‹ Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique (volume 3)Chapitre 14 sur 22 · IX · texte numérisé non relu

IX

270 RËGN£ DE GHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

feld et d'autres personnages de son parti \ » On s'aitendait à les voir se jeter sur le Luxembourg^, où la résistance n'était pas préparée. De Boussu, renforcé par les régiments du prince d'Orange et du marquis de Bei^hes, et par 700 chevaux frisons levés par d'Arenberg \ était allé (25 août) se poster à Asseihuys, près d'Aix-la-Chapelle*, position bien choisie, si Trêves avait tenu, et d'où il protégeait ou contenait Cologne ^ mais qui était trop éloignée dans la circonstance présente. En effet, suivant divers rapports, confirmés par les apparences, le marquis de Brandebourg manœuvrait pour opérer sa jonction avec « l'armée de France et pour tirer droit vers le Brabant, où ils se vantoient déjà de faire une brandschat digne de mémoire®. » Aussi Marie de Hongrie, sans tenir compte des instances de l'archevêque de Cologne ^, ordonna-t-elle à de Boussu de prendre position à Visé et de se tenir prêta voler au secours des provinces menacées*.

Ces dangers, déjà si grands, n'étaient pas les seuls. Les troupes de la ligue des villes maritimes étaient en marche,

' Lettre de Charles-Quint à Philippe, du 25 décemi)re 4552. Archives de Simancas. Annexe au Journal du siège de Metz, précité.

" Lettre de Marie de Hongrie, du 4*"' septembre. Lettres des seigneurs, VI, f® 482. — Lettre du seigneur de Boussu, du 4. Ibid., l'« 507. — « Ou toutes les advertences que j'ay sont faulses ou lesdits euneinys ne fauldront dedans peu de jours faire quelque emprinse sur Tune des villes de ce pays de Luxem-r bourg. » Lettre de d'Egmont, du 30 août. Ibid.y ^ 456.

^ Lettres de de Boussu et d'Arepberg, des 23 et 30 août, ibid., f*>» 369 et 386.

4 Lettre de de Boussu. Ibid., f* 386.

' Lettre de de Boussu, du 'l'^' septembre. Ibid., f<» 482.

^ « A déclaré que ledit marquis attendoit l'armée de France et estans joincts ensemble, qu'ilz doibvent tirer droit vers Brabant, etqu'llz y feront ung brant-^ schat digne de mémoire. » ibid.

7 Lettre de Marie de Hongrie, du 5 septembre. Correapondenz, 111, 485.

* Lettres du l*»" septembre. Lettres des seigneurs, VI, f"»480 et48|.

menaçant la Frise et la Gueldre^ les provinces du midi étaient déjà assaillies. Jusqu'alors sur les frontières du Hainaut et de FArtois, Finitiative des hostilités avait été prise par les Impériaux; les Français, au contraire « estoient fort gracieux et ne donnoient nulle alarme \ » La bande d'ordonnances de Lalaing et une cornette de cavalerie de la garnison du Quesnoy avaient couru jusqu'au delà de Saint- Quentin, ne rencontrant que de faibles détachements qui prirent la fuite à leur approche ^. L'infatigable de Rœulx n'avait cessé d'inquiéter la Picardie et le Boulonnais, où ses lieutenants portèrent fréquemment le pillage et Fincendie. Le 28 juillet, Jean de Moerbeke, à la tête d'une petite division formée de trois bandes d'ordonnances, de deux enseignes de Bas Allemands et de six enseignes de Flamands, de nouvelle levée, s'avança jusque sous les murs de Thérouanne, repoussa deux sorties de la garnison et ravagea les environs de la place, de huit heures du matin à trois heures de relevée. Au retour, les Impériaux, fatigués et chargés de butin, rencontrèrent une troupe d'environ 400 chevaux français. Les gendarmes la chargèrent aussitôt, Fen foncèrent au premier choc, et lui tuèrent 30 à 40 hommes. Ils la poursuivaient la lance dans les reins, en s'éparpillant pour faire plus de prisonniers, quand ils furent inopinément assaiUis par une forte colonne de cavalerie appuyée de cinq enseignes de piétons. Ils fondirent derechef sur ces nouveaux ennemis; mais, débandés comme ils Fêtaient, ils furent ramenés sur leur infanterie. Les Impériaux, inférieurs en cavalerie, avaient trois enseignes d'infanterie de plus que Fennemi, et malgré la fatigue des che-

' Lettre de Marie de HoDgrie, du 20 septembre. Correspondenz, III, 494. ' Lettre de de Lalaing, du 4 août. Lettres des seigneurs, VI, f» 442. ' Lettre du même, du 3 août. Ibid., f» 134.

vaux , ils auraient pu rétablir le combat, « s'il n'y avoit eu grande faulte de conduite entre les capitaines et grande couardise et méchanceté entre les piétons. » A la vue des gendarmes battant en retraite, et de l'infanterie courant se ranger sur une colline, les valets et les vivandiers s'enfuirent épouvantés. Leurs clameurs semèrent la panique parmi les piétons, et bientôt ce fut un sauve qui peut général. Une enseigne de Flamands, commandée par le capitaine Binot, soutint seule l'honneur du drapeau ; son héroïque résistance arrêta les vainqueurs jusqu'à ce que, écrasée par le nombre, elle fût en partie détruite \

Cette défaite, « advenue par mauvais ordre, par mauvaise conduite et par défaut d'ensemble ^ » coûta aux Impériaux un millier de piétons tués ou pris et quelques hommes d'armes'*. De Rœulx, tout en disant « qu'il n'y avoit d'autre remède que de regarder de soy en venger*, » en prévit les suites et s'empressa de renforcer ses garnisons^. En effet, dans la nuit du 4 août, la garnison de Thérouanne tenta de surprendre Renty, et se porta ensuite sur Contes ; mais il lui fallut également reculer devant la courageuse attitude de sa garnison , à qui le comte envoya sur-le-champ des renforts, « puisqu'elle avoit cœur de bien tenir. » Cette expédition avait été concertée sans doute avec une division de 18 enseignes françaises et de 9 enseignes de lansquenets, qui se concentra, le même jour, à Auxy-le-Château, et vint, dans la

' Lettre de de Rœulx, du 3i juillet. Lettres des seigneurs, VI, f« 93. ' Lettre du même, du 29 juillet. Ibid., £<» 77.

* Rapport du seigneur de Moerbeke, du 28 juillet. Ibid,, f*» 63. — Autres rapports des 29, 30 et 31 juillet. Ibid., î<» 76, 89, 90, 95, 97. — Lettres du comte de Rœulx, des 29 et 3i juillet, précitées.

* Lettre du 29 juillet, précitée.

5 Lettre du 30 juillet. Lettres des seigneurs, VI, f® 83.

COALITION DE HENRI lî ET DES PRINCES PROTESTANTS. 273

nuit suivante, établir secrètement un pont sur la Lacquette, petite rivière près de Contes. Aperçue le matin par les Impériaux, elle se retira en toute hâte, « non pas si tost pourtant qu'il n'y eust un soldat de pris ; comme il avoit une croix rouge à son chapeau et du ruban rouge à sa manche, quoiqu'il fût de la nation Françoise, de Rœulx le fit pendre incontinent ^ »

A ces courses succédèrent des expéditions plus sérieuses ; à peine Albert de Brandebourg parut-il sur les bords du Rhin, que les Français s'apprêtèrent à frapper de grands coups. Aux gros détachements cantonnés à Amiens et à Abbeville, se joignirent des corps tirés des places voisines, et Vendôme se trouva, en peu de jours, à la tête de 14,000 fantassins, de 2,000 à 3,000 chevaux. Il avait 22 canons, et la province devait lui fournir 6,000 pionniers avec 5,000 chevaux de trait. L'intention d'assiéger quelque place de l'Artois semblait doutant moins douteuse, que dans plusieurs le duc entretenait des intelligences ^. Mais ce fut sur un autre point que commença l'attaque. Le 10 août, le seigneur de Villebon, venant du Boulonnais, investit brusquement les châteaux de Tournehem et de la Monthoire. De Rœulx, jugeant ces forts peu susceptibles de défense, n'y avait laissé des garnisons que sur leurs promesses de combattre jusqu'à la dernière extrémité. Ces promesses, réitérées le matin même de l'apparition de l'ennemi, furent fort mal tenues *. Après une faible résistance, les soldats obligèrent leurs capitaines à capituler (12 août) *, alors que, « s'ils avoient tenu un jour de plus, ce

' Lettre du 5 août. Lettres des seigneurs, VI, f® 455. ' Lettre d'un inconnu à M. de Bussy. Reg. Coll. de doc. hist., IV, f« 93. ' Lettre de de Rœulx, du 1S août. Lettres des seigneurs, VI, f" 258. * Lettre du 15 août, précitée.

seul jour eût donné aux Impériaux la vie, et aux ennemis la mort '. » La perte de ces châteaux, peu importants au point de vue des opérations militaires*, était funeste quant à ses conséquences : « Et me déplaist plus, écrivait de Rœulx à Marie de Hongrie, de la force que les coquins et meschans ont fait aux capitaines, d'eulx rendre que de la rendition, car ils en vouldroient faire une coustume, et peult estre que aucuns capiteynes, pour l'advenir, quand ils se vouldront rendre, se feront forcer par leurs gens pour le faire tant mieulx à leur honneur^. » Aussi infligea-t-il aux lâches un châtiment exemplaire ^

Au premier avis des préparatifs de Vendôme, la reine avait ordonné à Martin Van Rossem de conduire son régiment dans l'Artois, et « lâché la bride » à de Rœulx, en rautorisant à réclamer, au besoin, le concours du comte de Lalaing*. Sans attendre ces renforts, ni en tirer du Hainaut, de Rœulx se mit à la tête des troupes qu'il avait sous la main, et courut à Tennemi. Le jour même de la reddition de Tournehem et de la Monthoire , il le rencontra à Andryck , se dirigeant vers Renty ou Contes ^. A son approche, de Villebon rappela en toute hâte les détachements battant la campagne, et il y eut une escarmouche assez vive; mais « le camp des François étant bien fort et celui des Impériaux aussi, se mit de Teau au vin des deux côtés, de sorte qu'après avoir longtemps regardé l'un l'autre, ils allèrent se loger ceux-là en leur camp, ceux-ei sous le canon de Gravelines. » Une heure après, à la lueur de

' Lettre de de Rœulx, du i2 août. Lettres des seigneurs, VI, f» 242. ' Autre lettre du môme, du 42 août. Ibid., f« 210. ' Lettre du 15 août, précitée.

* Lettre du 13 août, précitée.

* Lettre du 12 août, précitée, /« 210.

^ Ibid.

l'incendie d'Andryck, où il ne resta pas une maison debout, les Français délogèrent, « abandonnant beaucoup de leurs munitions et armes ^ » Leur retraite fut une véritable fuite ^ : car, le même jour, ils allèrent camper à sept lieues d'Andryck, « en un lieu nommé Trois-Marcques. » Les châteaux de Tournehem et de la Monthoire furent évacués si précipitamment par leurs nouvelles garnisons, qu'elles ne se donnèrent pas le temps d'en détruire les fortifications ^.

De Viilebon avait projeté, paraît-il, de passer en Flandre ; il comptait surprendre Dunkerque, brûler toute la contrée voisine, et se joindre ensuite à Vendôme, pour assiéger Renty ou ravitailler Thérouanne *. La rapidité des manœuvres de de Rœulx le déconcerta, et dès que le comte vit l'ennemi en retraite, il résolut de « brûler à son tour. » Le régiment de Van Rossem était arrivé, et les garnisons de Renty et de Contes, menacées par Vendôme, « sembloient bien disposées à tenir ce qu'elles avoient promis ^. » Aussi, sans se préoccuper de ces menaces, le vaillant capitaine entra, le 13, dans le Boulonnais, et le ravagea « le plus qu'il put, » en ayant soin pourtant de ne pas trop s'éloigner de Thérouanne, qu'il voulait resserrer, ni d'Arras, que Henri II lui-même, disait-on, se proposait d'assiéger ^. Il était d'avis « qu'il falloit en venir à

* Lettre de de Rœulx, du 43 août. Lettres des seigneurs, VI, f» 227.

' « Tant y a, madame, que je vous asseure sur ma foy que oncques gens de guerre ne se sont retirez plus honteusement que eux, et non contens de leur première retraite quelque part qu'ilz ayent prins leur logis, depuis s'en sont retirez tout fuyant, comme il appert tant par leurs gens propres, les espyes et les prisonniers qui en sont retournez. » Lettre de de Rœulx, du 45 août. Ibid , f« 268.

* Lettre du 43 août, précitée.

* Lettre de de Rœulx, du 47 août. Lettres des seigneurs, VI, f» 284.

* Lettre du 42 août, précitée.

^ Lettre du 43 août, précitée.

l'offensive contre le roi, parce que ce train de défense, à la longue, pourroit bien tout perdre, » et, d'accord avec le maréchal de Gueldre, il comptait passer FAuthie, prendre Étaples, Rue, Saint Renier, et revenir à Dourlens, après avoir ruiné toute la contrée jusqu'à la Somme. Mais Marie de Hongrie, effrayée de l'approche d'Albert de Brandebourg, repoussa ce projet, et défendit de rien livrer au hasard \ Le comte dut donc se borner, bien malgré lui, à des excursions, et, le 19 août, poussant jusqu'aux portes de Thérouanne, il détruisit, à Guinegate, « des grains et des fourrages assez pour nourrir trois mille chevaux , huit jours de long ^. »

Cependant, à la nouvelle que Vendôme accourait venger l'échec de son lieutenant, de Rœulx et Van Rossem résolarent, malgré les ordres de la reine, de détourner l'orage par quelque vigoureuse diversion. Après avoir renforcé les garnisons des principales forteresses, ils réunirent le surplus de leurs troupes, et ils se dirigeaient déjà vers la Somme, quand une lettre du seigneur de Bugnicourt leur apprit l'arrivée prochaine de Henri H à Amiens, où se concentraient de nombreuses troupes, destinées, disait-on, à une importante expédition ^ De Rœulx communiqua sur-le-champ cet avis à la reine, et, en attendant l'arrivée de renforts devenus indispensables, il s'établit (24 août) à Helfaut, près de Saint-Omer, d'où il avait la faculté de tomber à la première occasion sur l'ennemi, ou, s'il était assailli par des forces supérieures, de reculer sans danger *.

Les Français parurent devant Contes le 26 août, et, durant

' Lettre du 45 août. Lettres des seigneurs, VI, f» 264 . ■' Lettre de de R<buIx, du 4 9 août. Ibid., f» 34 4 .

* Lettre du même, du 23 août. Ibid., f® 337.

* Lettre du 23 août, précitée.

deux jours, lui « donnèrent, avec 19 et ensuite avec 36 canons, la batterie la plus véhémente que jamais ne fust vue ^ » A cette furieuse attaque, les assiégés opposèrent une héroïque résistance, qui remplit de cadavres les fossés de la place ^. Puis, une bande d'ordonnances et une enseigne d'infanterie, envoyées en reconnaissance par de Rœulx, pénétrèrent jusque dans le camp de Vendôme , où elles semèrent l'alarme et le carnage ^. Vains efforts ! Le 28, vers deux heures de relevée, « l'ennemi étant prêt à livrer l'assaut, tous les compaignons dudit château se mirent en bon état , et la plupart rechurent leur Créateur ; après, tous, d'une commune voix, délibérèrent de soustenir et de hasarder leur vie pour le service de l'empereur. En effet , ils combattirent bien deux grosses heures, main à main, jusques à ce que, pris par derrière *, ils furent tous emportés et tous tués, tellement qu'il n'en échappa pas plus de 1 8 ou 20 ; ce qui fut grand dommage, car il y avoit là beaucoup de gens de bien et bons souldars *. »

* Lettre de de Rœulx, du 34 août. Lettres des seigneurs, VI, f» 458.

^ « Les fossés sont remplis de morts. » Lettre de Jacques de Bryas, du 29 août. Ibid., f« 442. — Lettre de de Rœulx, du môme jour, f» 444. ' Lettre de de Rœulx, du 29 août, précitée.

* « Je suis au vray adverty que la cause de la prinse a esté trahison, de quoy je me suis tousjours doubté et doubte par tout. Et en ay descouverte une sur Renty il y a cincq ou six jours, et tiens que cela sera cause qu'ils n'y iront point. » Lettre de de Rœulx, du 2 septembre 1562. Lettres des seigneurs, VI, f* 495. — « Madame, après que je me suis bien informé de la prinse du chasteau de Contes, je trouve que la fortune est advenue par trahison, car ilz ont esté prins par derrière en defifendant la brèche, dont on charge fort le capitaine. Ce qui m'a fait estre tout estonné et esbahy, car je l'ay tousjours tenu pour homme de bien, et si est bon gentilhomme. H y a des indices beaucoup pour tenir qu'il soit ainsi, et entre autres qu'il avoit grande amitié avecq le seigneur de Racbe, et practiques secrètes avecq les ennemis. » Lettre du même, du 8 septembre. Ibid., VII, f» 21 .

^ Lettre de de Rœulx, du 34 août, précitée.

378 RÈGNE D£ CHARLES-QUiKT EN BELGIQUE.

Après ce snccës, Yendôme allait se porter sur Renty, quand U apprit la découverte de ses intelligences dans la place*. Déconcerté, affaibli par la belle défense de Contes, qui lui avait coûté beaucoup de munitions et la plupart de ses chevaux de trait - , il n'osa tenter Fentreprise , et vint camper (31 août) dans la plaine d'Embry, sur la route de Lillers ^. De leur côté, de Rœulx et Yan Rossem , jugeant le camp de Helfaut trop étendu pour le nombre de leurs troupes, l'abandonnèrent (1^ septembre), pour prendre position « audessus du château de Cohen, lien fort de tous costez et propice tout à la fois pour secourir Lillers et défendre le pays de Flandre^. » Le duc ayant envoyé de gros détachements répandre le pillage et l'incendie dans les campagnes, et n'ayant conservé que 9,000 piétons et 4,000 chevaux, les deux capitaines impériaux étaient fort tentés de lui « donner une grosse alarme ; > mais la reine, c par plusieurs fois, leur avoit écrit de ne rien hasarder, » et ils n'osèrent contrevenir à ses ordres *.

Si les généraux avaient confiance dans leur valeur, dans leurs forces , il n'en était pas de même des habitants de la frontière que l'invasion du duc de Yendôme jeta dans le découragement ^. Les rumeurs les plus effrayantes circulaient,

' Kotr note 4, page 277.

' Lettres de de RœuU, des 4*^ et 2 septembre. Lettres ctes seigneurs, % f»' 490 et 495.

^ Lettre du même, du 34 août. Ibid., f« 458; et lettre du 4«' septembre, précitée.

4 Lettre de de Rœulx, du 34 août, précitée.

' Ibid.

^ « Pour aultant que j'entens que plusieurs sur la frontière sont desoouragez, me semble que vous pourrez publyer que nostre armée estant vers Maestricht marche pour venir au secours d'Arthois et des frontières, et que je suisreveDoe à Bruxelles et que l'empereur approche le Ryn. Espérant que ce bruyt pourra

et Ton prêtait aux coalisés de si vastes projets , que partout les villes armèrent leurs bourgeois. A Bruxelles même , on vit les gardes bourgeoises se préparer à la défense de leurs remparts; le 20 août, commandées par Tamman Guillaume Le Tourneur, elles défllèrent devant la reine, au nombre de 7,050 hommes, non compris les ofBciers, les fifres et les tambours, 5 bombardiers, 200 pionniers chargés du service de Tartillerie, qui comptait treize pièces de campagne, et une troupe d'autres pionniers \ Mais déjà la régente était rassurée par les nouvelles reçues de son frère et par de secrètes négociations entamées avec l'Alcibiade ^. Aussi ordonna-t-elle surle-champ à de Boussu d'envoyer en Artois les régiments du prince d'Orange et du seigneur de Bréderode, avec la moitié des bandes d'ordonnances, et la cavalerie frisonne sous les ordres du comte d'Arenberg. Malheureusement la crue des eaux de la Meuse retarda la marche de ces troupes, et quand , décimées par des fièvres contagieuses qui enlevèrent plus de 1,500 hommes, elles arrivèrent à destination, le danger avait disparu ^.

Du côté du Hainaut, les Impériaux tentèrent une diversion avec des forces trop insuffisantes. Pendant que Vendôme assiégeait Contes (27 août), de Bugnicourt, revenu à Cambrai, et le capitaine du Quesnoy réunirent dix enseignes de piétons avec cinq pièces d'artillerie, et investirent Bohain. La ville se rendit à la première sommation; et le château n'opposa guère plus de résistance. Il fut brûlé avec les

aucunement remettre le cueur aux effrayez, et donner à penser aux ennemis. »

Lettre de Marie de Hongrie à de Lalaing, du 28 août. Lettres des seigneurs, VI, fo4i6.

» Le Petit, l viii, 207. — Histoire de Bruxelles,

' Lettre de Marie de Hongrie, du 28 août, précitée.

' Correspondance de Guillaume le Taciturne, \. c, 33 et 44 , note 2.

grands magasins de blé qu'il contenait , et la ville éprouva le même sort, « malgré les ordres des capitaines. » Cette catastrophe répandit TeAProi ; partout les Impériaux n'eurent qu'à paraître pour se voir ouvrir les portes de tous les petits forts des environs. Ils épai^nèrent les villages, a pour engager l'ennemi à traiter plus gracieusement le pays d'Artois, en publiant toutefois que, s'il continuoit ses feux, ils reviendroient promener la torche dans le pays. » Encouragés par leurs succès, ils se mettaient en mesure de les poursuivre, quand différents rapports leur signalèrent l'approche d'un corps d'armée considérable ' ; de Bugnicourt reçut l'ordre de courir au secours de l'Artois avec toutes les troupes qu'on pourrait tirer du Hainaut ; mais, au moment où il allait y obtempérer , il tomba malade ^ et de Rœulx resta réduit à ses seules forces.

Vendôme séjourna dans les environs de Renty jusqu'au 3 septembre au matin. Il vint alors « donner l'escarmouche à Saint-Omer , » et s'établir à Esquerdes , à trois petites lieues du camp des Impériaux. De là il pouvait franchir le Neof- Fossé pour marcher sur Cassel, entreprise dangereuse : « Car, écrivait de Rœulx à la reine, oires que le peuple en aura quelque dommage , lesdits François le payeroient bien ; » s'ils attaquaient le camp, « ils y auroient été bien recueillis, les Impériaux estans tous prêts pour en attendre la fortune, n'ayant guères moins d'enseignes qu'eux, et suppléant à Tinférîorité de la cavalerie par l'avantage de la position. » Restait à passer l'Aa, pour se jeter dans la Basse Flandre du côté de Gravelines, et de Rœulx, prévoyant que le duc prendrait ce

' Rapport du capitaine du Quesnoy, du 27 août 4552. Lettres des seigneurs, VI, f 442.

' Lettre de ce seigneur, du 4 «septembre. Ibid., f« 470.

dernier parti, établit « bon guet partout, afin que les ennemis ne pussent franchir la rivière comme ils le pensoient ^ »

En eflFet, le 4 septembre, les Français, profitant d'une

brume épaisse, arrivèrent sur les bords de FAa. Mais bientôt

apparurent sur la rive droite quatre enseignes envoyées par

de Rœulx et la bande d'ordonnances du vicomte de Gand ,

tandis que le capitaine de Renty, Jacques de Bryas, donnant

sur l'arrière-garde ennemie, mettait un de ses détachements

en pleine déroute ^. Toute Farmée de Vendôme se trouva

réunie dans la soirée, et, le lendemain, au point du jour, elle

attaqua avec impétuosité le bolwerk d'Hennewyns ^. « Si ce

n'eust été l'arrivée des gens de pied anglois que de Rœulx y

avoit envoyés devant les autres, parce qu'ils estoient plus près,

le boulevard se fust trouvé en grand danger d'estre pris.

Touttefois lesdits Anglois firent tel debvoir qu'on s'en dut

grandement contenter. » Accoururent ensuite trois enseignes

artésiennes et le régiment du maréchal de Gueldre, dont « le

comte ne sut assez grandement se louer, » et lorsque celui-ci

arriva avec le reste de l'armée, les Français étaient repoussés

sur tous les points. De Rœulx prit alors position à Maria-

kerke, d'où il écrivit à Marie de Hongrie : « Si nos ennemis

nous y veuillent assaillir, ce sera au ventre de notre mère, ce

qu'il faut qu'ils fassent ou se retirent. »

Cet échec et les habiles dispositions des capitaines impériaux, qui lui barraient le passage, prêts à courir sur tous les points menacés, déconcertèrent Vendôme ; dès ce moment, il fut facile de prévoir l'issue de son expédition. Son séjour sur

' LeUre de de Rœulx, du 3 septembre. Lettres des seigneurs, VI, f» 504. ' Lettre du même, du 4 septembre. Ibid., 1» 509.

' Le bolwerck d'Hennewyns, qui porte sur les anciennes cartes le nom de Bolwercq, défendait le passage de l'Aa sous Gravelines.

iSf RÈGNE DE CHARLES-QUIMT EN BELGIQUE.

les bords de TAa fut marqué par la destruction du château de. Runninghen, où Ton avait jeté 40 piétons, qui abandonoèreot la place à l'approche de Tennemi. De Rœulx fit rigoureuse justice de leur lâcheté, « parce qu'il estoit force de faire chastoy de beaucoup de gens de guerre, ou autrement il en viendroil grand inconvénient '. » Le duc alla ensuite raser les chàleaux de Tournehem et de la Monthoire « si très-plat qu'il n'estoil plus possible d'y rien faire '. » Le 7, il dressa son camp à Esquerdes ^, et l'arrivée à Montreuil de forts convois de munitions inspira des craintes pour Renty *. Les fortifications de cette place présentaient des défectuosités, connues de l'ennemi, et de Rœulx, ne la jugeant pas tenable contre une nombreuse artillerie, alarmé par de fâcheux propos tenus parmi les soldats de la garnison, généralement bons pourtant *,

• Lettre du comte de Rœulx à Marie de Hongrie, du 5 septembre. Lettres des seigneurs, VI, f« 521 .

'' Lettre du môme, du 8 septembre. Ibid., VII, f» 27. ^ Autre lettre du même jour. Ibid., î** 21 .

* Lettre du même, du 7 septembre. Ibid., f® 11.

' « Quant à ce qui touche le chasteau de Renty, je n'ay failly d'escripre à Votre Majesté les raisons pour quoy je craindois que les ennemis ne l'assiégeassent, par non me fier en mon secrétaire, mais seulement pour mieulx savoir dire de bouche que par escript. Toutefifois, puisqu'il plaist à Votre Majesté que je Ton advise, il y a trois principaulx points pour lesquelz je le crains. Le premier pour ce que les couvertures des canonnières sont peu puissantes et les rempartz sur les murailles, lesquelz pendent par trop sur le fossé, de sorte que avecq une grosse batterie telle que les François ont, il est apparent qu'en peu d'heures les canonnières et traverses seroient desoouvertes, et que le rempart du costel que l'on avoit mis sur la vieille muraille décline fort et tombe tout vers le fossé. Oultre les inconvéniens qu'il y a des deux costelz des montaignes. Aussi que aucuns du chasteau ont tenu ces propos : que voulons-nous tenir, car quant nous aurons tout tenu nous n'aurons point de secours? Le tiers est que souvent nos capitaines pour gaigner le dixième des pilleries et roberies qui s'y font, prendent des Franchois qui se viennent rendre: combien que je l'ay assez deflfendu, de sorte qu'il y en a un audit Renty, lequel est retourné en France devers monseigneur de Vendosme, et l'a adverty de

résolut de prévenir à tout prix cette attaque. Il courut se poster à une lieue de Tarmée française, « en telle sorte qu'il convenoit pour attendre la bataille, s'il plaisoit à monseigneur de Vendosme d'effectuer les propos qu'il avoit tenus, qu'esloit de la lui donner en quelque lieu qu'il pût le trouver'. »

Cette fière attitude imposa au duc, et de graves nouvelles, exagérées encore par la terreur, lui arrivèrent en même temps. Après quelques courses heureuses, de Lalaing avait résolu d'étendre le cercle de ses ravages et de venger les € brûlemens de l'ArtQis. » Comme il disposait de peu de troupes, ses capitaines, « craindans que ce ne fust à son honneur et resputation, s'il se devoit retirer, lui déconseillèrent d'y aller en personne, » et il chargea le seigneur de Famars de l'expédition. De Famars partit le 7 septembre, vers midi, avec sa bande d'ordonnances, celle du seigneur de Wysmes, les arquebusiers à cheval du seigneur de Helfaut, quelques arquebusiers de la garnison de Landrecy et 300 fantassins. Un corps de 700 piétons le suivit dans la soirée et s'établit ix Vaulx-le-Prêtre, « pour aider à passer le butin à la retraite. » La colonne expéditionnaire poussa jusqu'à l'abbaye de Vermand, « qui tint fort et où fut bruslée fa porte et pillée la basse-cour, » ruina quatre à cinq villages sur l'Oise, brûla deux forts, ravagea le Vermandois sur une étendue de plus de 26 lieues. Chargée de butin et poussant devant elle 120 bétes à cornes, 1,200 moutons, 300 porcs et 51 chevaux, qui ralentissaient sa marche, elle s'en revenait péniblement (8 septembre), quand elle se vit assaillie par des bandes de

toutes les faultes qui y sont. TouttefiFois j'espère que ceulx qui sont audit lieu feront leur debvoir» comme encore ilz m'ont mandé aujourd'huy. » Lettre du 7 septembre, précitée.

' Lettre du 8 septembre, précitée.

â83 RÈGNE DE CHARLESHtCINT EN BELGIQUE. ^

les bords de T Aa fut marqué par la destruction ^C^ ^^ RuDDÎDgfaen, où Ton avait jeté 40 piétons, qui^, ^. ^%s. la place à rapproche de Tennemi. De Rœub^ ^ ^^ ^^ liée de leur làchelé, « parce qu'il estoitfig ^ ^ *%. "^ de beaucoup de gens de guerre, ou aç^ ^ ^ ^ .^ ^ urand inconvénient '. » Le duc alla>. "Sr- '^^ ^ «s? ^'

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de Rœulx à Marie de Hongrie, du U septembi^. Uilre$ des seigneurs, VII, f96.

' « Ils sont si très-malades qu'ilz n'en peuvent plus, et de petites maladies comme le flux de ventre au sang et de la peste. De sorte que je suis bien mary quand mes gens me les ameynent, et leur dis tousjours qu'ilz en tuent autant qu'ils en trouveront. » Lettre du comte de Rœulx à Marie de Hongrie, du <9 8eptembre. /6îd., foi65.

• Voir note 4, page 284.

' Lettre du 40 septembre, précitée.

paysans exaspérés de ses déprédations. Ils furent successivement renforcés par des corps d'infanterie et de cavalerie, qui, durant un trajet de plus de deux lieues, harcelèrent les Impériaux. La position de ceux-ci, déjà fort critique, fut aggravée par l'arrivée de la cornette du duc d'Enghien, de 1 20 chevaux anglais et d'un gros détachement d'infanterie sorti de Saint- Quentin ; mais, sans se laisser entamer et sans cesser de combattre, de Famars atteignit Vaulx-le-Prétre, où sa réserve se tenait cachée et les Français seraient tombés dans l'embuscade, si elle ne s'était trop tôt montrée. A la vue des piétons impériaux, ils s'arrêtèrent et, pris tout à coup de panique, ils s'enfuirent h travers les bois voisins.

Cette expédition jeta la consternation dans le pays, et la garnison de Saint-Quentin elle-même se crut menacée. C'était, disait-on, l'avant-garde du comte de Lalaing, en marche avec 8,000 ou 9,000 hommes et 14 pièces d'artillerie*. Ce prétendu danger de la Picardie délivra l'Artois de l'invasion : Vendôme évita avec soin l'occasion qu'il s'était vanté de chercher -, et , au heu de livrer bataille, ordonna la retraite. Elle fut signalée par les plus affreux excès : ^ Les ennemis, écrivit de Rœulx, ont bouté le feu partout sans rien espargner, et davantage forcé femmes, jeunes filles, mettansles enfans de 4 ou 5 ans à ranchon et autres maulx inextimables. J'espère tant en la justice de Dieu qu'ils auront le guerdon qu'ils en doivent avoir, avant long temps ^. » Décimée par les combats et par des maladies \ sévissant à tel point que

' Lettre de de Lalaing, du 9 septembre. Lettres des seigneurs, VU, f" 32.

' Lettre de de Rœulx, du 40 septembre. Ibid,, f« 49.

^ Lettre du 8 septembre, précitée.

4 « Et suis bien adverti qu'ils ont perdu à la guerre tant devant Contes que Renty, aux alarmes et escarmouches qu'avons eu ensemble, plus de viij «laDSquenetz, et autant pour le moins qui sont morts de maladie, et se meurent

pour en éviter la contagion, de Rœulx ordonna à ses soldats de ne plus faire de prisonniers ^ cette armée, naguère si menaçante, se retira avec une étrange précipitation. De Rœulx crut même à un stratagème : il prêta aux français l'intention d'attaquer Arras, ou de se venger de la garnison de Bapaume, qui venait d'emporter le château de Saiily, défendu par de vieilles bandes françaises, à qui elle avait tué 160 à 180 hommes^. Sans ses craintes pour Arras, le comte eût couru tout de suite « rendre aux François le mal qu'ils avoient fait; » et, s'il céda aux conseils de la prudence, ce fut en se promettant bien de leur « donner incessamment nn grand coup de baston du costé du Boulonnois ou de la Picardie^. * Il ne cessa de les côtoyer avec l'espoir de trouver ^occasion de leur « donner une bonne main, » et vint, en passant sous Thérouanne, s'établir à Cbergny. Là il apprit que Vendôme avait disloqué son armée, renvoyé ses vieilles bandes dans leurs garnisons, et dirigé la majeure partie de ses lansquenets avec sa gendarmerie vers la Lorraine. De concert avec Martin Van Rossem, le comte alors dissémina ses troupes dans les villes frontières, avec ordre d'y déposer leurs

encore journellement. Quant à leurs piétons des vieilles bandes, ilz n'en eut pas moins perdu aux escarmouches et alarmes (y comprins viij ou ix «^ qui ont esté prins d'assaut et tuez à Saiily, quy est un chastelet près de Bapalmes) moins de vj ou vij «. Et si ont eu beaucoup de chevaulx tuez. » Lettre du comte de Rœulx à Marie de Hongrie, du U septembre. Lettres des seigneurs, VII, f» 96.

' « Ils sont si très-malades qu'ilz n'en peuvent plus, et de petites maladies comme le flux de ventre au sang et de la peste. De sorte que je suis bien mary quand mes gens me les ameynent, et leur dis tousjours qu'ilz en tuent autant qu'ils en trouveront. » Lettre du comte de Rœulx à Marie de Hongrie, du <9 septembre. Ibid., f» 165.

• Voir note 4, page 284.

' Lettre du 40 septembre, précitée.

bagages; rendues ainsi plus libres dans la marche, elles devaient ensuite se réunir rapidement pour fondre sur le Boulonnais '. Mais les événements survenus à Test modifièrent ce plan, et de plus éclatantes représailles vengèrent les ravages de Vendôme.

Pendant que ces expéditions livraient les campagnes à toutes les horreurs de la guerre, le commerce et la pêche étaient désolés par la piraterie. Au mois de juin, Marie de Hongrie convoqua les états de la Flandre et de la Hollande, et leur proposa d'armer ou de négocier, à l'effet d'obtenir des sauf-conduits pour Jours pêcheurs. Les Hollandais opinèrent pour les négociations, qui étaient moins coûteuses et d'un résultat plus prompt ; mais les Flamands objectèrent que les corsaires ne respecteraient pas les sauf-conduits. Marie de Hongrie , se rangeant à cette opinion , demanda six vaisseaux à la Flandre, huit à la Hollande et quatre à la Zélande. Les Hollandais ayant représenté que de telles forces étaient insuffisantes pour tenir tête aux flottes ennemies , et que les armées navales , habituées à protéger seulement les côtes , n'avaient jamais été d'une grande utilité dans les mers du nord, la reine répliqua que les Français n'avaient que huit vaisseaux de guerre dans ces mers, et que, dès lors, leur seul contingent suffirait pour les contenir; du reste, il fallait se résoudre à armer ou renoncer à la pêche ^. La proposition des Flamands fut donc adoptée, et le gouvernement leva 1 0,000 matelots *. En même temps, et, bien que les Français eussent désarmé en partie leur flotte, la régente défendit aux pêcheurs et aux marchands de prendre la mer isolément ; elle

' Lettre de de Rœulx, du \2 septembre. Lettres des seignettrs, VII, f« 70. ' Heg. Ad. Van der Goes, ad aDD. 4552, 43, 45, 46, 48-57. ' Rapport lu aux élats, avril 1553. Reg. n* 122, f» 7.

pria aussi Tinfant Philippe de faire escorter les bâtiments de commerce quittant les ports d'Espagne en destination pour les Pays-Bas \

Les armements des provinces maritimes détournèrent les Français de grandes entreprises, et ce fut par des coups de main que se manifestèrent les hostilités. « Un aventurier de Flessingue, très-hardi et heureux homme en mer, montant une petite jachte avec six pièces de bois peintes comme pièces de fer d'artillerie, prit à Tabordage un vaisseau de Bretagne trois fois plus grand que le sien, bien artillé, muni de gens et de munitions, et la pluspart des François fut tué. » Ayant ensuite vendu son navire en Angleterre, il monta sa prise et, h peine remis en mer, captura un vaisseau de Normandie, qui revenait du Brésil avec une riche cargaison « de bois, de papegais, de singes et autres minuties de ce pays, et valoit 6,000 à 7,000 florins. » Ce vaisseau avait pour pilote un « homme de bonne apparence et savoir, qui avoit vécu six années au Brésil, et qui connoissoit toute la côte des Indes et de la Chine ; » l'importance de ce prisonnier ayant été révélée par les offres considérables de rachat dont il fut l'objet de la part du gouvernement français, la régente ordonna de le garder sur le vaisseau de l'aventurier, qui fut envoyé dans les mers des Indes ^. Au mois de septembre, une escadre française profita de l'éloignement des croiseurs des Pays-Bas pour mettre en fuite la flottille de pèche; deux buses assaillies par quatre vaisseaux de guerre « les combattirent bien douze heures de long, » et, la fortune secondant leur vaillance, elles réussirent à échapper '. Dans plusieurs autres circonstances

' Lettre du 4 8 juillet, précitée.

• Lettre de de Scheppere, du 49 juillet. Lettres des seigneurs, VI, f« 19.

* Rapport du 20 septembre. Ibid., VII, f» 467.

288 RË6NE DE GHàRLES-QUINT EN BELGIQUE.

encore les marins des Payi^Bas firent preuve d'une grande audace; on les vit fréquemment reprendre à l'ennemi des navires capturés et s'emparer de vaisseaux de guerre qui leur donnaient la chasse V

' Voir « Extraict d'une lettre escripte aux Foucker, le troisiesme de décembre, » et Lettre de de Neubourg à Marie de Hongrie, du H du même mois. Lettres des seigneurs, VIU, f°* 335 et 423.

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