‹ Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique (volume 2)Chapitre 5 sur 154 · MARIAGE 0E L INFANT PHILIPPE AVEC MARIE TUDOR · texte numérisé non relu

MARIAGE 0E L INFANT PHILIPPE AVEC MARIE TUDOR

paix serait conclue, et, en attendant, elle entretint une correspondance active et affecttieuse avec la fiancée de son neveu '. Ce fut avec un chrême bénit envoyé de Bruxelles, que Marie Tudor fut sacrée . « La venaison de sanglier estant chose rare en Angleterre et plaisant au goût de ladite reine, » ordre fut donné au lieutenant de la vénerie en Flandre, le seigneur de Tremessan , de se mettre en chasse pour en fournir aux « festins du couronnement ^. » La régente envoya à Marie Tudor le portrait de Philippe , que le Titien avait peint pour elle en 1550, et qui « estoit jugé par tous fort ressemblant, alors qu'on le regardoit en son jour et de loin comme sont toutes peinctures de Titiano, qui de près ne se recognoissent ; » elle y mit pourtant la condition « de ravoir icelle peinture comme chose morte, lorsque la reine auroit le personnage vif en sa présence *, » Charles-Quint, de son côté, offrit à sa future bru de magnifiques bijoux, entre autres, une bague dont le diamant avait coûté 20,000 livres ^

A peine le traité fut-il préparé, que Simon Renard, redoutant quelque pierre d'achoppement pour le succès de ses négociations, pressa Marie de Hongrie d'envoyer en Angleterre une ambassade extraordinaire pour conclure. La régente choisit à cet effet les comtes de Lalaing et d'Ëgmout , Jean de Montmorency et Philippe Nigri **. Reçus, le 2 janvier 1 554, par Marie Tudor, ils déployèrent la plus grande magnificence, et, conformément à leurs instructions, se montrèrent empressés et faciles sur toutes les conditions. Aux termes du traité

' Voir les Papiers d'état de Granvelle, IV.

* Lettre de l'évoque d'Arras, du 13 septembre 4563. Ibid., 402. ^ Lettre de Marie de Hongrie, du 8 octobre 4553 Ibid., 420.

* Lettre du 49 novembre, précitée.

^ Compte de H. de Boulogne (n» 4894).

^ Lettres du 49 novembre et du 24 décembre, précitées.

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qu'ils conclurent avec les commissaires de la reine, le titre de roi d'Anglelerre était donné à Philippe, tant que le mariage subsisterait, mais à Marie Tudor seule était réservé le gouvernement, en conformité des lois, des coutumes et des privilèges du royaume. Elle conserverait seule aussi la disposition des revenus et la collation des emplois et des bénéfices, avec cette clause expresse qu'ils ne seraient conférés quà des nationaux. Il lui était alloué iin douaire de 60,000 livres de 40 gros, dont 40,000 hypothéquées sur l'Espagne et 20,000 sur le Brabant, la Flandre, le Hainaut et la Hollande.

Les enfants à naître de ce mariage étaient appelés à la succession des biens maternels, suivant la coutume du pays. F^ar rapport aux biens paternels, don Carlos, flis de Philippe, était appelé à succéder à son père en Espagne et dans ses états d'Italie, qui, à défaut de ce prince et de ses enfants, devaient échoir au premier-né de Philippe et de Marie. A celui-ci étaient assurés, dans tous les cas, la Bourgogne et les Pays- Bas, à l'exclusion de don Carlos. Les puînés de l'un ou de l'autre sexe auraient des apanages en Angleterre, sans préjudice de la part que leur père ou leur aïeul leur léguerait dans les Pays-Bas ou la Bourgogne. S'il ne naissait que des fiUes, l'aînée aurait les Pays-Bas et la Bourgogne, pourvu qu'elle prît, du consentement de son frère don Carlos, un époux originaire de ces provinces ou sujet de sa mère. A défaut de remplir cette obligation, don Carlos rentrait dans ses droits sur ces pays, sauf à donner à la princesse une dot convenable en Espagne ou dans les Pays-Bas. Ce prince et sa postérité venant à manquer, le fils ou la fille aînée de Philippe et de Marie succéderait tant aux biens paternels qu'aux biens maternels, à condition de conserver les lois, les coutumes et les privilèges des pays , passant ainsi sous sa domination ,

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et de ne leur donner pour gouverneurs que des personnes indigènes. Par un acte particulier, Philippe s'engageait à défendre et à maintenir les libertés de la nation anglaise ; à renoncer à toute prétention sur le trône d'Angleterre, si Marie mourait sans enfant; à ne point mener sa femme hors du royaume, sans son consentement; ni ses enfants, sans l'avis du parlement; à n'emporter ni pierreries, ni meubles, ni vaisselle, ni bijoux appartenants à la couronne ; à conserver la bonne intelligence qui régnait entre l'Angleterre et la France; à ne mêler en rien les Anglais dans la guerre soutenue par son père contre Henri IP. Ces traités furent signés le 5 janvier, et le lendemain d'Egmont épousa la reine, par procuration, avec toutes les formalités d'usage".

Ces dispositions ne répondaient guère aux espérances fondées sur cette union. Elles étaient même de nature à susciter de graves inconvénients dans les Pays-Bas. En effet, la naissance d'enfants pouvait ramener la division, le démembrement de ces provinces, par le mariage d'une princesse qui porterait la souveraineté du tout ou d'une partie dans une maison étrangère; elles avaient à craindre de devenir un jour province anglaise et de perdre ainsi l'influence résultante de leur récente union. En outre elles étaient grevées d'une partie du douaire et éventuellement chargées

» DuMO.NT, IV, 3« partie, 406.— hyum, Acta pvblic. /Inçy/., IV, 27; XV, 377.

' « Le v« dudict mois (janvier 4554) fut accordé et conclu ledict mariage, et le vj«, ledict seigneur comte espousa ladicte dame, au nom dudict prince d'Espagne, en grand et sumptueux appareil et triomphe, qui seroient fort prolixes à escrire, comme aussy des festin et banquet royal, avecq infinies esbatz et toutes sortes d'instrumens et musiques. La nuict venue, ledict seigneur comte accomplit les cérémonies en tel cas requises etaccoustumées, assavoir de coucher au lict royal avec ladicte dame, à demy armé, ayant à la chambre bonne et seure garde. » Chronique des seigneurs et comtes d'Egmonl, précitée.

des apanages des enfants. Mais les conditions stipulées dans le traité n'avaient sans doute d'autre but que de satisfaire l'opinion publique en Angleterre ; les Anglais eux-mêmes les considérèrent comme bien faciles à éluder, pour un prince qui exercerait toute autorité sur l'esprit de sa femme. « Elle est, dit Simon Renard dans un portrait flatté de cette princesse, tant facile, tant bonne, tant peu expérimentée des choses du monde et d'estat, tant novice en toute chose que, si Dieu ne la garde, elle se trouvera trompée et abusée, soit par practiques des François, soit par conspirations particulières de ceux du pays, soit par poison ou aultrement ' . » Aussi, loin de faiblir, l'opposition devint de plus en plus menaçante. « Il y survient tous les jours difficultés, écrivait Charles-Quint à son frère, tant pour les praticques de France que pour autant que la nacion angloise aborit naturellement les étrangers, et pour cause de la religion, par le changement de laquelle en ce qu'ils se sont éloignez de l'observance ancienne de l'église, la reine d'Angleterre fait tout ce qu'elle peut pour les retirer ^. » En effet une vaste conspiration se formait, encouragée par l'ambassadeur de France, qui promettait l'appui de son maître, et ayant pour cri de ralliement : maintien de la religion réformée ! pour drapeau : Madame Elisabeth ! Cette princesse, « esprit fort, plein d'incantation, se préparoit des voies au trône, avec la complicité de la plupart de la noblesse et de quelques-uns même des ministres de la reine ^. »

Charles-Quint suivait avec anxiété ces manifestations de l'opinion publique, et dès qu'il vit le danger imminent, il conseilla à Marie Tudor de s'assurer de la personne d'Élisa-

» Lettre du 9 septembre, précitée.

' Lettre du 3 février 4554. Correspondenz, III, 605.

' Lettre du 9 septembre, précitée.

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