CHAPITRE XLIII
Après la dislocation des armées , les événements militaires se bornèrent à des escarmouches. De Bugnicourt, récemment nommé capitaine général de TArtôis ^ ; Henri de Witthem, gouverneur intérimaire du comté de Namur ^ ; Martin Van Rossem, qui avait succédé à Mansfeld dans le Luxembourg ^, çt de Lalaing ne cessèrent d'inquiéter les frontières françaises ^ Ce dernier faillit à s'emparer de la capitale du Vermandois ; mais un temps affreux empêcha sa jonction avec le seigneur de Trélon , qui lui amenait des renforts de l'Artois , et l'entreprise se réduisit à une simple excursion. De Trélon livra aux flammes le château et l'abbaye de Hondcourt, quatre villages, un grand nombre de moulins et de censés ; de Lalaing fit éprouver le même sort aux châteaux de Beaurevoir et de Gouy , ainsi qu'à six gros boui^s, tandis que de Boussu, à la tête des bandes d'ordonnances de Famars et de Heifaut, brûlait vingt-cinq ou vingt-six villages. Arrêtés enfin
' Lettres patentes du 8 octobre 4553. Elles lui allouent un traitement de 4,200 livres par an. Manuscrit de la bibliothèque royale, n« 20444, f<» 44.
' 7 novembre 4552. Compte n<» 45228 aux Archives du royaume.
^Lettres patentes du 26 mars 4553. LeUres des seigneurs, IX, ^ 449. — Compte de H. de Breissgin, f» xvj yo.
* Lettres des seigneurs^ X,
m RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
par le mauvais état des chemins, les Impériaux reutrèreot dans leurs quartiers, ne laissant guère, du reste, autre chose « à brusier de ce côté ; la frontière estoit assez nettoyée de tout ce que les François se pouvoient aider sur leur territoire pour endommager le pays, depuis Landrecy jusques Cambrai \ »
Au mois d'octobre, un corsaire des Pays-Bas, Adrien Croie, surprit la petite ile de Cers, et proposa de la céder à Tempereur. Charles-Quint, jugeant Tacquisition peu importante et trop dispendieuse, engagea Marie Tudor à prendre cette ile, dont TAn^eterre pouvait tirer un parti avantageux. Mais l'offre ne sourit guère aux ministres anglais , fort désireux d'éviter tout prétexte de rupture avec la France , et pendant qu'on.discutait sur le sort de la conquête, elle fut reprise pai* Martin du Bellay, gouverneur de la Normandie ^.
L'hiver, en suspendant les hostilités, amena de nouvelles tentatives de pacification et, dans l'état d'épuisement où se trouvaient les belligérants, elles semblaient devoir aboutir. Ce fut Renaud Pôle, devenu légat du saint-siége en Angleterre, qui entreprit cette négociation destinée, si elle avait réussi, à immortaliser son séjour forcé dans les Pays-Bas. Ses ouvertures furent accueillies avec empressement par Charles- Quint : il y vit tout à la fois les moyens de retenir le cardinal ^uv le continent et d'imputer à Henri II la prolongation de la guerre. Le légat partit alors pour la France, où, au seul bruit de son arrivée, on vit les vieillards, les femmes , les enfants, que la faiblesse seule avait retenus dans leurs maisons en ruines , parsemer son chemin de fleurs ^. « La commune et
' Lettres de de Lalaing, des 4», 3 et 6 nov. Lett. des tteign,, XI, {•• 375, 384 . * Lettres de S. Renard, du ^i octobre; et de Charles-Quint, du 27. Papiers d'état de Granveile, IV, 434, 437. — ' Dk Thou, l. xiii, 2«0.
PRISE D£ MÂRiENEaUBG. - COMBAT DE RENTY. 87
généraUe opinion lors estoit d*une assearance de paix si grande, dit Rabutin, que les pauvres gens des frontières de l'un et l'autre party se Festoient ainsi persuadé, et s'en asseuroient tellement qu'ils rebastissoient et conimençoient à rehabiter en leurs cazettes et petites maisons fumantes encore du feu dont elles avoient esté ruinées , tant que chacun se promettoit un bienheureux repos, s'il eust pieu à Dieu amollir les cueurs de ces deux grands princes. Malheureusement, de même que tous les signes de Moyse et Âaron endurcissoient plus fort l'obstiné courage de Pharaon , afin d'après faire apparoistre les grandes merveilles du seigneur, ainsi croy-je que, non encore satisfait et content de si petite punition de nos énormes péchés, n'a permis qu'on ayt voulu entendre à recevoir une bonne et asseurée paix. » En effet, la cour de France , où le cardinal arriva à la fin du carême de 1 554 , l'accueillit avec beaucoup de distinction ; mais, dès qu'il fallut négocier, le roi et ses ministres se répandirent eu récriminai ions injurieuses rendant tous préliminaires de paix impossibles \
Ce résultat était prévu par Charles-Quint, et il n'eût pas attendu l'issue de la démarche du cardinal pour préparer la reprise des hostilités, s'il n'avait été paralysé par la pénurie d'argent. En 1553, il avait tiré des Pays-Bas près de 6,400,000 livres^; les ventes de rentes sur le domaine s'étaient élevées à 814,754 livres *; il était arrivé du nouveau monde (novembre 1 553) une énorme quantité de lingots * et
' SiMONDE DE SiSMONDI, 1. C, XII, 264.
* 6,392,464 livres 9 sols 6 deniers. Compte de H. de Boulogne (n* 4894). La Flandre lui avait encore accordé, au mois d'août 4553, une aide de 200,000 écus. M. Gachard. Notice sur les Archives de Gandt 44.
' Compte de H. de Boulogne, précité.
^ lettre de Granvelle, du 43 novembre. Papiers d*étai de Granveiie^ IV, 447.
88 RÊCNE DE CHÀRLES-ODINT EN BEL&IUUE.
tout avait été dépeifêé. Ma^ré la défense sévère d'exporter le oaméraire \ il manquait partout , et les dépenses occasionnées par le mariage de Philippe avaient tari la source des emprunts. Ce mariage allait en occasionner de nouvelles encore, et ce fut sur nos provinces qu'elles retombèrent.
Le 31 janvier 1554, Charles-Quint avait fait convoquer les états généraux à Bruxelles ~ ; mais leur réunion fut retardée jusqu'au 1*' mars, et dans l'entre-temps (27 février), les députés du Brabant autorisèrent le gouvernement à aliéner le domaine par la création de rentes, jusqu'à concurrence d'une somme de 402,407 carolus 10 sous^. L'assemblée générale des étals se tint a en la galerie de la cour, qui estoit tendue et ornée de riche tapisserye. Environ les troi& heures après disner, l'empereur y entra, avec plusieure princes et seigneurs, se soustenant sur un baslon crochu , et prit place sous un riche dais de drap d'or frizé , dressé en front de la salle ; auprez de luy, un petit plus bas, s'assit la royne de Hongrye, en une chaire couverte de velours noir. Au costé droit, sur les flancs, se rangèrent les princes et les chevaliers de l'Ordre; au senestre, les seigneurs et gentilshommes des estatz; au milieu, sur plusieurs bancz, les députez des villes et pais, chacun selon son ordre et préséance accoustumée. Lors Monsieur le président de Saint-Mauris, estant tout debout, du costé des gentilshommes , après avoir fait une grande révérence, commença la proposition de la part de Sa Majesté *. »
« Messieurs , dit-il , l'empereur a chargé la reine de vous
' Édit du ^9 octobre 4553. Archives de l'Audtevce, ' Compte de H. de Witthem, f® xxv ▼<>.
^ Acteti van de dry stcieten, f" ij * Ivij.
* Chronique de 4554 à 4554 aux Archives d'Arras, Appendice aux rapports d'É. Cachet, sur sa mission littéraire en France, i. c.
convoquer, afin de vous donner connoissance de Tétiit de vos affaires. Sa Majesté vous remercie d'abord de vos bons services et de la singulière affection que vous lui avez toujours témoignée, en ce qui concernoit la conservation et le bien de ces pays, particulièrement de votre empressement à accueillir les demandes d'aides qui vous ont été adressées depuis votre dernière réunion. Ces aides étoient nécessaires à Tentretien des forces prises à son service, et il a plu à Dieu de leur donner de grands succès. Il est assez connu de tous que Sa Majesté n'a épargné ni soins, ni diligence pour tirer tout le parti possible des forces dont elle disposoit. En outre, voyant le roi de France se renforcer, elle a voulu, nonobstant son indisposition, se rendre en personne à son armée et s'employer^ comme bon prince, avec l'affection paternelle qu elle porte à ces pays , à leur défense et à leur protection. Elle Ta fait avec tant de succès, qu'après avoir soutenu l'effort d'un ennemi redoutable , on l'a obligé de se retirer avec dommage et honte , et il n'a trouvé pour s'en venger d'autre moyen que de mettre le feu au plat pays ; en quoi depuis on a iisé sur lui et ses pays de tel contrechange, qu'il a assez connu le peu de fruit à tirer de telle façon de guerroyer.
» Quand l'hiver vint interrompre les hostilités, le roi de France a recommencé ses malheureuses pratiques pour semer le trouble de tous côtés, dans la Germanie, en Angleterre, en Italie. Il y a envoyé de continuelles ambassades, de nombreux agens, qui, prodigues d'ai^ent et de promesses, incitoient les princes et les peuples' à s'émouvoir et à s'élever au préjudice des pays patrimoniaux de l'empereur. Aussi, vous avez vu le feu que ses intrigues ont allumé en Angleterre et comment il a cherché à renverser le trône de la bonne reine Marie,
uuiquemeot à cause de Famitié qu'elle porte à Sa Majesté et pour rompre, s'il étoit possible, l'union projetée dans l'intérêt du mutuel soutien de ce royaume et des Pays-Bas. Heureusement Dieu a fait avorter ces machinations : après avoir préservé la reine de maint péril, il a déjoué les malignes conspirations qu'avœent tramées des rebelles, forts de l'appui de la France. Non-seulement même, il Ta sauvée de ces trahisons, mais il a affermi et accru son autorité. Espérons qu'avec sa grâce, la prochaine arrivée de monseigneur le prince achèvera l'œuvre, malgré les pervers desseins du roi.
» D autres sinistres machinations du roi de France ont été découvertes de divers côtés, et Ton est informé des armemens qu'il prépare pour assaillir ce pays par terre et par mer. Aussi sa Majesté s'est-elle empressée de faire équiper des navires de guerre qui seront bientôt prêts; mais, après avoir consulté les gouverneurs et les principaux seigneurs, elle a résolu, eu égard à Tétat du pays, de ne pas augmenter l'armée jusqu'à ce que Ton ait occasions propices d'agir, ou que se dessinent les projets de l'ennemi. Il importe toutefois de tenir gens à sa disposition pour , advenant le besoin , les avoir sur-le-champ en campagne, à l'effet de défendre le pays ou de prendre l'offensive, suivant l'occurrence qui se présentera. Dans ce cas, Sa Majesté aura soin de vous en avertir et de vous informer de ses intentions.
» Sa Majesté a chargé la reine de vous communiquer les états indiquant l'emploi des dernières aides. Cette communication vous convaincra de l'impossibilité de pourvoir à la défense du pays sans un notable subside, car le domaine est trop obéré, pour satisfaire aux urgentes nécessités du moment. En conséquence, Sa Majesté vous requiert affectueusement de vouloir bien le plus tôt possible fournir à l'entretien de
Farinée, afin de prévenir les désordres que tout retard pourroit occasionner. Elle est certaine qu'en présence de la gravité des circonstances, vous ne refuserez pas cette fois encore de contribuer à la garde, au bien et à la sûreté de ces pays , de conserver les fruits des grandes aides que vous lui avez si libéralement accordées, et des bons succès qu'il a plu à Dieu de nous donner. En eifet, les affaires de cette guerre sont en tels termes et si bien avancées que, en s'employant et en s'évertuant chacun selon son pouvoir, il y a tout lieu d'espérer que Dieu y mettra bientôt une bonne fin. Vous n'hésiterez donc pas à considérer le tout comme il convient à votre propre bien. De la sorte vous accroîtrez l'affection que vous porte Sa Majesté, vous lui donnerez les moyens de vous défendre, et occasion de vous tenir tant plus en favorable recommandation \ »
Charles-Quint prit ensuite la parole : « Messieurs des estatz, dit-il, le seigneur de Saint-Mauris vous a fait entendre la cause de votre convocation en ce lieu. Quant au resle, vous vous trouverez vers la royne, et elle vous dira chose de ma part, à laquelle je vous prye ajouter foy et crédence comme à ma propre personne. Advisez de faire tous offices de bons et loyaux subjetz , et en mon endroit ne fauldray de vous estre bon prince. » Le pensionnaire de Bruxelles « remercia
' M. Beelaerts Vam Blokland, Historia ordinum generalitim, 1. c, annexe littera A, d'après les manuscrits Gérard. — Cet auteur assigne à tort à rassemblée où ce discours fut prononcé, la date du 45 février 4553, et le mêle avec celui qu'il donne (annexe fî) sous la date du 4«'mars 4554. Les faits relatés dans les deux discours, indiquent clairement les époques où ils furent prononcés. — Du reste, Texorde de ce discours est donné, sous la date du 4«r mars 4554, ddDs la chronique précitée, ainsi que dans Tarticle de M. Gachard, Sur les anciennes Assemblées nationales de la Belgique, et dans sa fiotire sur tes Archives de Gand,
9â RËGIIE DE CnARLES-QUINT EN BELGIQUE.
l'empereur de la bonne faveur et assistance qu'il avoit faite k ses Pays-Bas, et de la grande et incomparable affection qu'il leur portoit et avoit toujours portée, de ce qu'il avoit fait ce bien et utilité à sesdits pais d'avoir, l'esté passé, conquis et fait desmollir les forteresses de Tbérouanne et Hesdin, quy tant leur faisoyent d'oppression et ennuys. » Les députés de chaque province, assemblés séparément, reçurent ensuite communication des demandes du gouvernement formant un total d'environ 2,000,000 de livres \
Ce mode de pétition,, adopl^^ depuis plusieurs années, offrait moins de difficulté qu'une pétition collective, et la différence de condition des provinces se manifesta en cette circonstance. La Hollande et la Flandre accordèrent sans opposition l'une 200,000 florins ^ , l'autre 400,000 écus de 24 patards ^ ; mais , dans le Brabant , que de fréquentes menaces d'invasion avaient obligé à d'énormes dépenses, il fallut d'itératives convocations pour obtenir le consentement des nobles et des prélats , qui , pour se soustraire aux charges résultantes de leur vote, proposèrent un impôt sur les marchandises. Les villes, « cognoissant que ce seroit la ruine du peuple, » repoussèrent cette proposition et l'on eut beaucoup de peine à triompher de leur résistance aux demandes du gouvernement : ce fut seulement le 1" juillet, que les trois membres votèrent une aide de 400,000 carolus à lever sur le vin, la bière, la viande et le grain *. Le Hainaut, dont toutes les villes étaient obligées de recourir à des taxes extraordi-
' Chronique précitée. •
' WaGEiNAAR.
' Reg. aux mandements et lettres patentes de l'Audience, n® 20694, f« vj *•. ■^ Lettres d'acceptation du 20 avril. M. Gachard, Lettre aux questeurs.
'^ Acten van de dry staeten, f» ij «Ixiiij. — Le Petit, l. viii, 220. — Histoire de Bruxelles,
PRISE DE HARIENBOURG. — COMBAT DE RENTY. m
naires pour payer leurs dettes, ne fournit sa quote-part qu au moyen de concessions exceptionnelles ^ Après mainte convocation, les états de Namur accordèrent 16,000 livres^; ceux du pays de Fauquemont, 10,000 ', etc. Or, ces aides n'étaient pas encore entrées dans le trésor que déjk Tennemi avait envahi le pays, et qu'il fallut exiger de nouveaux sacrifices du peuple réduit au désespoir.
Charles-Quint avait été prévenu de l'intention des Français de l'attaquer avant la réunion de ses forces^, et, le jour même où il déclarait aux états généraux que, par raison d'économie, on n'augmenterait pas l'armée avant l'heure d'agir, ordre était donné aux bandes d'ordonnances de se rapprocher des frontières ^ Puis, un mandement du 19 mars porta à 50 hommes d'armes celles de ces compagnies qui en avaient 30 et 40^. Mais là se bornèrent les mesures de défense, et l'empereur, préoccupé par les événements de l'Angleterre, ne songea qu'à ses armements maritimes.
C'était faire la partie belle à l'ennemi. Bientôt les Français, préludant à de plus vastes opérations, assaillirent toutes
• 22 janvier 4654. « Oclroy accordé à ceulx de la ville de Valenciennes, de pouvoir lever le x»»» denier sur la propriété de tous biens immeubles, et le xx™« denier sur pensions, censés et louaiges des maisons, moyennant que les deniers y procédans seraient employez au furaiseement de leur cotte et portion des aydes et au payement de leurs debtes, point en aultre usaige. » Registre aux mandements et lettres patentes, précité, f^ ij.
Pour indemniser Mons, Âth, Enghien, Soignies, Braine-le-Comte, Chièvres et Gondé, qui lui fournirent conjointement une somme de 400,000 livres de 20 gros, Charles*Quint leur assigna les revenus de tous les bois de Mormal. Inventaire des Archives des chambres des comptes, II, 242.
» Compte de H. de Witthem, f« xxvj v» et suiv.
' Ckimpte de Pierre Ruysschen (n* 46909).
4 Lettre de S. Renard, du 2 juiUet. Papier» d'étal de Granveile, IV, 269.
* Circulaire du 4«' mars. Lettres des seigneurs, XI, f» 73. «/Wrf.,fo409.
les frontières à la fois. Le 18 avril, ils prirent le château de Lichtingen , sur la Moselle , appartenant à un gentUhomme luxembourgeois, et s'avancèrent jusqu'à deux lieues de Trêves V Leurs coureurs insultèrent les dehors de Thion ville, dont le comte de Megen , Charles de Brimeu , venait d'être nommé < super-intendant ^ ; » ils parurent en vue de Luxembourg ', firent reconnaître Marienbourg *, où Ton arrêta aussi un de leurs espions ^ , et s'emparèrent du château de Wallincourt, évacué à leur approche ^. Du côté de l'Artois et de la Flandre, les attaques, qui s'annoncèrent plus sérieuses, restèrent sans résultat. De Bugnicourt, averti que Vendôme se proposait d'assiéger Renty, en fit aussitôt réparer les fortifications par Sébastien Van Noen ^ et chargea des mercenaires anglais d'en ruiner les environs ®. Puis , rassuré sur le sort de cette place, il voulut prévenir les ennemis, et « hasarder la fortune pour au moins leur faire la moitié de la peur. » A cet effet il comptait se jeter sur la Picardie, avec un gros détachement tiré des garnisons du Hainaut et de l'Artois ^ mais, avant qu'il eût reçu l'approbation de son projet, la Basse Flandre fut envahie.
' Lettre de Van Rossem, du 49 avril. Lettres des seigneurs, XI, f* 25i.
* CommiBsioD du 27 avril. Archives de l'Audience, liasse iUi,
* Lettres de d'Hoogstraeten, du 29 avril ; et de Van Rossem, des 9 et 44 mai. Lettres des seigneurs, XI, f«» 408, 444, 446.
* Lettre de P. de Martigny, du 4«» mai. Ibid., f» 333. — Lettre de S. Renard, précitée.
^ Lettre de Jacques de la Torre, du 9 mai. Lettres des seigneurs, XI, r« 405.
^ « Combien que le baiily de Wallincourt m'eust offert exposer son corps pour la garde du chastel dudit Wallincourt, dont le donjon est Haynau et la bassecourt Cambrésis, a laissé le lieu. » Lettre de de Lalaing, du 9 mai. Ibid, f» 403.
7 Lettre de de Bugnicourt, du 42 avril. Ibid,, f<» 243
* Lettre du même, du 40 avril. Ibid., i** 206. » Lettre du 23 avril Ibid., f» 278.
Les Français , partant du Boulonnais au nombre de 34 h 35 enseignes et de 8 cornettes de cavalerie * , arrivèrent, le M avril, au Yroyland et à Polincbove, d'où ils portèrent le ravage et Tincendie dans la contrée voisine, tandis que leur gendarmerie s'avançait jusqu'en vue de SaintrOraer. Repoussés dans des attaques sur l'église d'Ândryck et sur le retranchement d'Hennewyns, ils se retirèrent, et leur retraite permit à de Bugnicourt de jeter 30 arquebusiers espagnols dans cette dernière position , où il n'y avait que 20 hommes. Il y accourut bientôt lui-même avec trois enseignes de Bas Allemands, et il fut rejoint par 300 arquebusiers de don Julien Romero , venus de Lillers ^. La situation était critique , car toutes les troupes étaient encore disséminées sur une grande étendue de territoire, tandis que l'ennemi avait déjà concentré la plupart de ses forces *.
Le lendemain matin, les Français reparurent devant Andryck avec un parc d'artillerie tiré d'Ardres ; et « firent si maulvais debvoir ceulx qui estoient dedans le clocher, lequel estoit très bon, qu'ils s'enfuirent sans attendre l'attaque, encore que, la veille à la minuit, ils avoient mandé à de Bugnicourt qu'ils y mourroient tous. » Aussi celui-ci se promit-il bien de « faire justice exemplaire de telz garçons. » L'ennemi se dirigea ensuite sur le retranchement d'Hennewyns ; mais il fut assailli dans sa marche par les arquebusiers de Romero et d'autres Espagnols accourus de Lens, trouva de Bugnicourt à la défense du passage derAa,et sévit refoulé sur
' Lettre de de Bugnicourt, du 30 avril. Lettres des seigneurs, XI, f° 325.
* Autre lettre du même, du 30 avril. Ibid., f» 3Î3
^ <f Votre Majesté peult bien penser que je ne puis avoir nos gens si tost ensemble, lesquelz sont espars xvj ou xviij lieues, et les ennemis ont esté tout liver jusques è présent ensemble, et n'ont que x lieues jusqu'à Ardre. » Ibid.
m RËGNE DE CHAnLES-QUINT EN BELGIQUE.
tous les points, après un combat qui dura la journée entière. Il rentra à la bâte dans le Boulonnais (i^" mai), après avoir abattu le clocher et ruiné Féglise d'Andryck. De Bugnicourt s*empressa de renvoyer alors les Espagnols dans leurs garnisons, « pour en estre tant plus tost deschargé au plat pays, car, comme ils se plaignoient qu'on leur devoit déjà le 3* mois, on peut penser la vie qu'ils menoient ' . »
A la première apparence du danger, Marie de Hongrie, qui se montra jusqu'au bout exempte de faiblesse et « lit ce qu'elle put pour la défense du pays *, » avait ordonné de reprendre activement les travaux de fortification abandonnés h défaut d'argent ^, levé de nombreux pionniers * et mis en réquisition les artisans des villes ^, les chariots et les chevaux du plat pays *. Il importait d'agir avec promptitude, car tous les rapports annonçaient une prochaine et formidable invasion '. Henri II « envoyoit en plusieurs quartiers de ses pays et de ses alliés lever gens de guerre, avertir les vieilles bandes de se compléter, les gens de cheval de la gendarmerie et de la cavalerie légère de se retirer aux garnisons, et les uns et les autres de se tenir en état de marcher là par où leur seroit
» Lettres de de Bugnicourt, des 30 avril et 4«'mai. Lellres des seigneurs, X!. f»' 325 et 343.
' Lettre de Granvelle, du 49 juin. Papiers d'état de Granvelle, IV, 258.
' Archives de l'Audience, liasse 4 4 4 4.
^ Compte de H. de Witthem, f» xxviij et xxix. — « Die welck heeft moeteo en groote quanUteyt van pionniers tôt diverschen stouden en jaeren formereo, en die te Brussele leveren. >» Compte de Chrétien Goossens, maïeur d*Assche (n« 12694), f« xij ▼". —Le 29 mai, Philippe Ducbéne fut chargé d*en lever 2,000 dans le Brabant wallon, le comté de Namur et les pays d*0utre -Meuse. Archives de V Audience, liasse \h\\.
^ Compte de Jean Favelly, maïeur provisoire de Namur (n« 45556), f« 48.
*' Compte de C. Goossens, précité, ^ xij.
7 Rapports du 43 mai, etc. Lettres des seigneurs, XI, ^«437 etsuiv.
commandé ; il préparoit rartiilerie , les munitions , les ponts et bateaux , le charroi et les chevaux , les pionniers et toutes autres telles choses appartenantes à la guerre \ » Dans les derniers jours d'avril, un mandement royal enjoignit à a tous ceux qui avoient servi précédemment de se tenir prêts pour servir endéans un mois ou de venir faire leurs excuses sous peine de Ja vie , et à chaque habitant d'apporter sa vaisselle ou la valeur d'icelle ^ » Or, alors que la France faisait de gigantesques préparatifs d'attaque, tous les généraux, tous les commandants de forteresse belges se plaignaient de manquer de soldats et d'argent •\
Les premières excursions des Français furent pourtant suivies d'un moment de halte, troublé seulement par d'insignifiants conflits ^, et les Impériaux purent même prendre l'offensive. Trois compagnies de chevau-légers, secrètement envoyées à Renty, surprirent un avant-poste français, lui tuèrent 16 hommes et s'en revinrent chargées de butin, avec plusieurs prisonniers ^ Le 7 juin, Martin Van Rossem et le bailli du firabant wallon emportèrent le château de Dou* chant, dont la garnison mit bas les armes^; puis, le maréchal de Gueldre ayant été rejoint par un détachement de la gar-r
• Lettre de B. de Salignac Fénelon à monseigneur le cardinal de Ferrare, du 42 juiUet 4554. Le voyage du lioy au pays-bas de l Empereur, en l'an MDUIII. Paris, chez Charles Eslienne. MDLIIII.
» Lettre de de Lalaing, du 3 mai. Lettres des seigneurs, XI, f® 357.
* Lettre du même, du 45 mai. Ibid , f® 462. — Lettre du capitaine de Marien* bourg, précitée, etc.
^ (I II se fait journellement icy de petites factions semblables comme Ton est accoustumé en une guerre guerroyable, mais c'étoient si petittes choses sans importance. Tant y avoit seulement que depuis Pâsques, les ennemis n'avoient fait chose sur cesle frontière qu'ilz n'eussent esté payez du même. » Lettre de de Bugnicourt, du 24 mai. Lettres des seigneurs, XI, f» 542.
' Ibid. — « Lettres de Martin Van Rossem et de Van der Ee, des 40 et 4 4 juin. Lettres des. seigneurs, XII, f»« 63 et 68.
oison de Thionville, que lui amena de Megen , courut toute la frontière. Il s'avança jusqu'aux portes de Metz, « prenant et détruisant tous les forts dont les François se servoient au dommage du Luxembourg ^ » Cette attaque jeta une si grande inquiétude en France, que le seigneur de Bourdillon fut envoyé en toute hâte à Mézières, pour la ravitailler et la mettre en état de soutenir un siège ^; mais, « à cause que les ennemis devinrent trop forts sur cette fmntière, » Tentreprenant Van Rossem fut bientôt obligé de rentrer dans le Luxembourg \ Le 10 juin, une troupe d'arquebusiers de M^n s empara du château de Cutange, « qui gênoit fort Thionville*. »
Cependant Henri II était arrivé à Compiègne; près de Saint-Quentin, il y avait 20 enseignes de Suisses, 6,000 Allemands, 14 enseignes de Bretons et de Gascons; d'autres corps se concentraient près d'Amiens et en Champagne; ou cuisait force pains à Mézières et l'on y réunissait en grande quantité des bateaux et des mariniers pour passer la Meuse^ Enfin, il y eut dans tout le royaume « publication générale que tous fiefiPés, dans le lO"" jour de ce mois de juin, se eussent à trouver au camp du roi, bien montés et armés pour le servir; plusieurs capitaines françois firent sonner le tambourin pour former nouvelles compagnies, et les vieilles enseignes de Gascons furent augmentées de cent cinquante hommes chacune ^. »
On attribuait à Henri II l'intention d'attaquer les Pays-
< Lettre de Granvelle, du 49 juin, précitée.
'* Rabutin.
' Lettre du 40 juin, précitée.
* Lettre de de Megen, du 44 juin. Lettres des seigneurs, XII, f» 66.
^ Rapports du 24 mai etdu 4 juin. ïbid., XI, f« 543; etXH, f» 45.
^ Lettre du capitaine d'Aire, Jean de Moerbeke, du 5 juin. Ibid,, XII, f* 20.
PRISE DE MARIBNBOUaG. - GOIIBAT DE RENTY. 99
Bas de deux côtés ' , et Ton apprit en effet qu*il se proposait d'envahir le pays de Liège , où ii avait des intelligences ^, Même avis ayant été donné à Tévéque, celui-ci convoqua surle-champ les états , pour obtenir les moyens de résister à rio vasion ; mais il comptait si peu sur leur bonne volonté , qu'il pria Marie de Hongrie de lui envoyer « quelque bon personnage, chargé de les exhorter, au nom de Fempereur, h accueillir ses propositions, et de remédier par sa présence aux bruits que aulcuns coquins par la pratique Françoise avoient eslevés*. » En effet on avait semé « un bruit espars entre ceux de la cité de Liège, que Tintention de Tempereur estoit de l'occuper et de la saisir, comme les François avoient fait de Metz. Ce bruit tiroit sa consistance de l'assemblée de gens de pied , faite autour de Maestricht : ces soudards se répandoient dans toute la principauté, et les habitans avoient conti*aint, par importunité et émotion, les bourgmestres à leur permettre de faire guet et garde. Quoique Tévêque eût fait appeler en son conseil lesdits bourgmestres, des commissaires de Liège et plusieurs bourgeois, pour se doloir de tels insolens et malheureux propos, ils ne discontinuoient pas. » Aussi George d'Autriche resta- 1- il convaincu que « telle esmotion n'avoit esté sans humeur françoise et instigation de ceux qui leur adhéroient*. »
Cette agitation était fort dangereuse, car le projet d'attaque sur le pays de Liège était réel : l'ennemi voulait enlever
• LeUre de Granvelle, du 49 juin, précitée.
• « Le bruit couroit que le roy voUoit tyrer vers Liège aval de la Moeuze, là où il pensoit avoir intelligence. » P. S. d'une lettre de Martin Van Rossem, du 12 juin. Lettres des seigneurs, XII, f« 71 *". — Lettre de de Praet, du 9 juin. Ibid,, f- 55.
' Lettre du 7 juin. Ibid., (• 35.
• Lettre du 10 juin. Ibid , f« 69.
tOO RÊ6N£ DE GHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
aux Pays-Bas les secours de rAllemagne \ où Charles -Quint venait d'ordonner de nombreuses levées de troupes-. Mais lempereur et ses ministres ne prirent pas au sérieux les intentions prêtées à Henri II. Ils crurent à une simple diversion, destinée à masquer une invasion du Gambrésis, où furent envoyées toutes les forces disponibles. Pour les remplacer sur les. autres frontières, Martin Van Rossem fut chargé de recruter quinze enseignes de Bas Allemands ^ et tf Arenberg leva un nouveau régiment de seize enseignes \
L'armée, dirigée vers le Gambrésis, comprenait un r^iment et dix enseignes de lansquenets, commandés par le comte d*Eberstein et par Gonrad Von Bumelberg, le r^iment wallon de Trélon, divers corps d'Espagnols, des piétons des provinces frontières, quinze enseignes de Bas Allemands de d'Arenberg, 2,400 reîtres et toutes les bandes d'ordonnances, ordinaires et extraordinaires, devaient la rejoindre ^
' Discours adressé aux états généraux, le 40 août 4554. ( Voir plus loin. ) ' Lettre de Charles-Quint, du 8 juin, précitée.
* Lettre de Granvelle, du 49 juin, précitée.
* ,6 fournies par la Frise, et \ par les pays d'Outre-Meuse. Dépêches de guerre, n«368, foxiiij.
* Lettre de Granvelle, du 49 juin, précitée. — Charles-Quint venait de créer de nouvelles bandes d'ordonnances de 50 hommes d'armes (lettres patentes du 8 juin. Lettres des seigneurs, XII), et, peu de temps après, il forma de toute sa cavalerie six régiments, dont il donna le commandement au prince d'Orange, à dHoogstraeten, de Boussu, de Lannoy, de Lalaing et de Bugnicourt. Lettres du 23 juin.
Ces six régiments étaient composés de la manière suivante : le 4«', des compagnies d'Orange, de Bréderode, de Schw^artzenbourg , de Rosenberge, et Jean de Buren; le 2«, des compagnies d'Hoogstraeten, d'Egmont, d'Arenberg, et d'une autre compagnie du comte de Schwartzenbourg ; le 3*, des compagnies de Boussu, de Beveren, de Praet. de Jean Van Weertzeleben et de Jean Bernier; le 4«, des compagnies de Berlaymont, de Garloo, de Carondelet, d'Aix, de Thomas Stuckenblocquer, et des arquebusiers de Mansfeld et de Berlaymont ; le 5«, des bandes de Lalaing, d'Aerschot, de Renty, de Beveren et
PRISE D£ HARIENBOURG. - COMBAT DE RENTY iOI
Malheureusement la rareté des fourrages dans des campagnes désertées par leurs habitants, retarda la réunion de cette gendarmerie *, et son absence contribua sans doute à entraver les premières opérations de l'armée impériale. Emmanuel- Philibert quitta Bruxelles le 19 juin et appela, à Cambrai, de Lalaing, de Bugnicourt, de Glajon, de Berlaymont, Jean- Baptiste Castaldo, Antoine Doria, le bailli d'Avesnes, d'autres gentilshommes des Pays-Bas, « pour aviser de se servir des forces qu'on avoit, comme on le pourroit ^. » Ces seigneurs n'étaient pas encore arrivés, que Marie de Hongrie, voyant les Français se diriger vers Avesnes et menacer le pays de Liège, écrivit au duc de Savoie^ d'arrêter le mouvement de ses troupes et de les diriger vers Maubeuge, où il serait plus à portée de surveiller l'ennemi et de secourir les points attaqués *. Or, pendant qu'on hésitait de la sorte, qu'on restait « en doute de ce que les François avoiént délibéré exécuter, » ceux-ci achevèrent leurs préparatifs, et tout à coup le pays, exploré d'avance par leurs espions \ fut assailli de trois côtés à la fois.
de Famars ; le 6«, des bandes de Bugnicourt, de Rœulx *, de Berghes , de Noyelles, de Melun et de Moerbeke. Dépêches de guerre, n« 368, f° xx.
* Lettre de de Lalaing, du i 8 juin. Lettres des seigneurs, XIÏ, f« H7.
* Lettre de Granvelle, du -19 juin, précitée.
' La mort de son père, Charles III, arrivée le -16 septembre 4553, lui avait donné le titre de duc.
^ * Lettre du 20 juin. Lettres des seigneurs, XII, f» 431 .
* « Pour avoir noury chacun vj jours, CoUyn, Jaspart et Anthoine Derun, prisonniers espies franchois apréhendés à Thubize, et retirez à Hal, à cause que chacun s'enfuyoit dudlt Thubize, dont l'un fut exécuté par le feu audit Thubize. » Compte de Jean de Bonnot (n« 45404), f° vij. — « Pour soy informer du prisonnier nommé Pierre Arnoult, comme espie franchois, depuis exécuté
* Par Ifttres du iO août IttBS, le commandement de la b.inde d^ordonnanees du feu comte de Rœulx avait été donné à Jc'Hi de Looguevai, seigneur de Vauix. Archives de l'Audience ^ liasse 1111.
lOi RÈGNE DE CHARLES-QUlier EN BELGIQUE.
La France avait mis sur pied trois armées, qui se réunirent près de Saint-Quentin; dans la vallée de Laon, non loia de Crécy ; en Champagne. La première, sous le prince de la Rochesur- Yon, comptait 10,000 fantassins des vieilles enseignes et des légionnaires de Picardie, 300 hommes d'armes et 500 h 600 chevau-légers ou arquebusiers à cheval ; la seconde, sous le connétable, qui avait pour lieutenants le duc de Vendôme et le maréchal de Saint-André : 25 enseignes de Suisses, 28 enseignes des vieilles bandes et de légionnaires, deux régiments de lansquenets, 1,400 hommes d'armes, 1,800 à 2,000 chevau-légers et arquebusiers à cheval, conduits par le duc d'Aumale récemment sorti de captivité, 2,000 chevaux de Tarrière-ban , quelques cornettes de cavalerie anglaise et écossaise; la troisième, sous le duc de Nevers : 16 vieilles enseignes d'infanterie française, quatre enseignes d'Anglais et d'Écossais, deux régiments de lansquenets, 300 hommes d'armes, 200 pistoliers allemands, 800 chevau - légers et arquebusiers à cheval conduits par le prince de Condé*.
Le prince de la Roche-sur-Yon « donna dedans l'Artois avec un commencement fort cruel et furieux, bruslant, ruinant toute la contrée où il passoit ; » mais son seul dessein étant d'attirer de ce côté une partie des forces ennemies , il n'exé- (^uta aucnne entreprise importante. Tout se borna au ravage des campagnes et à la défaite de deux cornettes de cavalerie, qui , en le harcelant de trop près, tombèrent dans une eraiHiscade ^. « Les gentilshommes de Flandres certifièrent
parl'espée. » Compte de Guillaume de Ghendt (d« 43905}- — Ordre à tous le» oâSciers, d'avoir bon regard aux étrangers et gens sans aveu qui passeront dans leurs offices, « soit prebtres, escoliiers, Espaignols, relligieux ou femmes. • Compte de H. de Witthem, f« xxvij.
' Rabutin, l. VI, 605. — Ibid.
PRISE DE MARIENBOURG. ~ COMBAT DE RENTY. f 0)
d^uis qu'il n'y avoit eu que neuf villettes de bruslées et 60 villages pour le plus M »
Le connétable, accompagné du maréchal de Saint-André, arriva à Crécy le 19 juin; le même jour, son infanterie, avec la plus grande partie de sa cavalerie, vint camper à Marie, où il établit le lendemain son quartier général. Il y fu rejoint par Vendôme, et se porta, le 21, vers Estrée-au-Pont ^ à la tête de 42 enseignes de fantassins allemands et français et de 2,000 chevau-légers ^. Emmanuel-Philibert, trompé par ce mouvement , se hâta de renforcer les garnisons d* Avesnes et de Landrecy^ mais, pendant que le connétable opérait sur la gauche, le maréchal de Saint-André, prenant à droite, se dirigeait vers Maubert- Fontaine, avec les Suisses, 400 hommes d'armes, 700 chevau-légers, un régiment d'infanterie française et l'artillerie. Le 22, il arriva à Rocroy, « dernier village de l'obéissance du roi, dedans les bois qui s'estendent au long de ce quartier de frontière, fort épais et difficiles, tenant sept ou huit lieues de traverse, par où Ton n'eût cuidé que artillerie se pût bonnement conduire, ni troupes de gens de guerre aisément passer, mesmement que les ennemis les avoient fait hayer et traverser d'arbres abattus. Il mit incontinent gens à chercher le plus aisé, et bon nombre de pionniers, avec escorte de gens de guerre, toute la nuit, à y faire des esplanades et délivrer les chemins. Puis, sollicita ses troupes de partir avant le jour, et de faire diligence de gagner le delà des bois ; de sorte que, dans les dix heures du lendemain
* Lettre de Granvelle, du 24 septembre. Papiers d'état de Granvelle, IV,
* Lettre de Salignac Fénelon, précitée.
^ Lettre du duc de Savoie, du 33 juin. Lettres des seigneurs, XII, f« 173. ^ Lettres du même, des 24 et 22 juin. Ibid., f<»' U8 et 463.
malin ( 23 juin ) il les eut passés et se trouva devant Marienbourg ' . »
Depuis le mois de mai , Charies-Quint avait eu avis d'une attaque sur cette place; mais, abusé par le bruit que les Français la réputaient imprenable et se proposaient seulement de rinquiéter en construisant un fort sur une montagne voisine ~, il Tavait laissée < avec sa seule garnison ordinaire, encore fort petite ^. » Malgré les représentations du capitaine de Marienbourg , Philibert de Martigny \ elle était réduite à une enseigne d'infanterie , à laquelle se joignit un petit détachement sorti de Chimay ^. Lorsque les capitaines impériaux , occupés à concentrer leurs forces dans le Hainaut et dans l'Artois ®, voulurent y envoyer des renforts ' , il était trop tard. Le seigneur de Trélon, Baudouin de Blois, « qui connaissoit le mieux les quartiers, promit d'y mettre deux enseignes ou de morir en la peine ^; » mais il lui fallut chercher ces troupes à Avesnes et la rapidité du dénoûment empêcha l'entreprise. Un corps de 200 arquebusiers espagnols, commandé par Julien Romero, tenta plusieurs fois de percer les lignes ennemies; coupé dans sa retraite, il fut obligé de se retirer à Dinant et à Bouvignes *.
' Lettre de Salignac Fénelon, précitée.
' Lettres de Granvelle et de Simon Renard, précitées. — ' Rablti.n.
^ Lettres des seigneurs. XI, f 333, XII, f*»» 445, U8, etc.
^ Lettre de Charles-Quint, du 27 juin. Papiers d'état de Granvelle, IV, 262. — « Il ne se trouva dedans que ceulx de la garnison ordinaire et quelques-uns qui avoient fuy de Symai. » Lettre de Salignac Fénelon, précitée. — Lettre de P. de Martigny, du 22 juin. Lettres des seigneurs, XÎI, f« nO.
« Lettre de Charles-Quint, précitée.
7 Lettres de Marie de Hongrie et du duc de Savoie, des 23 et 24 juin. Lettres des seigneurs, XII, f« 472 et 480.
' Lettre du duc de Savoie, précitée.
» Lettres de Charles-Quint et de Salignac Fénelon, précitées. ~ LeUres du
Philibert de Martigny < tint bonne mine à Tabordée des ennemis et fil grande diligence de les adommager à coups de canon. » Ces « canonnades toutes fois ne les purent retarder de commencer avec promptitude les approches et les tranchées, » qui furent ouvertes dans la soirée du 23, « à la fontaine délie Brouffe, près la bricqueterie. » Le 24, arrivèrent le connétable et Vendôme, qui avaient ruiné, sur leur passage, les châteaux de Trélon, de Glajon, de Chimay, évacués à leur approche \ Aussitôt le corps assiégeant, composé de 40 enseignes ^ et gardé par une armée d'observation dont les lignes s'étendaient au loin ^ travailla activement « h porter gabions; sur quoy ceulx de la ville jectèrent force feu dedans les fossez, de fachon qu'on y veoit très-cler, et tirèrent avec vivacité*. » Le 26, les Français découvrirent leurs batteries et , après un simulacre de résistance, à dix heures du matin , Philibert de Martigny, gagné par leur or, battit la chamade ^. La garnison obtint « vies et baghes sauves , fors
capitaine de Binche, Louis de Sivry, du 24 juin; des maïeur et échevins de Namur, du 25; du duc de Savoie, du 26. Lettres des seigneurs, XII, f»» 189, 495, 221. — FiSEN, L. XVI, 348.
» Lettres de Salignac Fénelon et des maïeur et échevins de Namur, précitées.
■ Lettre de de Lalaing, du 29 juin. Lettres des seigneurs, XII, f« 309.
^ Lettre de Salignac Fénelon, précitée.
* Rapport d'une; prisonnier franchois, du xxvj« de juing. Lettres des seigneurs, XII, fo 223.
* « Sommes adverty par le capitaine Jullan espaignol, que la ville de Mariembourg est rendue dès hier environ les dix heures du matin. » Lettre des maïeur et échevins de Namur, du 27 juin. Ibid., f» 243. — Lettre de Charles- Quiot, du 27 juin. Papiers d'état de Granvetle, IV, 262. Suivant cette lettre, au moment de Tattaque, « un soudart de la garnison, soit par hayne particulière ou sollicité des ennemis, tua le capitaine. » Mais le fait est con trouvé, et Pontus Heuterus affirme avoir vu, à Paris, en 4560, Tinfâme Martigny, traînant, dans la misère et le mépris des honnêtes gens, une honteuse exis* tence, qu'abrégèrent le remords et la faim. — Fani D. Andrese Regulus XIII Kal. julij cum unâ parte Mariœburgum, a Regina Maria, Cœsaris sororé, ante
# t06 RÊ6NË DE CHARLES-i^INT EN BELGIQUE.
ies armes , munitions et artillerie ; » le 38 , elle évacua la ville ».
La cour de France célébra, par de grandes fêtes, ce succès, du à la trahison. Henri II, qui en reçut la nouvelle le 28 , rannonga à tous les ambassadeurs : c Ayant une telle entrée dans les Pays-Bas, ajouta-t-i(, je compte partir demain ou après -demain, pour rejoindre mon armée et suivre le cheaiin de victoire que Dieu m'ouvre ^ » Le 30, il arriva à Marienbourg, dont il changea le nom en celui de Henribourg : il ordonna d*en compléter les ouvrages extérieurs et de fortifier le village de Rocroy, pour relier sa conquête à Maubert-Fontaine^. La prise de cette place, l'évacuation des châteaux de
paucos annos oonditum deoominaiiimque, contendens, quod Pr®fectas Martîgnius, Rissatti Dominus, munitissimum oppidum Régi numerata pecunia veodidisset, VI Kal. julij , ne uno quidem exonerato tormento, deditione recipit. Vîdi ego anDO CID. K). LX infamem proditorem Martinum Parisijs oberrantem, exulem, egenum, omni proborum virorum familiaritale destitutum, ubi tandem miser, proprii judicij sententia juste multatus, famé ferme obiit. Ber. austr., L. XIII, 329 (éd. de 4649). — Guicciardin rapporte également cette circonstance.
Marie de Hongrie ordonna d'arrêter « le lieutenant porteur d'enseigne et les autres officiers delà garnison, et de les lui envoyer sur-le-champ, sous bonne garde, à Bruxelles, où les amenèrent des ballebardiers et un sergent du bailli de Namur (Compte de H. de Witthem, f« ixx *•). — Au mois d'août 4555, le prince d'Orange arrêta le lieutenant de Philibert de Martigny, et la régente ordonna de le transférer à Namur, « en le faisant mectre avecq garde, en lieu où l'on se puist asseurer de sa personne » [Lettre du 7 août. Correspotidance de Guillaume le Taciturne, 1, 73.)
Ou emprisonna aussi « ung maistre masson, ayant ouvretà la construction première de Marienbourg, à raison que publiquement, le camp du roy franchois estant devant icelle ville, ledit masson avoit déclaré en plein marché : « Que voulez- vous dire, je vous gaige que Marienbourg serat es mains des Franchois devant demain le disner ? » Compte de Jean> Favelly , f* xx.
' Rabutim.
' Lettre de S. Renard, du 4 juillet. Papiers d'état de GranveUe, IV, 274.
^ Rasutin.
PRISE DE MARiEfffiaURG. - COMBAT DE R£NTY. t07
Chimay, de Glajon, de Trélon, de Gonriçux, de FagnoUes, de Gouvin, dont les petites garnisons étaient incapables de résistance \ rendaient les Français maîtres de tout f Entre-Sambreet-Meuse ; de gros détachements battirent la contrée da côté de la Sambre et leurs avant-coureurs rançonnèrent le bourg de Broigne, les riches abbayes de Saint-Gérard et de Floreffe^. Laissant trois enseignes d*infanterie française à Marienboui^, le 3 juillet, l'armée royale se remit en marche et se dirigea vers la Meuse, pour opérer sa jonction avec le duc de Nevers ; le même jour, elle arriva à Givet, où l'avait précédée, la veille, son avantrgarde ^.
L'entrée de Nevers dans les Ardennes avait coïncidé avec l'investissement de Marienbourg. Son armée comptait 18,000 à 20,000 piétons, quelque cavalerie, 18 canons*. On avait redouté une attaque sur le liUxembourç , où la résistance en ce moment eût été bien difficile : la métropole du duché était désolée par la peste, qui sévissait avec une telle violence que les ouvriers employés aux fortifications désertaient en foule ^. Un incendie venait, en outre, de détruire (1 1 juin) la moitié de la ville, les moulins à poudre et à grains, ainsi que la plupart des munitions^. Thionville n'élait pas moins éprouvée par l'épidémie et, sur les instantes réclamations du comte de
' Rabl'tin. » Lettre du capitaine de Neuf-Cbâtel (Neufchâteau], du 26 juin. Lettres des seigneurs, XII, î^ 237.
' Lettre des maïeur et échevins de Namur, du 28 juin. Ibid., f^ 253 Voir aussi la lettre du 27, précitée.
' Lettre de Salignac Fénelon, précitée. — Rabutin.
^ Lettre du capitaine d'Orchimont, du 25 juin. Lettres des seigneurs, XII,
^ (c La peste commenche icy fort à régner, et à oeste occasion les ouvriers des ouvraiges ont commenche à eulx enffuyr par grandes troppes. » Lettre de Van Rossem, du 40 mai 4554. Ibid., XI, f» 444.
* Lettre du môme, du 42 juin. Ibid., XII, f«»74.
f08 RËGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE
Megen, il fallut en retirer la garnison \ Mais les Français oe voulaient plus renouveler leurs stériles expéditions dans cette province ; c'étaient des coups plus décisifs qu'ils comptaient porter.
Le siège de Marienbourg et la direction prise par Nevers ayant donné Téveil sur leurs projets, de Megen alla s'établir î^i Grand-Pré ^, et Marie de Hongrie ordonna à Van Rossem de le rejoindre avec toutes les forces disponibles. Celui-ci prit sur-le-champ ses mesures pour exécuter cet ordre ; il remise gouvernement du Luxemboui^ au bailli du Brabant wallon, Philippe d'Orley ^, en lui laissant un régiment de Hauts Allemands récemment levé par le frère du prince d'Orange, Jean de Nassau, et trop novice encore pour tenir la campagne *, Martin Van Rossem ne croyait pas à une attaque sérieuse de ce côté, et aux pressantes recommandations de veiller à ce que les troupes dirigées sur le comté de Namar ne fussent pas surprises ^, il répondit que tout se bornerait à une diversion. Il avait même résolu de la déjouer en se portant à la rencontre de l'ennemi®, lorsque la marche de Nevers le détrompa ; trop faible pour l'arrêter, il s'empressa alors de rejoindre de Megen ' , résolution qui livra les
• Lettres de de Megeo, des 20 et 24 juin. Lell. des seiy., XII, f»» UO et 454. ' « Nous avons résolu Rosimboz, Malendry et moy, de loger à Tabbaye de
Grand-Prez. » Lettre de de Megen, du 30 juin. Ibid., f« 344. — Compte de H. de Wilthem, f» xxx v». — Grand-Pré, abbaye de l'ordre de Clteaux, située à trois lieues de Namur.
^ Lettre de Van Rossem, du 29 juin. Lettres des seigneurSy XII, f» 340. — Philippe d'Orley fut chargé de ce gouvernement intérimaire, par commission du 22 juin. Archives de rAudience, liasse 4444.
4 Lettre du 29 juin, précitée.
* Lettre du 23, citée dans une lettre de Van Rossem, du 25. Lettres des seigneurs, XII, ^499.
«^ Lettre du 26 juin, ibid., f» 496.
7 Lettre du 29 juin, précitée.
PRISE D£ HARIËNBOURG. - COMBAT DE REMTY. 109
Ardenûes à une désastreuse invasion, mais sauva Liège et les Pays-Bas.
Ne vers, arrivé au village de Vieiraesnil \ « qui lui estoit nom bien convenable, à raison que c*estoient plutôt vieilles ruines de manoir que maisons habitées^, » envoya le seigneur de Jametz sommer le château d'Orchimont. Ce château, s'élevant sur un rocher aux bords d un affluent de la Semoy (rOrchimont) , dont il avait le nom, était commandé par un gentilhomme liégeois , le seigneur de Barxhon , qui repoussa la sommation ^ , et demanda des secours à Martin Van Ëossem^; mais quand il vit la place investie (26 juin) par douze enseignes d'infanterie et cinq cornettes de cavalerie , jugeant que « semblables maisons n*estoient tenables contre le canon, il ne voulut pas y aventurer son corps et son bien : » sous prétexte d'aller chercher du renfort, il en sortit par un passage secret^. Son lieutenant, Louis Colas, ne se troubla point de cette désertion, et, bien que la garnison fût réduite à K4 hommes, « gens du pays ^, » il répondit à une nouvelle sommation « qu'il ne se rendroit jamais s'il ne voyoit le canon ^ » Les Français alors, triomphant de difficultés jugées insurmontables, hissèrent quelques pièces d'artillerie devant la place (28 juin) et « la battirent tellement que aucuns des souldars furent tués. » La garnison, trop faible pour soutenir un assaut devenu imminent, prit le parti de l'évacuer, et dans
' Ce village s^appelle aujourd'hui Neufmanil; il est situé au nord deMézières, sur un affluent de la Semoy.
* Rabutin.
' Lettre de ce capitaine, du 26 juin. Lettres des seigneurs, XII, fo 494. ^ Ilfid.f et lettre de Van Rossem, du 25 juin, précitée. ^ Lettre de ce capitaine à Van Rossem, du 27 juin. Lelt. des8eig.,XUJ^ 244. ^ Lettres des 25 et 27 juin, précitées.
7 Rabutin.
110 RÊ6NE DE CHARLES-QUiNT EN BELGIQUE.
sa retraite, laissa 17 à 18 hommes aux mains de Fennemi. Celui-ci, après avoir « menacé de les pendre, disant que, sans l'empêchement qu'ils lui avoient donné, il seroit déjà devant Dinant, » massacra la plupart de ces prisonniers \
Dans rentre-temps Nevers avait passé la Semoy entre Linchamp et Senendal ^ II s'arrêta dans la vallée voisine, d'où il envoya des détachements détruire les forts des environs, Louette, Graide, Gedinne, Porcheresse, Willerzies, Bièvre, évacués à son approche, et brûler les villages dont les habitants s'étaient réfugiés dans les forêts et les rochers ^ Les Français, « poursuyvans la proye et butin, suivoient leurs traces et cachettes et souvent prenoient quelques-uns de ceux mesmes du pays qui, pour s'exempter de mort, leur servoient de guides. Ainsi estoit rempli leur camp d'un merveilleux nombre de misérables captifs, hommes, femmes et petits enfans esmouvans un chacun à grande pitié et commisération, et puis asseurer, dit Rabutin , y avoir vu donner le taurillon pour 20 sols, la vache pour 10 et les bestes à laine d'un an à deux pour cinq et six *. » Redoutant pour ses nombreuses prisonnières la brutalité de ses soldats, Nevers « les fit toutes ramasser et resserrer, avec commandement, à peine de la vie, de leur faire aucune force, ni violence, mais de les ramener
• Babltin. — Lettre du capitaine de NeufcMteau, Alexandre de Manteville, du 28 juin; et lettre du capitaine d'Orchimont, du 29. Lettres des seigneurs, XII, f~ 274 et 306.
' Rabutin qui, comme tous les écrivains de Tépoque, défigure les noms, dit Suranda, près l'ancien fort de Linchant; mais la marche des opérations de Nevers indique suffisamment qu'il s'agit de Senendal et de Linchamp, où il n'y eut jamais de fort, mais des forges. Voir la carte de Ferraris.
^ Lettre du capitaine de Neufchâteau, précitée. — Lettre des maieur, échevins, jurés et élus de Bouvignes, du 30 juin. Lettres des seigneurs, XU, f» 346. — Rabltin.
PRISE DE MARlENBOUftG. —COMBAT DE RENTY. 111
toutes en un certain logis, oii les flt seurement garder jusques tout le camp fût party de là ** »
La garnison de Fumay, forte de 30 hommes, « voyant que fennemi avoit passé par une descliente sur la rivière sy difficile, sy dangereuse à franchir, » abandonna la place pour se retirer à Bouvignes ^. Le château de Haibe fut saccagé ' et, le 29 juin, les Français parurent devant Beauraing*. La petite garnison de ce château avait été renforcée par l'arrivée des capitaines Grand Gérard et Lalosse, qui avaient évacué Gedinne et Wilierzies^; aussi son capitaine, Jean Golichart, de Binche, reçut-il les assaillants « avec force arquebusades à croc et coups de mousquet. » Mais ceux-ci amenèrent devant la place.quatre canons ; puis, ils prévinrent les assiégés qu en cas de résistance, ils seraient passés au fil de Tépée ou pendus. La force de ce château, assis sur un rocher, consistait en sa situation, non en ses murailles incapables de résister à Fartillerie ; il fallut donc se rendre à merci ®.
Nevers laissa à Beauraing une compagnie d'infanterie des vieilles enseignes et 50 arquebusiers à cheval ; puis, ralliant ses détachements épars, il descendit la Houille et se dirigea sur Giyet, pour opérer sa jonction avec le roi. Il y fut devancé par une petite division qui, franchissant la Meuse , vint sommer Agimont. Ge château, situé sur une éminence, à une lieue du fleuve, était le chef -lieu dune importante seigneurie, appartenant à Louis de Stolberg Kûnigstein, neveu
' Rabltin.
* Lettre des magistrats de Bouvignes, précitée. ' Rabctin. — Galliot, m, 342.
* Lettre du capitaine de Mirwart, Jean Heyenbourg, du 29 juin. Lettres des seigneurs, XH, f» 307.
^ Lettre des maïeur et échevins de Bouvignes, précitée.
* Rabutin.
et héritier d*Eberhart de Kunigstein , seigneur d'Agimont et de Rochefort *. Il avait pour commandant un brave capitaine, Evrard de la Marche, bâtard de Rochefort, qui, sommé à quatre reprises de livrer la place, se montra décidé à tenir jusqu'à la dernière extrémité^. Nevers, a qui avoit si sagement et avec si bonne police advisé aux vivres, qu'ils n'avoient failli à son armée es plus grands et aspres déserts de toutes les Ardennes, lors se trouvant sans nul rasfraischissement desdits vivres pour ses soldats^ se fascha grandement de cette résistance, qui pouvoit interrompre son entreprise, A peine arrivé à Givet, il fit passer Teau à un nombre de cavalerie légère avec certaines compagnies de gens de pied, pour envelopper et enclorre ce chasteau. Le lundy ensuyvant, au moment où Tavant-garde de l'armée royale apparaissoit, les gens de pied firent semblant de se mettre en devoir de vouloir escheller et donner assaut, qui tourna à bon escient, car ils entrèrent en jeu si avant et furieusement que ceux de là dedans ne purent longuement soutenir leur effort. Les assiégés furent contraints quitter et abandonner les défenses et leur donner ouverture, dont estans entrés, de chaude choie, feirent passer au tranchant de leurs espées tous ceux qui voulurent faire résistance, qui n'esloient en grand nombre, ni gens d'autorité. Furent faits prisonniers les officiers avec le capitaine Evrard de la Marche et la plupart des pauvres soldats renvoyés "'*. »
' « Âgimont, maison qui appartient au comte de Kenisten (sic) mon maître. » Lettre de Lardenoisde Ville, capitaine de Herbeumont, du 29 juin. Lettres des seigneurs j XII, f« 305. — Voir sur les seigneurs d'Agimont, une notice de M. R. Châlon, insérée dans les Bulletins de l'Académie, XXIII, 493.
• Lettre « de ceux de Bouvignes, » du 29 juin. Lettres des seigneurs, XII, f® 308. -- Lettre du capitaine de Herbeumont, précitée.
' Rabutin, l. VI, 609. — Nous donnons textuellement le récit de cet auteur
Lorsque l'armée royale arriva, elle trouva ainsi Nevers maître du cours de la Meuse depuis Mézières jusqu'à Givet , et sa jonction avec le duc lui donna une force considérable. Elle comptait 1,700 hommes d'arme^, 2,700 chevau -légers, « et ung nombre de pistoliers allemands, » 7,500 Suisses, 8,000 lansquenets, 14,000 à 15,000 Français, quelques enseignes écossaises , i ,200 chevaux de rarrière-l)an, et la maison du roi « estimée à 1,000 chevaux. » Elle avait 30 à 40 canons, indépendamment d'autres pièces d'artillerie, coulevrines, bastardes, moyennes, avec bon nombre de pionniers. « Henri II resta plusieurs jours campé à Givet, et les employa à faire reconnoitre le pays par où il vouloit prendre son chemin, afin de choisir le plus lai^e et plein, pour mener l'artillerie et l'armée. On pourvut aussi aux vivres venant tant de Mézières, le long de la Meuse, que devers Maubert-Fontaine par charroi ; des gens de cheval et des gens de pied furent jetés par les forts du long de la rivière et près des bois, tant pour escorte d'iceulx vivres, que pour tenir les chemins assurés *. » De son côté Nevers pilla et démantela Château-Thierry, évacué à son approche^. Enfin, le 7 juillet, les deux armées se mirent en marche, Nevers descendant la rive droite de la Meuse, et le roi se portant sans doute par la route de Hastières sur les riches plateaux qui dominent la rive gauche du fleuve^.
parce qu'il est d'une précision propre à contredire deux rapports écrits sans doute sur des rumeurs exagérées, et assignant à la prise de ce château la date du 29. Voir les lettres du capitaine de Herbeuraont et des magistrats de Bouvignes, du 29 juin, précitées.
' Lettre de Salignac Fénelon, précitée.
» Rabutin. — Cet ancien château, sur la rive droite de la Meuse, à 6 lieues de Namur, n'a plus été relevé. Galliot, III, 344.
^ De Givet à Bouvignes, la rive gauche de la Meuse ne pouvait être suivie par une armée, et la lettre de B. de Salignac Fénelon dit positivement que ce fut
Le 8 au matin, ils parurent, Fun devant Bouvignes, l'autre devant Dinant.
Il n*y avait à Bouvignes que quelques Espagnols de Julien Romero et des détachements ayant évacué les châteaux de la Meuse; mais toute la population valide prit les armes, commandée par le maieur et capitaine du château, Pierre de Harroy, et par son frère. « Soudain que l'armée du roy arriva près de la ville , fut assise et aifûtée l'artillerie au plus haut d'un ravin, dedans lequel passe le grand chemin qui monte en la plaine au-dessus, et ladite ville furieusement canonnée jusque à trois heures après-midy. Alors estant la bresche &ite à un portail et dedans une tour, fut donné quant et quant l'assault. » Les assaillants emportèrent la ville sans éprouver grande résistance, « estant seulement défendue par ses habitans auxquels il en print mal, car en fut fait d'une première furie grand carnage. Aucuns d'iceux, se pensans sauver, se jetèrent à la merci de l'eau; toutes fois pour cela ne se peurent exempter de mort, estant tués la plus grande part, à coups d'arquebuses ; ceux qui traversèrent la rivière furent pris par les soldats de Nevers, et depuis pendus, pour avoir témérairement résisté contre la puissance du roy. » Henri II, « usant de son humanité accoutumée, » n'épargna que les femmes, les enfants, et ce ne fut point dans l'ardeur de Tattaque que ces atrocités furent commises : deux jours après la prise de la ville , on y pendit encore huit à dix bourgeois « pour avoir arresté l'armée du roy\ » Les Espagnols, « qui conduisoient tout l'ordre de la défense, s'étoient jetés dedans
par ces plateaux que Bouvignes fut attaquée : « Encores qu'on y tirast de hault en bas... » Le récit de Rabutin confirme aussi cette supposition. ' Lettre de Marie de Hongrie, du 34 août. Lettres des seigneurs, XII, f« 525.
— RaBUTIvN. — SaLIGNAC FÉNELON. — FiSEN.
la tour de Grèvecœur, pendant qu'ils faisoient soutenir Fassaut à ceux du pays, leur ayant donné à entendre qu'ils ailoient chercher des artifices à feu, pour repousser les François. A la fin, ils se rendirent et furent mis entre les mams du prévôt ; mais d'autant qu'à Thérouanne l'ung d'entre eux avoit sauvé quelqu'un des François, la vie fut sauvée à lous\ »
Dinant, ville liégeoise, était « la clef de la Meuse et de telle importance, qu'elle prise par ennemi, lui étoient ouverts tous aultres chemins pour tirer où bon lui sembleroit, sans rencontrer lieux forts qui lui pussent causer grand empeschement^. » Dès le mois d'avril, Marie de Hongrie avait engagé George d'Autriche à mettre cette place en état de défense *, et il y avait envoyé une enseigne de piétons liégeois sous le commandement du drossard de Stockem^ La reine se proposait d'y joindre quelque cavalerie ; mais l'évêque s'était défié de ces avances et l'en avait dissuadée, en alléguant la disette des fourrages ^ Les préparatifs de la France éveillèrent pourtant ses craintes, et, le 16 juin, les états de Liège avaient résolu la
• Lettre de Salignac Fénelon, précitée. — Rabutin. — La tradition rapporte la mort héroïque de trois jeunes femmes qui, pour ne pas tomber aux mains de l'ennemi , se précipitèrent dans la Meuse du haut de la tour de Grèvecœur. L'église paroissiale de Bou vignes célèbre annuellement, avec un grand concours de peuple, l'anniversaire de cet événement *, qu'aucun monument historique ne consacre, que rendent même peu vraisemblable la situation de la tour de Grèvecœur et la reddition de cette tour par les Espagnols.
' Lettre de d'Hoogstraeten, du 40 avril. Lett. des seign., IV, f" 225. — ' Ibid.
* Lettre de l'évoque, du 23 juin. Lettres des seigneurs, XII, f» 175. ^ Lettre du môme, du 40 juin. Ibid., f« 64.
* Cet anniTursaire est inscrit au nombre de ceux qui sont A la charge de la fabrique ; eelir.ci reçoit de ce chef unv rente de douze muids d'épcautre établie sur la ferme de Rosienne. Les registres de la paroisse ne renferment pas d^acte de fondation, mais une série d^acles de pajemeni qui ont servi de titre jusqu'à la prescription trentenaire de 1854. A celte époque, le propriétaire de la ferme de Ro&tenne, M. Gosier, a passé un titre nouvel déposé dans les archives de la fabrique. C*esi simplement, sans doute, an obtt pour trois dames dont on ignore le nom. — (Nous devons (es renseignements à rubligeancé de M. Lekeu, curé de Bouvignes.)
levée duQ corps de 1 ,300 hommes pour la défense des frontières' ; mais le danger éclata avant Texécution de cette mesure et il ne se trouva à Dinant « nulles gens que Uen à point pour garder le cbasteau ; dans la ville il n'y avoit que povres gens. » Néanmoins tous, capitaines et soldats, « se montrèrent délibérés d'attendre telle fortune qu'il plairoit à Dieu leur envoyer*. » La ville avait pour gouverneur Henri de Berlaymont, dit de Floyon, seigneur de Modave, d'Odeur et de la Ghapelle^ et le château était commandé par Philippe de Hamal, seigneur de Moncheaux ^
Après la prise de Beauraing, Nevers avait déjà fait sommer Dinant; pour violer la neutralité de cette ville, il prétextait que les Dinantais avaient donné des secours aux Impériaux et admis dans leurs murs don Julien Romero. La présence de ce capitaine, qui leur avait amené une centaine d'arquebu^ siers espagnols ^ accrut leur assurance, et ils répondirent au héraut français : « Si nous tenions les cœurs ou les foies du duc et du roi, nous en ferions une fricassée®. » — « Je vous asseure, écrivait de Hamal au capitaine du château de Namur, que si nous avions quelques quinze cents hommes comme pourroient estre les Espagnols qu'avons ici, je pense que
' Chapeauville, III, 373.
» Lettre de Jean de Hamal, du 8 juillet, lettres des seigneurs, XII, f« 351.
' Remacle Mouhy de Ronchamps trace de ce seigneur, qui devint souverain maïeur de Liège, un portrait si flatteur, qu*il est difficile de ne pas le croire exagéré : « Instruit pour son siècle, dit-iK il joignait à une physionomie heureuse une valeur sans égale. La noblesse et la gravité étaient peintes dans tous ses traits, et la vérité trouva toujours en lui un zélé défenseur. » — « Vir nobilis et generosus, » dit de son côté Chapeauville.
^ Dans une lettre c'est Jean [Lett. des seign.f XII, f^ 354 ) et dans une autre PW/ippfl(/6id., f»38ï).
^ Lettre du duc de Savoie, du 28 juin. Ibid., ^ 268.
* Rabutin. — FiSBN. — ViLLENFAGNE, HUtoirc de Spa^ I, 276.
PRISE DE MARIENBOURG - COMBAT DE RENTY. If 7
de quinze jours, les François n'eussent approché, pour la difficulté du pays*. »
Nevers établit son camp dans la vallée de la Lesse et prit son logement au château de Walsin. Lorsqu'il vint reconnaître la place, une balle tua à ses côtés le cheval du seigneur de Jametz , et une vive canonnade lui présagea une vigoureuse résistance. En effet, l'attaque des approches et l'ouverture des tranchées lui coûtèrent beaucoup de monde ; mais l'arrivée de l'armée royale, les massacres de Bouvignes terrifièrent la population, et la ville, foudroyée par trente pièces d'artillerie, « quinze du côté du duc de Nevers, de delà la vallée, autant du côté du Roi de delà la Meuse, qui donnoient le long du creux et dedans le château, dont fut percée à jour la muraille de briques la plus haute, » ne tarda pas à capituler. Considérant que « d'autres fois ses habitans^ avoient été affectionnés à la couronne de France et que maintenant ils étoient bridés par le château ; oubliant leurs folles et téméraires paroles, » Henri II leur accorda vies sauves. Il garantit aussi la sûreté de la ville ; mais, au mépris de cet engagement, elle fut livrée au sac le plus épouvantable. Il y eut même un sanglant conflit entre les Français et les lansquenets, qui voulaient faire violence à des femmes réfugiées dans l'église de Notre- Dame, et la cité ne fut préservée d'une complète destruction que par l'intercession de quelques marchands français qui s'y étaient établis ^
La reddition de la ville n'avait guère d'importance, car
• Lettre du 8 juillet, précitée.
•Suivant Rabutin, la reddition delà ville eut lieu après l'assaut donné au ehâteau; mais Salignac Fénelon la place antérieurement, et sa version, écrite peu de jours après l'événement (34 juillet), semble plus exacte. —Fisen. — Le Petit. — Dewez.
118 RÈGNE DE CHARLËS-QUlNT EN BELGIQUC.
restait le château , dont < Tassielte estoit fort malaisée. La nature, comme par art et industrie, avoit fait un profond et grand précipice à Tentour, pour garder qu'il ne pût être battu que de loin, réservé par une seule advenue du côté de la plaine, à l'endroit de la porte : par là avoilron travaillé de le rendre plus fort, avec bon fossé, deux terre-pleins et autres défenses \ » La garnison, composée de Liégeois, d'Allemands et des Espagnols de Romero, était animée des mmlleures dispositions. « Deux jours et deux nuits durant, continua le feu des assiégeans avec un merveilleux tonnerre, » et, renversant les deux principales tours, il ouvrit une lai^e brèche. Aussitôt (le 10 vers trois heures de l'après-dînée) Coligny conduisit à l'assaut les compagnies françaises, « les corcelets en front par le milieu, les harquebusiers par les flancs. » Animés par la présence du roi, par l'exemple de leurs chefs, les assaillants se montrèrent d'abord pleins d'ardeur; mais cette ardeur se brisa contre l'énergie de la résistance. Les assises, « s'aidant de leurs artifices à feu , jetant des cercles allumés au pendant de la brèche, y semant des chausse trappes, ruant incessamment une grande quantité de pierres et gros quartiers, fournissant le rempart de piquiers, l(^eant en des flancs qui n'avoient pu leur être du tout ôtés, une grosse escopeterie, » les repoussèrent avec une grande perte. En vain, Coligny, « avec aucuns autres capitaines et aussi des gentilshommes de la cour, et par exprès un nombre d'enseignes fort vaillans hommes, s'essayèrent de montrer le chemin à leurs soldats, les y appelèrent, montant de pieds et
' Lettre de Salignac Fénelon, du 34 juillet, précitée. — Suivant BabutiD, ce château, qui avait été reconstruit sous Érard de la Marck, était couvert à Test et à l'ouest par deux bastions ; celui de Test était peu considérable ; Feutre, au contraire, était susceptible d'une longue résistance.
PRISE DE MARIENB0UR6. - COMBAT DE RENTY. n9
de mains, comme ils purent les premiers, où pour être seuls en bute, il y en eut de renversés au fond morts et d'autres fort dangereusement blessés; sans passer à plus grand combat, la retraite fut sonnée et ils s'en retournèrent avec le grand malcontenteinent du roi et des grands \ »
Cet échec rendait la position de l'armée royale fort critique, et, séparée du duc de Nevers, elle eût été exposée à de graves dangers si les Impériaux avaient eu dans le voisinage des forces suffisantes pour l'attaquer. « On leur pourra donner bien de l'ennui, disait un de leurs capitaines, en apprenant que les Français avaient formé deux camps, car, quelque nombre qu'ils soient, leur infanterie est grande canaille ^. » Malheureusement les Allemands de la garnison ne valaient guère mieux, et leur lâcheté paralysa bientôt la défense. Durant l'assaut, le feu des assiégeants n'avait pas discontinué, et, le lendemain, il reprit avec une nouvelle vivacité, « nuisant grandement à ceux de dedans, qui estoient contraints de se découvrir quelquefois et de se tenir en lieu où les ruines que le canon faisoit et les esclats les endommageoient fort ; de sorte qu'il y en eut beaucoup de morts , et bien peu qui ne fussent blessés ^. » Alors la terreur s'empara des Allemands qui notifièrent à leurs chefs l'intention de ne pas combattre davantage, et les obligèrent à capituler *.
La garnison obtint de sortir « avec l'épée, la dague et
' Lettre de Salignac Fénelon, précitée. — Cette défaillance des compagnies françaises est confirmée en tous points par Rabutin. Celui-ci ajoute même que « aucuns capitaines auparavant bien estimés, tombèrent en fort mauvaise estimation. » — Voir aussi Fisen, 1. c, 348.
' Lettre de Carondelet, du 8 juillet. Lettres des seigneurs, XII, f<> 350.
' Lettre de Salignac Fénelon, précitée.
* Ihid. — Rabutin. — Quare territi Germani diutiusque repugnare detrectantes, deditionem obtulerunt. Fisen.
<30 RÈGNE DE GHARLES-QUiNT EN BELGIQUE.
quelques autres menues baghes ^ ; » mais les vainqueurs ne respectèrent pas mieux cette capitulation que celle de la ville : Henri de Berlaymont et Julien Romero, retenus prisonniers, furent conduits en France, où le premier (dont les historiens français taisent la captivité) resta vingt-huit mois*. Quant au second, au dire de Brantôme, pendant qu'il négociait avec le connétable pour obtenir les honneurs de la guerre, celui-ci, irrité de son arrogance, « par une grande ru^^e de guerre (qui mérite un autre nom), fit avertir les soldats espagnols que Romero ne plaidoit point pour eux, mais pour lui seulement et une douzaine d'autres à son choix, laissant le surplus en crouppe à la merci de l'espée. Ce qu'entendant le reste des Espagnols, soudain s'accordèrent h la même capitulation que les Allemands et sortirent tous ensemble, dont Romero cuyda se désespérer. Il demeura prisonnier parmi nous, non-seulement, ajoute Rabutin, pour la response qu'il avoit faite, mais pour autre plus grande occasion. » Les Français lui « reprochoient de ne pas se contenter de servir l'empereur en ses guerres, mais de s'offrir à la solde de tous les ennemis du roi. Ils disbient cela pour ce qu'il avôit esté au service des Anglois contre eux et maintenant se trouvoit à tenir ce fort de l'évéque de Liège ^. » De Hamal, plus heureux que ces deux capitaines , rejoignit l'armée impériale et reçut la charge de « lieutenant de coronel du régiment des gens de cheval du comte d'Hoogstraeten, » en récompense de sa belle conduite *.
• Rabutin. — Brantôme, II, 26.
» ViLLENFAGNE, 1. c, 276. — Scd ct Barlamoiîtius fide nihilo meliore in Franciam abductus est. Fisen, l. xvi, 349. — Henricus de Floyon, prœter paclam legem, caplivus in Gallias abductus. Chapbauville, III, 373.
* Lettre de Salignac Fénelon, précitée.
4 Lettres de de Hamal, du ^^ août; et de la reine, du 3. Lettres des set-
PRISE D£ MARIENB0UR6. - COMBAT DE REMTY. 121
Le butin dont les Français se goi^rent à Dinant et à Bottvignes, ne leur profita guère. Les bateaux qui le trans* portaient à Mézières, avec plusieurs des capitaines blessés à Tassant, furent enlevés, près de Givet, par des milices du pays, qui taillèrent en pièces Fescorte (15 juillet 1554)*. A cette nouvelle, d'autres bateaux, chargés des riches colonnes de marbre du jubé de Féglise de Notre-Dame, rebroussèrent chemin, et il fallut renoncer à les emporter. Des fruits de sa conquête, Tennemi ne conserva que les cloches de cette église envoyées à Mézières ^.
Les Français démantelèrent le château de Dinant et la tour de Bouvignes^; et durant cette halte, ils envoyèrent leur grosse artillerie à Marienbourg. En même temps, Nevers poussa en avant de gros détachements qui détruisirent les châteaux de Poilvache ^ et de Spontin ^ Mais il fallut bientôt
gneurs, XII, f*'* 382 et 394. — Au mois de mai 4555, il fut nommé chef des bandes d'ordonnances d'Hooghstraeten, de Praet, de Boussu, Carondelet, Jean Bernier, au traitement de 200 philippus de 25 patards par mois. Archives de VA vdience, liasse 4 H i .
' Rabutin.
' Dewez, 1. Cr
' Lettre de Philippe de Blois, du 16 juillet. Lettres des seigneurs, XII, f" 3o9. ~ Lettre de Salignac Fénelon, précitée.
4 Galuot, 111, 304. — Ce château n'avait pas été entièrement relevé depuis que les Liégeois l'avaient saccagé en 4434.
* De Marne (II, 455) et Galuot (111, 300) disent que ce fut le château de Beaufort, forteresse autrefois considérable, à quatre lieues au-dessous de ' Namur, mais dont les fortifications, rasées par les habitants de Huy, sous Phi> lippe le Bon, n'avaient pas été complètement rétablies. 11 est impossible d admettre que les Français se soient avancés jusque-là, Charles-Quint se trouvant à Bouges, Van Rossem et de Megen à Grand-Pré, sur la rive droite de la Meuse, et le duc de Savoie à Gembloux. 11 est probable, pour ne pas dire certain, que les historiens namurois, trouvant un château appartenant au seigneur de Beaufort, ont appliqué au château de Beaufort l'événement arrivé au château de Spontin, situé sur la rive droite de la Meuse, a deux lieues de Dinant.
«32 R£eN£ DE CHARLES QUINT EN BELGIQUE.
se remettre en marche, car « une plus longue demeure en ce lieu eût pu, en temps de si grandes chaleurs, engendrer infection et mauvais air ' ; » d*un autre côté, les communications avec la France devenaient fort difficiles. Déjà les valeureuses milices de TEntre-Sambre-et-Meuse, tombant à l'improviste sur un corps d'Anglais et d'Écossais posté près de Givet, l'avaient mis en déroute, après lui avoir tué beaucoup de monde et pris 86 chevaux. Puis, renforcées par quelques troupes venues du Luxembourg, elles se jetèrent sur la Champagne et causèrent tant de ravages dans les environs de Mézières, que Henri II fut obligé d'y détacher une forte division'. Le 13 juillet, Nevers se joignit à l'armée royale et elle alla s'établir c une lieue plus avant dedans le pays, où tint logis cinq jours entiers ', » harcelée par des « compaignons harquebusiers namurois tenans guetz aux bois, foretz et passages^. »
Suivant divers rapports adressés à Charles-Quint, Henri H se proposait de marcher par Maubeuge, Binche et Nivelles, sur Bruxelles, tandis qu'un corps d'armée descendrait vers Liège, où son apparition serait le signal d'un mouvement du parti français *. Ce plan de campagne, exécuté avec des forces considérables, avait beaucoup de chances de succès, car partout régnait la terreur^; à Liège elle était telle qu'une foule d'habitants transportèrent à Ruremonde leurs objets les plus précieux \ Les circonstances en effet paraissaient si critiques
* Lettre de Salignac Fénelon, précitée. — « Rabutin. — Fisen.
* Lettre de Salignac Fénelon, précitée.
* Compte de H. de Witthem, f» xxxj ^.
* Lettre de S. Renard, du 4 juillet. Papiers d*éiat de Granvelle, IV, 274. ^ Voir Lettres des seigneurs, XII.
7 Ce fut une malencontreuse résolution, car, peu de temps après, cette ville f ut en partie détruite par un incendie. Fisbn, l. xvi, 349.
que Gâstaldo conseilla à Charles-Quint de se retirer à Anvers, jusqu'à l'arrivée des troupes attendues d'Allemagne ^ Heureusement il repoussa cet avis, dont l'adoption eût livré la Belgique aux ravages de l'ennemi ; ce fut par d'énergiques mesures qu'il la sauva de l'invasion.
Le 28 juin, Marie de Hongrie avait ordonné aux autorités de Louvain, de Malines, de Bois-le-Duc, de Grave, de Kuyck, de Vilvorde, des pays de Waes , d' Alost, de Termonde, d'enrôler tous les hommes en état de porter les armes, et de les oi^aniser en enseignes ^. Le lendemain, parurent des lettres prescrivant de battre partout le tambourin pour recruter des soldats ^ et l'on décréta l'appel sous les armes du sixième des habitants valides du Brabant *. Il fut prescrit, en même temps, « à tous marchands, vivandiers, taverniers, hôteliers, cabaretiers et autres, de mener à l'armée vivres et fourrages ^. » tous les chevaux de trait furent mis en réquisition pour le transport des munitions et pour le service de rartillerie®; dans toutes les provinces du midi on leva en grand nombre des pionniers'. Mais les enrôlements rencontrèrent beaucoup de difficultés et donnèrent de faibles résultats. Au premier indice de danger, toute la noblesse était, il est vrai, accourue à l'armée ® ; mais chez le peuple régnait le découragement, l'apathie ou la haine ®.
' De Marne, le. — Simonde de Sismondi, Histoire des Français. » Lettres du 28 juin. Lettres des seigneurs, XII, f«» 281 et 283.
* Lettres des seigneurs, XII, f® 289.
* Die nieuwe Chron. van Brabandt.
^ Ordre du 24 juin 4554. Manuscrit de la bibl. royale, n° 20411 , f» 359.
* Compte de H. de Witthem, f" xxviij ▼<> et xxix.
7 Ordre du 2 juillet. Archives de l'Audience, liasse 1111 .
8 Voir des lettres des 30 juin et 26 août. Lett. des seign., XII, f«« 329 et 494r
9 Voir, entre autres, des lettres du capitaine de Binehe, des 24 et 30 juin. Ibid., f»« 234 el 347.
Dès que se révélèrent les projets de Fenneini, Fempereur, par une mesure exceptionnelle que justifiaient les circonstances, donna le commandement de Bruxelles au seigneur de Molembais ^ Il fut enjoint aux habitants de prendre les armes; cet ordre s'appliquait à tous, et les suppôts du souverain conseil de Brabant ayant excipé de leurs franchises, la régente les en blâma avec sévérité^. Le 9 juillet, elle passa une revue générale des sections (Wycken), qui présentèrent un effectif de 5,260 hommes ^ On arma les remparts, et le château de Genappe , servant d'avant-poste à la ville , fut mis en état de défense ^
 Maestricht, qu'eût compromise la marche victorieuse des Français sur Liège, il fallait tout à la fois pourvoir à la défense et au maintien de Fautorité souveraine. On pressa les travaux des fortifications ^ et le comte d'Over-Embden prit le commandement de la place , avec mission spéciale de déjouer les trames des ennemis de l'empereur ®, La précaution n'était pas inutile; car, si le comte « trouva les boui^eois et mauans encore en très-bonne obéissance, et jugea qu'il n'y auroit
• « Nous vous tenons mémoratif de la cause qui a meu l'empereur, monseigneur et nous, de remettre au seigneur de Molembais la garde de la ville de Bruxelles, et combien en tel temps il est requis et raisonnable que ung chacun y face son debvoir sans s'excuser sur quelque exemption. » Lettre de Marie de Hongrie au chancelier de Brabant, du 18 juillet. Lettres des seigneurs, XII.
' Ibid.
' Histoire de Bruxelles.
4 Le châtelain, Guillaume de Coffoy, reçut ordre (30 juin) de lever 25 piétons pour la garde de cette place. Archives de l'Audience, liasse 414 4 .
* Lettres de Marie de Hongrie, du 27 juin, lettres dés seigneurs, XII, f*»» 249 et 254 . — Le 9 février, Nicolas Oudart, conseiller ordinaire en Brabant, et Jean Plpenpoy y avaient été envoyés pour engager la commune, les chapitres de Saint-Servais, Notre-Dame et autres collèges, ainsi que les monastères, à participer aux dépenses des fortifications. Archives de l'Audience, liasse 4444.
^ Lettre du 27 juin, précitée.
PRISE DE MâRIENBOURG. - COMBAT DE RENTY. I^,")
crainte ni apparence de révolte tant que l'ennemi n'approchepoit plus près, il estoit à présumer que, s'il advenoit que par ceulx de Liège fust fait quelque traitement avec les François, alors pour la diversité des jurisdictions estant en ladite ville, il pourroit y avoir danger^ » Aussi, dès que l'ennemi opéra sur les rives de la Meuse, ce capitaine fit occuper la place par cinq enseignes de Bas Allemands levés dans les environs ^ Namur était un autre point non moins menacé. Cette ville avait pour toute garnison quelques piétons du pays, de nouvelle Ievée\ et était dépourvue d'artillerie et de munitions *. Le 23 juin, Marie de Flongrie ordonna à Van Rossem d'y envoyer cinq enseignes d'infanterie \ et à Henri de Witthem « de rassembler, faire esquipper, armer et embastonner tous les hommes propres à la guerre ^. » De son côté, le conseil de Namur, en donnant le même ordre aux officiers, enjoignit aux nobles de se rendre sans retard au chef-lieu du comté, pour pourvoir à sa défense'. Puis, ensuite d'un mandement de la reine, « tous les manans et sujets dudit pays, furent contraints de venir dedans ladite ville de Namur, avecq leurs vivres et meubles; de chasser tout le bétail vers le bois de Soigne et autres lieux plus retirés
' Lettre du 30 juin. Lettres des seigneurs, XII, f» 334.
'Commissions des 4 et H juillet. Archives de l'AitdiencBj liasse 4441, et Dépêches de guerre, n» 368, f«xxv.
^ Compte de H. de Witthem, f» xxix '**.
4 Lettres des maïeur et échevins de Namur, des 27 et 28 juin. Lettres des seigneurs, XII, f« 253. — « Aux sieurs de Limelette et de Presles (juin 4S54), ayant, à ce députez par les nobles, este vers Sa Majesté réginale^ portant lettres de supplications, afin d'avoir assez de gendarmerie et de munitions de guerre pour la tuition et deffense de ladite ville de Namur. » Compte de IL de Witthem, f« XXX V".
' Lettre de Van Rossem. Lettres des seigneurs^ XII, f« 498.
* Compte de ce seigneur, f» xxix, et compte de J . Favelly, f» 49 '•*.
7 Lettre du 26 juin. Lettres des seigneurs, Xlï, f« 236.
lâô RË6NE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
dedans le pays; d'ôter les fers aux moulins de tous côtés; de faire hacher et couper le bois partout où Ton trouvereît convenir, afin d*ôtor les facilités aux ennemis '. »
Après la prise de Marienbourg, la crainte de voir les Français marcher sur Namur fut telle, qu'on transporta à Braxelles les archives du bailliage^. Marie de Hongrie et le duc de Savoie s'empressèrent d'y jeter des renforts^, et des ordres réitérés y appelèrent les « nobles et gentilshommes des environs, pour pourvoir à sa défense, avecq les bourgeois d'icelle ville et les aultres gens de sa majesté ^ » Le 2 juillet, la reine y envoya le seigneur de Bautersem , afin de tranquilliser la population et l'assura de l'arrivée de prompts secours^. Mais des promesses étaient insuffisantes et, à la nouvelle du si^ de Dinant, tous les habitants de la banlieue furent obligés de venir travailler aux fortifications du château®. Enfin, Gharles- Quint lui-même, après avoir trop hésité peut-être \ se fit transporter à Namur, autant pour encourager les habitants que pour arrêter l'ennemi *.
Au moment où les Français investissaient Marienbourg, Emmanuel-Philibert, trompé parleur mouvement vers Avesnes, avait choisi son quartier général à Mons*^. Leur supposant
' Compte de H. de Witthem, f» xxx.
' fbid., f» xxxj. — Compte de P. de Senzeilles (n» 15556), f» iiij. ' Lettres de la reine et du duc, du 28 juin. Lettres des seigneurs, XH, f»» 266 et 268. Compte de H. de Witthem, f» xxix.
* Compte de H. de Witthem, f® xxx.
* fbid.t f* XXXV».
* Compte de P. de Senzeilîes, f» iiij ♦».
7 Dans des lettres qui furent lues publiquement à Liège (mars 4555), il s'excusa près de révoque et des Liégeois d'être arrivé tardivement à leor secours, et d'avoir livré ainsi leur pays aux ravages des Français. Fisen, L. XVI, 349.
* Voir son discours d'abdication.
9 Lettre du 26 juin. Lettres des seigneurs, XII, f« 224.
ensuite Tintention de marcher sur Bruxelles, il avait résolu de prendre position à Écaussinnes ; mais , « trouvant le lieu malpropre pour y camper, » il vint s*établir à Tubize (28 juin), plein dincertitudes sur les projets de l'ennemi, manquant de confiance dans ses troupes, livrées à tous les dérèglements, se défiant même des gens du pays, qui refusaient de lui servir de guides \ Lorsqu'il vit la principauté de Liège menacée, il voulut se poster à Sart-Moulin, « en quoy faisant il seroit plus prochain du quartier de Namur et de Liège, sans s'éloigner davantage de la ville de Bruxelles ^. » Charles-Quint désapprouva cette résolution, et prenant le parti proposé, dès le 25 juin, par le conseil de Namur ^ il ordonna à son capitaine général de s'établir à Gembloux, tandis que lui-même prenait position à Bouges^. Couvert par la Sambre et par la Meuse, il se trouvait ainsi à même de concentrer ses forces, d'attendre ses renforts, de protéger le Brabant, de délivrer, à l'heure propice , les pays de Namur et de Liège de la présence de l'ennemi. En même temps, dans toutes les provinces on « faisoit processions générales, sermons, dévotes et humbles prières à Dieu, afin qu'il plût à sa divine bonté diriger et guider les affaires de la Majesté Impériale à bonne et heureuse fin *. » Les positions prises par l'empereur et par le duc de Savoie, celle que Van Rossem et de Megen occupaient à Grand-Pré , ne permettaient plus à l'ennemi de tenter, sans combat, une diversion sur Liège, où l'on était bien préparé à le recevoir ^. Aussi Henri II prit-il le parti de marcher sur Bruxelles, avec
■ Lettres du duc de Savoie, des 28 et 39 juin. LeUres des seigneurs, XII, f~262et3«7. ' Lettre du 29 juin, précitée.
' Lettre de Philippe de Brey. Lettres des seigneurs, XII, f« 202. ^ Rabutl>. — Féry db Guyon annoté par M. de Robaulx de Soumoy. ^ Compte de H. de Witthem, f«> xxxj. — « Fisen, l. xvi, 348.
f28 RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BEL610UE.
toutes ses forces. Le 18 juillet, après avoir ordonné à ses troupes de se fournir de vivres pour cinq ou six jours, et chargé sur un nombreux charroi les denrées et les munitions venues de France, il se remit en marche. Il alla loger à trois lieues de son ancien campement (à Florennes ou à Stave) pendant que ses troupes « gâtoient et brûloient le pays de quatre lieues à la ronde, pour revanche de ce que les ennemis avoient commencé, cette année même, depuis qu'il étoit en campagne, à brûler ses sujets au pays de Boulonnois^ » Le lendemain, « continuant ainsi, » mettant toute la contrée à feu et à sang, incendiant le château de Stave, les villes liégeoises de Florennes et de Fosses, pour punir les habitants du pays de Liège, disait-il, d'avoir abandonné Talliance de la France \ il vint passer la Sambre à Ghâtelet •\ sans éprouver d'obstacle. A la nouvelle de la marche de l'ennemi sur Florennes, on s'était borné à prescrire au capitaine de l'enseigne des gens de guerre en garnison à Thuin , « de rompre les
' Lettre de Salignac Fénelon, du 31 juillet, précitée.
* FisEN. — Lettres des seigneurs, Xll.
^ Salignac Fénelon nludique pas Titinéraire suivi par Tarmée royale, et Rabutin l'explique d'une manière peu claire. Le seul endroit, dont parle ce dernier, désigné dans le texte sous le nom de Storne (p. 6H), et dans la table sous celui de Storin, est probablement Florines, aujourd'hui Florennes : de FI on aura fait SI, qui dans récriture du temps avait beaucoup de ressemblance; et l'abréviation du texte aura été prise pour le nom complet. Cette opinion, du reste, est corroborée par l'ordre donné au capitaine de la garnison de Thuin. On pourrait aussi y voir Stave, en patois Stove ou Stauve; mais cette dernière supposition parait moins probable que la première. Quoi qu'il en soit, en quittant la vallée de la Meuse pour se jeter dans le pays d'Entre-Sambre-et-Meuse, et se porter ensuite sur la Sambre, les Français passèrent certainement par Florennes, qui faisait partie du pays de Liège, et par Stave, qui appartenait au comté de Namur. Il y a tout lieu de croire qu'ils franchirent la Sambre à Pont de Loup et à Châtelet, oii il y avait des ponts sur cette rivière (t>otr la carte du Hainaut, publiée par Jean Blaeu, en 4649), fort guéable du reste alors en beaucoup d'endroits.
fers des moulins, de haulcher les bords des guets, de détruire les moulins de Ghastelet et de Thuin pour oster la commodité des vivres au roi de France ^ »
Le 20 juillet, Tarmée royale entra dans le Hainaut, où de Lalaing venait d'accourir ^, mais en étant sans troupes pour Tarréter. Elle put donc « mettre à perdition toute la contrée, brusler et destruire tous les boui^s, chasteaux et villages, sans qu'il y en eust un seul qui osast faire résistance, fuyant tout le populaire la rencontre de cette horrible furie ^ » Henri II campa à Jumet, et, dans la nuit suivante, il envoya « le comte Rodolphe avec ses pistolliers, son régiment d'AUemans, la compagnie de M. le duc de Bouillon, et deux moyennes pièces de campagne, pour surprendre la petite ville de Nivelles, première place du Brabant. Toutes fois, la trouvant mieux munie de gens de guerre que ne pensoit, retourna sans faire autre chose que brûler les faulbourgs et villages de Tenviron *. » Si cette attaque n'avait avorté, les Français, poursuivant leur projet, eussent directement marché sur Bruxelles, où les milices bourgeoises avaient déjà reçu Tordre de se tenir prêtes au combat^; mais l'échec éprouvé devant Nivelles , changea cette situation et prépara en quelque sorte leurs revers.
* Ordre du M imWeL Archives de r Audience, liasse UM.
' Le 48 juillet, il remit, à cet effet, au marquis de Renty, le commandement des bandes d'ordonnances d'Aerschot, de Lalaing, de la Vere, de Beveren et de Famars. Ibid.
^ Rabutin, l. IV, 644.
* Ibid. — Ils brûlèrent, entre autres, Saint-Géry, Gentinnes et la ferme de GéroDvillers, Marbais et son château seigneurial dit du Châtelet, la ferme de Bongré à Baisy, Sart-Dames Avelines, Frasnes, etc. MM. Tarlier et Wauters, La Befgique ancienne et moderne. — M. Wauters, L* Ancienne abbaye de Villers.
* Histoire de Bruxelles.
t30 BËGNE DE CHARLES-QUINT EN BELaïQtJE.
L'armée royale, après avoir brûlé Seneffe \ se dirigea vers Binche, « laissant toujours après elle, pour ses brisées, feux, flammes, fumées, toute calamité ^; » mais elle était déjà suivie de près par le duc de Savoie, « dressant sur la queue toutes les alarmes qu'il pouvoit, pour Tennuyer et Taffolblir \ » Ainsi, 40 hommes de la bande de Lalaing tombèrent sur la compagnie de chevau-légers de Nemours et lui tuèrent beaucoup de monde*. Le 21, le roi vint camper près du château de Mariemont, où ses coureurs avaient déjà mis le feu, de même qu'à « ung aultre excellent chasteau appelé Trazegnies ''^. » Henri II accourut à Mariemont, criant à ses gentilshommes : <r Or sus! mes chevaliers, donnons dedans! » et se jeta dans le parc , frappant les arbres de son épée , alimentant l'incendie ^. Puis , sur les ruines de cette splendide demeure, il fit mettre cette inscription : « Souviens-toi de Folembray, reine insensée '. »
Le même jour, les Français parurent devant Binche. Cette petite ville « n'estoit guère munie » et avait pour toute garnison deux enseignes commandées par Philippe de Blois. Ce brave capitaine n'en repoussa pas moins fièrement la sommation du roi, et une vive canonnade accueillit l'ennemi*. Mais, dès le lendemain, « furent mis en batterie, auprès d*un moulin à vent, du costé de la maladrerie, pour battre à droite de l'entrée devers Bruxelles®, » 37 pièces de campagne et
' Rapport du 24 juillet. Lettres des seigneurs , XII, f» 365.
* Rabutin. — Sleidanus, 434 »".
' Rabutin.
* Lettre de de Lalaing, du 24 juillet. Lettres des seigneurs, X\\, f» 366.
* Rabutin. — Lettre de Salignac Fénelon, précitée.
* Lettre de Granvelle, du 23 juillet. M. Juste, Marie de Hongrie. "i Brantôme.
® Lettre de de Lalaing, précitée. -^ » Lettre de Salignac Fénelon, précitée.
13 gros canons ^ cette puissante artillerie, qui avait partout assuré le succès des Français, renversa une partie des rem^ parts, et la garnison, incapable de soutenir Fassaut, dut se rendre à merci \ « Après que la populace et les soldats eussent esté mis hors sans armes, et que les capitaines avec les plus riches de la ville se fussent rachetés par argent, ladite ville fut pillée et bruslée avec le magnifique palais de la reyne Marie, en lequel furent démolis et ruinés plusieurs ouvrages de grand artifice, entre autres, rartiflcielle Cérès, longue de vingt-huit pieds, posée en un jardin, et le mont Parnasse, d'escaille de perles, avec la petite fontaine en Hélicon, sur laquelle estoient assises les neuf déesses musicales, faites de marbre blanc; aussy le vaisseau à eau fait de pierre de porphyre , lequel à peine fut parachevé en un an, et la petite table aux banquets jointe de plusieurs milliers de pièces rapportées, en laquelle estoit pourtraite au vif la ville de Binche , avec des couleurs naturelles, par des artisans allemands; comme aussi les herbes et fleurs argentines jetées à la fonte, faites artificiellement , lesquelles se remuoient par le vent. En outre , les plantes estranges et rares valant plusieurs milliers, et plusieurs colonnes de marbre , par lesquelles choses cesle ville fut célèbre, et nommément du temps de triumphe par un ciel contrefait , duquel il tonna , escléra et plut ; fontaines saillantes hors des roches artificielles où sembloient croistre des branches de coraiP. »
C'est ainsi que Henri II se vengeait de la perte « de son chasteau de Folembray et de ses places de Picardie mises à
' Rapport d'un prisonnier fait par les compagnons de Beaumont. Lettres des seigneurs, VI, f» ti . (Ce rapport y est intercalé par erreur.) ' Rabutin. — Féry de Guyon. — Salignac Fénelon.
' VlNCHANT, V, 255.
IZÎ RË6NK DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
feu et à ruine ' ; » c'est ainsi qu'il lavait l'affront que celte ville avait naguère infligé à ses armes *. En rendant compte à Marie de Hongrie de ces actes de vandalisme, réprouvés par les capitaines français eux-mêmes'* : « Je ne sais, écrivait Granvelle, si cet acte illustrera fort ses histoires *. » — « Je vous remercie, lui répondit la reine, de m'avoir avertie des magnanimes actes du roi de France et de ses principaux. Quant à moi , je me tiens toute glorieuse de ce qu'il lui a plu montrer tant de colère et énormité en mon endroit, que par ce il est venu à se oublier à faire offices si basses et non dignes de sa qualité : car de tant plus connoitra le monde que suis très-humble et bonne servante de Sa Majesté : que m'est la plus grande gloire que sçaurois avoir. Car, quant au dommage , ne l'estime trois prunes : autant m'en eust pu advenir par feu , de meschief ou autrement , et ne suis femme qui mette le cœur à telles choses pour en avoir grand regret à les perdre, comme choses transitoires et muables, de quoi Ton doit user quand on l'a , et s'en passer quand on ne l'a pas. Voilà, sur ma foy, tout le regret que j'en ay. » — « Votre Majesté le prend prudemment, constamment et vertueusement, répliqua l'évêque d'Arras, tenant les choses soumises à la fortune au point que l'on les doit tenir. Et certes je tiens que le roi sera peu estimé par toutes gens de bon jugement...
' Rabutin.
^ 'ji Madame, il me semble à correction que seroit bien fait ouvrer à toute presse à Renty, car que le roy de France a réservé se venger de la honte qu'il receut à se retirer de Binche quand son père estoità Landrechies, il me semble que attentera encore le semblable audit Renty. » Lettre de de Lalaing, du 13 octobre. Lellrea des seigneurs, XIII, f» 294 .
^ « Et n'en puis escrire, s'écrie Rabutin, qu'avec grand regret et compassion, voyant ainsi tuer et exterminer tant de beaux édifices. »
* Lettre du 23 juillet, précitée.
ce qu'il a voulu faire pour prétendre et prendi^ vengeance, est chose si basse qu'elle ne devoit tomber au cœur de personne portant titre de roi '. »
Pendant que Henri II présidait à la destruction de Binche, une de ses divisions alla détruire le château du Rœulx ^. Mais ces dévastations touchaient à leur terme. Le duc de Savoie avait été rejoint par Charles-Quint, qui lui amena 2,000 pistoliers allemands, le régiment de Jean de Nassau et la division de Van Rossem ; il avait retiré les troupes jetées dans Namur, où ne restèrent que trois enseignes de lansquenets ^. Ainsi renforcé, il serrait de près l'ennemi. Or, au moment où les Impériaux devenaient menaçants, l'armée royale était en proie à la disette, et, placée entre six fortes villes (Mons, Avesnes, Landrecy, le Quesnoy, Valenciennes, Cambrai) dont les garnisons , en cas d'échec, pouvaient lui barrer le passage , elle voyait sa position fort compromise. Le connétable ne se méprit point sur ses dangers, et se décida à la retraite. Pour l'assurer, il appela à lui le prince de la Roche-sur- Yon. Ce général venait d'échouer dans une nouvelle tentative sur l'Artois, après avoir été harcelé sans cesse « par un nombre de Flamens le costoyant et suivant pour tousjours interrompre son dessein ^, »
Dans sa retraite, l'armée royale incendia encore (23 juillet) Maubeuge et Bavai, abandonné par ses habitants ^. Pendant qu'elle se livrait à ce dernier exploit, la garnison du Quesnoy
• M. Juste, l. c.
' Rabutin. — ViNCHANT dit la ville.
^ Compte de P. de SenzeiUes (n» 45229), f» v.
^ Rabutin, l. vi, 643, 645.
* G. Paradin, Continuation de l'histoire de notre temps, — Boivyn du Villars, Mémoires, l. v. — Rabutin. — De Boussu, Histoire de Mons, 489.
m RÈGNE DE CHARLES-OUINT EN BELGIQUE.
lui enleva ses avanl-post^ ' et, au passage du Bermeram (qui a donné son nom au village de Bermerain-Sainte-Marie), elle faillit perdre son arrière-garde. Le 25 juillet, vers les 9 heures du matin, Charles-Quint fut averti, par le trompette du marquis de Renty, que l'armée royale, partant de Villers- Pol, prenait, ^ en fort grande hâte et désordre, » la direction du Cambrésis, et que ses bagages étaient restés en deçà de ce ruisseau grossi par les pluies. Il lança sur-le-champ 5,000 chevaux à sa poursuite, « pour voir si Dieu vouldroit accorder la fortune si propice qu'on pût donner une bonne main h Fennemi. »
Les Impériaux, conduits par le due de Savoie , le prince d'Orange, le seigneur de Boussu, le comte de Rœulx (Jean de Croy), Jean -Baptiste Caslaldo, Antoine Doria, arrivèrent vers midi à la justice du Quesnoy, à une demi -lieue de l'arrièregarde ennemie, occupée à franchir le Bermerain, sous la protection d'un corps de 3,000 cavaliers, déployé sur une colline, dont ce ruisseau baignait le pied. Louis d'Avila, à la tête de chevau-légers et d'arquebusiers, fut chargé de reconnaître la position, et de s'assurer surtout de la quantité de forces que pouvait masquer cette colline. « Lesdits chevaulx-légiers ei harcquebusiers firent assez bon debvoir, s'attachant à l'escarmouche, pour retenir l'ennemi audit passage. Elle dura plus de deux heures avec tant d'incertitude et de diversité de rapports^que M. de Savoie ne se sut légèrement résoudre s'il devoit s'attacher au combat , car il voy oit une partie de l'arrière-garde en bataille, et l'autre qui avoit franchi le ruisseau prête à revenir sur ses pas fil à fil pour le secours de ceux de deçà. Les ungs disoient que leur escadron estoit renforcé de
Rabutin.
PRISE DE HARIENBaURO. ~ COMBAT BE RENTY. 135
gros nombre de gens de cheval ; d'autres que leur infanterie estoit à côté d'eu*; d'autres encore que l'on avoit découvert, au pendant de ladite montagne, grand nombre de lances. Cependant les gendarmes François soutenoient l'escarmouche et faisoient retirer leurs gens sans que les Impériaux pussent s'en apercevoir. » Aussi l'hésitation du duc était-elle blâmée par la plupart des capitaines, qui « estoient d'opinion que les ennemis se retiroient et qu'il falloit les charger verdement. » A deux reprises, Louis d'Avila le pressa de lui envoyer des renforts et de hâter la marche de la gendarmerie; quand il s'y décida enfin, il ét^it trop tard : « les ennemis avoient fait tel debvoir que jà estoient passez le ruisseau et à grande diligence, se joignoient avec ceux qui les avoieiît attendus. Par où voyant l'occasion manquée et comme il n'estoit conseillable de passer ledit ruisseau, ledit seigneur duc commanda la retraite *. » Il avait commis une énorme faute. « Si nous nous fussions incontinent notre arrivée attachés à eux, écrivit de Berlaymont à Marie de Hongrie, quelque devoir qu'ils eussent su faire, avant de passer ledit ruisseau, il fust demeuré pour le moings mille ou douze cents chevaux, et, possible, tout ce qui estoit par delà l'eau, par cest étonnement, eust été mis en fuite'. »
L'armée royale souffrant de la difBculté des vivres, trouvant les chemins effondrés par des pluies torrentielles '\ harcelée par les chevau-légers impériaux, qui lui enlevèrent
• Lettre de G. de Berlaymont, du 26 juillet 4554. Lettres des seigneurs ^ XII, f» 374. — FÉRY DE GuYON. — - BRANTÔME. — Salîgnac Fénelon, qui raconte cet incident avec une certaine jactance, laisse percer néanmoins l'inquiétude que rattaque des Impériaux répandit dans l'armée royale. Voir sa lettre du 34 juillet, précitée.
' Lettre de G. de Berlaymont, précitée.
' Lettre de Salignac Fénelon, précitée.
beaucoup de chariots, de bagages et de prisonniers', arriva, le 27, à Crèvecœur. Elle y fut rejointe pafr le prince de la Roche-sur- Yon, qui, renforcé de détachements tirés du Câtelet, de Saint -Quentin et d'autres places ^, lui amena « grand secours de soldats avec grande quantité de vivres, dont elle avoit aussi fort nécessité^. » Mais, au premier avis de la direction prise par l'ennemi, Charles-Quint avait envoyé de Lalaing à Cambrai *, où il importait de se prémunir tout à la fois contre une attaque et contre un soulèvement*, et quand les Français parurent devant cette ville, le comte était préparé à les bien recevoir. Durant huit jours qu'ils restèrent en vue de la place, les hostilités se bornèrent à des escarmouches avec la garnison et les avant-posles de l'empereur qui, de Douchy, était venu prendre position à Bouchain ®.
Sur ces entrefaites, arrivèrent les 5,000 Espagnols renvoyés
• « Sa Majesté s'est le jour d'hier venue camper au Qu^snoy, et les eoDemis s'estoient retirez eo grande haste, ayans les nôtres prins sur eulx bon nombre de cbariotz et muletz avec coffres et bagages. » Lettre de Marie de Hongrie, du 28 juillet. Lettres des seigneurs, XII, f» 377. — Rabutin.
' Lettre deSalignacFénelon, du 4 7 août. 1. c.
' Ibid. — * Rabutin.
4 « Je suis venu en ceste ville par le commandement de Sa Majesté, pour la garde d'icelle. » Lettre de de Lalaing, du 27 juillet. Lettres des seigneurs, XII. 1» 375. — Le 13 août suivant, il y fut remplacé provisoirement par Antoine, seigneur de Helfaut. Archives de l'A udience, liasse mi.
* o Madame, je ne veulx celer à Votre Majesté que je trouve en ceste ville les humeurs aulcunement changées, et que le cœur leur est diminué. Qui perd le sien, il perd le sens, car voicy la deuxième année que sont ruynez et bruslez. lis me mectent en avant ce qu-ilz souffrent et ont souffertz, les impotz qu'ilz ont courans pour eulx ayder, et que ne peuvent estre payez de ce qu'ils ont prestez pour estre quictes de loppression en quoy ilz estoient... Et pour tout dire, Madame, donnent à cognoistre qu'il leur fauldra babandonner la ville. » Lettre de de Lalaing, du 8 août. Lettres des seigneurs, XII, f*» 4H.
® Lettre de Granvelle à Simon Renard, datée du « camp à Bouchain, » et du 4 août. Papiers d'étal de Granvelle, IV, 284.
d'Angleterre', et leur jonction avec l'armée impériale allait bientôt permettre* à celle-ci de prendre à son tour l'offensive. Mais Henri II n'attendit pas ce moment. Craignant, dit-on, une descente des Anglais dans le Boulonnais^, ou projetant un coup de main sur Calais , où il avait des intelligences ^, il décampa brusquement, dans la matinée du 3 août\ Il se dirigea d'abord vers le Câtelet ; puis, prenant à droite, il passa sous Bapaume, dont la garnison escarmoucha avec sa cavalerie, traversa le comté de Saint-Pol, et vint camper, le 9 août, à Frug6s, à une lieue de Renty ^ Pour clore sa campagne, il voulait délivrer le Boulonnais du voisinage de cette place, et comptant l'emporter avant l'arrivée de Charles-Quint,, à son artillerie, déjà formidable, il ajouta douze pièces de siège, tirées de Montreuil^.
Le château de Renty, situé dans un marais entouré de montagnes, avait pour principale défense un large fossé alimenté par l'Aa, qui coule à ses pieds \ Les Impériaux le jugeaient peu susceptible de résistance^, et il était même question de le démanteler^; mais il- s'y trouvait un valeureux commandant, qui devait prouver une fois de plus que la valeur supplée aux fortes murailles, qu'il n'est si mauvaise
' Le Petit. — Le 3 août , Fernande de La Barre , souverain bailli de Flandre, fut chargé « d'en passer les monstres et de leur assurer des vivres. » Archives de V Audience ^ liasse k\\\,
' Rabutin.
* Lettre de Granvelle, du 9 août 1554. Papiers d'état de Granvelle, IV, 289.
* Post-scriptum d'une lettre de Charles-Quint, du 3 août. Papiers d'état de Granvelle, IV, 284. — Salignac Fénelon dit le 2.
* Salig.nac Fénelon, lettre du H août. — Rabutin.
^ Lettre de de Berlaymont, du 9 août. Lettres des seigneurs, XII, f« 420. 7 Lettre de Salignac Fénelon, précitée.
* Lettre de Granvelle, du 9 août précitée.
9 Lettre du môme, du 12 août Papiers a'état de Granvelle, IV, 290.
f38 RÈGNE DE CBARLES-QUINT EN BELGIQUE.
place qu'un homme de cœur ne sache défendre ; Jacques, seigneur de Bryas, capitaine habile et entreprenant, avait souvent déjoué les attaques de Tennemi ; plus souvent encore il Tavait assailli avec succès. Il avait pour lieutenant un officier de grand mérite, Jacques, seigneur de la Cressonnière, et la garnison, composée d'Artésiens et de Flamands, venait d'être renforcée par une compagnie d'arquebusiers espagnols sous le capitaine Juan Gaytan \
Le duc de Vendôme, devançant l'armée royale à la tête d'une forte division, investit la place, dans la matinée du 9 ', et, le même jour, le connétable vint la reconnaître. A leurs sommations, Jacques de Bryas répondit qu'il ne se rendrait jamais \ et cette réponse fut appuyée d'une vigoureuse sortie. « Fut si chaude ladite escarmouche, que l'on y vint jusques aux mains et aux espées, et que, pour non avoir loysir de recharger les acquebuttes, on se servoit des affus. Mais enflo, les nôtres, grâces à Dieu, demeurèrent supérieurs, et y demeura des ennemys françois, mortz sur la place, cent et cinquante, et nul des nostres: seulement cinq ou six blessez^. » A ce combat, le duc de Guise reçut une balle dans la manche de son pourpoint ^ Le roi, qui arriva le lendemain, fit tout de suite battre aux défenses, et le connétable, prévoyant une
• Lettre de d'Arenberg, du 11 août. Lettres des seigneurs, XIÎ, f» 446.
• Salignac Fénelon, lettre précitée.
' Rabutin.
* Lettre de Granvelle, du 10 août. Lettres des seigneurs, XII, f» 431 . — « Dict que son homme partit hier soir du camp des François, et que envirou les trois heures devant, le roy alla recognoistre le chasteau de Renty avec les principaulx seigneurs dudit camp et force harquebouziers, et que ceulx du dedans saillirent à Tescarmouche, laquelle dura longuement. » Âultre rapport du mesme jour (10 août), d'ung espie ayant par cydevant servy au comte de RcbuIx. Ibid., f» 442.
* Lettre de Salignac Fénelon, précitée.
vigoureuse résistance, demanda de nouveaux renforts de grosse artillerie aux villes de la Somme \
Cependant Charles-Quint, que venait de rejoindre son ancien lieutenant, don Fernand de Gonzague, se trouvait à Lillers, et déjà les coureurs des deux armées avaient été aux prises \ Le 9 , « Carondelet eut une rencontre avec la chevalerie angloise des ennemis et aulcunes lances françoises, où il leur fit du dommaige assez; mais, comme il avoit été surpris et n'avoit eu loisir de s'armer, lui et la pluspart des siens y allèrent désarmés, desquels il y en eut plusieurs grièvement blessés ^. » Le 10, Farmée impériale vint camper près de Thérouanne, et le lendemain , réunie à Marcq ^ elle fut passée en revue par l'empereur; il trouva « Tinfanterie fort à son contentement, et la cavalerie bien belle et bonne, mais affoiblie. » Elle se dirigea, le même jour, vers Renty, et rencontra « deux soudars, Tun Espagnol, l'autre Arthésien, ayant , la nuit précédente , esté jetés hors dudit Renty dépêchés celui-ci par le seigneur de Bryas, celui-là par le capitaine Juan Gaytan, pour faire rapport à l'empereur de ce qui s'esloit passé avec les ennemis. » Ils lui annoncèrent que la garnison « estoit bien animée » et que, la veille, « par tout le jour, les François avoient battu aux défenses avec sept ou neuf pièces d'artillerie, mais y avoient fait peu d'effet. Les assiégés n'avoient encore perdu que six hommes. » Ils donnèrent aussi des indications sur la position de l'armée royale, dont les divers corps étaient disséminés et la cavalerie « fort fouUée et lassée. » Charles-Quint les chargea de porter aux
• Lettre de Saligoac Fénélon, précitée. — Rabutin.
' Lettre de Granvelle, du 9 août. Papiers d'étal de Granvelle, IV, 289. ' Lettre du môme, du ^0 août. Lettres des seigneurs, XII, f» 434.
* Lettre de Salignac Fénelon, précitée.
140 RÊGNË DE GHARLES-QUINT EN BELGIOOE.
défenseurs de Renly l'assurance qu'il accourait à leur secours,* et tout fît présager que, « si le roy continuoit en ses bravesses accoustumées, on ne resteroit pas sans avoir bientôt fait ou failli ^ »
Les Français étaient protégés par un bois, dit le bois Guillaume, qui s'étendait sur le revers d'une colline descendant en pente douce vers Renty, et par une vallée large d'un quart de lieue, profonde et marécageuse. A l'approche de l'empereur, ils se couvrirent de retranchements « devers la venue de l'ennemi, entre deux taillis qui tenoient masqué le reste de ce logis, et où le roi fit placer la nuit des pièces d'artillerie ^. » Henri II et le connétable se trouvaient « au delà dudit Renty, tirant vers Fasque , et Nevers , en deçà , tirant vers la forêt de Faulquemberghe ^. » Ils avaient environ 30,000 piétons et 9,000 cavaliers; « mais les chevau - légers estoient fort deshalez, » et il y avait beaucoup de soldats malades *. Huit des gros canons demandés à Monlreuil leur étaient arrivés, et ils comptaient, en battant la place avec vigueur, la réduire en quatre ou cinq jours *, quand l'arrivée de l'armée impériale dissipa ces illusions, que ne partageaient point tous leurs capitaines ^. On résolut alors de tenter un effort suprême, et
' Lettre de d'Arenberg, du i I août. Lettres des seigneurs, XII, f« 446. ' Lettre de de Lalaing, du 43 août, Ibid , 456. — Rabutin. — Saliginac Fénelon.
^ Rapport du x«d'aoÛ8t 4554. Lettres des seigneurs, XII, f» 442.
* Ibid. — Autre rapport du même jour. Ibid,, f» 443. ' Rapports précités.
* « Un espion « ouït deviser à deux gentilshommes des plus privés des seigneurs de Vendôme et d'Enghien, comme ilz faisoient leur compte de battre le 40 aux défenses de la place avec 10 ou 42 pièces d'artillerie, et le lendemain à brèche avec 22, et de hâter le plus possible par crainte de Tarrivée de l'empereur. Même l'un d'eux dit que ledit château ne tiendroit point quatre jours. — Sur quoy Tautre répondit : « Nous ne Tavons point encore, car le roy a eu
le 12, à six heures du soir, l'assaut fut donné; « mais les assiégés le reboutèrent vertement \ » et il fallut prévoir dès lors que le sort de Renty se déciderait sur un champ de bataille. **
Le même jour, Charles-Quint s'établit entre Fauquemberghe et un « lieu appelé les Plaines de Marque, lesquelles s'estendoient devers leur advenue jusques au village d'où il venoit, et alloient peu à peu faire une haulseure, dans le costé où étoient les François. De ces plaines sort ung costeau qui respond par un bout à la vue de Renty, entre deux vallons, l'ung devant et l'autre à leur costé droict, fort rudes à monter et descendre^. » Il cherchait « à gagner la rivière de Renty ^, » tandis que le duc de Savoie essaya, « avec le régiment de Megen et mille arquebusiers espagnols , de s'emparer du bois qu'estoit sur le haut. » Cette entreprise échoua , « parce
maintenant nouvelles que l'empereur a fait pour ce jourd'huy 6 ou 7 lieues, et est arrivé à Fabbaye de Ham ; s'il chemine encore une telle journée, il sera prêt pour nous combattre. » — Lors l'autre répliqua : « Pensez- vous que l'empereur veuille hasarder toutes ses forces pour Renty. » — A quoy l'autre dit : « Si Tempereur vient camper à une heue ou à une demi-lieue d'ici, comment voulez-vous que nous donnions assaut ? Ne faut^il point que nos gens soient empêchés à deux côtés, et ne faut-il point que nous soyons campés à deux côtés de la rivière. II ne faut point désestimer son ennemy. J'en vois icy de bien braves, mais si l'empereur approche si près, vous en verrez de bien honteux. •
— Sur quoy l'autre respondit que l'empereur ne sauroit là venir en bataille.
— « Alors, dit son compagnon, que s'il gagnoit le pays du côté d'Escou pelle tyrant vers Vymeu, qu'il auroit bien moyen de l'approcher, et même qu'il auroit la montagne pour luy, et que le roy ne le pourroit assaillir, sinon pardevant, à cause de la forêt de Faulquemberghe. » Aultre rapport du même jour (10 août), d'ung espie ayant par cy-devant servy au comte de Rœulx. Lettres des seigneurs, XII, f** 442.
* « Les ennemis donnèrent hier à six heures du soir l'assault, dont furent verdement reboutez. » Lettre de de Lalaing, du 13 août, précitée.
* Salignac Fjênblon. — Rabl'tin.
'* Lettre de Granvelle à Marie de Hongrie, du 12 août. Lettres des seigneurs, XII, f« 452.
I4â KÉGNE DE CHAHLËS-QUINT £N BELGIQUE.
qu'aucuns Espagnols vouloient mieux sçavoir Fadresse que le bastard de Lombize qui les guidoit \ » Les deux armées n'étant plus séparées que par la vallée de TAa, il était devenu impossible qu'elles se « séparassent sans se veoft* de plus près -. » Charles-Quint ne s'attendait pourtant pas a livrer immédiatement bataille ^, et cette circonstance lui fil perdre l'occasion d'une éclatante victoire.
Averti que depuis quatre jours le château de Renty « estoit autant impétueusement battu et canonné que fut jamais place \ » ou cédant à l'ardeur de ses soldats, « furieux d'estre si près de l'ennemi sans le combattre et l'essayer ^, » l'empereur ordonna de renouveler la tentative sur le bois Guillaume, dont la possession était décisive pour le salut des assiégés. Le 13, vers midi, le duc de Savoie et Fernand de Gonzague attaquèrent cette position avec les arquebusiers espagnols, quelques cornettes de gendarmes et de chevau-légers conduites par de Bugnicourt, Philippe de Ligne, le comte de Homes et d'autres gentilshommes des Pays-Bas*. Ils avaient « trois ou quatre pièces de campagne portées sur quatre roues, qu'on pouvoit promptement tourner à toute main et qui depuis ont esté appelés pistollets de l'empereur. » Le régiment de Van Rossem, les lansquenets de Jean de Nassau, 1,800 à 2,000 reîtres sous Wolfram de Schwartzenbourg, dit le Belliqueux, devaient cerner l'ennemi, en longeant un coteau situé près du
* Lettre de de Lalaiiïg, du ^3 août, précitée.
' Ibid. — Lettre de GranveUe, du 42 août. Papiers d'état, IV, Î90. — Saw- GNAC Fénelon. — Rabutin. •— ' Lettre de Granvelle, du 42 août, précitée.
* Rabutin. — « Ils continuent aujourd'hui jusques à ceste heure bien fort leur batterie. » Lettre de de Lalaing, du 43 août, précitée. — Lettre de Granvelle, du 42 août, précitée. — î e Petit dit que les Français y tirèrent environ 8,000 coups de canon. — ' Le Petit, l. viii, 224.
* Lettre de Granvelle, du 9 septembre. Papiers d'état, IV, 300.
bois Guillaume et descendant vers Fauquemberghe. Les Français avaient également apprécié Timportance de cette position, et le duc de Guise s'y était posté avec 300 arquebusiers, « un nombre de corselets » et plusieurs corps de cavalerie. « Deux files d'arquebusiers espagnols assaillirent le bois par deux côtés, et une tierce du milieu donna par le devant, favorisés des autres troupes qui venoient en front de bataille. » Le combat fut acharné et « il y demeura beaucoup, de chacun côsté , de morts , blessés , prisonniers. » Enfin , les Français, quoique « soustenus toujours avec quelques compagnies de cavalerie, » furent chassés de traverse en traverse, et rejetés sur Faile gauche de l'armée royale.
Dans l'entre-temps , le connétable s'était formé en bataille. Il avait disposé son armée sur trois lignes : la première, composée de Français ; la deuxième, d'Allemands ; la troisième, de Suisses. La cavalerie couvrait ses flancs, principalement le flanc gauche, « parce que de ce côté y avoit une courbe ou vallée, qui depuis le quartier des Suisses devers Fauquemberghe jusques devers le bois, s'élargissoit et faisoit un costeau assez facile. » Là se trouvait le duc d'Aumale avec toute la cavalerie légère et quelques compagnies d'arquebusiers à pied. Les Impériaux , poursuivant le duc de Guise , donnèrent sur l'aile gauche, qui fut assaillie en même temps par la division chargée de tourner le bois Guillaume. Alors « commença un rude et furieux combat et furent à la fin les François repoussés. » D'Aumale, accouru pour les soutenir, fut enfoncé par les reîtres de Schwartzenbourg, qui tua de sa raain trois gentilshommes français. Aussitôt Don Fernand de Gonzague fit demander à l'empereur d'avancer avec toute l'armée, « car l'avant-garde des ennemis estoit desjà fort esbranlée et mise en désarroy. »
144 RÉGNE DE GHARLES-QUiNT EN BELGIQUE.
L'occasion était belle et les récits de Salignac Fénelon et de Râbutin, témoins du combat, attestent que, si le conseil de Gonzague eût été suivi, le désastre de Pavie se serait reproduit pour le fils de François I". Malheureusement de douloureuses infirmités, de cruels chagrins avaient affaibli sans doute Ténergie du vainqueur de Muhlbei^ : il jugea la journée trop avancée pour engager une affaire générale et se borna à envoyer à ses lieutenants d'insuffisants renforts. Le connétable accourut au contraire avec des forces considérables au secours de sou aile gauche, et les assaillants , affaiblis et fatigués par un long combat, furent arrêtés, repoussés, chassés des positions qu'ils avaient conquises. La cavalerie se retira en désordre et l'infanterie, qui lutta longtemps pour conserver le bois Guillaume, essuya des pertes énormes. Les Français pourtant ne poussèrent pas plus loin leur succès ; ils furent contenus par l'artillerie que l'empereur amena lui-même afin de soutenir la retraite de ses troupes ^
^ Ce malheur, écrivit de Lalaing à Marie de Hongrie, survint par mauvaise conduite et pour ne s'être pas contenté d'avoir gagné le bois et la montagne. II semble assez que si les Espagnols fussent aussi bons démons au bois comme ils le gaignèrent que pour le garder, nous ne l'eussions point perdu. Le duc de Savoye me dit que c'étoit advenu par ceux qui n'aiment ni le service, ni l'honneur de l'empereur. Les autres disent que don Fernand de Gonzague avoit bien demandé d'approcher et .se monstrer, mais point d'aller si avant; aussi qu'il doit avoir dit qu'il commandoit bien pour le service de Sa Majesté, mais que non ayant argent, il n'estoit obéi. Madame, c'est à Dieu louer que les Franchois se sont
* Râbl'tin. — Salignac Fénelôn. — Le Petit. — Lettre de de Lalaiog, du 17 août, Lettres des seigneurs, XII, f» 460.
PRISE DE MâRIENBOURG. - COMBAT DE RENTY. 145
ainsi retirés, car si plusieurs eussent poulsé oultre leur opinion, nous fussions descampés et reculés en arrière devant la retraite du roy de France. En effet, Madame, je supplie de ne vous en pas fâcher si je dis encore un naot, c'est que si Vos Majestés avoient aussi grande confidence de nous aultres comme des estrangiers, je crois qu'il en fust plus d'une fois mieulx succédé, et que ne ferions moins qu'ont fait nos prédécesseurs. Si on nous impute quelques imperfections, c'est notre malheur que n'avons esté plus guidés de l'œil de notre prince, et que plusieurs n'ont esté traictés selon leurs mérites ou desmériles ^ . »
Ce combat, que les Français ont transformé depuis en éclatante victoire et dont ils emportèrent pour trophées les pistolets de l'empereur, ne fut considéré alors, par les deux armées, que comme un engagement précurseur d'une prochaine bataille. Henri II et le connétable eux-mêmes ne se dissimulèrent ni le danger qu'ils avaient couru, ni l'importance de leur succès ; pendant que Charles-Quint prenait, ses dispositions pour une action décisive, ils se tinrent enfermés dans leur camp durant toute la journée du 14, et, dès la nuit suivante, ils battirent en retraite, après avoir brûlé les villages qu'ils occupaient^. Avant de se retirer, dit-on, Henri II offrit la bataille à l'empereur qui lui répondit : « C'est inutile ; je Tai gagnée puisque je suis entré dans Renty. » De telles assertions ne soutiennent pas un examen critique : la retraite rapide de Tarmée française '\ qui dès le lendemain se trouva sous la protection des
• Lettre <iu 4 7 août, précitée.
' Lettre de B. de Salignac Fénelou, précitée.
' ïbid. — Il est curieux de voir comment cet officier explique la levée du siège de Renty, pour lequel on avait fait venir des parcs de grosse artillerie, et dont la France désirait si vivement la destruction : « Devant laquelle place nostre
146 RËfrNE OE GHARLES-QUINT £N BELGIQUE.
canons de Montreuil , et la marche offensive des Impériaux font justice de ce fait apocryphe \
Pendant que* les deux armées se trouvaient en présence, le bas Cambrésis avait été envahi inopinément par cinq enseignes d'infanterie et 400 chevaux ; mais de Lalaing « fil aussitôt tirer trois coups de canon, pour advertir tant le plat pays que les villes de frontière; sur quoi l'ennemi ne vint pas
armée n'avoit commodité d'attendre ung seul jour davantage, à fauUe de fourrage pour les chevaux, pour lesquels ne s'en pouvoit plus recouvrer en tout le pays, qui avoitesté les deux années précédentes bruslé et gasté; aussi l'entreprinse n'avoit esté que pour y attirer l'empereur, sans faire estât (quand bien la place eust esté prinse) de nous en prévaloir pour la garder, mais pour la ruiner : à cause de quoy y avions moins d'afifection, le roy délibéra se retirer.» raisins verts ! — A ce que rapporte Vera, Louis d'Avila faisant peindre à fresque dans son palais les plus glorieux événements de la vie de Charles^ Quint, l'artiste avait représenté les Français chassés de leurs positions devant Renty et mis en pleine déroute. L'empereur l'ayant appris, n'accepta pas la flatterie : « Faites, don Louis, dit-il à d'Avila, que le peintre modère cette action, et la représente comme une honorable retraite, et non comme une fuite; car véritablement, ce n'en fut pas une. » M. Mig.xet, Charles-Quint, son abdivalion, son séjour et sa mort îiu monastère de Yuste, 282.
' « Pour vous advertir de la continuation de bonnes nouvelles, qu'il a pieu à Dieu donner ce jour même, Sa Majesté s'est approchée avec son armée le 42« de ce mois un quart de lieue près de Renty, là où le roi de France tenoit le siège, et sentant ledit roi que Sa Majesté au 43" et 44« ensuivant, continuoit de approcher son armée pour le combattre, la nuit ensuivant ledit 4 4«, troussa secrètement son bagaige et retira son artillerie en grande haste, abandonnant le siège dudit chasteau, s'est saulvé en extrême diligence, usantdu bénéfice de la nuit et d'une grande bruyme qui s'estoit eslevée le matin du 45, avècq grande desréputation de avoir esté contrainct laisser son emprinse et n'oser attendre, et dont il a si souvent ceste année se vanté de le chercher; et mesme estant audit siège, a perdu bon nombre de ses meilleurs gens d'infanterie tant par ceulx dudit chasteau que de ceulx de l'armée de Sa Majesté, lesquels n'ont cessé nuit ni jour de resveiller son armée, jusques à ce qu'il a prins ce parti de abandonner son camp et ladite place de Renty, qui sont bien nouvelles qui méritent que l'on rende grâces à Dieu, comme vous exhorterez à ceulx du pays de Luxembourg de faire. » Lettre de Marie de Hongrie à Philippe d'Orley, du 47 août. Reg. Coll. de doc, hist., IX, f» 205.
PRISE DE MAHIENBOURG. - COiffBAT DE RENTY. 147
plus avant*. » Il était fort heureux que cette entreprise se bornât à une simple tentative de pillage, car un succès des Français aurait eu de graves conséquences dans cette malheureuse contrée, où les brigandages des troupes laissées sans solde entretenaient de Fagitation. » Madame, disait le comte de Lalaing à Marie de Hongrie, il m'est force escripre encoires cestes à Votre Majesté, point pour l'importuner, afin que les gens de guerre ayent argent, ou dire davantaige que je n'ay faict par ma précédente, que ceulx de ceste ville perdent cœur à estre traictez comme ils ont esté, et que à ceste heure, s'il leur est resté quelque chose, continuent estre mangez. Mais comme les gens de guerre s'espandent plus avant tant par les censés des abbés et bourgeois du pays de Haynnau , cela donnera tant plus de reculement à Taccord des nouvelles aydes et impossibilité aux povres paysans de les payer. Car il fault. Madame, que je die ouvertement qu'il n'est en ma puissance de contenir lesdits gens de guerre mourans de faim, d'aller par cent et deux cens au coup chercher à manger. J'ay tiré toutes mes flesches de ce que leur sçavoie prester, et ceulx de ceste ville sont si avant menez que ne leur sçavent faire avoir crédit ^ »
Après la retraite du roi, Charles-Quint entra à Renty el, « pour considération des bons services que les souldars et
• Lettre de de LalaiDg, du 44 août. Lettres des seigneurs, XII, f» 444.
' Lettre du 40 août. Ibiel., f» 4^7. — Ce n'était point cette contrée seule qui était désolée par les brigandages des troupes : « Comme les députez des quatre membres du pays et comté de Flandres ayent présentement requis à la royne régente, afin qu'il lui plust ordonner au souverain bailli de en toute diligence ratteindre, saisir et appréhender les mauvais garnemens cassés du service de guerre et aultres courans vagabonds par le pays, mengeans le povre peuple, aguettant les chemins et destroussant les marchands et passagers... » Mandement du 26 avril 4654, donnant au souverain bailli de Flandre 6 gardes à cheval et 6 à pied. Archives de l'Audience, liasse 4444.
aultres gens de guerre y tenans garnison avoient fait, » il leur accorda une gratification de trois mois de solde \ Souffrant cruellement de la goutte, il se rendit ensuite à Arras, où il apprit que Henri II avait quitté son armée ; ne jugeant plus dès lors sa présence nécessaire à la tête de ses troupes, il résolut de partir pour Bruxelles ; mais il n'y rentra que le 9 octobre , ayant été retenu tout ce temps à Arras et à Béthune par la violence de ses douleurs ^. Cette armée, qu'il laissait pleine d'enthousiasme et d'ardeur, il ne devait plus la revoir : sa main, qui déposait lepée, ne devait plus s'armer désormais que de la discipline. Déjà dominé par l'idée qui allait frapper l'Europe d'étonnement , il se retira dans une petite maison construite à l'extrémité du parc de son palais ^ Pendant que les armées belligérantes se trouvaient en présence, la reine avait convoqué les états généraux, car la guerre avait épuisé le trésor; l'armée était créancière de plusieurs mois de solde ; tous les services étaient entravés, et l'on avait tari la source des emprunts. Charles-Quint s'était proposé de présider à la séance d'ouverture ; mais les événe-
' Commission du 7 novembre, délivrée au seigneur de Burscheydt, chargé de leur distribuer cette gratification. Elle porte que si quelques-uns de ces soldats « sont trépassés, lesdits trois mois de gages seront payés à leurs veuves ou héritiers. » Archives de l'Audience, liasse iUi. — Dépêches de guerre, n» 368, f*» xxxvij vo. — Mais ce payement éprouva des retards, « par la difficulté de recouvrer argent, » dit une lettre de Granvelle, du 40 mai 4555, rapportant les plaintes « de ceux de Renty qui n'estoient satisfaits, uy de leur paye, ny de la grâce que Sa Majesté leur avoit faite pour le debvoir qu'ils rendirent à la garde de ladite place. » Reg. Coll. de doc. hist., X, f« 7 »". — Quant à Jacques de Bryas, en récompense de sa belle conduite, il fut nommé gouverneur héréditaire de Marienbourg, quand cette place fut rendue aux Pays-Bas. Fisen. L. XVI, 349.
' Lettre de Granvelle, du 48 septembre. Papiers d'état, IV, 303, 306, 307. — Lettre de Carondelet, du 28 août. Lettres des seigneurs, XII, f» 506.
^ Histoire de Bruxelles.
méats militaires l'en empêchant, et Marie de Hongrie étant retenue à Valenciennes, il se fît remplacer par le président du conseil d'état *. L'assemblée générale eut lieu le 10 août. « Messieurs, dit Jean de Saint -Mauris, l'empereur, notre prince naturel et souverain seigneur, vous tient souvenant de la communication que vous avez reçue , en votre dernière réunion, au sujet de l'état des affaires et du nombre de troupes à garder sous les drapeaux jusqu'à ce que les projets de l'ennemi se fussent dessinés. Il s'est réservé de vous communiquer les mesures que pouvoient nécessiter de nouveaux événemens. En effet, s'il étoit indispensable alors de conserver une partie de l'armée, il étoit certain que, si le pays étoit attaqué par des forces considérables, sa défense exigeroit de nouvelles levées de soldats. Sa Majesté vouloit, en attendant, alléger vos charges, car elle ressent vivement celles que vous avez supportées.
» Or, depuis ce jour, se sont découvertes de grandes machinations du roi de France. En Allemagne, il s'est allié derechef à Albert.de Brandebourg, qui auroit assailli la Frise et la Gueidre, si Sa Majesté n'y avoit jeté à temps quelques corps de cavalerie et un régiment de piétons, levé par le comte d'Arenberg. Puis, avec l'aide de Dieu, des négociations ont déjoué la trahison du marquis, qui menaçoit de devenir contagieuse chez d'autres princes, gagnés par l'or de la France, et d'engendrer d'extrêmes périls. Alors ce traître, ne trouvant aucun lieu assuré pour concentrer ses forces, vit dissiper ses ressources et dut renoncer à ses desseins. A la vérité, ce résultat n'a été obtenu qu'au prix d'énormes dépenses, mais Sa Majesté n'a considéré que leur utilité , et appréciant
• Lettre de Marie de Hongrie, du 3 août. Lettres des seigneurs, XII, f» .391.
les avantages que le pays en a retirés, vous partagerez sans doute cet avis. Que n'en eût-il point coûté davantage s'il avoit fallu résister à deux invasions simultanées ; si, indépendamment de l'armée opposée au roi de France, il avoil fallu en lever une autre pour protéger les frontières du côté de l'Allemagne. Le simple examen de ces frontières, de la Frise au Luxembourg, vous fera comprendre le déploiement de forces que leur défense eût exigé.
» A la nouvelle que le roi de France réunissoit avec hâte le plus de troupes possible, l'empereur a été obligé d'augmenter son armée ; mais il n'a pu le faire à temps, vu la nécessité où il s'est trouvé d'abord de restreindre les dépenses de l'état ; puis sont venues les diflfîcultés de se procurer de l'argent, difficultés provenant du retard de certains états dans le vote des aides pétitionnées , des empéchemens apportés au recouvrement de quelques contributions, de l'épuisement des moyens employés naguère pour obtenir des deniers, et il a fallu engager ou vendre les meilleures parties du domaine. Il en est résulté que le roi de France, prêt à agir alors que nos xirmemens étoient à peine commencés, s'est porté sur la Meuse avec l'intention de s'emparer du pays de Liège, et de couper ainsi nos communications avec l'Allemagne. Heureusement ce projet, dont la réussite eût été fatale, fut renversé par l'empereur. Malgré son âge et ses infirmités, Sa Majesté se mit à la tête de son armée, où n'étoient pas encore arrivés les renforts attendus d'Allemagne. Avec de foibles forces, elle se porta près de Namur, inquiéta les opérations de l'ennemi, lui ôta la facilité de franchir la Meuse, et déconcerta de la sorte son plan de campagne. De ce moment les entreprises du roi se bornèrent à la prise du château de Dinant, au pays de Liège, succès chèrement acheté et n'ayant procuré qu'un monceau de ruines.
N*osant plus longer les rives du fleuve, il renonça à ses desseins, et tout à coup, par une fausse manœuvre qui lui fit prêter Tintention de livrer bataille à Tempereur, il passa la Sambre, pénétra dans le Hainaut et menaça les frontières du Brabant.
» Cependant l'empereur ayant enfin assemblé une partie de son armée, se mit tout aussitôt à la poursuite de Tennemi, et chercha à lui couper la retraite; mais le roi ne lui en donna ni le temps ni l'occasion. Sans s'arrêter nulle part, sans montrer visage, sans même tenter aucune démonstration de combattre; il borna ses opérations militaires à des incendies et battit en retraite, serré de si près qu'il lui fut impossible d'étendre ses odieux ravages.
» Sa Majesté, que les maux causés à ses sujets ont douloureusement affectée, a aujourd'hui des forces suffisantes pour prévenir tout retour offensif de l'ennemi , envers qui elles useront, à l'occasion, de terribles représailles. Il importe de conserver ces forces réunies, non-seulement pour préserver le pays de nouvelles invasions, mais pour terminer la campagne par quelque bon exploit. Or, tout dépend, Messieurs, des moyens qui seront mis à la disposition de l'empereur. Indépendamment de l'argent arrivé d'Espagne, Sa Majesté a dépensé pour leur entretien environ 500,000 florins par mois , et les dernières aides n'ayant produit que 1 ,30(î,000 à 1 ,400,000 florins, pour couvrir les dépenses des sept premiers mois de cette année il a fallu recourir aux emprunts, engager ou vendre diverses parties du domaine. Dans la situation où sont les choses, l'empereur m'a chargé de vous déclarer que, sans votre assistance, il lui est tout à fait impossible de supporter davantage ces charges, et de conserver sur pied ses troupes déjà créancières de fortes sommes. Afin de pré-
venir de graves inconvéniens, il vous requiert de doubler les aides votées au mois de mars dernier, et de les rendre payables, par moitié, au mois d'octobre prochain et à la Noël. Accueillir cette proposition, c'est lui permettre de pourvoir au bien et à la défense de ces pays, envers lesquels il a fait office de bon prince, s'y employant volontiers de sa propre personne, nonobstant toutes ses incommodités ^ »
En présence de tant de ruines fumantes encore et sous rimpression de dangers à peine dissipés, toute opposition cessa et la pétition d'aides fut votée sans difficultés ^. En outre, le gouvernement vendit pour 4Si,821 livres 14 sois « de terres, droits et rentes, au denier douze, tant pour recouvrer deniers comptans, que pour rembourser divers emprunts contractés en 1 552 et 1 553 ^ » La recette générale de cette année s'éleva à 3,889,280 1. 4 s. 9 d.; et la dépense à 4,465,839 1. 13 s. 4 d. \
Le départ de Charles-Quint n'avait pas ralenti les opéra-
' M, Beelaerts Van Blokland, 1. c, annexe C.
' Le Brabant accorda 400,000 carolus (Aclen van de dry staelen^ f'^ij ' Ixxxij) ; la Flandre, 400,000 écus de 24 patards (compte de J. Van Rooden, n» 464 U) ; le Hainaut et Valenciennes, 80,000 livres (reg. aux mand. et lettres pat. de l'Audience, n» 20694); Namur 40,000 {compte de H. deWitthem); les pays de Limbourg et d'Outre-Meuse, 40,000 carolus (compte de Pierre Ruysschen, n» 45809); et la Hollande 200,000 florins (Wagenaar). — « L'opinion des prélats et nobles du Brabant contint que l'on devroit lever et prendre le vingtième des gages que l'empereur ou autres payoient à leurs officiers; item, de tout ce que les praticiens, si comme avocats, procureurs, secrétaires, notaires, clercs ou autres, gagnoient de leur labeur et industrie. » Mais on renonça à ce projet, certain que « le tiers estât n'y voudroit bonnement condescendre, attendu que autrefois il a voit été déjà rebouté. >• Lettre du chancelier de Brabant, Englebert Van den Dale, du 5 septembre. Lettres des seigneurs, XIU, f» 18.
^ Compte de H. de Efoulogne (n» 4894).
* Ibid.
PRISE DE MâRIëNBOURG. - COMBAT DE RENTY. 153
tions militaires. La cavalerie impériale poursuivit Farmée française et fit essuyer de fortes pertes à son arrière-garde '. Le connétable eut pourtant une velléité de retour offensif et ses coureurs étaient arrivés à Beaurains (près d'Arras) quand le bruit de la marche des Impériaux sur Montreuil Tarrêta. Puis , voyant sa cavalerie « à grande faulte de fourrages , » il jeta de grosses garnisons à Ardres, à Abbeville, à Dourlens, repassa la Somme, et, arrivé à Compiègne, licencia Farmée (27 août). C'était livrer les frontières aux représailles d'un ennemi irrité ^. Du côté de la Meuse, déjà toutes les conquêtes de Henri II et du duc de Nevers étaient perdues. A peine l'armée royale avait-elle commencé son mouvement de retraite, que l'évéque de Liège avait envoyé une enseigne d'infanterie reprendre possession de Dinant. Cette petite troupe se porta ensuite sur le château d'Agimont, où se trouvait « un capitaine avec environ 120 soldats qui, après s'estre longuement défendus, se rendirent par capitulation ^ » Maîtres de cette forteresse, « qui tenoit la rivière de la Meuse et le passage de Givet , » les Liégeois se disposaient à poursuivre leurs avantages * ; mais Tennemi ne les attendit pas et évacua tous les petits forts où il avait garnison. George d'Autriche s'empressa de relever les fortifications de Dinant, au grand déplaisir de Charle&-Quint, désireux de voir démanteler, ou mieux encore d'annexer à ses états cette ville, menaçante pouç le pays de Namur '\ Ainsi, la possession de Marienbourg
' Rabl'tin.
' Ibid. — Rapport d'un soudart de la bande du sieur d'Ysque, aiant esté prinsdes François. Lettres des seigneurs, XII, f« 494. — Lettre de Charles- Quint, du 4«' septembre. Correspondenz, III, 639. — Lettre de Salignac Fénelon, du 49 septembre, 1. c.
' Lettre de George d'Autriche, du 6 août. lett. des seig., XII, f» 408.— * Ibid.
" « Madame, l'empereur a esté adverli que monseigneur de Liège fortiffioit
compensait seule pour la France les énormes sacrifices exigés par cette campagne et les affreux ravages qu'elle allait lui attirer.
Le duc de Savoie ayant rafraîchi la garnison de Renty ' et chargé Sébastien Van Noen de réparer les fortifications de la place ^ arriva, le 27 août, à Fruges. Il comptait marcher, le lendemain , sur Créquy , « pour dlllecq aller droit vers les ennemis ' ; » mais ceux-Kîi avaient rompu les ponts de la Canche, et* comme il eût fallu plus d*un jour pour les rétablir, qu'il était difiicile de longer cette rivière bordée de prairies marécageuses, le duc alla la passer à Ilesdin \ Le 50, il attaqua Auxy-le-Château , pendant qu'une petite troupe de chevaulégers espagnols débusquait < quelques deux cens chevaulx légers françois postés sur la rive gauche de T Authie , dont y demeura environ 80 ou cent que tués, que prins, entre autres le cornette du seigneur de Miromont. » La garnison d'Auxy, forte de 56 soldats , commandés par un enseigne , « ne se voulut rendre au commencement, et il fallut y mener quelques pièces d'artillerie ; alors, dès que la place eut été battue de 20
Dynant, pour la double qu'il a que les François n'y retournent, et soit que soit vray ou non, il semble à Sadile Majesté qu'il seroit bien requis que Vostre Majesté iuy escripvit comme désirant sçavoir ce qu'il pense faire quant audit Dynant, Iuy représentant le danger auquel il se pourroit trouver, à faultede pourveoir par temps à la fortifR'^ation de ladite place, et qu'elle soit telle que les François après ne s'y puissent attacher..., et de le presser plus avant d'arriver, afin qu'il laisse la place à Sa Majesté. » Lettre de Granvelie, du 44 août. Lettre des seigneurs, XII, f» 438.
' « Comme les seigneurs de Bryas et Cressonnière demanderont avoir coogié pour pouvoir rafreschir leurs gens, j'ay fait aller au chasteau de Renty en leur lieu, les enseignes de Binot et Doffay pour deux ou trois jours. » Lettre du duc, du49août. /6td.,fo467.
' Lettre de de Glajon, du 22 août. Ibid., f» 480.
' Lettre du duc, du 28 août. Ibid., f« 504.
* Lettre du 28 août, précitée.
OU 30 coups, elle se rendit à discrétion. » Emmanuel-Philibert ordonna d'envoyer les prisonniers aux galères ' , traitement que Charles-Quint jugea le plus favorable qu'on pût accorder aux vaincus. « Il faut avoir regard , écrivit au duc Marie de Hongrie, à l'exemple que les ennemis ont montré à Bouvignes contre aucuns manans et bourgeois, dont ils ont fait pendre huit ou dix de sang-froid, deux jours après la prisé de ladite ville, prenant couleur qu'elle n'estoit de telle fortiffication que une armée se dût retarder. Ce que Sa Majesté m'a expressément enchargé vous escripre et semble à icelle que la peyne des gallères est la moindre que l'on leur pourroit imposer ^ » La saison étant trop avancée pour entreprendre une campagne en France, il fut résolu de profiter de l'éloignement de l'ennemi pour ériger un fort destiné à s'assurer la possession du bailliage de Hesdin, à défendre le comté de Saint- Pol et les frontières de l'Artois. Ce projet ayant été étudié dans les conseils de jCharles - Quint , on choisit pour emplacement le confluent du Blangis et de la Canche ^ et Sébastien Van Noen fut chargé de dresser le plan de la forteresse \ Par suite de cette résolution, le duc de Savoie s'établit à Mesnil, d'où il pouvait tout à la fois protéger les travailleurs et se jeter alternativement sur la Picardie, le Ponthieu et le Boulonnais. Pour assurer sa position, il s'empara du château de Dampierre, sur la rive gauche de TAuthie, et du château de Maintenay sur la rive droite ; mais la première de ces places ne lui paraissant guère tenable , il la détruisit ^
' Lettre du duc, du 30 août. Lettres des seigneurs , XII, î^ 520. " Lettre du 34 août. Ibid., fo525.
^ Lettre du 28 août, précitée
* Lettre du 30 août, précitée. — Autre lettre du duc, du 27. Lettres des seigneurs, \\l\, fo4.
* Lettres du duc, des 2 et 3 septembre fbid., f»« 4 et 7.
io6 RÉGNE DE CHARLES QUINT EN BELGIQUE.
Les travaux de la nouvelle forteresse, qui reçut le nom de Hesdinfert, de la devise des ducs de Savoie, commencèrent le 8 septembre, jour de la Nativité de Notre-Dame ' ; en raisou de cette date , la première église qu'on y éleva fut consacrée à la Vierge ^. Dans toutes les provinces on recruta des pionniers ; la ville de Gand, entre autres, fournit 600 terrassiers propres aux travaux hydrauliques ^. Donatien de Bonny fut adjoint à Sébastien Van Noen pour diriger l'ouvrage ^ qu'on répartit entre les régiments d'infanterie composant l'armée * , et ils déployèrent, au commencement, une extrême activité ^. Les Français n'essayèrent qu'une seule fois d'inquiéter les travailleurs ; mais, voyant « qu'on leur apprestoit le banquet pour les bien recevoir, » ils se retirèrent sans rien entreprendre'. Malheureusement des ennemis plus redoutables apparurent bientôt : les maladies et les intempéries du temps rendirent la désertion si grande parmi les pionniers, qu'après avoir établi la peine de mort pour l'empêcher, on recula
• Lettre de d'Arenberg, du 9 septembre. Lettres des seigneurs, XllI, f» 34.
' « Madame, quant j'ay tant pensé aux maisonnages et aultres choses néces> saires pour Térection dudit nouveau fort, je trouve que Ton ne s*est point souvenu du principal, qu'est de faire une église, et me semble que Votre Majesté ne feroit que bien d'y faire dresser quelque forme ou commencement, et commettre quelqu'un quy en prist la charge particulière, en y faisant renaettre les chanoines et prébendes du vieil Hesdin. Et comme ledit nouveau fort a esté commenché sur ung jour de Notre-Dame, avecq ce que le nom de Votre Majesté s'y conforme, je serois d'opinion qu'elle se debvroit nommer l'esglise de Sainte- Marie ou de Nostre-Dame, puisque tout vient en ung. » Lettre du duc de Savoie, du 42 octobre. Ibid.y f» 285.
^ Ordre du 42 septembre, donné au grand bailli de Gand. Archives de l'Audience, liasse Uii.
^ Lettre de Marie de Hongrie du 5 septembre. Lettres des seigneurs, XiH, fM5.
^ Voir les lettres des commandants de ces régiments. Ibid,
* Lettre de Granvelle, du 48 septembre. Papiers d*état, IV, 303.
7 Lettre du duc de Savoie, du 4 6 septembre. Lettres des seigneurs, XIH, f« 97.
PRISE DE HâRIENBOUEG. — COMBAT DE RENTY. 157
devant Fexécution de cette mesure rigoureuse. « Au r^ard de ce que remectez à moi de prescrire aux villes le chastoy et renvoy des ouvriers et pionniers qui s'enfuient , écrivait Marie de Hongrie à de Bugnicourt, je trouve quelque difficulté à mettre en pratique de les chastier et renvoyer ; car , en procédant audit châtiment selon le placard, devroit suivre la peine capitale. Sur quoy on a trouvé par conseil, vu la multitude de ceulx qui s'estoient renduz fugilifz, de faire exécuter, pour donner effroi à la multitude, les individus autrement mal famez et ratteints d'autres meffaictz, les vagabonds et gens de vie dissolue ; et quant aux aultres d'user seulement de chastoy arbitraire ^ »
En dépit de ces obstacles , dès les premiers jours de novembre, Hesdinfert, où l'on se proposait d'élever un palais pour Marie de Hongrie ^, put recevoir garnison ; Baudouin de Blois en fut nommé capitaine *. Ce but atteint, l'empereur ne voulut pas disloquer son armée, avant d'avoir vengé les ravages commis par l'ennemi. Déjà, le 13 octobre, le duc de Savoie , à la tète de sa cavalerie , avait « bruslé et gasté le pays au delà de Montreuil ^. » Emmanuel-Philibert conçut le projet d'attaquer Rue, qu'il alla reconnaître le 8 novembre; mais, trouvant la ville occupée par « toute la colonnerie du Rhingrave ^ ; » évaluant à plus de cinq jours la durée du siège et craignant de manquer de fourrages et de vivres dans une contrée ruinée par ses troupes, il renonça à l'entreprise ®.
' Lettre du 6 octobre. Lettres des seigneurs, XIII, f<» 236.
' Lettre de cette princesse, du 2^ octobre. Ibid., f" 332;
' Lettre de remerciement de ce capitaine, du 7 novembre. Ibid., f« 402.
*/6td.. fo285.
* Lettre de Granvelle, du 48 novembre. Papiers d'état, IV, 334.
* Lettre du duc de Savoie, du 43 novembre. Lettres des seigneurs, XIII, f" 447. — Lettre de Granvelle, du 48 novembre, précitée.
Au retour de cette reconnaissance , marquée par Tincendie de <c tous les villages et maisons que Ton pouvoit voir et apercevoir, » il rencontra une forte division ennemie, qui avait compté le surprendre ; mais il était sur ses gardes, et, après une légère escarmouche, les Français durent se retirer et furent poursuivis jusqu'aux portes d'Abbeville , où ils rentrèrent dans le plus grand désordre. Le même jour , d'autres détachements, chargés « de brusler et faire le desgast, firent très-bon devoir de tous costés là à Fenviron. »
L'armée entière se mit en marche le lendemain ; passant près de Dourlens, elle alla camper au delà de l'Authie, « non sans grande fascherie, parce que l'artillerie estoit mal attelée, que les chevaux estoient las et foulés , que en aucuns lieux les chemins n'estoient assez durs pour soustenir le carroy. • Le 10, après avoir expédié l'ordre de faire sauter Auxy-ie- Cbàteau, le duc, « continuant les feux de tous costez, » vint loger à Saint-Sauveur sur la Somme, près d'Amiens ; une partie de sa cavalerie , franchissant la rivière , s'établit au Bourget près de Pecquigny. Le duc de Nemours, qui accourait d'Abbeville avec 300 chevaux pour se jeter dans Amiens, tomba au milieu de celte cavalerie et sa troupe fut écharpée. Emmanuel- Philibert passa la Somme pour couper la retraite aux fuyards; « mais ils piquèrent si bien qu'ils arrivèrent premiers à Pecquigny, » non sans perdre une soixantaine de prisonniers, entre autres le capitaine Santerre ; le duc de Nemours luimême fut pris deux fois, et s'échappa grâce à la vitesse de son cheval. Les Impériaux étant arrivés devant Amiens (H no^ vembre), « se firent quelques escarmouches sans notable perte d'un côté ni d'autre ; » dans l'entre-temps, des détachements « brûlèrent semblablement à l'enlour d'icelle ville et le long du chemin tous les édifices et villages deçà ladite
rivière de Somme jusques Daours, ob Us campèrent après que le château de Daours, non tenable, qui estoit occupé par quelques aventuriers, eust été abandonné et rendu. » Des arquebusiers français, barricadés dans une maison située sur ia rive gauche de la Somme , ouvrirent une fusillade avec les avant-postes ; mais deux coups de serpentine tirés sur cette maison les débusquèrent, et des arquebusiers à cheval, passant la rivière, guéable en cet endroit, revinrent de la poursuite chargés de butin. Le 1% le duc de Savoie remonta l'Encre jusqu'à la ville qui portait alors le nom de cette rivière (Albert) , « avec continuation de feux comme dessus , » et, trouvant la contrée fertile en fourrages, il s'y arrêta. Il voulait seulement donner quelque repos à son armée, qui « tant les personnes que les chevaux estoit assez travaillée , et attendre des vivres ; » mais , au moment de se remettre en marche, il reçut Tordre de prendre ses quartiers d'hiver*. En « bruslant depuis la mer jusques Encre tout le pays situé entre TAuthie et la Somme, et auparavant les environs de Montreuil, » les Impériaux avaient vengé les ravages exercés par les soldats de Henri II ; mais, pour obtenir ce résultat, on avait épuisé les ressources du trésor, et, dans l'impossibilité d'entretenir plus longtemps son armée, Charles- Quint dut la licencier. Il ne voulait conserver que les Espagnols, qu'il ordonna de cantonner à Hesdinfert et à Cambrai, a afin de les avoir plus à la main pour la sûreté des pays de Brabant et de Hainaut. » Marie de Hongrie, qui désirait garder aussi 2,000 Allemands, en fut dissuadée par le duc de Savoie ; celui-ci leur préféra six enseignes artésiennes, plus propres, disait-il, à la conduite des convois et d'une fidélité
' Lettres des 43 et 48 novembre, précitées. ~ Féry de Guton.
f60 RË6NE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
plus éprouvée. Ces enseignes, réduites à 1 50 têtes chacune , furent envoyées à Saint-Pol , Pernes , Châtelet , et devaient , au premier indice de danger, se jeter dans Hesdinfert. Quant au licenciement des autres troupes, il ne s'effectua pas sans difficultés. La pénurie du trésor ne permettant pas de les payer en numéraire , elles consentirent à recevoir des draps pour une partie de leurs arrérages, et restèrent campées à Encre en attendant le règlement de leur compte. Cette prolongation de séjour fut marquée par l'incendie des environs de Dourlens et de la petite ville de Bray; des corps de cavalerie légère enlevèrent ou chassèrent aussi tous les postes ennemis qui auraient pu inquiéter la frontière pendant rhiver'. Enfin, l'argent et les draps promis étant arrivés, Tarmée se retira par Bapaume et Douai sur le Cambrésis ; puis elle fut licenciée (23 novembre). Au moment où Emmanuel-Philibert se disposait à retourner à Bruxelles , les Espagnols désignés pour occuper Hesdinfert refusèrent de s'y rendre et il eut beaucoup de peine à vaincre leur résistance -. Les autres frontières ne furent point sauvegardées pendant cette néfaste campagne. « Considérant que le roi de France avoit adressché ses emprinses du costel de la Meuse contre le pays de Namur et les environs; que, par l'occupation de Marienbourg, il avoit commodité de continuellement courrir sus audit pays de Namur; que s'estant, d'aultre costel vers le pays de Luxembourg, saisy de plusieurs villes, tant de l'empire que aultres, dont ledit pays de Luxembourg souffroit plus d'invasions que auparavant, » Charles -Quint jugea « que
' Lettre du duc de Savoie, du H novembre. Lettres des seignettrs, XIII, f° 420. — Lettre de Granvelle, précitée. ~ Féry de Guyon. — Le Petit.
» Lettres du duc, des 24 et 25 novembre ; et de de Bugnicourt, du 4" décembre. Lettres des seigneurs, XIIl, f®» 467, 470 et 484.
à ceste cause il convenoit de donner à chacun desdits deux pays, pour leur meilleure deffense et tuition, un chef et gouverneur particulier. » En conséquence, par lettres patentes du 8 septembre, il avait nommé Charles, baron de Berlaymont et de Hierges, « gouverneur et souverain bailly^ capitaine et grand veneur des ville, château, comté et pays de NamurV » Il lui adjoignit pour lieutenant Philippe de Senzeilles, vicomte d*Aublain, qui avait succédé à Henri de Witthem, dans le gouvernement intérimaire de cette province ^ De Berlaymont, désireux sans doute de justifier la confiance de son souverain, ne cessa de harceler la garnison de Marienboui^, interceptant ses approvisionnements et guettant ses fourrageurs qui, pour éclaircir les abords de la place, portaient l'incendie dans la contrée voisine^. Il lança « quelques garnisons et gens du pays de Namur sur le quartier de Mézières, et ils s'avancèrent fourrageant et brûlant jusque sous les murs de cette ville*. » Dans le même temps, le capitaine de Beaumont ruinait le château de Buselle, « fort dommageable pour Trélon et Chimay^. » Les maux causés à la Champagne devinrent tels que, pour les prévenir, les Français réunirent un petit corps d'armée. A la tête de détachements tirés des garnisons de cette province, de sept compagnies de chevau-
• Compte de Ch. de Berlaymont, n® 45230, f^j. — Manuscrit de la bibl. roy., n^ 20414, f«44.
' Lettres patentes du il août. Compte de P. de Senzeilles (n» 45229). ^ Lettre du capitaine de Beaumont, du 8 septembre. Lettres des seigneurs, Xin, fo 28. — Lettre de Ch. de Berlaymont, du 22 août. Ibid., XII, f« 478. ^ Rabutin, l. VII, 627.
* « Je vous envoyé escript comment nous avyons prins le fort de Buselle et tué le capitaine et aultres souldartz avecq luy, et en avons prins à merchy quelque quantité de paisans, et avons ruyné et bruslé ledit fort, qui estoit fort dommageable pour la tour de Trélon et Chimay. » Lettre du capitaine de Beaumont, du 8 septembre, précitée.
16f RÊ6NB DE GHARLES-Q13INT EN BELGIQUE.
légers, de neuf enseignes de Gascons et de Piémontais, avec deux canons et deux longues coulevrines, le seigneur de Bourdillon vint assiéger le château de Fumay. « Après quelque escarmouche, la garnison, voyant la fureur arrivée, se retira delà la rivière par les bois , » et Tennemi alla ensuite se venger des ravages commis par de Berlaymont, en brûlant Hierges avec quatre ou cinq autres villages des environs '. Le général français borna son expédition à ces faits; mais le bruit se répandit que Nevers projetait une attaque contre le Luxembourg. Emmanuel-Philibert y renvoya sur-le-champ Martin Van Rossem *, qui était occupé à recruter son régiment de quinze enseignes de Bas Allemands \ et le retour du vieux capitaine dans cette province imprima une grande énergie aux opérations militaires. La garnison d'Arlon remporta un avantage signalé sur celle de Stenay ^ Le 1*' octobre, le seigneur de Blétanges, capitaine de Thionville, envoya quelques chevaucheurs enlever des bestiaux aux portes de Metz, pendant qu*il s'embusquait dans les environs avec un déta chement d'arquebusiers et d'hommes d'armes de la bande d'ordonnances de Mansfeld. Des troupes sortirent aussitôt de la place, et, en poursuivant les chevaucheurs, elles tombèrent dans l'embuscade , où la plupart furent tuées ou prises. Les Impériaux , atteints dans leur retraite par 300 chevaux que
' Lettre de de Berlaymont, du 4 4 septembre. Lettres des seigneurs, XIII, f» 56.
' Lettre de l'écuyer Vergy, du 24 septembre. Papiers d'état de Granvelle, IV, 306.
' Commission du 28 août. Dépêches de guerre, n» 368, f» xxxj »®.
^ « Madame, je ne fais doubte que le bailly de Brabant vous aura escript la bonne fortune que la garnison d'Arlon a eu allencontre de la garnison de Stenay, et en cas qu'il ne Tayt fait, j'envoie à Votre Majesté icy encloses les lettres que monsieur de Villermont en a escript audit bailly, par laquelle icelle pourra clerement entendre la bonne fortune. » Lettre de Van Rossem, du 34 août. Lettres des seigneurs, XII, f» 827.
soutenait un détachement d'arquebusiers, « chargèrent lesdits ennemis, qui furent rompus et brisés. » Bientôt pourtant les Français resserrant leurs ailes débordèrent l'ennemi et « assaillirent des deux costés les archers et couteliers , tellement qu'ils prirent la fuite abandonnant les hommes d'armes. » Ceux-ci soutinrent bravement le choc, et leur retraite se fit en si bon ordre qu'ils ne perdirent en prisonniers que neuf gendarmes, et douze à treize archers et serviteurs. Leurs blessés étaient en assez grand nombre , mais ils n'avaient que deux archers tués, tandis que la perte des Français était considérable : une centaine de leurs chevaux gisaient tués ou blessés; « un chariot plein de leurs gens morts rentra à Metz, » et on leur prit un capitaine de piétons, un portecornette, un porte -enseigne, quelques hommes d'armes et beaucoup de piétons *.
Peu de jours auparavant, la garnison française d'Yvoy, « avec quelques pièces de bois montées sur roues en façon d'artillerie ^ » avait investi le château de Villemont, qui se rendit sans la moindre résistance; « ce dont Martin Van Rossem fut bien esmerveillé et soupçonna quelque intelligence entre les François et le capitaine du lieu ^. » Mais le vieux maréchal ne se contenta pas de s'émerveiller : il tira sur-lechamp quelques troupes de ses garnisons, y joignit la bande d'ordonnances d'Hoogstraeten, trois enseignes de Bas Allemands, envoyées par de Berlaymont, et courut assiéger la place. « Au commencement ceux qui estoient dedans firent semblant de se rendre, et quand l'on en vint à parlementer, usant de finesse, ils se mirent à tirer. » En un instant les
' Lettre du gouverneur de Luxembourg, du 2 octobre. Lettres des seigneurs, XIII, f«343.
" Rabutin. — ' Lettre du 21 septembre. Lettres des seigneurs, XIÎI, f» 434.
Impériaux eurent en batterie quatre gros canons, pendant que de petites pièces de campagne tiraient aux défenses. Le feu dura vingt-quatre heures, et alors, « combien que l'assiégé se défendit avec beaucoup de vaillance, ils firent l'attaque si furieusement et volontairement qu'ils l'emportèrent. Y furent tués tous ceux qui estoient dessus la brèche, réservé deux \ » A cet assaut « l'enseigne de la compagnie wallonne de Malandry fut toute deschirée, de sorte qu'il lui en fallut faire faire une neuve ^. »
Après cette expédition, Van Rossem renvoya les Bas Allemands à Namur, ses piétons dans leurs garnisons; joignit sa bande d'ordonnances à celle de d'Hoogstraeten, et, à la tête de cette gendarmerie, il assaillit Paliseul. L'église de ce village, dépendance du duché de Bouillon, était fortifiée et défendue par une trentaine de paysans avec quelques soldats français. Après une courte résistance, ils se rendirent à discrétion et le feu fut mis à l'église, que le capitaine de Mirwart vint démolir ^. Puis , pour contenir la garnison de Metz, Van Rossem éleva, entre cette place et Thionville, un fort « appelé la mauvaise S. » Les Français, qui tentèrent de l'inquiéter « avec un bon nombre de cavallerie et de gens de pied et quelque peu d'artillerie, retournèrent avec peu d'avantage et perte de beaucoup de vaillans hommes *. »
La basse Flandre avait été aussi le théâtre de quelques
• Lettre de Van Rossem, du 43 octobre. Lettres des seigneurs, XIII, fo293. — a Lequel château depuis fut repris par les Bourguignons, y usant de plus grande cruauté envers ceux qu'ils y trouvèrent, qu'on n'avoit fait précédemment envers les leurs. » Rabutin, l. viii, 627.
» Autre lettre de Van Rossem, du 20 octobre. Lettres des seigneurs, XÏII, f» 329.
' Lettre de Berlaymont, du 47 octobre. Ibid., f» 346.
* Rabutin.
événements militaires. Le 16 septembre, les garnisons du Boutonnais formant un corps de 1,200 à 1,400 piétons, avec trois cornettes de cavalerie, firent irruption « dans le pays de Langle formé de quatre paroisses entre FAa et le retranchement d'Hennewyns. » Les Impériaux n'avaient de ce côté que la garnison de Gravelines , réduite à 1 00 piétons , et de petits détachements cantonnés à Esperleek, Runninghen, Mariakerke, Cappellebroeck et Saint-Folques, trop disséminés pour se soutenir et trop faibles pour défendre le plat pays. Aussi Fennemi ravagea-t-il , sans obstacle, les rives de l'Aa depuis Watten jusque près de Gravelines. A Mariakerke pourtant il fut arrêté par les paysans retranchés derrière un enclos servant de refuge à leur bétail; le combat dura plus d une heure et les agresseurs furent repoussés avec perte. Cet échec marqua le terme de leurs succès. De Vendeville était accouru à Runninghen avec la bande d'ordonnances de Looz ; le seigneur d'Embry , lieutenant de la bande d'Aerschot, se portait vers Esperleek, et les Français, menacés d'être coupés, battirent en retraite. Un renfort de cinq enseignes qui les rejoignit en ce moment, fit croire à une attaque sur le retranchement d'Hennewyns; mais de Vendeville était déjà en mesure d'arrêter l'invasion : il avait appelé les habitants des quartiers voisins à la défense de cette importante position, et réuni sur les bords de l'Aa une partie des garnisons de Cassel, de Bourbourg et de Berghes. Seulement, il comptait peu sur la fidélité et le zèle de ces troupes, créancières de neuf mois de solde, et il se félicita que sa bonne contenance eût sufR pour imposer à Tennemi ^ Sur mer les hostilités n'avaient été commises que par les
' Lettres de ce seigneur, des 46 et 20 septembre. Lettres des seigneurs, XIII, f««95et429.
corsaires. « Les aventuriers de par deçà, écrivait Corneille de Scheppere à Marie de Hongrie, font journellement plusieurs exploits contre les ennemis. Une schute de Flessingue portant quatorze hommes, y a ramené deux vaisseaux françois chargés de vins. Un autre jacht de Brouwershaven a aussi capturé deux navires ; celui du capitaine Adrien Croie a pris un bon navire de commerce et un de guerre. Ceux d'Ostende se sont emparés de deux ou trois bâtimens chargés de vin et de pastel; chaque jour il s'en prend d'autres'. » Quelque temps après, des aventuriers de Flessingue capturèrent encore sept ou huit vaisseaux ^, et un corsaire de Nieuport, « un petit navire fort bon voilier ^ » Bientôt à leur tour « les François, avec petits navires, » vinrent courir les côtes de Hollande et de Zélande. L'occasion était propice, car tous les vaisseaux de guerre avaient été envoyés sur les côtes d'Angleterre, pour prêter appui à Marie Tudor, « et il n'y avoit personne présent en Zélande, vers lequel les bonnes gens pussent avoir recours. » Aussi l'apparition de l'ennemi jeta-t-elle un grand effroi dans cette province et une grande perturbation dans le commerce * ; mais l'effet ne répondit pas aux menaces.
Cette campagne avait été des plus désastreuses pour les Pays-Bas. Philippe de Senzeilles, chaîné de relever les fortifications de Florennes, que la reine voulait faire occuper, lui manda que toute la contrée d'Entre-Sambre-et-Meuse était ruinée, et qu'il serait impossible d'y entretenir une garnison*. Le pays de Namur avait souffert tant de « grandes pertes,
' Lettre du7avril. Le//. r/M««gf., XI, f<»478. — »Lettredu43avril./6i<i., f»2î4. ' Lettre du seigneur de Wacken, du 21 juin. Ibid., XII, f® U7.
4 Lettre de C. de Scheppere, du 26 juin. Ibid., f» 207.
5 Août i654. Compte de P. de Senzeilles (n» 15229), f» iiij vo.
fouUes, dommaiges et pilleries, ayans les villaiges par les ennemis frangois pour la pluspart esté brusiez et pillez entièrement; » il en était résulté < une si grande ruine, désolation et extrême dépopulation, » qu'il lui fut de longtemps impossible de payer sa part des aides ' . Luxemboui^ , dépeuplé par la misère, par la guerre, par la peste, ne comptait plus dans la ville haute que 1 50 bourgeois ^. Dans TÂrtois, naguère le grenier de blés des contrées voisines, toutes les terres étaient en friche, les bestiaux disparus, les villages déserts^. Aussi la disette régnait-elle dans la plupart des provinces , augmentant l'intensité des épidémies qui les désolaient*.
Quels avantages retira-t-on cependant de tant de calamités infligées aux deux peuples? Après un heureux début, la prise de Marienbourg, les succès des Français s'étaient bornés à la destruction de petites places, d'une importance stratégique si minime que la plupart ne furent pas relevées. Leur but principal était manqué, et de terribles représailles furent exercées pour ces ravages. Quant aux Impériaux, ils auraient pu, maîtres à leur tour de la campagne, tenter quelque grande
• Acte de 4564, lui accordant, de ce chef, une remîse des arrérages dans sa part des aides ordinaires et extraordinaires. Compte d'Aymon de Ferry (n« 46697).
' Lettre de de Megen, du 5 septembre. Lettres des seigneurs, XIII, f» 47.
' GUICCIARDIN.
* La peste désola particulièrement Namur, Verviers et les cantons voisins. (Lettre de Philippe de Neufville, du 27 août. Lettres des seigneurs, XII, f^SOÎ. — Compte de Ph. de Senzeilles, f® v. — Gbapeauville, III, 374), Lille (Lettre de de Bugnlcourt, du 43 novembre, annonçant à François de Montmorency qu'il a obtenu son transfert à Odourg, château appartenant à son beau-frère le comte de Homes, et situé à 3 petites lieues (lieuettes) de Gand. Lettres des seigneurs, XIII, f« 409) , le Quesnoy (Lettre du seigneur de Helfaut, du 40 septembre. Ibid., fo 40), Valenciennes et d'autres villes du Hainaut (M. A. Di- NAux, Épidémies en Flandre, 1. c). "
opération, et ce fut peut-être moins la mauvaise saison et la difficulté des vivres que la mésintelligence des chefs de Tannée qui les empêcha d'agir. En donnant le commandement à Emmanuel-Philibert, Charles-Quint avait espéré mettre un terme à la jalousie des grands seigneurs des Pays-Bas, qui tous voulaient commander, et aucun obéir; il avait compté obvier aux inconvénients dus à la diversité des nations composant ses troupes\ et il n'avait obtenu aucun de ces résultats. Les généraux belges, dont il avait si souvent éprouvé la valeur et le dévouement, se plaignaient d'être écartés des conseils du capitaine général ^ ; d'être l'objet de sa déflance ' ; de n'être
• a J'ay esté en doubte si je devois aller avecq, veu qu'il povoit sembler que c'estoit bien un maigre fondement que pour m'y trouver en personne. Toultefois, après avoir considéré la diversité des nations quy a aultrefois cuidé caaser une grande disceussion à l'appétit des butins, j'ay esté quasy forcé de conclure d'y aller aussy. » Lettre du duc, du 12 octobre. Lettres des seigneurs, XIII, f» 285.
* « Madame, Votre Majesté polra considérer s'il est plus besoin que je soye icy, que aux affaires dudit Cambray, veu que je ne sers d'aultre chose que Votre Majesté m'entendit hier. J'ay demandé à monsieur de Boussu et de Glajon s'ilz ont souvent estez mandez au conseil ; ilz m'ont dit qu'ilz n'y avoient encore esté depuis ce fort encommenché, sinon avant-hier, comme monsieur le duc les trouva ensemble vers le quartier dudit de Glajon, et m'a dict ledit seigneur de Boussu, qu'on luy avoit aussy celé l'emprinse d'hier II m'adirt
aussy qu'il n'a veu qu'ung article de l'instruction. Je ne me vanteray avoir veu quelque chose. » Lettre de de Lalaing à Marie de Hongrie, du 24 septembre. Ibid., fo 438.
La reine lui répondit : « J'ay aussy sur le point de n'estre mandé au conseil fait l'office que m'a semblé estre requis par aultre voye, affin que l'intention du maistre viengne à connoissance là où il appartient, sans que l'on s'en apperçoyve que l'advertence viengne de vous, car l'intention de Sa Majesté n'est que soyez fourclos. » Lettre du 22 septembre. /6td., f« 440.
' « Madame, je remerchie très-humblement Votre Majesté, de ce que icelie auroit fait l'office que luy sembloit estre requis sans que l'on s'en apperchoive, afin que je soye appelé au conseil. Si est-ce, Madame, que je désireroie plustost une aultre intercède que celle-là , voyant ce qui se passe. J'ay donné à cognoistre à monseigneur le duc, que je ne me sentois intéressé de cela, mais
consultés que pour la forme, après que ses résolutions étaient arrêtées ' . Ils critiquaient ses opérations ^, en prétendant qu'elles auraient eu meilleure issue, si Tempereur avait utilisé leurs services. « Sa Majesté , disait de Lalaing, a autour de luy des barbes blanches qui lui peuvent rappeler comBien
bien qu'il alloit hors du camp faire emprinse sans m'en advertir. Il m'a dict que ce n'a esté pour diflBdence : j'ay respondu qu'il n'y avoit chose en moy pour l'avoir. » Autre lettre de de Lalaing, du 25 septembre. Lettres des «eigneurs.XUlJ^ 474.
« Madame, je fus hier appelé au conseil Il fut aussi dict en conseil par
un des principaulx, non de notre nacion, que lendemain delà Saint-Franchois, nous partiriesmes avecq une bonne partie de che camp, pour faire le desgast au Boullonnois. Je suppose qu'il le disoit non le pensant ainsy, car il sçaitbien que les prisonniers franchois ont dit qu'ilz sçavoient bien deux jours devant l'emprinse qu'ilz voloient faire vers Monstreul, laquelle fut tenue si secrète à nos aultres, aultrement, Madame, je tiendray bien dangereux parler du jour si longtemps devant colp. » Autre lettre, du 28 septembre. Ibid., f« 493.
' « Je dictz, après ledit conseil, à Anthoine Doria, que l'on demande bien aulcune fois oppinion de chose résolute, et que j'avois bien entendu par avant que ledit seigneur duc vouloit faire quelque emprinse, et que partant il pouvoit bien cognoistre que ceulx avec lesquelz fonct telles et semblables délibérations, ne sont si secretz que ceulx avecq lesquelz il ne les faict. Et sur ce soir, Madame, ledit seigneur duc nous a dict qu'il avoit conclu aller en personne, et se partiroit à minuit à deux heures... que mèneroit monsieur de Bugnicourt avecq luy, et que monsieur de Boussu et moy demeurerions pour les ouvraiges. Le régiment dudit sieur de Boussu n'y va, à cause de son tour de guet, mais bien le mien sans moy. Par quoy, me semble. Madame, que je ne sers icy que de chasse avant, ayant seulement régiment. Reste à avoir patience pour ung temps. » Autre lettre du 42 octobre. Ibid., f« 287.
' « Et sur toutes les difficultez que peuvent survenir à ung tel ouvraige (construction de Hesdinfert), n'ay jamais veu tenir ung conseil, neaussypour aultre exploict depuis le partement de monsieur d'Arras, ne sur la faulte des fourraiges que l'on apperchoit à ceste heure. Sur quoy monseigneur le duc nous fait assembler demain au matin. Anthoine Doria me tint hier propos, démonstrant que la fachon luy desplaisoit. Je ne sçay si c'estoit pour oyr ce que respondrois. Tant y a. Madame, que me suis assez informé que l'on euisc peu brasier dès le commencement, et avant que Fennemy eust remis sus et saulvé ses grains et fourrages aux villes. >» Autre lettre du 44 octobre. Jbid., f» 280.
que s*il n'eût eu autres que de notre nation, il auroit peut-être exécuté plus grand exploit qu'il n'a fait \ »
Entre les capitaines étrangers l'entente n'était guère meilleure. Charles -Quint, obligé de céder aux plaintes des Lo&bards, avait rappelé don Fernand de Gonzague dans les Pays-Bas, où il partagea avec Emmanuel-Philibert la direction de l'armée. Fort de son incontestable expérience, ce vieux général prit un ton d'autorité qui blessa la fierté du jeune prince, et bientôt entre eux éclata une dangereuse rivalité. « On dit à Londres, écrivait Simon Renard à l'empereur, qu'une profonde mésintelligence règne entre le duc de Savoie, don Fernand de Gonzague, Baptiste Castaldo et d'autres capitaines de Votre Majesté. Les ministres du duc et de don Fernand ont même publié les secrets du conseil de guerre, pour se nuire mutuellement^. » — « J'entends, disait-il à l'évêque d'Arras, qu'il y a grandes divisions et inimitiés entre le duc de Savoie, don Fernand de Gonzague, Busançois, Castaldo, Bugnicourt et d'Arenbei^ ; que le conseil de guerre est divisé; que ses secrets sont divulgués, chacun en chargeant l'autre. Le duc a été très-mécontent de l'introduction de Gonzague dans le conseil; il est entouré de serviteurs
' a Suys à ce matin allé vers son logis, pensant le trouver, mais il (le duc) estoit desjà party. Dont, Madame, me sens intéressé, que mon capitaine général parte du camp, pour faire emprinse sans que je le puisse sçavoir. J'ay le tout dit à monsieur de la Chaulx, lequel s'en retourne, luy ayant aUégué que ne le disois pour une aultrefifois estre appelé au conseil, car quant je y viendrois, il s'en tiendroit d'aultres plus estroictz. Il me dict que ce n'estoit l'intention de Sa Majesté, et que le bon seigneur n'y pensoit. Je luy respondis qu'il avoit des blanches barbes à l'en tour de luy qui luy pou voient ramentener, combien que s'il n'euist aultres que de notre nacion, il eust, pœult estre, faict plus grant exploict qu'il n'a faict. » Lettre du comte de Lalaing à Marie de Hongrie, du 20 septembre 4554. Lettres des seigneurs, Xlll, f» 430. - Fotr page 444.
' Lettre du 43 octobre. Papiers délat de Granvelle, IV, 322.
qui sont partisans de la France , qui travaillent à le détacher de Tempereur, en lui faisant épouser la sœur du roi, et déjà il se plaint amèrement de n'être payé qu'en bonnes paroles ^ »
Cette mésintelligence des chefs favorisait l'insubordination, qui régnait dans tous les corps de l'armée. On vit, dit-on, Emmanuel -Philibert, indigné de l'insolence du comte de Waldeck, capitaine de reîtres, qui était allé jusqu'à le menacer d'un coup de pistolet, le tuer roide à la tête de ses troupes ". Quant aux soldats, il était d'autant plus impossible de réprimer leurs brigandages, que la difficulté des vivres leur servait souvent de prétexte pour « menger sur les pauvres paysans ^. » Les violences commises à Malines et à Cambrai avaient déjà signalé aux Belges ces soldats espagnols, ramassis de brigands de toute espèce *, qui, sous des chefs cupides et impitoyables, avaient épouvanté l'Itahe et l'Allemagne de leur férocité, et étaient destinés à devenir les bourreaux des Pays-Bas. Partout où ils séjournèrent, ils répandirent le trouble et l'agitation ^ A Bruxelles, le jour de la Pentecôte 1553, des soldats espagnols tuèrent dans une rixe deux bateliers, et il s'ensuivit un tumulte qui était à peine apaisé, que d'autres assassinèrent un tapissier. Aussitôt les bourgeois prirent les armes, arrêtèrent les soldats rencontrés dans les rues et les remirent à Tamman, qui, malgré leurs immunités militaires, les retint en prison, par ordre de
» Lettre d'octobre 4554. Papiers d'état de Granvelle, IV, 329.
' GuicHEMON, Histoire générale de la maison royale de Savoie, I, 669.
' Compte de C. de Berlaymont, f« v, etc.
* Voir tome III, page 74.
^ « Je voy aparence de grant confusion, et je m'en tien bien pour excusé, car j'en ay fait advertance aultant qu'il m'est possible, vu le fasson de faire de nos Espaignolz. » Lettre du capitaine du Quesnoy, du 5 janvier 4555. Lettres des seigneurs, XIV, f« 44 .
\n RÈGNE DE GHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
Tempereur. Un de ces soldats, réfugié dans Féglise de Saint- Nicolas, en fut arraché par la foule, et il fallut Ténergique intervention du seigneur de Molembais , poiir empêcher une collision entre le peuple et les hallebardiers espagnols accourus pour réclamer le prisonnier. L'irritation des habitants devint telle, que Charles-Quint jugea prudent de retirer ces étrangers de la ville, et qu'il donna des ordres sévères pour les obliger à payer d'abord leurs dettes ^ Ces mesures, parait -il, ne ramenèrent point la tranquillité, puisqu'un mandement du 5 novembre 1 554 enjoignit à l'amman, Jean de Locquenghieu, de lever 20 hommes , « bien qualifiez et embastonnez , pour avecq iceulx appréhender tous malfaiteurs, vagabonds et aultres mauvais garnemens hantans et fréquentans ladite ville et son ammanie ^. »
Il en était de même dans les autres villes. Ainsi, des lettres patentes du 30 avril 1 555 autorisèrent le magistrat de Tournai à augmenter de 3 gros l'impôt perçu sur chaque tonneau de bière, afin de payer les dettes laissées par les Espagnols ^ Dans les campagnes, où ils étaient sans frein, c'était bien pis encore ; de toutes parts éclataient des plaintes contre « les fouUes et insoUences, » de ces bandits, qui « pilloient et desroboient les povres censiers et paysans ^. »
' Histoire de Bruxelles.
' Archives de l'Audience, liasse Mi^.
^ Archives de Tournai. Rapport sur les octrois, I, 68.
^ u Ceux du chastel en Cambrésis m'ont derechief ramenté que les Espaignolz constraindroient les pauvres bourgeois eulx absenter et habandoDoer la ville, comme la pluspart ont desjà fait, à raison que plusieurs d'entre eajx seroient journellement battuz desdits Espaignolz, lesquelz tirent les maisons et édifices tant dehors la ville que faulxbourgs, et ont abattu quasi tous les arbres portans fruictz de là alentour. » Lettre de de Bugnicourt, du 47 janvier 4655. Lettres des seigneurs, XIV, f*» 37.
« Madame, oultre les fouUes insupportables que ne cessent donner les
Les lansquenets n étaient pas moins redoutables ; soumis h leurs propres chefs, ils méprisaient Tautorité des généraux. A la suite de châtiments infligés à quelques-uns d'entre eux, le régiment de Jean de Nassau notifia à ce seigneur que, ne voulant plus obéir ni à lui ni à Van Rossem, il resterait, pendant trois jours, sous les ordres du prince d'Orange, pour attendre la décision de l'empereur, à qui les mutins envoyèrent des députés, afin d'exposer leurs griefs et d'invoquer sa promesse de ne les punir < que d'après leur justice. i> Emmanuel-Philibert, qui tenta de louables efforts pour rétablir la discipline, licencia sur-le-champ ce régiment : « Je ne veux dans mon camp, dit-il, que des gens soumis à mes ordres. » H exigea un châtiment exemplaire des députés envoyés à Charles-Quint, en déclarant qu'il choisirait de se retirer en
Espaignols à mes pouvres subgectz, ne puis de laisser advertir Votre Majesté de celle que ce jourd'huy m'ont faite. C'est qu'estant entre la barrière et tappecu de la porte de la ville, pensant entrer en ceste cité, quelque chose que aux Espaignolz de la garde de ladite porte me soye dénommé et déclaré, m'ont enfermé entre ladite barrière et tappecu, et en moy dényant l'entrée en ladite cité, présenté à la poitrine picques et le feu sur l'arquebuze, menachani descharger sy incontinent ne me retirois arrière ladite porte. Ce que j'ay esté contraint faire et entrer par la citadelle. Je supplie très-humblement Votre Majesté donner ordre que telles choses en mon endroit ne se permettent plus. Ayant considération que traitant ma personne de la sorte, quel peult estre celuy de mes povres subgectz, dont à aulcuns est jà succédé entière ruyne. De Cambray, le xxiiij* jour de mars 4 534 (V. S.). Votre très-humble et très-obéissant orateur et serviteur, Robert de Croy. » Lettres des seigneurs, XIV, (° 448.
a Pour avoir nourry et entretenu es dites prisons (de Namur), xxxiij compai-v gnons espaignols, ayans esté appréhendez par le prévostdes marécbaulx, pour ce qu'ilz faisoient fouUes et insoUences sur les villages de ladite comté, pillant etdesrobant les povres censiers et aultres paysans. » Compte de G. de Berlaymont (n« 45230), f» XX ^".
« Pour avoir conduit le prévost des Espaignols oultre le bois et forest de Marlaigne, et par tous les villaiges la enthour, affin d'appréhender les Espaignols faisant foulles èsdits villaiges. « Ibid., f» xxxj, etc.
Angleterre plutôt que de commander à de tels soldats, c plutôt que d'avoir le rôle d'un homme de bois^ » Cette résolution, déjà manifestée par lui ^, il ne tarda pas à l'exécuter. Il avait compté obtenir le gouvernement du Milanais, et quand Gharles-Quint y renvoya Fernand de Gonzague, son ennemi personnel *, il partit pour Londres (décembre 1 554), où Philippe raccueillit avec la plus grande distinction *.
Ces mésintelligences si fatales aux opérations de l'armée, se reproduisaient dans les conseils et même dans la famille de Charles -Quint. Déjà les regards se tournaient vers son successeur, et Ton voyait le roi de Bohême s'allier aux ducs de Clèves, de Wurtemberg, de Bavière et à d'autres princes allemands. Ils le berçaient de l'espoir d'obtenir les Pays-Bas, le poussaient à se mettre à la tête des mécontents, promettaient d'entraîner dans leur parti le roi des Romains avec le reste de l'empire, et partout les ennemis du potentat relevaient la tête. Or la situation était si tendue, qu'il fallait se borner à « dissimuler le passé, temporiser le présent, assurer l'avenir ^ » car, si la fidélité et le dévouement faiblissaient chez les uns, si d'ambitieuses espérances luisaient aux yeux des autres,
' Lettre du duc à Granvelle, du 9. Papiers d*étaê, IV, 300. — Le pays de Liège ne fut pas épargné davantage par la soldatesque. Depuis trois ans, il « étoit misérablement travaillé des passages et logis des gens de guerre; davantage une bonne partie de Tannée précédente et toute la saison de Thiver il a voit soutenu tout le camp, qui, outre Fassistance de vivres qui lui avoit été faite, avoient traité et traitoient inhumainement, les volant, les piUant, et en diverses manières les outrageant. » Mémoire à la royne, par monseigneur Révérendissime dudit Liège. Lettres de» seigneurs, XIV, f« 334 .
' Lettre de S. Renard, du 43 octobre. Papiers d'état de Granvelle, IV, 322.
^ Il le soupçonnait d'entraver les projets tendants à lui rendre son héritage. Lettre du duc à Tempereur, décembre 4554. Ibid., 349.
4 Ibid., 352.
5 Lettre de S. Renard, octobre 1554. /ôid., 329.
le mécontentement des peuples éclatait en émeutes , sinistres préludes de troubles sanglants ^
Une de ces émeutes faillit avoir de graves conséquences. Les édits contre la réforme avaient laissé à Anvers une profonde agitation, qu'entretenaient les mesures fiscales exigées par les charges publiques ou provoquées par des intérêts privés. Une ordonnance du magistrat, prescrivant la fermeture des brasseries établies dans la banlieue, avait fait augmenter récemment le prix de la bière et irrité le peuple. Son mécontentement toutefois ne se manifestait qu'en murmures, quand la régente ordonna de lever, dans la ville et aux frais de la commune, quatre enseignes de piétons ^. Cet ordre exaspéra les esprits et le magistrat effrayé appela les gardes boui^eoises aux armes. Les premiers jours pourtant se passèrent assez tranquillement; mais, dans la soirée du 1 1 juillet, la fermentation s'accrut, et un futile incident provoqua l'explosion ^.
Le 12, entre sept et huit heures du soir, dans les attroupements formés sur la place de Meer, des ouvriers se prirent de querelle avec des valets de magistrats communaux, et bientôt des injures on en vint aux coups. Un de ces valets dit ironiquement : « Vous criez, et Messieurs agiront : ce soir entreront en ville des soldats espagnols et, tandis que vous serez à la guerre , ils coucheront avec vos femmes. » A ces mots , on se jeta sur lui, et il eût été mis en pièces s'il n'eût trouvé un refuge dans le palais, qui fut assiégé par la foule réclamant à
> ' « El pueblo murmura, écrivait Granvelle à don Philippe, por ser ya muy agravado; y aunque se otorgue servicio, havra trabajo grande en hallar expedientes y medios para cobrarle. Papiers d*état de Granvelle, IV, 466.
* Commission donnée à Corneille de Scheppere, pour diriger cette levée, 7 juillet 1564. Archives de i'Audietice, liasse 4141. — Dépêches de guerre, no 368, f» xxvj v».
^ Antw. Chronyek.
176 RÉGNE DE CHARLES-aUINT Efi BELGIQUE.
grands cris le fugitif. II s'échappa par une porte dérobée, et sa fuite augmenta le tumulte. Ses paroles, exagérées et commentées, s'étaient répandues en ville et l'impopularité des magistrats communaux leur prêta un caractère de vérité qui faillit avoir des suites funestes. On en voulait surtout au pensionnaire Jacques Maes, « qui valoit peu d'argent, disait-on, et, par quelque particulière compétence , à d'autres membres de l'administration, tels qu'un nommé Ingelbert et l'ancien lieutenant du margraf \ »
De toutes parts accoururent sur la place de Meer des bandes furieuses, et l'hôtel de ville, où s'étaient réfugiés les magistrats éperdus, fut assailli par une grêle de pierres l Une catastrophe était imminente, lorsque la bourgeoisie prit l'initiative de la répression du désordre. Les gardes bourgeoises et les serments accoururent dégager l'hôtel de ville, s'emparèrent des avenues des principaux quartiers, et, usant tour à tour de la persuasion et de la force , dissipèrent les rassemblements ^. L'émeute pourtant n'était point vaincue et
• Lettre de Granvelle, du 48 mai. Papiers d'état, IV, 426. — « Dont le premier commenchement advient pour certaines paroUes d'aucuns serviteurs des seigneurs de ladite ville, et après, à cause de la coUectation et élection des quattres enseignes de piétons, que ceulx de la ville au service de Sa Majesté et aux despens de la communauté d'icelle dévoient lever, et par-dessus ce, à cause des nouvelles impotz et brassines faictes en la nouvelle ville et autres par ladite communauté et rebelles allégués. » Lettre de Jean de Schoonjans à Marie de Hongrie, du 13 juillet. Lettres des seigneurs, XII, f® 3S2.
' « Si n'eust esté le bon plaisir de notre seigneur, et la bonne dilligence, providence et bon conseil des seigneurs et confrairies de ladite ville, nous estions tous en grand dangier d'estre occis et pillez, car la congrégation des malveuillans se augmentoit tellement, que tous furiesme contraintz nous saulver sur la maison de la ville, où (nous estans encloz) ilz feirent tel efifort tant en ruant aucunes pierres et cailloux sur ladite maison qu'autrement, que tous estions en grande perplexité, et tellement estonnez que ne savions quoy commencher. » Lettre de Jean de Schoonjans, précitée.
^ « Et ne fust esté la bonne conduyte, ayde et conseille des confrairies et
le lendemain elle éclata plus furieuse. Malgré les énergiques efforts des serments, dont un des confrères nommé Hartman fut tué \ la résistance devint impossible, et la bourgeoisie requit le magistrat de céder aux exigences du mécontentement public, pour prévenir d'aflVeux malheurs ^.
Il fallut s'y résigner et, le 1 3, à midi, parut une ordonnance permettant de brasser dans la banlieue selon l'ancienne coutume , et retirant l'accise des vins « aux fermiers Nicolas Maes, Jacques de Heughstein, Gilbert de Schoonbeke et leurs consorts, déclarés, ainsi que le pensionnaire, inhabiles à remplir aucun office de la ville. » De plus, le magistrat promettait que les quatre enseignes de piétons réclamées par le gouvernement ne seraient point payées par la commune^. Jacques
archers d'icelle, lesquelz en la fin, par bon advis et résistence tant feirent, que après avoir gratieusement admonesté les rebelles, par force d'armes ilz furent par moy et lesdites confrairies repoulsés du marchié, où ilz estoient rassemblez, tellement que euriesme (comme encore pour le présent avons) le marchié franchi. » Lettre de Jean de Schoonjans, du 43 juillet, précitée.
« La bonne bourgeoisie et les confrairies des guides ont fait grandement leur debvoir pour assister les seigneurs, sans lesquelz le tout eust esté meurdry, pillé et tué que alors estoient sur la maison de ville. » Lettre de G. Van der Meeren, du 48 juillet. Lettres des seigneurs, XII, f» 364 .
' Ântw. Chron.
* « Après lequel repoulsement, qui fut environ les dix heures en la nuictée, lesdits rebelles encore point ne désistèrent de leur emprinse, mais, continuant en leur concept, se augmentoient de plus en plus, tellement que lesdits archiers et confrairies estans ce matin de ce advertiz, et voyans que leur troppeau (lequel est de petit nombre), n'estoit souffisant pour résister auxdits rebelles, nous ont de ce remonstré et finablement déclaré que leur puissance ne povoit résister auxdits rebelles, assez nous requérant de vouloir condescendre et accorder à leurs péticions, et ce pour éviter plus grands périlz et inconvéniens, esquelz ilz se veoient tomber en cas de refuz. » Lettre de Jean de
Schoonjans, précitée.
s « Quoy considéré at, par ceulx de la loy de ceste ville, ensuyvant fa pétition de ladite communaulté et rebelles, et remonstrance desdits archiers et confrairies, ce jourd'huy environ lesxij heures sur le midy esté déclaré, et par
Maes s'était réfugié à Thôtel de ville, ob on le tenait soigneusement caché \ et « le commun peuple, qui ne vouloit aucunement entendre à le voir rentrer en son premier office, ni en aucun autre état, » exigea qu'on enlevât de chez lui « tous livres, papiers, privilèges et aultres enseignemens concernant le bien et les affaires de la ville , pour les remettre es mains des seigneurs de la justice^. » Ces concessions apaisèrent les esprits, et le calme reparut.
Charles- Quint apprit ces événements au moment où les
les wyckmeesters en leurs wyckes publié, que tous et quelconques brasseurs pourroient venir et brasser en Anvers, selon Tancienne coustume et sur les assises et impôts accoustumez ; item, que ladite assise se collecteroit es lieux et limites accoustumez; item, que la ferme de Tassise du Tin, que tenoient Nicolas Maes, Jacques de Heughstein, Gillebert de Schoonbeke et leurs consorts, leur seroit osté, et que eulx en seroient déportez, et que en ceste dite ville doresnavant ilz n'auroient ni desserviroient aucunes charges ni offices, ni pareillement aussi le pensionnaire Maes, et davantaige que lesdites quattre enseignes de piétons levées comme dessus en Anvers, ne se payeroient aulx despensde ladite communauté. Quoy ainscy faict, s^est ledit tumulte commencé ung petit à cesser. • Lettre de Jean de Schoonjans, du 43 juillet, précitée.
' « Suppliant à Votre Majesté me vouloir en toute diligence adviser comment touchant la personne dudit pensionnaire Maes (lequel présentement se tient secrètement sur la maison de ceste ville) il me devra régler, assavoir si secrètement on le tiendra en ceste ville, ou que Votre Majesté le mandera d'icelle secrètement et par nuit tyrer dehors, jusques à ce que la fureur du commun contre luy soit appaisie et refroidie, ou aultrement par Votre dite Majesté en ordonne. » Autre lettre de Jean de Schoonjans, du H juillet. Lettres des sei-gneurs, XII, f« 354.
* « Le commun ne veult aucunement entendre à la personne du pensionnaire Maes, pour autant que en aucune manière il pourroit retourner et estre reoeu en son premier estât, comme en nulle manière ne le veullant veoir. Mais ont requis et veuUent que tous livres, papiers, privilèges et aultres enseignemens concernans le bien et affaires de ceste ville (soubz luy et en sa maison reposant) soient de là estez, prins et conférez es mains des seigneurs de la justice et loy de ceste ville, à Taccomplissement duquel, nous avecq les burgemestres et aultres de ceste ville, avons commenché à procéder le plus dextrement que a esté possible, pour éviter autres inconvéniens et murmures. » Ibid.
Français, jusqu'alors victorieux, menaçaient de marcher sur Bruxelles. Quelque irrité qu'il fût de cette atteinte portée à Tautorité, il était impossible en ce moment de punir, et Marie de Hongrie ordonna d'envoyer le pensionnaire Macs à Bruxelles, « pour qu'il se pui^eât des faits qu'on lui mettoit sus. » Elle se réservait, « après l'avoir entendu à chaîne et à deschai^e, de prendre à son égard détermination conforme à la raison et à la justice, qu'est le vray chemin qu'ung prince est tenu de suivre envers ses sujets * . » Mais il était difficile d'exécuter cet ordre : « les longues et excessives invectives, la grande superbeté qu'avoit exercée contre ses maîtres , tous les marchands et le populaire, cet homme qui pensoit estre universel de la ville ^, » avait tellement exaspéré les esprits, que sa vie était exposée aux plus grands dangers, que sa vue même pouvait réveiller la sédition^. Les agents du gouvernement euxmêmes trouvaient cette impopularité méritée ; ils conseillaient à la reine de profiter de l'occasion pour débarrasser « la ville et les bons babitans d'un fonctionnaire maldisant et haineux à regard de tout lé peuple et des marchands étrangers, » en assurant que l'empereur #> n'en seroit que mieux servi, tant dans les demandes d'aides, que dans les autres services que la ville lui pourroit faire*. »
' Lettre de Marie de Hongrie à CorneiUe de Scbeppere, du 45 juillet. Lettres des seigneurs, XIl, f® 356.
• Lettre de G. Van der Meeren, précitée.
^ « Le commun se est enaigri de jour en jour plus fort contre notre pensionnaire maître Jacques Maes, par où que pourroit le mal encommencher et desjà quasi extaincte repulluler de nouveau, au grant préjudice non-seuUement de sa personne, mais aussi à grande foulle de ceste ville et républicque d'icelle. Il fault que Votre Majesté y mecte remède, aultrement est la personne dudit pensionnaire en grand dangier. » Lettre de Thierry Van de Werf à Marie de Hongrie, du 46 juillet. Lettres des seigneurs, XII, f» 357.
* Lettre deC. Van der Meeren, précitée.
Sans adopter cet avis, la reine renonça à son projet, et l'on temporisa jusqu'à des temps meilleurs. Mais, dès que Thiver eut interrompu les hostilités, Charles-Quint ordonna de poursuivre les fauteurs de Fémeute, et, retenu à Bruxelles par la goutte, il envoya Marie de Hongrie à Anvers, pour sévir rigoureusement. La reine y arriva, précédée (6 février 1558) par dix enseignes de lansquenets et un corps de cavalerie allemande et albanaise, sous les ordres de Lazare Zwendy. Elle était accompagnée de membres du conseil privé et de la chancellerie de Brabant, dont les fiscaux se mirent sur-lechamp à l'œuvre.
A la suite d'une laborieuse instruction, que l'empereur vint hâter par sa présence \ quatre malheureux furent décapités le 1" avril. Un pauvre insensé, appelé Adrien le fou, n'échappa au supplice que pour être « fouetté par quatre fois entre chacune des exécutions des quatre susdits, et banni à perpétuité. » On fouetta et l'on bannit également un faux témoin, qui eut, en outre, la langue percée et les oreilles coupées. Les inculpés fugitifs furent condamnés, par contumace, au bannissement perpétuel, sous peine de la hart. Pour contenir le peuple on avait, pendant ces exécutions, rangé autour de l'échafaud deux enseignes d'infanterie. Le privil^e arraché au magistrat fut annulé et cancellé en présence des membres de la commune ; la reine promulgua un édit défendant, sous peine de mort, « les assemblées indues, les forces, violences ou dérision à la justice. » Enfin, le gouvernement saisit cette occasion de modifier le régime politique de la ville ^ que Charles-Quint , « au plus tôt que faire se
' Lettre de Granvelle, du 4» mars 4556. Papiers d état, IV, 406. ' Règlement du 47 mai 4555, « pour la bonne garde et police d'Anvers. » Archives de l'Audience.
TROUBLES D'ANVERS. i8l
pourroit » avait résolu de réprimer par les canons d'une citadelle'.
Tout en sévissant avec cette rigueur contre l'émeute, le gouvernement s'efforça d'en dissimuler les véritables causes, en l'attribuant exclusivement à l'impopularité des magistrats, qu'il accusait de faiblesse, sinon de complicité ^. On donna même quelque satisfaction à l'opinion publique : un nommé Martiny fut poursuivi du chef de malversation, et si Jacques Macs reçut la promesse d'obtenir la première place de conseiller de Brabant vacante, ce fut « pour qu'il se déportât lui-même de sa charge de pensionnaire, afln de faire cesser la commotion que le commun peuple avoit à rencontre de lui, soit par pratiques de ses adversaires ou aultrement, afln d'éviter le danger de sa personne et le trouble de la ville ^. » D'autre part, Marie de Hongrie profita des circonstances en obligeant le magistrat d'Anvers d'emprunter 400,000 florins destinés à rembourser une partie des dettes de la commune; or celle-ci , malgré ses embarras financiers , venait de contracter un autre emprunt de 396,000 florins, afin de fournir 33,000 florins d^ rente au fils de l'empereur *.
• Lettre de GraDvelle, du 28 mars. Collection de doc. hisL, X, f« 77. — Ântw. Chron, — Guicciardin. — Le Petit.
■ Lettre de Granvelle, précitée. — Autre lettre du 18 mai 1555. Papiers d'état, IV, 425.
' Lettre de Granvelle, du 28 mars, précitée.
^ M. Kreglinger, liotice historique sur les impôts communaux de la ville d'Anvers,