveur du jeune comte de Devonshire, dont les prétentions à la main de sa parente étaient fort populaires en Angleterre ^. Le roi de Portugal, en même temps, agissait dans l'intérêt de son frère Louis, et le roi des Romains était soupçonné de briguer la main de la reine pour son fils Ferdinand^. Enfin , jusque dans le conseil de Marie de Hongrie, on agita la question de savoir s'il n'était pas préférable de voir Marie Tudor unie au roi des Romains ^ Mais Charles-Quint, habileiq^nt secondé par sa sœur et par Simon Renard \ triompha de tous les obstacles. 11 emprunta 1,200,000 écus aux villes impériales d'Allemagne pour corrompre les ministres et les courtisans de Marie Tudor ®, semant même ses présents sur leurs proches et leurs alliés '. Marie de Hongrie s'attaqua plus directement au cœur de la reine, qui la sollicitait de venir en Angleterre * : la situation des Pays-Bas ne lui permettant pas de s'absenter, elle promit de satisfaire à ce désir, dès que la

' Rapin Thoyras.

' Rapport de Simon Renard, du 8 février 1554. Papiers d'état de Granvelle, IV, 207.

' Lettre du 21 décembre, précitée.

* l\ était veuf, depuis le 27 janvier 1347, d'Anne de Bohême et de Hongrie. — Lettre du 9 septembre, précitée.

^ Lettre de Marie de Hongrie, du 19 novembre 1533. Papiers d'état de Gran^ vf//c. IV, 149.

^ SiMONOE DE SisMONDi, Histoire des Français, XII, 260.

7 24 janvier 1554. a Mandement pour passer es comptes dudit receveur, la somme de viij « xviij livres, pour ij chaynes, délivrées aux deux frères du grand escuyer de la royne d'Angleterre. » Reg. aux dépêches et mand. des finances, n« 20743.

* Lettre du 19 novembre, précitée.

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