MARIAGE DE L'INFANT PHILIPPE AVEC MARIE TUDOR
beth ' ; mais le conseil arriva trop tard. La découverte de la conjuration précipita la crise , et insurrection , éclatant dans le comté de Kent (25 janvier 1554), s'étendit avec rapidité dans tout le royaume. Le chef des insurgés , sir Thomas Wyat, s'empara d'un quartier de Londres ^ de toutes parts les protestants persécutés se disposèrent à courir aux armes. En même temps de vastes armements en Bretagne et en Normandie présagèrent une prochaine descente des Français'.
La situation était si grave, que les ministres de la reine l'engagèrent à abandonner sa capitale et que les ambassadeurs de Charles-Quint, effrayés de Ta nimad version dont ils se voyaient l'objet, quittèrent Londres avec précipitation*. Peu s'en fallut que l'on ne vît s'accomplir les prédictions de Simon Renard, qui avait écrit à l'évéque d'Arras : « Cette princesse sera précipitée une de ces matinées du trône; elle ne pense autre chose sinon à remettre la messe et religion au-dessus, ce qui lui suscitera plusieurs assaulx, si Dieu ne la préserve ^. » Mais, au milieu de ces périls, Marie Tudor déploya une énergie qu'on était loin de lui supposer, et, rejetant les conseils timides de ses ministres, elle tint victorieusement tète à l'orage ^.
Aux premiers troubles, elle avait réclamé l'assistance de Charles-Quint', qui arma sur-le-champ des vaisseaux dans les Pays-Bas et ordonna à la flotte espagnole de se rendre
' Lettre du 34 janvier 1554. Papiers d'état de GranveHe, IV, 495.
' Rapport du 8 février, précité.
' Lettres de Charles-Quint, du 4 février, du 2 avril; de l'évéque d'Arras, du 5 mars. Papiers d'élat de Granvelle, IV, 204» 226, 247.
* Rapport du 8 février, précité.
' Lettre du 9 septembre, précitée. — * Rapport du 8 février, précité.
' Lettre de Charles-Quint, du 4«' février. Papiers d'état de Granvelle, IV, 201 .
sur les côtes d'Angleterre'. Par son entremise, et non sans grandes difficultés, la reine négocia d'importants emprunts à Anvers-, et bientôt les choses changèrent de face. Les chefs des insurgés , Thomas Wyat et le duc de Suffolk , défaits et pris, portèrent leurs têtes sur TéchaPaud, où les suivirent, avec de nombreuses victimes, Jeanne Grey et son jeune époux ; cet odieux crime d'état fut sanctionné par Charles- Quint^! Elisabeth, impliquée dans la conspiration par les aveux de Thomas Wyat, fut aussi arrêtée et sa sentence de mort ne se fit pas attendre.
L'insurrection était comprimée; Marie Tudor se voyait débarrassée de tous compétiteurs; la religion protestante allait être proscrite* et le triomphe de la reine assurait le succès de ses projets matrimoniaux. Mais Charles-Quint jugeait
' Lettres des 4 février, 5 mars et 2 avril, précitées.
' Ibid. — Dans un mémoire remis à sir Thomas Gresham, le 42 juin 4554, on lit : « Primo, attendu que Thomas Gresham a emprunté de divers négociants d'Anvers différents capitaux pour nous et à notre profit, pour lesquels il a reçu des lettres de change payables en Espagne, savoir : d'Antoine Fugger, la somme de 422,750 ducats, dont 62,000 payables à la foire de Villalon, et le reste à la foire du mois de mai ; de Gaspar Schetz et frères une somme de 65,000 ducats, payable à la foire d'octobre; en outre, dudit Schetz et frères, une somme de 35,000 ducats, payable à la. foire de Villalon; d'Octavien Lomellino, une somme de 32,000 ducats, dont 24,000 payables à la foire de Villalon, et le reste à celle du mois de mai; de Jean de Mantansse, une somme de 45,000 dacats, payable à la foire de Villalon; de Jean Lopez de Gallo, une somme de 24,000 ducats, payable à la foire de Villalon ; de Anthonis Spangnuole et Frederigo Imperialle, une somme de 47,000 ducats, payable à la foire du mois de mai, formant un total de 340,750 ducats (soit environ 55,000,000, monnaie actuelle). » Les établmemenls de banque à Anvers au xvi« siècle.
^ Lettre des ambassadeurs de Charles-Quint. Papiers d'étal, IV, 68.
4 Par circulaire du 40 décembre 4554, Marie de Hongrie ordonna dans toutes les villes des processions et des prières publiques, pour remercier Dieu du retour de l'Angleterre à la religion catholique. M. Gachard, AwlL hist., 1. c. Vil, 490.