IX
seigneur de Glajoa ^ et , tous ayant partagé ses vues , de Glajon fut chargé d'aller exposer à la reine les chances de succès que présentait l'entreprise. Dans le cas oii cette prin> cesse ne l'approuverait pas, il devait lui proposer un plan d'attaque sur la Champagne, qui aurait pour ba^e la prise de Stenay -.
Ces projets ayant été soumis au conseil d'état et aux chevaliers de la Toison d'or, « l'entreprise de Metz fut jugée de difficile exécution, à moins que Mansfeld n'y eût des intelligenees. Employer ses forces à assiéger cette ville, c'étoit, disait-on, découvrir les Pays-Bas, car les François, abandonnant leur marche sur le Rhin, pouvoient s'y porter en peu de jours, et l'armée, occupée à ce siège , s'en retireroit difficilement. » D'un autre côté, il importait de rester en mesure de repousser les attaques éventuelles des protestants, qui avaient beaucoup de troupes en Westphalie. Ces objections firent préférer le projet d'attaque sur Stenay ; encore la reine prescrivit-elle de n'y employer que le régiment de Van Rossem, quelques détachements des garnisons du Luxemboui^, auxquels elle ajouterait six enseignes wallonnes du r^iment d'Aerschot^, 3,000 chevaux et un petit parc d'artillerie tiré d'Yvoy et de Damvillers. Si l'on réussissait, on ferait ensuite « une grande rèze en France *, » tant « pour adommager l'ennemi que
' Lettre du 24 avril, précitée.
' Lettre de Mansfeld, du 27 avril, lettres des seigneurs^ IV, f» 382.
' Ce régiment n'était pas encore complété. « Monsieur de Mansfeld, j'envoye par deçà mon cousin le duc d'Arschot, couronnel de dix enseignes wallonnes, pour se joindre sous votre troupe, et comme les quatre desdites enseignes ne sont encoires du tout levées, et le suyvront le plus tôt que possible sera, il m'a semblé qu'il ne pourra que bien convenir, afin que son régiment soit d'aul tant
mieux renforcé » Lettre de Marie de Hongrie, du i^ mai 4552. Archives de
l'Audience, liasse 4444.
* Lettre de Marie de Hongrie, du 29 avril . Lettres des seigneurs, IV, f*» 398.
pour, par ce moyen, retirer, s'il étoit possible, la force du roi de la Germanie ^ » La régente prévint la duchesse douairière de Lorraine et le seigneur de Vaudemont qu'elle avait ordonné à Mansfeld d'occuper Stenay, comme fief du Luxembourg, et les engagea à le seconder de tout leur pouvoir^. Enfin, elle résolut de former près de Marche un nouveau camp comprenant le régiment d'Ëgmont, les bandes d'ordonnances de Beveren, vicomte de Gand, Trazegnies, Aix et Bailleul, réunies sous le commandement du prince d'Épinoy, et les bandes de d'Hoogstraeten commandées par son lieutenant, le seigneur de Manceau. Frédéric de Sombreffe fut nommé maréchal de Tost de ce corps d'armée, destiné à parer à toutes les éventualités*.
Mansfeld vit avec douleur rejeter son projet. Il venait d'écrire à la reine : « Il n'y a que 2,000 à 2,800 piétons à Metz; les bourgeois n'ont pas remis leurs armes, et il sera bien facile de les pousser à un soulèvement qui facilitera notre entreprise*. » Après avoir reçu l'ordre d'y renoncer, il lui manda encore : « Par les nouvelles avertissemens que j'ay de la ville de Metz, si les bourgeois veoient le moindre effort venir de nostre coustel, je tiens qu'ilz jecteroient la garnison françoise dehors ladite ville ^. » Mais on avait trop tardé ; l'attention des Français était déjà éveillée et ils se mirent promptement en garde contre toute tentative de surprise ou de soulèvement®; aussi la reine persista,-t-elle
' Lettre de la reine, du 48 juiUet. Reg. CoiL de doc. hist., IX, f» 8i ^^ ' Lettre du 29 avril. Lettres des seigneurs, IV, f» 392, ' Ordre du 4" mai. Archives de f Audience, Masse iii^.
* Lettre du 29 avril. Lettres des seigneurs, IV, f® 395.
* Lettre de Berlaymont, du 4" mai. Ibid., ^ 448.
ngCHE DE CtfARLES-QUlNT EN BELGIQUE.
, sa résolution et elle envoya de Berlaymoat au comte
Dour loi en expliquer « plus avant les motifs. » Alors Mans-
feld « bien que son dessein restât entièrement sur l'entreprise
de Metz, » se mit sur-le-champ en mesure d'exécuter avec
vigueur le plan de campagne adopté.
Dans un conseil de guerre, qu'il tint avec de Berghes, de Bugnicourt, de Berlaymont, Martin Van Rossem et le seigneur de Sassegnies, l'ancien commandant de Heynsbei^, il fut résolu de se porter sans retard sur Stenay. Quelques-uns de ces capitaines proposèrent de pousser ensuite jusqu'à Montfaucon et Vaucouleurs, pour revenir par Toul et Pont-à- Mousson sur Metz, c afin de voir si la fortune les vouldroit favoriser. » La majorité se rangea à cet avis; mais de Berlaymont objecta que cette marche les éloignerait trop de la Meuse, dont la reine voulait qu'on s'écartât le moins possible. Par suite de cette objection , il fut résolu de se borner à ravager le Réthelois et la Champagne \ On sut bientôt, du reste, que les Français avaient porté à 8,000 hommes la garnison de Metz, qu'ils avaient désarmé les habitants et que des travaux de fortifications s'exécutaient avec activité ^.
Le corps d'expédition qui devait être de 12,000 hommes^ tous des troupes nationales, s'organisa promptement, et Mansfeld ordonna d'emporter des vivres pour huit jours ^. De Bugnicourt fut nommé maréchal de l'ost *, et de Sassegnies, appelé au commandement de l'artillerie, alla choisir des pièces de campagne dans les arsenaux de Damvillers, d'Yvoy et de
' Lettres des comtes de" Berlaymont et de Mansfeld, du 2 mai. Lettres des seigneurs, IV, f«» 420 et 422,
' Lettres du 3 mai. Ibid., f^ 427 et 429.
^ Lettre de Mansfeld , du 2 mai, précitée.
'^ Lettre de Berlaymont, du 2 mai, précitée, et lettre de Marie de Hongrie, du3. /&td.,f»430.
COALITION DE HENRt II ET DES PRINCES PROTESTANTS. âOl
Montmédy^ Il importait d^agir avec célérité, car, suivant divers avis, les Français se disposaient à renforcer la garnison de Stenay. Or, s'il fallait en venir à un siège régulier, on devrait attendre les pièces de batterie que Mansfeld avait demandées à la reine, et Ton était exposé à échouer. Le comte eût voulu partir dans la nuit du 2 au 3 mai , mais il en fut empêché par les retards qu'éprouva la réunion des troupes ^. Ënfln, précédé la veille, par un corps de ÎJOO hommes chaîné d'occuper les passages et d'empêcher l'ennemi de recevoir des renforts', il partit de Virton, dans la soirée du 5, et parut te lendemain matin devant Stenay. Bien qu'il n'eût que trois canons et deux longues coulevrines^, il somma sur-le-champ le commandant « de lui ouvrir les portes, en vertu du droit de fief qui compétoit à l'empereur, en sa qualité de duc de Luxembourg. » Il ajouta que ce prince « n'entendoit aucunement préjudicier au droit du duc de Lorraine, mais vouloit empêcher le roi de France d'occuper cette place qui, tombée aux mains de l'ennemi , causeroit de graves dommages aux pays et sujets du Luxembourg. » Le capitaine représenta « qu'il a voit la ville en charge et garde, de par M. de Vaudemont, au nom du duc de Lorraine, et demanda un jour de délai pour recevoir ses ordres. » — « Regardez à ce que vous faites, lui répondit de Bugnicourt, car si vous n'apportez à l'instant vos clefs, vous serez châtié comme rebelle. » Cette menace produisit son efiPet : la place fut rendue, à la seule condition de permettre aux Français y résidant d'en sortir avec leurs biens ^. Le duc de Lorraine, otage tenu par la
' Lettre de Berlaymont, précitée.
* Lettres de Mansfeld, précitées et lettre du 5 mai. Lett. des seign., IV , f°445. ' Lett. du môme, du 5 mai, préc. — ^ Lett. du même, du 4 7 mai. Ibid., V, f« 4 4 . ^ Lettre du môme, du 6 mai. Ibid., IV, f« 455.
30^ KËGm DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
France, protesta eontre cette conquête ^ ; mais les conditions dans lesquelles se ât cet acte ne permettaient pas d*y avoir le moindre égard.
Mansfeld, prévenu que d'Ëgmont avec son régiment était en marche pour le rejoindre ^ se disposa, dès le lendemain, à passer la Meuse ^ L'éloignement de l'armée royale lui permettait de diviser ses forces, pour mieux étendre ses ravages, et une division, sous le marquis de Berghes, prit Montfaucon avec dix à douze châteaux voisins *, pendant que le comte occupait sans coup férir Busanzy et Beaumont ^, que d'Ëgmont emportait (13 mai) Grand Pré, sur ^Ayr^ que de Bugnicourt, avec une bande d'ordonnances, occupait Pontà-Mousson et s'emparait de ses vastes magasins ^ Cette rapide invasion jeta la terreur dans la Champagne : de tous côtés on vit les habitants fuir éperdus, abandonnant leurs biens au pillage et à l'incendie ; la panique gagna même les troupes : 5,000 Suisses, qui accouraient au secours de cette province, se retirèrent en désordre sur Châlons devant le marquis de Berghes *. La reine de France, restée à Reims, quitta précipitamment cette ville, et écrivit à Henri II de revenir en toute hâte défendre son royaume, « aultrement que tout se perdroit par le desgast que les Impériaux y fai-
' Du 7 mai. Lettres des seigneurs, IV, f» 470.
» Lettres de d'Ëgmont, des 4 et 6 mai. Ibid., f<" 440 et 468.
' Lettre de Mansfeld, du 7 mai. Ibid., f» 466.
* Lettre de de Berghes, du 43 mai. Ibid., f» 503. ^ Lettre de Mansfeld, du 42 mai. Ibid., f® 494.
* Lettre de Mansfeld, du 47 mai. Ibid,, V. f*> 44. — « Il passa Meuse, prit les villes de Stenay, Montfaucon, Grandpré et d'autres. » Hécit véritable, en bref, de ce que le prince et comte de Mansfeld a fait, etc.
7 Lettre du comte de Stroppiana, du 48 mai. 1. c, 246.
* Lettre de de Berghes, précitée.
soient \ » Eu effet, n'éprouvant aucune résistance, ils « travaillèrent fort le pays ^. » Ravageant les campagnes, brûlant, saccageant un grand nombre de villages et de châteaux, ils s'avancèrent jusque près d'Atligny, et menacèrent tour à tour Réthel, Chàteau-Porcien, Aubenton, Rozoy, Moncornet, Vervins ; Mansfeld se proposait d'aller détruire la Fère et de revenir par le Cambrésis', lorsque de graves nouvelles vinrent arrêter ses succès.
Sur les autres frontières la fortune n*était pas moins favorable aux armes impériales ; partout « la royne, avec l'assistance des seigneurs de par delà, encheminoit bien les affaires contre les ennemis, et de bons effets se faisoient journellement à rencontre d'iceulx ^. » De Rœulx avait vu, dans la concentration des principales forces de la France en Champagne, l'occasion d'exécuter ses projets sur Thërouanne et Hesdin ; mais Marie de Hongrie n'avait pu lui envoyer ni argent, ni troupes, toutes ses ressources ayant été absorbées par les corps d'armée des comtes d'Hoogstraeten et de Mansfeld. Il avait donc fallu se borner, pour le moment, à des courses dans le Boulonnais et la Picardie. Le 2 avril, les garnisons de
' « Notre armée entra audit France, laquelle, oultre plusieurs petits exploits de guerre, print quelques chatelets, qu'estoient maisons assez tenables si elles fussent esté deffendues, et fust bruslé par les nostres seulement ce qu'ils tenoient fort sans y avoir treuvé résistance quelconque. Et fust Testonnement que nostre dite armée fist si grand que la reine de France, laquelle pour lors estoit audit Rheins, se retira avecq sa cour plus avant en pays, et dois lors pressa ledit roi de retourner pour deffendre son pays, aultrement que tout se perdroit par le desgast que les nostres faisoient. » Lettre de Marie de Hongrie, du 48 juillet, précitée.
* Lettre de J. de Rye à Charles-Quint, du 3 juin. Correspondenz, III, 224 .-- Ibid., 243. — Féry de Guyon. — Rabutin.
^ Lettre de Mansfeld, précitée. — Rabutin.
* Lettre de Charles-Quint, du 30 mai. Correspondenz, III, 201.
Gravelines et de Saint-Omer emportèrent le château et Téglise fortifiée d' Allenbourg , d'où était partie mainte expédition fatale au plat pays; tous leurs défenseurs furent pris ou tués'. Peu de jours après, à la demande des capitaines anglais de Guines, « pour leur complaire et afin qu'ils ne demeurassent point oyseux, » de Rœulx leur envoya 200 à 300 piétons avec soixante gendarmes, et ces troupes, jointes à une petite division anglaise, firent irruption dans le Boulonnais. Elles en rapportaient un grand butin, lorsqu'elles rencontrèrent 400 chevaux français soutenus par un gros corps d'infanterie. Malgré la supériorité numérique de l'ennemi et quoique harassées par une longue marche, elles soutinrent l'attaque de pied ferme, et pendant deux à trois heures, l'action resta indécise. Enfin, le nombre l'emporta, non sans que la victoire coûtât cher aux Français, qui eurent beaucoup plus de morts que les Impériaux ; la perte de ceux-ci pourtant « ne fut pas petite, car il y avoit parmi les morts plusieurs gens de bien, mais nuls de nom. » On sut depuis que « l'afiaire avoit été trahie et vendue par un Ânglois qui ne pensoit avoir trahi que ceux de sa nation ^. »
A peine de Rœulx vit-il Henri II se diriger sur l'Alsace qu'il représenta à la régente l'opportunité d'exécuter des opérations plus importantes. Averti par ses espions que la garnison de Hesdin était réduite à environ 1 80 hommes, il résolut de tenter un coup de main. Il lui était facile de tirer 1 à 1 2 pièces d'artillerie des petites places voisines, et il pouvait disposer de six ou huit enseignes de piétons, qu'il
' Lettre de de Rœulx, du 3 avril. LeUres des seigneurs, IV, f» 478.
' Lettre du même, du 45 avril. Ibid., f» 300. — Les Anglais perdirent 60 piétons pris et À tués; les Impériaux 420 piétons pris et 6 tués, 3 ou 4 hommes d*armes pris et 4 tué. Autre lettre du môme, du 47 avril. Ibid., ^ 325.
comptait renforcer de 3,000 à 3,000 Flamands. Si la reine ajoutait à ces troupes huit ou dix enseignes et trois ou quatre bandes d'ordonnances, il se faisait fort, non-seulement d'emporter Hesdin, mais de s'emparer de Thérouanne, dont la garnison était affamée, et du château de Fresin, où il ny avait que 40 à 50 soldats. En pressant Marie de Hongrie de lui fournir ces renforts : « Peut-être, lui dit-il, que de cent ans, il n'y aura telle occasion de faire à Sa Majesté un plus grand service et bien à ceste frontière, que de ce coup-ci. » Le 21 mai, la garnison de Renty avait encore enlevé un convoi de vivres destiné à Thérouanne, et les soldats du comte se montraient animés des meilleures dispositions ^ Malheureusement une fatale timidité dominait alors les conseillers de Marie de Hongrie : ils trouvèrent l'entreprise « trop diflScile et trop dangereuse ^. » En apprenant cette triste décision, le vieux capitaine ne sut dissimuler son dépit : « Il y avoit apparence, écrivit-il à la reine, avec l'aide de Dieu et en y mettant de la diligence, que cette entreprise eût sorti son effet, et déjoué les efforts et les desseins de nos ennemis ; mais Votre Majesté sait mieux que moi ce qui se doit ^îre pour l'avancement des affaires '. »
Du côté du Hainaut il y eut quelques engagements assez vifs. Au retour d'une course, la garnison de Landrecy défit une grosse troupe de cavalerie et d'infanterie sortie de Guise, pour lui couper la retraite ^. La garnison de cette ville étant venue à son tour « butiner à Fontaine, les capitaines de Landrecy et de Forêt s'entendirent si bien qu'ils lui reprirent tout
' Lettre de de Rœulx, du 23 mai. Lettres des seigneurs, V, fo 87.
* Lettre de Marie de Hongrie, du 23 mai. Ibid., ^ 89.
^ Lettre de de RœuU, du 26 mai. Ibid., f« 422.
4 Lettre de Marie de Hongrie, du 48 juillet, précitée.
206 RÉGNE DE GHARLES-QUIMT EN BELGIQUE.
soD butin, lui tuèrent quelque monde, ramenèrent prisonniers 30 gendarmes et 38 piétons \ » Trois jours après, le seigneur de Ramez, capitaine du Quesnoy, forma un gros détachement de quatre enseignes wallonnes et de quelques piétons et gendarmes tirés de places voisines, « avec un demi-canon, une longue serpentine, une demi-serpentine et trois fauconneaux. Lequel exploita si bien, qu*il prit les forts de Mannewer, Brancours, Ginsi et Seloncourt. » Ce dernier château, « qui estoit une bonne place, )» fut emporté d'assaut, nonobstant la vigoureuse résistance de ses défenseurs, qui eurent 120 à 140 hommes tués. Les vainqueurs marchèrent ensuite sur Bohain, dont le château capitula à la première sommation, et ils revinrent par Beaurevoir et Hesdin en ravageant toute la contrée : « Voilà, écrivit de Ramez au comte de Lalaing, comme Ton besoigne, quand il n'y a nulz envieux ^. b Vers le même temps, les paysans de l'Artois défirent complètement un corps de cavalerie française ^.
Pendant cette guerre d'escarmouches, Marie de Hongrie avait poursuivi des négociations dont des opérations militaires plus énergiques eussent peut-être assuré le succès. La reine, qui avait repoussé l'idée d'occuper Trêves, accueillit mieux la proposition des comtes d'Hoogstraeten et d'Ârenbei^ de s'établir dans les pays de Cologne et de Clèves, afin d'empêcher l'ennemi d'y trouver des soldats et des vivres *. Elle envoya Gérard Van Veltwyck à l'archevêque de Cologne, pour lui représenter que la convention d'Augsbourg avait placé
' Rapport du 20 mai et lettre de Jean dTyes, seigneur de Ramez , capitaine du Quesnoy, à de Lalaing. Lettres des seigneurs, V, f** 35 et 68. ' !bid.f et lettre du 48 juillet, précitée.
' Lettre du comte de Stroppiana, du 4 juin. I. c, 221 . * Rapport du 30 avril. Slaatspapiere, 508.
les Pays-Bas sous la protection du Saint-Empire, et qu'aux termes « du commun landfride , si un des états de l'empire étoit envahi, les autres états et princes voisins étoient tenus de l'assister. » En conséquence et se fondant, du reste, sur la bonne amitié existant entre le pays de Cologne et ces provinces, la régente requérait ce prélat de s'opposer au passage de leurs ennemis et de se concerter avec elle pour leur commune défense : « Car tous les princes ecclésiastiques, disait-elle, sont menacés, comme le prouve l'invasion des états de l'électeur de Mayence. » L'archevêque devait s'attendre à être bientôt assailli à son tour, et elle lui offrit des troupes, à charge de réciprocité (avril 1552) \
Gérard Van Veltwyck trouva le prélat dans de bonnes dispositions; mais il fut impossible d obtenir de son conseil uoe décision définitive ^. Cet envoyé n'eut pas plus de succès près du duc de Clèves ni des autres états du Rhin, que Marie de Hongrie voulait rattacher aux Pays-Bas par une confédération ^, dans laquelle entrerait également l'évéque de Liège *. Tous avaient été travaillés par les agents de Maurice de Saxe, d'Albert de Brandebourg et de la France % et le rôle passif imposé aux capitaines des Pays-Bas n'était guère propre à contrecarrer ces menées. Marie de Hongrie espéra pourtant que son action directe aurait un meilleur résultat; elle résolut de se rendre à Aix-la-Chapelle et invita l'archevêque , ainsi que les magistrats de Cologne, le duc de Clèves et les autres princes voisins à s'y trouver, pour se concerter avec
' Staatspapiere, 498.
» Rapport du 30 avril, précité.
' Rapport précité.
^ Chapbauyillb, III, 368.
* Voir les rapports des comtes d'Hoogstraeten, d'Arenberg et de Martin Van Rossem. lettres des seigneurs, III.
elle sur leur commune défense ^ Elle quitta Bruxelles le 1 1 mai, après avoir de nouveau recommandé aux gouverneurs des provinces frontières de se borner à ravitailler leurs forteresses et à en ruiner le plus possible les alentours l Mais , en route , elle apprit que le duc de Clèves , déclinant son invitation, partait pour Worms^; et il ne lui fallut même pas attendre Touverture des conférences pour pressentir l'insuccès de sa démarche. La plupart des états du Rhin partageaient les hésitations de Guillaume de Clèves; rélecteur de Trêves était même soupçonné de négocier avec le roi de France. Les archevêques de Cologne et de Mayence, menacés eux-mêmes par la ligue protestante, se montrèrent seuls favorables au projet de confédération. Or, à peine la reine avait-elle exposé ses vues, qu'on apprit la marche de Henri II vers Cologne, et elle dut partir sur-le-champ pour Maestricht, où la suivirent l'archevêque et les députés colonais *.
Au premier avis de l'approche du roi, Marie de Hongrie envoya (14 mai) à Mansfeld l'ordre de revenir promptement pourvoir à la sûreté du Luxembourg ; toutefois, sur d'autres rapports annonçant que Henri II prenait la direction de Spire, elle venait d'expédier un contre-ordre (17 mai) *, quand elle apprit enfin, d'une manière positive (21 mai), que « le roi de France, se retirant d'Allemagne avec toute son armée, avoit couché, le 20, à Deux-Ponts, et prenoit son chemin contre
• Lettres du 10 et du 24 mai. Lettres des seigneurs, IV, f« 494 , et Correspondenz; ni, 200.
' Autre lettre du iO mai. Correspondenz, III, 491.
^ Lettres du 40 et du 24 mai, précitées.
4 Lettre de Marie de Hongrie, du 45 mai. Correspondenz, UI, 492. — Lettre du 48 juillet, précitée.
^ Lettre de Marie de Hongrie, du 24 mai. Lettres des seigneurs, V, f<> 65.
Luxembouî^, en grande diligence \ » — « Entendant de divers autres côtés qu'il en étoit ainsi, elle écrivit incontinent, par diverses voies , au comte qu'il eût à se retirer sans retard en son gouvernement et à munir toutes les villes du nombre de gens qu'il verroit convenir ^. » Elle résolut d'y envoyer la plupart des forces réunies dans le Limbourg^ d'Arenberg y accourut avec un régiment de dix enseignes de Bas Allemands commandé par George Van HoU, et de Lalaing avec sa bande d'ordonnances et quatre enseignes wallonnes. Il leur fut prescrit d'appeler aux armes toutes les milices luxembourgeoises ; de Lalaing devait se mettre à la tête de celles de la langue wallonne, tandis que d'Arenberg s'enfermerait dans Thionville, où il appellerait celles de la langue thioise^ Comme la reine craignait que Mansfeld ne persistât à poursuivre ses succès, le jour même où elle lui adressait l'ordre d'évacuer la Champagne, elle écrivit à de Glajon, qu'elle lui avait adjoint en qualité de commissaire : « Faut tenir la main que ledit comte, ni le conseil des seigneurs et capitaines ne faillent d'ensuivre mon commandement quant à la retraite, soit pour entreprise apparente, soit sur espoir de pouvoir plus gaigner en pays d'ennemis, car c'est chose qui ne se peut par nulle cause excuser jusqu'à ce qu'on voye ce que les François feront. » Au besoin, ce seigneur était autorisé à se servir de cette lettre et de ses instructions secrètes, pour obtenir obéissance ^.
Lorsque Mansfeld reçut les premiers ordres de la reine,
' Lettres des 24 mai et 48 juillet, précitées. — Féry de Guyon.
* Lettre du 48 juillet, précitée.
^ Lettre du 24 mai, précitée.
* Lettre de Marie de Hongrie, du 48 mai. Lettres des seigneurs, V, f«» 27. — Lettre du 48 juillet, précitée.
* Lettre du 24 mai. Lettres des seigneurs, V, f» 67.
ii se trouvait à Sillery, a continuant à prendre beaucoup de maisons de gentilshommes bien fortes \ » sans s'inquiéter de Tamiral d'Annebault, qui était accouru à Chàlons avec des forces assez considérables ^. Le comte n'attendait même que les renforts dont on lui avait annoncé l'envoi, pour pousser jusqu'à cette ville ou attaquer Reims ; puis, après avoir t pris nouvelle artillerie à Avesnes, il comptoit faire quelque autre bon exploit ^ » Mais des rapports directs l'ayant informé de la marche du roi sur le Luxembourg *, il expédia aux troupes destinées à le rejoindre, Tordre de se jeter dans les villes les plus menacées, Luxembourg, Thionville et Arlon \ et revint a avec une telle diligence que plus de vingt piétons et un grand nombre de chevaux périrent en route de soif et de fatigue ^. » Le 21 mai, il arriva à Marville ', où il apprit que Henri II n'était plus qu'à trois lieues de Trêves. Bien que les habitants « tinssent bonne mine, » il craignit que cette ville n'éprouvât le sort de Metz ®, et leur écrivit sur-le-champ qu'il ne les laisserait pas sans secours. En effet, il résolut de s'établir à Wasserbillig , où son armée, couverte par la Moselle et par la Sare, ayant Luxembourg pour point d'appui et une grande facilité de vivres et de fourrages, pouvait tout à la fois couvrir Trêves et le Luxembourg et se porter en peu de temps sur la Meuse ^. Déjà l'avant-garde, commandée par
• Lettre de Mansfeld, du 47 mai. Lettres des seigneurs, y, f® 44 . ' Rabutin.
^ Lettre du 4 7 mai, précitée.
• Lettres de Bernard de Schouwenbourg, du 47 mai, et de Mansfeld, du 48. Lettres des seigneurs , V, f»" 46 et 22.
' Lettre du 48 mai, précitée.
^ Lettre de de Glajon, du 23 mai. Ihid., f» 94 .
7 Lettre de Mansfeld, du 22 mai. Ibid ,i^l\.
• Ibid.
• Lettre de Mansfeld, du 24 mai. Ibid., f" 63.
de Bugnicourt, était en marche \ quand une dépêche de la reine enjoignit au comte de se tenir rigoureusement sur la défensive, de prendre 20 enseignes et 800 chevaux pour la défense du Luxembourg, et de faire retirer vers Marche le reste de l'armée, dont Martin Van Rossem, « comme étant le plus ancien capitaine, prendroit le commandement ^ »
Cet ordre, dont la régente exigeait l'exécution « sans retard ou excuse quelconque ', » contraria vivement Mansfeld. Il était arrivé à Arrancy, et, d'accord avec la plupart de ses capitaines , il voulait disputer énergiquement à l'ennemi le passage de la Moselle. Il leur communiqua la dépêche de Marie de Hongrie et, si pressante qu'elle fût, tous jugèrent que la reine était mal informée de la situation. Il fut décidé qu'il fallait sur-le-champ la détromper et lui exposer les motifs mihtants en faveur du plan de Mansfeld ^ Mais une funeste influence dominait les conseils de la régente; les députés de l'armée, le marquis de Berghes et Adrien de Blois, ne parvinrent pas à lui rendre la confiance, et s'exagérant les dangers ou peu rassurée sur la solidité de cette petite armée, elle objecta qu'il serait « plus honteux de se retirer en vue des ennemis que à temps ^. » Il lui parut aussi que la diffl-
' Lettre de Mansfeld, du 22 mai. Lettres des seigneurs, V, f« 8i .
" Lettre du 22 mai. Ibid., f» 78.
' Ibid,
^ Lettre de Mansfeld, du 2S mai. lbid.,(^ ^'IQ.
^ « Mémoire de ce que la roine a déclaré au marquis de Berges par forme de raisonnement, may i 552. Qu'il est plus honteux de se retirer en vue des ennemis que à temps. — Il y a grande difficulté de se retirer en bonne ordre et comme il convient, pour garder la réputation estant près des ennemis. — Et sur ce point, la contrainte que Tennemi peult faire de donner la bataille. — Les exemples sont vues fraîches à la prinse du duc de Saxe, combien que l'empereur avoit à passer l'Elbe en barbe de l'ennemi. — Et que semblablement le roi pourroit passer la Meuzelle, le passaige de laquelle n'est à beaucoup près
culte des vivres dans cette contrée, « qui estoit entièrement mangée, » ne permettait pas d'y concentrer beaucoup de troupes; Tordre de retraite vers Marche tendait tout à la fois à « éviter le hazard auquel Farmée pouvoit tomber eo approchant celle de France, et à lui faire avoir meilleure commodité de vivres \ » Enfin elle estimait que, dans cette position, on pouvait se porter plus rapidement vers la Meuse, pour déjouer les projets d'attaque prêtés aux princes protestants ^. Le 28 mai, de Berghes revint annoncer à Mansfeld que la reine maintenait sa résolution, et, dès le lendemain matin , les troupes mises sous les ordres de Martin Van Rossem prirent la route de Marche ^. Les vingt enseignes et les 800 chevaux réservés à la défense du Luxembourg allèrent renforcer les garnisons de Luxembourg, Thionville et Stenay *.
si difficile, en délaissaDt son bagaige et artillerie grosse, et approcher nos gens en diligence. L'exemple de contraindre à fuite ou honteuse retraite est notoire, du passaige que le connétable flst par les monts d'Italie, lequel il avoit faict d'avant que Ton eust les nouvelles que les François avoient commencé monter du coustel du Daupbiné, et par la vitesse ledit connestable chassa ung nombre des Espagnols et Wallons sous la charge de César de Napoli qui s'estoîent fortiffiez, de laquelle fuite suivit la honteuse retraite de tout le camp estant à Pignarole. — Que ledit connestable en ce cas il ne chercheroit plus belle occasion que de povoir après la retraite d'Allemagne faire un exploict dont le bruict pourroit incontinent estre divulgué par Allemagne mesme à cause du trouble et rumeur que nostre entrée en France a causé. — Ainsi l'exemple de l'empereur qui marcha de Chalai en demeurant 30 ou 36 heures à cheval ; aussi Prosper Colonne fut surprins. — Quant le roi vouldroit laisser noz gens en arrière leur couppant le chemin, le reste du pays se mettroit en évident hazard. — Si nos gens se debvoient retirer en haste, ils n'auroient loisir de retirer ce que est en Stenay. — Quand fauldra retirer en diligence, nos gens de cheval seront tant déballez que l'on s'en pourra mal servir de toute la saison. » Lettres des sei" gneurs, V, f» 489 (Minute originale). — Reg. Coll. de doc. hist., IX, f» 49.
' Lettre du 48 juillet, précitée.
=• Lettre de Marie de Hongrie, du 34 mai. Lettres des seigneurs, V, f» 483.
' Lettre de Mansfeld. Ibid., f» 452.
^ Lettres des seigneurs, V.
COALITION DE HENRI II ET DES PRINCES PROTESTANTS. 2i3
Marie de Hongrie avait envoyé de Lalaing à Stenay, qu'elle « jugeoit bien à propos de garder pour le pays de par deçà '. » C'était aussi l'opinion du comte de Mansfeld, qui y avait laissé François de Grandchamp avec trois enseignes de Bas Allemands, l'enseigne namuroise de Ramelot, les bandes d'ordonnances de Berlaymont et de Blétanges^ et qui avait appelé l'ingéniaire Donatien de Bonny, pour en augmenter les fortifications ^. Mais le temps manquait , et , dans Fétat où se trouvaient les travaux, ils étaient plus préjudiciables à la défense qu'à l'attaque * ; on estimait qu'il y faudrait au moins 3,000 hommes pour soutenir un siège ^ ; et , comme la place n'était pas avitaillée, y mettre une forte garnison, c'était la livrer à la famine ®. Aussi de Bugnicourt traitait-il de folie l'idée de s'enfermer dans une place « despourvue de la sorte d'artillerie, de fortifications et de vivres \ p De Lalaing n'hésita cependant pas et fut si déterminé à la défendre, qu'il s'indigna d'entendre François de Grandchamp, atteint d'une grave maladie, demander à en sortir : « Quand il me fauldroit estre malade, lui répondit-il, j'aymerois autant que ce fust icy que ailleurs, car on est à ung costé aussi près du paradis que à ung aultre ®. » Son arrivée imprima une grande activité aux travaux de défense ; mais, au moment où il venait
' Lettre du 48 juillet, précitée.
' Lettre de Mansfeld, du 47 mai, précitée, et lettre de de Lalaing, du 23 mai. Lettres des seigneurs, V, f®« 14 et 93.
^ Lettre du 47 mai, précitée.
* Lettre de de Lalaing, du 28 mai. Lettres des seigneurs, V, f» 155. — Lettre de Mansfeld, du 22 mai. Ibid., f« 71 .
« Lettres de Mansfeld, des 25 et 27 mai. Ibid., f»« 1 1 7 et 4 35.
^ Lettre de Mansfeld, du 27 mai, précitée, et lettre du même, du 22. Ibid. , f74.
7 Lettre de ce seigneur à de Lalaing, du 22 mai. Ibid., f<> 70.
^ Lettre de de Lalaing, du 26 mai. Ibid., f« 121 .
de battre rennemi qui parcourait les environs \ Marie de Hongrie le remplaça par le seigneur de Glajon ^. Le courage du comte se révolta d'être enlevé à ce poste périlleux ^, et de Glajon , de son côté, refusa de l'accepter, en offrant toutefois de servir de second à ce brave commandant *. Sur ces entrefaites, dans un conseil de guerre tenu par Mansfeld et ses principaux capitaines (27 mai), l'opinion du seigneur de Bugnicourt prévalut ; le comte, en engageant Marie de Hongrie à restituer cette place à la Lorraine, la prévint même que si l'ennemi se portait de ce côté, il n'attendrait pas sa décision pour en retirer la garnison ^. Quel que fût le désir de la reine de conserver celte importante position, il fallut se rendre à l'évidence, et elle ordonna de la remettre aux mains
des officiers du duc de Lorraine ^.
» Lettre de de Lalaing, du 26 mai, précitée.
' Commission du 22 mai. Lettres des seigneurs y V, f® 68.
' « J'en ay esté, madame, bien esbahy, écrit-il à Ja reine (26 mai), et ne sais que penser. Je me garderai bien d'en donner à connoltre un seul mot aux gens de bien qui sont ici journellement près de moi, pour non leur donner quelque difficulté allencontre du bon vouloir que j'ai trouvé en eux. Si Votre Majesté diminue quelque chose du contentement que je voyois qu'elle avoit de ma venue en ce lieu, me semble que ce n'est avec occasion, car si peu que j'y ai fait a esté avec espoir de continuer en plus grande chose, non que j'aie eu aucun pensement garder cette ville sans estre pourvue de gens et de vivres comme il appartient, mais il me semble que Votre Majesté n'y vouldroit laisser un tel personnaige que monsieur de Glajon, sans lui donner l'espoir estre furni de ce que dessus et comme seroit requis. Madame, je continuerai tant que j'aye commandement au contraire. Je vois à ceste heure ce que beaucoup de gens de bien disent souvent qu'il y faut bien penser avant se vouloir enfermer. » Ibid., f« 432.
5 Lettre du 27 mai. Ibid., fM35.
« Minutes de ses lettres à de Glajon et à de Mansfeld, du 28 mai. Ibid., H 457 et f68. — « Ayant consulté avecq les cincq principaulx capitaines de nostre dite armée sur la deffense dudit Sthenay, il (le comte de Mansfeld] m'escripvist qu'elle n'estoit pourvue de vivres en tel nombre qu*il falloit pour la sub-
Cependant les coureurs de l'armée royale avaient déjà pénétré dans le Luxembourg. Le 28 mai, 1,500 chevaulégers passèrent la Moselle \ et funent bientôt rejoints par quelques enseignes de piétons et par de l'artillerie. Ils brûlèrent plusieurs villages ^ et investirent, le lendemain, Rodemacheren. Cette petite ville appartenait aux marquis de Bade , qui avaient toujours refusé d'y recevoir garnison ^. Assise au versant d'une colline, entre Thionville et Trêves, elle avait un château que défendaient, d'un côté, un lai^e étang, de l'autre, d'assez bonnes fortifications *. Aussi, à l'approche de l'ennemi, les paysans des environs y avaient-ils transporté leurs blés avec leurs objets les plus précieux ^. « Grand nombre de gentilshommes, damoiselles et autres voisins de réputation s'y estoient également retirés, estimans que d'abord Thionville seroit assiégée, contre laquelle le roi emploieroit toutes ses forces, plus tost que de s'arrêter à ce petit chasteau, et s'il advenoit que Thionville fust emportée ou rendue, qu'ils
stantation du grand nombre de gens de guerre qu'il fauldroit pour la garde d'icelle, et qu'il n'y avoit moyen d'en y pouvoir mettre si soubdainement ni avant que l'armée de France arrivât, laquelle prenoit son chemin avec grande dilligence, oultre ce que ladite place n'estoit encore souffisamment fortiffiée, ni en tel estât de pouvoir soubstenir contre l'armée et forces dudit roy. Partant leur advis estoit que l'on deust abandonner ladite place. Sur quoi ladite place fust abandonnée par les nostres et délaissée au duc de Lorraine, laquelle fusl esté bien à propos pour le pays de par deçà si l'on Teust peu garder, et par le contraire elle ne pourra beaucop servir audit roy de France, vehu qu'il a icelle auprès aultres forU desquels il sepeult trop mieulx aider. » Lettre du 48 juillet, précitée.
' Lettre du conseil de Luxembourg, du 25 mai. Lettre» deê seigneurs, V,
f" un,
' Lettre de Mansfeld , du 27 mai. Ibid. , f* U4. — Sleidanus, 1 . c . , 406 "^ . ' Lettre du 48 juillet, précitée.
4 Enquête ouverte par le conseil de Luxembourg, et rapport du 40 juin. Lettres des seigneurs, V, (• 2d6. — Rabutin.
^ Rapport du 40 juin, précité.
seroient reçus à composition honneste. » Cette attente fut trompée. Les généraux de Henri II considérèrent que le siège de Thion ville, « forte rt inexpugnable place, » affaiblirait trop l'armée et qu'il importait de procurer promptement des vivres aux troupes « harassées et encore ennuyées de leur long voyage. » Ils proposèrent donc l'attaque de Rodemacheren, et il fut décidé que si la place résistait, « on donneroit le sac aux soldats, afin de les encourager davantage à faire leur debvoirV » La garnison sommée de se rendre ayant répondu qu'elle « n'estoit pas encore preste à ce faire, » les Français mirent aussitôt en batterie dix-huit canons ', dont les ravages furent si terribles, qu'après trois heures de canonnade, la ville se rendit à composition ^. Au milieu du désordre occasionné par ses nombreux hôtes fuyant éperdus vers le château , les Français en surprirent une poterne , et , « dans leur chaude colère et première furie, taillèrent tout en pièces. C'estoit piteuse chose d'entendre les clameurs et espouvantables cris des misérables captifs, tant hommes que femmes, et ouyr les froissemens et chamaillis des portes, fenestres et coffres que les soldats desrompoient ; l'on eust dit estre en la forge de Vulcan. » Le massacre ne cessa qu'à l'intervention du Rhingrave, commandant les lansquenets au service de France, et parent de la châtelaine de Rodemacheren *. Pendant que l'avant-garde française, forte de 35 enseignes,
' Rabutin.
' Lettre du 18 juillet, et rapport du iO juin, précités. — « Vostre Majesté sera advertye comment la maison de Rodemacher est prinse ayant les ennemis seulement canonné deux ou trois heures. Je ne sais encore à la vérité comment ladite place s'est rendue si malheureusement. » Lettre de Mansfeld, du i9 mai. Lettres des seigneurs, V, f» 464.
^ Lettre de Ph. de Hamal, du 27 mai. Ibid,, f« 144.
^ Rabutin.
établissait entre Thion ville et Rodemacheren des ponts pour le passage de la grosse artillerie S l'armée, qui avait traversé la Lorraine et le duché de Deux -Ponts, divisée en deux corps, se reformait près de Walferdange. Le doute n'était plus possible sur les projets de Henri II, qui annonça bientôt, du reste, ouvertement l'intention de poursuivre les anciens desseins de son père. « Il avoit été délibéré par le conseil, astre très-nécessaire et utile pour le bien public et de toute la France, de saisir et joindre à la couronne le duché de Luxembourg, comme succession et propriété escheue à la maison de Vendosme, dès la mort du connestable de Sainct- Pol, qui en estoit vray possesseur et seigneur, portant le nom et les armes, combien que Charles de Bourgogne, injustement depuis l'eust usurpée, pour estre un vray réceptacle et refuge de larrons, et toute nacion séditieuse, propre à susciter tous maux. Et fut remonstré au roy qu'il feroit chose agréable à Dieu, proufltable aux hommes, mesmement à ses pauvres subjectz, de suppéditer et dompter ceste gent et resduire à son propre ceste contrée, pour luy servir de boulevard et . frontière ^. » Cette dernière considération seule était réelle ; pour justifier ce désir de conquête, il était inutile d'invoquer la succession du connétable de Saint-Pol, qui n'avait possédé d'ailleurs qu'une faible partie du Luxembourg.
Marie de Hongrie ne s'émut guère de ces prétentions ^ ; elle se croyait en mesure d'arrêter l'ennemi, ayant « pourvu les places compétamment, y ayant mis des chiefs principaulx et de maison, qui avoient bonne réputation, avec gentilsr hommes et hommes d'apparence, tellement qu'elle se trouva
• Lettre de de Glajon, du 27 mai. Lettres des seigneurs, V, ^ 1 46.
' Râbutin.
^ Lettre du 24 mai. Correspondenz, III, 200.
218 RËGffE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
courte pour la défense des autres provinces de ceux qui estoient èsdites villes \ » Mansfeld s'enferma dans Luxembourg ^, et envoya ses arquebusiers, sous le seigneur de Trélon, surveiller les mouvements de l'ennemi, à qui ils enlevèrent, près de Rodemacheren, une vingtaine de prisonniers De Bugnicourt courut à Tbionville avec sa bande d'ordon nances ^ et rencontrant un millier de chevau-iégers français qui venaient de franchir la Moselle, il leur passa sur le corps leur tua environ 200 hommes, leur fit une centaine de pri sonniers*. Dès qu'il fut entré à Tbionville, secondé par le colonel Bernard de Schouwenbourg et par George de La Roche^ il prit des mesures énergiques pour la défense de ia place, qui semblait fort menacée ^ et où l'ennemi avait des intelligences *. Ramelot et ses Namurois, revenus de Stenay, renforcèrent la garnison de Virton, où se trouvaient Pierre de Sapoigne et Claude de Belle-Fontaine, avec deux enseignes de piétons et une compagnie de carabins luxemboui^eois. Gilles de Sapoigne et le capitaine Caron s'établirent à Arlon *, jugée par Mansfeld si peu tenable, qu'il en avait retiré la grosse artillerie et n'y avait laissé qu'une enseigne wallonne du régiment d'Aerschot, avec ordre d'évacuer la ville, si elle était sérieusement attaquée '® ; Jean Van Rossem fut placé à Echter-
* Lettre de Marie de Hongrie, du 4 juillet. Correspondent, III, 343.
* Lettre de Mansfeld, du 25 mai. Lettres des seigneurs, V, f® 4<7.
' Lettres de Mansfeld et de de Glajon, du 27 mai. /Wd., (*• 444 et 446. 4 Lettre de Mansfeld, du 25 mai, précitée.
* Lettre de de Bugnicourt, du 26 mai. Lettres des seigneurs, V, f» 433. - Lettre de Charles-Quint, du 42 juin. Correspondent, III, 259.
^ Compte de Herman Breissgin (n* 2638), f" xvij.
7 Lettre de de Bugnicourt, du 26 mai, précitée.
^ Lettre de d*Egmont, du 47 juin. Lettres des seigneurs, V, f« 349.
9 Comptes de H. Breissgin n« 2637, (• xvij ▼" et n» 2638 , f»« xvij et xvij ^.
'« Lettre de Mansfeld, du 27 mai. Lettres des seigneurs, V, f* 433.
COALITION DE HENRI H ET DES PRINCES PROTESTANTS. 2t9
nach * ; le seigneur de Marcy, à Damvillers ^ ; le seigneur de Sainte-Marie, avec le capitaine Gérard, à Montmédy \ et le seigneur dTsendoren à Yvoy, où il amena les deux enseignes de Bas Allemands qu'il avait à Stenay, ainsi que la bande d'ordonnances du marquis de Renty ^. La reine leur recommanda à tous de « tenir ferme pour faire amuser Tennemi et lui faire perdre la saison, pour donner à Tempereur mieulx temps à se fortifier; si les François ne vouloient s'amuser à assiéger place, elle avoit nombre suffisant de troupes, soit pour leur couper les vivres, soit pour en former masse, afin de livrer bataille. » Mais, si elle pouvait « faire les provisions nécessaires, elle ne sçavoit donner le cueur aux gens, ni leur faire garder fidélité*. » Il faut ajouter aussi que l'incurie de l'administration et la pénurie du trésor contribuèrent pour beaucoup aux désastres qu'elle rejeta exclusivement sur la lâcheté ou la trahison. Depuis longtemps, en effet, Mansfeld lui avait représenté qu'avec 800 chevaux il était impossible d'assurer la marche des convois dans une province d'aussi vaste étendue, et lui avait prédit que « tout failliroit par le manque de vivres et par le manque d'artillerie ®. »
On devait, à la vérité, pourvoir également à la défense des autres provinces. La régente avait renforcé les garnisons des « principales villes sur les frontières du Hainaut, où il y avoit encore une trentaine d'enseignes et neuf cens chevaulx, et il lui restoit trente- deux enseignes, avec environ cinq mille che-
' Compte de H. Breissgin (n* 2638), (• xvij. — » Rabutin.
* Ibid.y et compte précité, f» xvj v«.
* Guillaume de Croy, marquis de Reuiy , frère cadet du duc d'Aerschol. — Lettre de Mansfeld, du 27 mai, précitée, et lettre de de Lalaing, du 28. Lellres des seigneurs, V, f» 453.
' Lettre de Marie de Hongrie, du 4 juillet, précitée.
* Lettre de Mansfeld, du 24 mai. Lettres des seigneurs, V, f» 408.
vaulx, pour garder Brabant et Liège, sans ce qui estoil en Artois, dont, de ce coustel, elle s'en pouvoit mal servir si l'ennemi y vouloit entrer. » Les troupes réunies dans le Brabant formaient une réserve prête à se porter, suivant les circonstances, sur le Hainaut, le Luxembourg ou la principauté de Liège, « desquels de Liège la reine n'estoit pas trop asseurée ; Tèvéque craignoit même qu'ils ne voulussent pas laisser entrer les gens de guerre de l'empereur '. » En effet, les Liégeois refusèrent le concours des troupes impériales pour la défense de leur pays ; prétendant faire respecter euxmêmes leur neutralité, les états appdèrent les milices aux armes et fortifièrent à la hâte leurs places frontières ^
Marie de Hongrie était encore à Maestricht, quand elle apprit l'entrée des Français dans le Luxembourg. Revenant sur-le-champ à Bruxelles, elle écrivit à Charles-Quint pour le presser de requérir le corps germanique de secourir les Pays- Bas, en vertu des recez et des ordonnances du Saint-Empire. « Ces pays , lui dit-elle , ont d'autant plus de droits à ce secours que, depuis le traité de confédération, ils ont payé au delà de 60,000 carolus pour les aides de l'empire, et que c'est la diversion effectuée par leur armée, qui a obligé les François d'évacuer l'Allemagne*. » Elle réclama également, mais sans espoir de réussite, le secours de l'Angleterre, « qui, par les traités, étoit tenue, en cas d'invasion, de donner aide et assistance à ces pays d'embas et de se déclarer ennemie de l'invaseur *. » Dans l'espoir de détourner l'attaque par une diversion sur le territoire ennemi, elle se rendit ensuite à
' Lettre du 4 juillet, précitée.
> Dewez, Histoire de Liège, Il , H8.
^ Lettre du 24 mai. Correspondenz, III, 200.
4 Lettre du 48 juillet, précitée.
Fontaine-rÉvêque ; mais de Rœulx ne pouvait être retiré de rArtois; tous les autres capitaines étaient dans le Luxembourg ou sur les frontières d'Allemagne, et elle ne trouva « pas ung seul homme de conduite pour mener si peu de gens de guerre qu'elle avoit, alors que estoient la plupart des seigneurs si ambitieux d'avoir charge, qu'elle ne sçavoit à quel coustel se tourner. » Louis de Praet, en qui elle mettait une grande confiance, était « maladieux et incapable de monter à cheval, et, à son défaut, elle fit général de Boussu, en priant de Praet de s'efforcer de se trouver au camp, pour assister ce seigneur de ses conseils \ »
De Boussu, qui, en mainte circonstance, avait fait preuve de bravoure, manquait malheureusement d'esprit d'initiative; dès le principe une déplorable hésitation se manifesta dans ses plans et ses opérations. A la nouvelle de la marche d'Albert de Brandebourg sur le Rhin, il abandonna les projets de Marie de Hongrie, les seuls qui témoignassent d'une véritable entente de la situation, et concentra ses forces contre ce nouvel ennemi, bien éloigné encore, au lieu de courir à celui qui avait envahi le pays. Laissant aux garnisons du Luxembourg le soin de se défendre, il s*établit avec son corps d'armée dans les environs de Maestricht, et il fallut bientôt que Marie de Hongrie s'y rendît en personne pour rétablir l'union entre les chefs, leur communiquer son activité, les inspirer de son génie ^.
L'armée royale, présentant une masse de 40,000 fantassins et de 10,000 chevaux', avait franchi la Sarre et la Moselle; le
' Lettre du 4 juillet. Correspondenz, III, 343.
' Lettre du 49 juin, précitée.
^ Lettre du comte de Stroppiana, du 8 juin. L c, 222. « A l'exception des soldats gascons et suisses, dit cette lettre, ce n'est qu'un ramassis de vauriens et de canaille. »