‹ Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique (volume 3)Chapitre 16 sur 22 · IX · texte numérisé non relu

IX

partir ledit landgrave. Et mesmement que entre autres le capitaine se seroit, en ce faisant, démonstré par trop rude en aucuns endroitz. » L'n soldat nommé Jules de Âyala déclara même « que, certains jours avant le partement, ceux de ladite garde avoient préadvisé et résolu de, en cas que, à Fheure de leur partement, aucune entrefaite ou tumulte advinst entre eulx et ceulx de cette dite ville, ils mectroient le feug en plusieurs parties d'icelle, afin de cependant et par tel moyen eulx povoir mieulx tenir en desfence contre Ceulx qui les vouidroient assaillir ^ » Il paraît aussi que flon Juan de Guevara avait commis des concussions et rogné la solde de quelques soldats. Il avait refusé de payer un Espagnol qui avait quitté le service pour s'établir à Malines, et retenu trois ou quatre mois de solde à un fifre qui , obligé de fuir, à la suite d'un homicide , l'avait vainement sollicité de payer une pauvre femme, son hôtesse. Il avait obligé le cuisinier du landgrave à comprendre ses dépenses de bouche dans celles de son maître, et il répondit au prince, qui s'étonnait de voir ses frais de table augmentés d'un tiers , que la guerre avait fait hausser les prix des denrées ^

A son arrivée à Bruxelles , le landgrave ne fut admis à voir la reine que le 10 août^. Il lui promit de modérer l'impatience que ces retards causaient aux princes protestants, et partit pour Maestricht. Bientôt à son tour il s'étonna de la lenteur apportée par Charles-Quint à ordonner sa délivrance, et du mécontentement, il en vint à une telle exaspération « que personne ne pouvoit durer autour de lui *. » De

' Rapport du 22 août, précité. — ' Relation du désordre. ' Lettre de Marie de Hongrie, du 40 août. Correspondent, III, 448. * Lettre de la reine, du 26 août. Ibid., 479. — Lettre de de Boussu, du H août. Lettres des seigneurs, VI, f« 239.

son côté, le maréchal de Brandebourg,» voyant qu'on tiroit l'exécution du traité en longueur, voulut retourner vers ses maîtres, » et Marie de Hongrie eut beaucoup de peine à le retenir. L'approche de l'Alcibiade et les courses d'un de ses lieutenants, le seigneur de Reiffenberg, ancien capitaine du landgrave, étaient de nature à accroître l'anxiété de la reine ; redoutant un coup de main sur Maestricht ' , elle ordonna de transférer le prisonnier dans le château de Limbourg. Mais don Juan de Guevara n'ayant pas jugé la place assez sûre, le prince fut conduit à Léau", en attendant qu'on lui eût préparé un logement convenable à Luxembourg, et les deux bandes d'ordonnances du comte d'Hoogstraeten renforcèrent la compagnie de Guevara '.

La régente reçut enfin les instructions de Charles-Quint pendant les derniers jours du mois d'août, et prescrivit surle-champ d'amener le landgrave à Louvain , « pour y effectuer sa délivrance par elle-même. » Elle n'était pourtant pas au terme de ses embarras. Don Juan de Guevara refusa de relâcher son prisonnier sans un ordre direct de l'empereur , et déclara même que si l'on tentait de le lui arracher de force, « la vie du landgrave ne seroit pas en sûreté *. » Les députés des princes protestants se crurent leurrés, et ils étaient sur le point de se retirer, quand arriva la patente exigée par le rigide Espagnol. Le landgrave, rendu alors à la hberté (3 septembre), vint à Tervueren, où Marie de Hongrie se rendit pour le complimenter. A sa demande, il fut escorté seulement

' Lettre de Marie de Hongrie à de Boussu, du 48 août (Lettres des seigneurs, VI, f« 306), et lettre du 26, précitée.

' lettre de de Boussu, du 47 août. Lettres des seigneurs, Vï, f® 294 . ' Lettre du 26 août, précitée.

* Lettre du 16 août. Ibid., f» 279.

jusqu'à Cologne, et certifia par écrit que c'était à sa réquisition et eu égard aux circonstances, qu'il n'avait pas été conduit jusqu'à Rheinfels ^ Tout en blâmant les termes du refus de don Juan de Guevara, Charles-Quint l'excusa cependant en représentant à sa sœur « que, selon les lois d'Espagne, ce capitaine ne pouvoit délivrer son prisonnier, sans avoir la décharge de son souverain ^. »

Charles-Quint avait exigé d'abord que les princes protestants marchassent contre le roi de France ; mais ils s'étaient contentés de promettre de rompre avec leur allié , que l'empereur avait formellement refusé d'admettre dans la négo-» ciation ^, Ses exigences et ce refus ne permettaient pas de douter de ses intentions : « Il avait reconnu parfaitement que, s'il voulait mettre un terme aux efforts audacieux , aux entreprises et aux intrigues des Français, ne plus se trouver en danger d'être chassé non-seulement de l'empire, mais de ses états héréditaires, ne pas laisser sa maison exposée à perdre, après sa mort, les Pays-Bas et l'Italie, il était nécessaire de châtrer le coq et d'en faire un chapon *. » Ce but, il était décidé à le poursuivre à outrance, et, si accablé qu'il fût par ses infirmités, il n'avait pas même attendu la conclusion du traité de Passaw pour préparer la guerre, guerre ter-r rible que n'allumait plus cette fois l'ambition, mais la vengeance.

Au mois de juillet, il lui était arrivé d'Espagne environ «9,000

' Lettre de Marie de Hongrie à Charles-Quint, du 5 septembre. Correspondenz, III, 485.

» Lettre du i^ septembre. Ibid., 488.

' Voir à ce sujet ses instructions du 22 mars 4652, et diverses autres lettres. /6td.,432 etsuiv.

* Lettre du comte de Stroppiana, du 30 mai. 1. c, 249.

vieux soldats, avec une somme de 2,000,000 \ » Ils furent dirigés sur la Bavière, où les rejoignirent successivement d*autres corps d'infanterie espagnole ; six compagnies de chevau-l^ers de la même nation; 4,000 hommes d'infanterie italienne commandés par le marquis de Marignan ; 80 enseignes d'Allemands tirées de Constance, de Ratisbonne et d'Âugsbourg ; 2,000 reîtres du marquis Jean de Brandebourg, et 2,500 à 3,000 chevaux de Bohème. Dans Tentre-lemps, le grand maître de l'artillerie, don Juan Manrique, formait à Inspruck un parc de 50 canons de divers calibres ^. Couvrant ces armements du prétexte de punir Albert de Brandebourg de ses brigandages, à peine la Paix publique fut-elle signée, que Charles- Quint dirigea toutes ses forces vers le Rhin, et, le 7 septembre, il informa Marie de Hongrie de son prochain départ pour Strasbourg ; il comptait y passer le fleuve * et voir son armée réunie le 10*. Il prescrivit à cette princesse de lever dans les Pays-Bas 3,000 pionniers « des meilleurs, pour les joindre aux Bohêmois pyonniers qu'il avoit en même nombre avec lui*, » et surtout de se procurer de l'aident. La régente communiqua sur-le-champ cette nouvelle à ses généraux •, cl envoya 100,000 écus à son frère, en lui promettant, quoiqu'elle eût eu beaucoup de peine à se procurer cette somme, de la doubler bientôt. Mais, en même temps, sous prétexte que les Pays-Bas étaient hors d'état de nourrir son armén »

* Lettre du prince d'Orange, du 44 juillet. M. Gboen Va» Vmsutzhkh^ \, r. — Une circulaire du 44 juillet répandit cette nouvelle danff toutCH 1(*h provfnnm des Pays-Bas. Lettres des seigneurs, V, f» 533.

' Lettre de Louis de Orejuela, du 28 juillet, précitée.

^ Correspondenz, 111, 486.

^ Lettre de d'Egmont, du 9 septembre. Lettres des seigneurs, VII, f" 'M.

^ Lettre de Marie de Hongrie, do 4 4 itnd., {• 64 .

^ Lettre de de Rœulx, du 43. ïbid., f« 80.

elle le Supplia de la tenir éloignée de ces provinces '. Le véritable motif de cette demande était la terreur inspirée aux populations par la terrible renommée que s'étaient acquise en Allemagne les bandes espagnoles et italiennes. « Les habitans des Pays-Bas, écrivait la princesse à l'empereur, qui ont déjà souffert de si grandes charges , seront très-mécontens, s'ils doivent supporter les fouUes et dommages que lesdites bandes exercent de tous costés. Je vous adjure donc d'avoir des égards pour lesdits habitans, qui ont témoigné tant de zèle et de fidélité pour votre service ^. »

La nouvelle de la prochaine arrivée de Charles-Quint fut accueillie avec des transports de joie par les troupes du seigneur de Boussu qui, condamnées jusqu'alors à un rôle d'observation, s'applaudirent de combattre sous les yeux de l'empereur ^ Ce corps d'armée, fort affaibli déjà par les renforts dirigés sur l'Artois, venait encore d'être privé des régiments d'Egmont et Van HoU, envoyés dans le Luxembourg. Son infanterie était réduite à dix-huit enseignes, assez mal fournies, des régiments de d'Arenbei^ et du bailli du Brabant wallon, et à la compagnie espagnole de la garde du landgrave ; quant à la cavalerie , elle comprenait les bandes d'ordonnances de Boussu , de Beveren , de Bréderode , de Gaesbeek, de Bei^hes, d'Over-Embden , ayant au plus 1,000

' Lettre du 23 septembre. Correspondenz, III, 493.

» Lettre du ^«'août. Ibid., 408. — Ces craintes, trop bien justifiées, de la férocité et des brigandages des troupes espagnoles, se retrouvent partout. « Madame, ensuivant l'ordonnance que ay hier receu de lever trois cens pionniers au quartier de Vilvorde, je trouve que à grand'peine on les scaura faire marcher, car il y a bruit de les mectre es mains des Espaignolz et craindent illecq estre mal traictez. » Lettre de Thierry de Herlaer, du ii novembre 4552. Lettres des seigneurs, VIII, {° 95.

^ Lettres de d'Egmont, du 44 septembre; de de Boussu, du 45; de J. Hinckart, du 40. Infra.

chevaux, au Jieu de 1,200 exigés par Teffectif de leur or^nisation, et 1,400 reîtres conduits par le duc de Holstein. Pour toute artillerie il y avait six fauconneaux \ De Boussu, obligé de surveiller les mouvements d'Albert de Brandebourg et de se relier aux troupes établies sur les frontières de la Frise, pour contenir Brème ^, avait pris position à Gornély-Munster. Il s'était couvert par des retranchements^ et, afin de lui donner un point d'appui, Marie de Hongrie avait ordonné de hâter l'achèvement des nouvelles fortifications de Maestricht*.

Placé entre l'armée de la ligue des villes maritimes et Albert de Brandebourg, ce général se serait trouvé dans une situation fort critique, si la paix de Passaw n'avait désarmé la première et contenu le second. A la nouvelle de la marche de l'armée impériale vers le Rhin, l'Alcibiade songea tout à la fois à se ménager un accommodement avantageux et à s'assurer un lieu de refuge. Laissant à Trêves treize enseignes d'infanterie et 200 chevaux, il entra dans le Luxembourg, pour se rapprocher de Metz et de la France ^ Le 6 septembre,

' Lettres de ce seigneur, des 45 et 25 septembre 4552. Lettres des seigneurs, VII, f« 420, 220 et 228.

' Lettres de Marie de Hongrie, des 5 et 30 septembre. Correspondenz, IH, 485 et 494.

' Lettre de la même, du 40 septembre. Correspondance de Guillaume le Taciturne, 1. c.

* « Considérant l'importance de la ville de Maastricht, faisant frontière à Brabant, Liège et autres pays, j'ay pour le bien et seureté d'icelle, par advis et délibération du conseil, résolu ce que a semblé s'y devoir faire pour ceste say- SOD, aux ouvraiges de la fortifflcation d'icelle, et la faire pourveoir de bledz et autres grains, de molins à braz et à cheval, et aussi de faire condampner aucunes portes de ladicte ville, et de celle de Saint-Pierre faire faire une platte forme. Et pour le tout faire mectre en exécution ay mandé celle part, messire Jehan de Pipenpoy, chevalier, bourgmaistre de Bruxelles, avec instruction bien ample de ce qu'il y aura à faire. » Lettre de Marie de Hongrie, du 6 septembre. Lettres des seigneurs, VII, f« 5. — Lettre de d'Hoogstraeten, du 42. Ibid., f» 73.

* Lettre de Marie de Hongrie, du 23 septembre. Ibid., f« 204.

son avant-garde parut devant Grevenmacher , où se trouvaient quelques pelotons d'arquebusiers à cheval, de chevaulégers et de fantassins des régiments d'Ëgmont et Yan Holi. Après une sanglante escarmouche, les Impériaux furent rejetés dans la place, et d'Ëgmont, la jugeant incapable de résistance, envoya l'ordre de l'évacuer. Les Allemands y entrèrent le lendemain matin et la livrèrent aux flammes.

On vit dans ces circonstances éclater l'aversion des habitants -du Luxembourg pour le gouvernement de Charles- Quint. D'Egmont ayant voulu pourvoir à la défense d'Echternach , 4es bourgeois refusèrent de recevoir ses troupes et, après les avoir amusées jusqu'au soir par des pourparlers, ils déclarèrent au chef du détachement que, s'il voulait attendre encore une heure, leurs députés envoyés au marquis Albert viendraient « lui donner réponse. » Trop faible pour user de violence, cet officier s'établit dans un village voisin, et bientôt, menacé d'être coupé par la garnison de Trêves, il se retira en emmenant deux bourgeois enlevés par ses soldats'. Marie de Hongrie, « considérant que la conduite des habitans d'Echternach étoit chose aucunement tolérable et méritant chastoy exemplaire, » ordonna au conseil de Luxembourg de poursuivre criminellement, « tant ceulx de la loi et commune d'icelle ville que autres, à la forfaiture et privation des privilèges, franchises, droits et libertés qu'ils pouvoient prétendre.» Par un prompt et terrible exemple elle voulait eff*rayer quiconque serait tenté de les imiter '^. Mais ces menaces, loin d'émouvoir les bourgeois d'Echternach, les poussèrent à un parti extrême : « Ils prêtèrent serment au roi de France, semrent l'ennemi, firent tout le mal possible aux Impériaux, et récla-

' Lettre de d'Egmont, du 7 septembre. Lettres des seigneurs, VU, f" 47.

àlÉGES DE METZ ET DE HESDIN. 301

mèrent Tassistance d'Albert de Brandebourg. » Il y envoya 300 arquebusiers avec 80 noirs harnais, et cette troupe devint la terreur de la contrée. D'Egmont, qui tenta de l'enlever par un rapide coup de main, vit son projet trahi , « tant il y avoit en ce pays des gens desloyaux et faisans contre leur devoir. » Quand il arriva devaiit la place, les Allemands l'avaient depuis longtemps évacuée, abandonnant les habitants à eux-mêmes. Le comte néanmoins fut retenu plus de deux heures devant la ville, dont les portes « avoient esté enterrées; B et, comme la position n'était pas tenable, il les brûla pour empêcher l'ennemi d'y revenir \

Albert de Brandebourg, suivant de près son avant-garde, vint camper à Grevenmacher, d'où il menaçait Luxembourg et Thionville -. Mais d'Egmont répondait de la sûreté de la première de ces places ; dans Thionville on « étoit préparé à bien recevoir l'ennemi. » La nouvelle de la prochaine arrivée de l'empereur, célébrée (9 septembre) par des salves d'artillerie, « pour advertance aux voisins de Metz et au marquis, » avait enflammé l'ardeur de la garnison, et elle était décidée « à se conduire comme à gens de bien appartient de le faire ^. » Les rapports des prisonniers * et une grande reconnaissance effectuée, le 13 septembre, par la cavalerie allemande ^ firent croire, un instant, qu'Albert avait l'intention d'assiéger cette place; mais il voulait seulement assurer la sécurité de sa marche, et il ne tarda pas à quitter Grevenmacher (13 sep-

' Lettre de d'Egmont, du 42 septembre. Lettres des seigneurs, VII, f® 67.

" Lettre du môme, du 9 septembre. Ibid., î° 39.

^ Lettre de J. Hinckart à d'Egmont, du 40 septembre. Reg. Collection de documents historiques, IX, f^ 95. — Lettre de d'Egmont, du H septembre. Lettres des seigneurs, VII, f» 99.

^ Lettre de J. Hinckart, précitée.

' Lettre de d'Egmont, du U septembre, précitée.

tembre), dont il consomma la ruine \ Brûlant quatre ou cinq vUiages sur son passage, il alla s'établir sur la route de Metz, à une demi-lieue au-dessus de Thionville, dont la garnison ne cessa de le harceler, et lui enleva plusieurs convois de vivres'. Le i7 septembre, elle lui livra un combat qui dura environ trois heures, et dans lequel il perdit « un landgrave tué et un comte tiré à travers des cuisses d'un coup d'artillerie, sans encore autres particuliers, qui morts, qui prisonniers; » la perte des Impériaux se borna « à un capitaine des Marengeois et à un archer de la bande d'ordonnances de Blétanges ^. > L'attitude hostile de l'Alcibiade n'avait plus d'autre but que d'aveugler les Français sur les intentions de leur allié, et de couvrir les négociations qu'il avait entamées à Trêves avec les agents de Marie de Hongrie. Mais le voile était déjà trop transparent, et les soldats du marquis s'apercevaient c que les François ne se Ooient point trop d'eux; pareillement ils se Soient encore moins de l'aultre cousté, et il leur sembloit qu'ils seroient aussi prêts de reculer que d'aller en avant *. »

L'armée impériale avait passé le Rhin près de Strasbourg, le 1 5 septembre. Traversant les Vosges et le duché de Deux- Ponts, tandis que l'artillerie descendait le fleuve jusqu'à Coblence, pour remonter ensuite la Moselle, elle vint camper aux environs de Landau, où Charles-Quint établit son quartier général. Il y ressentit une violente attaque de goutte, et dans l'incertitude d'une prompte guérison, il ordonna au duc d'Albe de prendre les devants avec l'infanterie espagnole et

' Lettre de d'Egmont, du 45 septembre. Lettres des seigneurs, Vil, f* 449. ' Lettre du même, du 46 septembre. Ibid., f» 4S9. ' Lettre du même, du 49 septembre. Ibid., f<* 462. ♦ Lettre de J. HiDckart, précitée.

italienne, deux régiments allemands, la cavalerie légère et une partie de la cavalerie allemande ; les autres corps qu'il avait retenus, et parmi lesquels figuraient les bandes d'ordonnances d'Arenberg et d'Egmont ^ restèrent à Landau pour la garde de sa personne ^, Le duc devait être renforcé par la division du seigneur de Boussu , qui avait quitté Cornély- Munster le 16, et s'avançait en côtoyant la Moselle ^. Sa marche fut lente, car le chemin était « grand et pénible; » tout le pays à traverser, stérile ou ruiné; et, obligée d'emporter ses vivres, elle faisait au plus des étapes de trois lieues par jour *. En outre, il fallait être constamment sur le qui-vive, car Albert de Brandebourg pouvait revenir sur ses pas, reprendre la garnison laissée à Trêves, et assaillir inopinément des troupes exténuées de fatigue, embarrassées de nombreux chariots, et dont la cavalerie, en fort mauvais état \ ne pouvait éclairer les mouvements ®. Pour conjurer ce péril, Marie de Hongrie ordonna à d'Egmont de se jeter entre le marquis et Trêves , avec le plus de forces possible , sans trop dégarnir les forteresses du Luxembourg; mais un débordement de la Moselle ne^ permit pas d'exécuter cet ordre. Heureusement l'approche de l'armée impériale détourna l'Alcibiade de tout projet agressif, et ses bandes, en proie" à la disette, préférèrent à une périlleuse expédition

* Lettre du -17 juillet. Correspondenz, III, 379.

* Lettre de Charles-Quint à Philippe, du 25 décembre. Archives de Simancas, ann. au Journal du siège de Metz. — Lettre de Francisco Eraso à Philippe, du 46 novembre. Ibid.

' Lettres de Hugues de Melun, du 46 septembre; de de fioussu, du 48; de la reine, du 19. Lettres des seigneurs, VII, foH24, 464, 458.

* Lettre de de Boussu, du 48 septembre, précitée.

* Lettre du môme, du 46 septembre. Ibid., VII, f» 427.

* Lettre de Marie de Hongrie, du 23 septembre. Ibid., f" 204.

le pillage des contrées qu'elles occupaient ' . Bientôt même, on fut si rassuré sur leurs dispositions, que la reine prescrivît à d'Egmont de se mettre en mesure de rejoindre l'empereur avec son régiment et celui de Van HoU ^.

En effet, Albert de Brandebourg ne tarda pas à rappeler la garnison de Trêves ^, et se retirant avec toutes ses forces en Lorraine, il laissa le champ libre aux Impériaux *. Marie de Hongrie ordonna incontinent à de Boussu de se diriger vers cette ville, et de saisir l'occasion d'y entrer de gré ou de force *. La princesse n'avait pas cru à la sincérité des protestations de l'archevêque Jean d'Isembourg contre roccupation de sa capitale par l'Alcibiade ®, et elle pressa son frère de s'assurer d'une contrée dont le souverain lui était peu affectionné, disait-elle , entretenait des intelligences avec l'ennemi, pouvait causer de grands dommages aux Pays-Bas''. De plus, Trêves commandant le cours de la Moselle, il importait d'en avoir l'entrée pour le service des vivres de l'armée. Charles- Quint approuva l'idée, et comme le seigneur de Boussu manquait d'artillerie pour agir de force, l'empereur dépêcha au duc d'Albe des lettres invitant l'archevêque et les boui^eois de Trêves à ouvrir leur cité à ses troupes ®. Ils reçurent ces lettres, au moment où apparaissait, en vue de leurs murs, la division du seigneur de Boussu. Ce général réclama l'entrée

» Lettre de d'Egmont, du 24 septembre. Lettres des seigneurs, VII, f® 206.

• Lettre du même, du 28 septembre. Ibid., f» 254.

' Lettre de Marie de Hongrie, du 30 septembre. Correspondenz, IH, 494. — Lettre de Granvelle à de Boussu, du 4»' octobre. Reg. Collection de doc. hist., IX, f« 97.

* Lettre de Charles-Ouint, du 25 décembre, précitée.

* Lettre de Granvelle, du 4«' octobre,\précitée.

^ Lettre du 5 septembre. Correspondenz, III, 485.

7 Lettre de Charles4?uint, du 8 octobre. Papiers d'étal de Granvelle, III, 636.

• Lettre de Granvelle, du 4 «octobre, précitée.

de la ville, en se fondant « tant sur le droit de protection du duc de Luxembourg, que sur l'impossibilité où se trouvoient les habitans de se défendre contre les communs ennemis, à qui ils étoient obligés de donner ouverture, pour en user à leur bon plaisir au commun préjudice et dommage. » Il ajouta « qu'il avoit commandement d'aller à la rencontre de l'empereur, de lui assurer le passage de la Moselle et les vivres, et de se loger en sûreté à tout événement'. » Les circonstances ne permettaient guère de décliner cette invitation, et, le 2 octobre, à une heure de l'après-dînée, de Boussu prit possession de la place, où il mit en garnison le régiment de Van Holl, qui venait de le rejoindre \ avec les bandes d'ordonnances de Bréderode et d'Over-Embden \ Ses autres troupes campèrent dans les environs en attendant des ordres ultérieurs *.

Bien que chacun s'attendît au siège de Metz, aucun fait n'avait encore révélé l'intention de l'entreprendre. Aux yeux de la plupart des capitaines, la saison était trop avancée. Il fallait, disaient-ils, borner cette campagne à chasser les Français de Damvillers, d'Yvoy, de Montmédy, des petites villes de la Lorraine; puis, par des courses incessantes, ruiner le pays messin, affamer sa capitale, épuiser les munitions de sa garnison ^ Entreprendre un long siège à l'approche de la mauvaise saison était, selon eux, chose dangereuse, tenter une attaque de vive force contre une place si bien fortifiée , si bien ravitaillée , si bien fournie de

' Lettre du 4« octobre. Lettres des seigneurs, VII, fo 206.

* Lettres de d'Egmont, des 24 et 28 septembre, précitées.

' Lettre de de Boussu, du 2 octobre. Lettres des seigneurs, VII, f» 298. ^ Ibid. — Compte de Herman Breissgin (n» 2638), f° xviij.

* Lettre de Marie de Hongrie, du 28 septembre. Correspondenz, III, 493.

défenseurs, chose téméraire sinon impossible \ Le duc d'Albe seul, en courtisan plutôt qu'en homme de guerre, soutint une opinion qu'il savait être conforme aux désirs de Charles- Quint". Ce prince « avoit l'esprit piqué et sollicité d'un extrême dépit de se venger; » de plus, il comptait par la prise de Metz faire tomber en ses mains toutes les places de la Lorraine et se trouver en mesure, au retour du printemps, de pénétrer de nouveau au cœur de la France ^. Enfin , il voyait dans cette conquête le moyen « de sauvegarder l'intérêt deTempiraet son avenir, d'amoindrir la puissance du roi de France, de l'empêcher de prendre pied en Allemagne, de déjouer les complots de Henri II \ »

Toute irrésolution avait cessé dans son esprit, quand il quitta Landau (8 octobre) pour rejoindre son armée ^. Aussitôt

' Lettre de de Rœulx, du -13 septembre. Lettres des seigneurs, VII, f« 80. — « Madame, j'ai toujours veu le duc d'Albe résolu de s'attacher à Metz, lequel lieu de Metz je treuve bien difficultueux pour prendre, car, Madame, avant hier quand nous le fusmes reconnoistre, y eust plusieurs prisonniers pris, lesquels maintenoient qu'il y avoit dedans huit mille hommes et grande jonesseet noblesse de France, bien résolus d'attendre la fortune telle qu'elle pourra advenir, et que tous les jours il y avoit plus de dix mille personnes besoingnans aux rempars, et disoient qu'ils attendoient encores le soir quatre mille hommes qui debvoient entrer dedans, et qu'il y a dedans si grand nombre de vivres et de toute munition, qu'il n'est possible de plus, et tant que trouvois les villaiges ci-entour plains de fourraiges et de vins qu'ils n'ont prins la paioe de mettre dedans, qu'est bien signe qu'ils n'ont faulte de rien Madame, si ceste compagnie y est dedans, je n'ai jamais veu homme qui ait veu ne ouy dire que villes ainsi munies soient esté prinsespar force, et n'ai point aussi ouï dire qu'il se soit trouvé par escript. Dieu douit que les sieurs puissent bien perachever l'emprinse pour le service de Sa Majesté. » Lettre de de Boussu, du 23 octobre 4552 Ibid., f» 498, et Reg. Coll, de doc. hist,, IX, f« 425.

' Ibid. — Obsidendi autem consilii Dux ipse Albanus pœne solus auctor fuit. Sepulveda, De rébus gestis Caroli V, l. xxvii, 436.

' Rabutin, l. IV, 569.

* Lettre de Charles-Quint, du 25 décembre, précitée.

5 Lettre du duc d'Albe, du 8 octobre. Reg. Collection de doc. hisi , IX, f»409.

Marie de Hongrie, qui jugeait Toccupation de la Lorraine indispensable h la sécurité des Pays-Bas ^ poussa au succès de l'entreprise, « avec la diligence qu'elle avoit coutume d'apporter dans toutes les affaires. » Elle dirigea en grande hâte sur l'armée impériale de l'artillerie, des munitions, des pionniers ; réunit sur la Moselle un grand nombre de bateaux pour le service des vivres, et prévint le duc d'Albe qu'elle ne le laisserait point manquer de soldats ^. Le duc , alarmé par quelques mouvements des Français, ayant craint de les voir, unis à Albert de Brandebourg, l'assaillir dans sa marche rendue difficile par le mauvais état des chemins ^ , la reine ordonna à de Boussu de le rejoindre sans retard. D'Egmont devait le suivre avec la plupart des troupes préposées à la garde du Luxembourg, où les remplacèrent de nouvelles enseignes de piétons et d'arquebusiers levés dans les Pays- Bas ^

Les craintes du duc d'Albe étaient peu fondées : loin de songer à d'audacieuses entreprises, les Français, sachant « que l'empereur recouvroit toujours l'occasion de se venger ^ , » ne s'occupaient que des moyens d'éviter sa vengeance. Henri H voyait son royaume épuisé ^ , « la pauvreté

» Lettre du 28 septembre, précitée.

' Lettre du duc d'Albe, précitée. — Lettre de Marie de Hongrie, du 2 octobre. Lettres des seigneurs, VII, f® 292.

^ Lettre du duc d'Albe, précitée.

* Compte de Herman Breissgin, précité, f«« xvij *«> et suivants. — Compte de P. E. deMansfeld, f«xij.

* Rabutin, l IV, 563.

^ « Que le roy de France faict rassembler de tous costez de son royaulme le plus de gens qu'il peult, qu'il commenche grandement oppresser ses subgectz, tant ecclésiastiques que séculiers, par le redoublement des tailles sur les paroicbes, et les faire payer en lieu de xx xl, que toutes les villes de son royaulme ayant furny au roy argent et gens, sont conslrainctz aussy le redoubbler, que

d'argent * » telle qu'il avait dû licencier la majeure partie de ses troupes étrangères ^ ; or, l'armée française , réduite à ses propres forces, était incapable de tenir la campagne, et les capitaines des Pays-Bas, qui ne l'estimaient guère, traitèrent de forfanterie, le projet que l'on prêtait au roi de « venir, à grande puissance , en délibération de donner bataille à Tempereur^ » Ce projet était en effet fort éloigné de la pensée de Henri II; dans la prévision que rien ne serait épargné pour lui reprendre les Trois-Évêchés, il consacrait toutes ses ressources à y accumuler les moyens de défense *. Metz, Toul et Verdun avaient reçu de fortes garnisons et une nombreuse artillerie ; elles avaient été considérablement ravitaillées ^ et, dès le 18 août, le duc de Guise était venu

ceste oppression causera grande misère au royaulme de France et murmure entre son peuple, lequel desjà a commenchié à se élever, disantz qu'il ne leur est possible y povoir furnir, que ledit roy, en récompense de ce, a consenty à tous ses subgetz marchans et aultres, qu'ilz pourront hanter tous pays d'ennemys sans debvoir obtenir saulfconduit ou payer aulcun droict des marchandises qui sortiront et entreront. » Lettres de Rouen, du xviij« d'octobre 1552. Lettres des seigneurs, VÏI, f°542.

» « Dit beaucop de la pouvreté d'argent estant en France. » Extraict d'une lettre escripte en Anvers, le ix«de novembre 4552. Ibid., Vlll, f"65.

' Rabutin.

' « Cedit soir m'est. revenu une espye que j'avoye envoyé audit Metz. . . . en bien grande et extrême dilligencese fortiffient. Et estre le bruyt en ladite ville que le roy vient à Verdun, à grande puissance en délibération de donner la bataille à l'empereur, ce qui me semble estre plus tost pour donner corraige ausdits de

Metz que aultrement Et davantaige estre aussy le bruyt audit Metz qu'ilz

sont délibérez de brusler et gaster le pays ^e là entour, pour discommoder le camp de Sa Majesté de tous fourraiges, ce que ledit marquis a desjà encommencé de faire, à quelle fin, comme je tiens, il fait sy petites journées. » Lettre de d'Egmont, du 46 septembre. Lettres des seigneurs, VII, f» 429.

^ Discours du temps de la rivalité de Henri II et de Charles-Quint, éd. par M. Chabert. Metz, 4849.

* Lettre du comte d^Egmont, du 43 septembre. Lettres des seigneurs, VII, fo 92.

s'enfermer dans la première de ces villes avec une foule de jeunes seigneurs brûlant du désir de se distinguer sous cet illustre capitaine \

Toutefois, lorsque les Français virent le duc d'Albe se diriger vers la Moselle, ils crurent, un moment, à une attaque sur Yvoy ou Damvillers. Le duc de Guise ordonna sur-lechaftip de ravitailler ces places et d'évacuer Rodemacheren , fort compromise depuis l'occupation de Trêves par les Impériaux. Les mouvements qui avaient inquiété le duc d'Albe tendaient à effectuer ces opérations, que favorisèrent le voisinage de TAlcibiade, toujours menaçant pour Thionville, et quelques coups de main des capitaines de la Champagne , où se concentrait Farmée royale ^ Les Français abandonnèrent Rodemacheren, dans la nuit du 7 au 8 octobre, et la place, qu'ils avaient livrée aux flammes, fut pillée par les paysans des environs. Jean de Lyere, qui revenait en ce moment d'une inspection faite à Thionville, apprenant en route la retraite de l'ennemi, courut aussitôt à Rodemacheren et arrêta le pillage ainsi que l'incendie assez à temps pour sauver l'artillerie et les munitions abandonnées par les Français ^.

Le comte d'Egmont, que les brigandages des bandes de l'AIcibiade avaient retenu dans le Luxembourg, au moment où

" Tous pourtant n'attendirent pas l'arrivée des Impériaux , et d'autres en sortirent pendant la durée du siège. « J'ay entendu par ung souldart de la garnison prisonnier, aulcuns seigneurs depuis estre assiégés en estre sortiz comme le duc Oracio et messieurs d'Enghien et de Montmorency et son frère. Le prince de Ferrare en partit devant que nous y vînmes. » Lettre de d'Egmont, du 25 novembre. Lettres des seigneurs, VUI, f® 244.

* Le Siège de Metz en l'an MDLII, par Bertrand de Salignac Fénelon, édité par M. Chabert. Metz, in-4«, 4856. — Rabutin, l, iv, 569. — Lettre de d'Egmont, du 43 septembre, précitée.

^ Rapport de Jean de Lyere. — Lettre de d'Egmont, du 8 octobre. Lettres des

seigneurs, VII, f" 367 et 373.

il allait rejoindre Tarmée impériale \ manquait de troupes et les Français eurent libre carrière. Le 13 octobre, vers minuit, le seigneur de Jametz, à la tête d un gros détachement, investit inopinément Virton , où le comte avait mis une enseigne de piétons sous le capitaine Malandry, et cent arquebusiers à cheval commandés par le seigneur de Hayon, lieutenant de Mansfeld, « afin d'y réunir le plus de grains possible et d'empêcher les garnisons ennemies d'en tirer de la contrée. • La place fut si étroitenaent cernée, qu'il fut impossible d'en faire sortir un seul homme, et, le lendemain, vers dix heures du matin, les Français la battirent avec quatre pièces d'artillerie. Il fallut peu de temps pour ouvrir la brèche, et donner l'assaut. Les assiégés le soutinrent pendant plus de deux heures, « faisant grand dommage à l'ennemi, à qui ils tuèrent environ 80 hommes avec plusieurs gens de bien, entre autres, un frère du capitaine de Montmédy et deux porteurs d'enseignes; » ils en blessèrent un plus grand nombre et emportèrent comme trophées deux enseignes prises sur la brèche. Quant à leur perte , elle ne s'éleva qu'à cinq morts et quelques blessés. Une plus longue résistance leur parut pourtant impossible , et jugeant l'honneur sauf, la garnison capitula. Il lui fut accordé de « sortir vie sauve et libre de prison. En signe de ce lui donnèrent lesdits ennemis convoy pour se retirer une bonne demy lieue, jusques près du bois; là survint une autre. troupe d'ennemis qui la fit retourner et la déclara prisonnière. » La plupart des arquebusiers, avec leur chef, se firent jour et rejoignirent d'Egmont; mais les piétons furent contraints de payer un mois de solde pour rançon. A peine entrés en ville et sans

' Lettre du i6 septembre, précitée.

même descendre de cheval, les Français y mirent le feu et se retirèrent en toute hâte, prévenus sans doute de l'approche de d'Egmont, qui accourait avec 15 enseignes de piétons et 700 chevaux. Sa prompte arrivée sauva Villemont, Sainte-Marie, Neufchâteau, Bastogne, Marche, à qui était réservé le sort de Virton , et obligea le seigneur de Jametz à une retraite si rapide qu'on n'essaya même pas de le poursuivre ^

Peu de jours avant l'incendie de Virton, un parti français avait pénétré dans le pays d'Entre-Sambre-et-Meuse ; mais il n'y trouva point aussi bonne fortune. Assailli par les milices de cette contrée, il essuya une défaite complète et laissa entre leurs mains son chef, le baron de Saint- Amand, avec beaucoup d'autres prisonniers ^.

Cependant le duc d'Albe s'était éclairé sur la nature des expéditions de l'ennemi, et il conseilla de laisser de Boussu et d'Egmont pour surveiller Albert de Brandebourg, jusqu'à l'arrivée dé l'empereur. Il pria même la reine de suspendre toute levée de troupes, vu la difficulté des vivres ^ En conséquence d'Egmont resta dans le Luxembourg, et Marie de Hongrie résolut d'envoyer de Boussu au-devant de son frère. Mais ce général avait à peine quitté son campement avec le régiment d'Arenberg, quatre bandes d'ordonnances et 3,000 chevaux de Holstein, qu'il reçut un contre-ordre lui prescrivant de se diriger vers Metz, pour opérer sa jonction avec d'Albe \

• Lettres de d'Egmont, des ^5 et 49 octobre. Lettres des seigneurs, Vil, f»* 432 et 457. — Rabutin.

' Le 40 octobre, Marie de Hoogrie ordonna de conduire ces prisonniers de Namur à Wavre. Compte de P. E. de Mansfeld, f" xxij vo. ^ Lettre du duc d'Albe, précitée.

* Lettre de de Boussu, du 47 octobre. Lettres des seigneurs, Vil f« 449. — Rapport du 43 octobre. Correspondenz, III, 497.

Le duc traversa la Sarre sur un pont de bateaux, non loin de Sarrebruck, et vint, le 14 octobre, camper à Faulquemont\ à la tête de 14,000 fantassins, 4,000 chevaux, avec un parc d'artillerie de campagne et de siège ^. Le 15, pendant que ses pionniers réparaient les chemins défoncés par les pluies, il poussa une reconnaissance jusqu'au village de Sainte-Barbe ; quelques gendarmes s'avancèrent même sous les murs de Metz, chassant devant eux une vingtaine de cavaliers'. De Boussu arriva le lendemain, et le général espagnol alla, le même jour, avec une forte escorte, reconnaître la ville des hauteurs de la Belle-Croix. Il y fut attaqué par une troupe d'arquebusiers qui, soutenus par les batteries des défenses de la place et favorisés par les accidents du terrain couvert de clos de vigne, engagèrent une fusillade également meurtrière pour les deux partis *.

Le 1 7, l'armée arriva à deux lieues de Metz ^ et, le lendemain, elle se porta vers la ville dans l'ordre suivant : six compagnies de chevau-légers espagnols; 2,500 à 3,000 cavaliers boêhmes; 2,000 reîtres, sous Jean de Brandebourg; les 3,000 chevaux du duc de Holstein ; l'artillerie de campagne ; deux régiments d'infanterie allemande; 4,000 Italiens; la grosse artillerie et les munitions; l'infanterie espagnole; les bagages; enfin, le régiment d'Arenberg et les quatre bandes

' Rapport du 45 octobre, précité.

' Râbutin, l. IV, 574. — DoM Calmet, 1. c, 690.

^ Rapport précité, — Bref discours du Siège de Metz en Lorraine, rédigé par escript, de jour en jour, par un soldat, à la requeste d'un sien amy. Ardiives curieuses de l'histoire de France, 4"' série, III.

* Bref discours.

5 Lettre du seigneur de Boussu, du 47 octobre, précitée. — Lettre de Charles- Quint au roi des Romains « du 47 octobre 4552. Correspondenz , ni, 502.

d'ordonnances de la division de Boussu*. Cette division fut laissée en arrière pour couvrir les mouvements des autres corps, qui s'établirent en deçà de la colline de la Belle-Croix. Le 19, le duc d'Albe fit une nouvelle reconnaissance de la place , à la tête de 1 ,000 Espagnols , 1 ,000 Italiens , deux régiments allemands et S,000 chevaux ". Il trouva embusquée dans les vignes une nombreuse troupe de Gascons, que les Espagnols et les Italiens refoulèrent, après une assez vive escarmouche, jusqu'au delà du pont Saint- Julien. Ce combat coûta aux Impériaux trente blessés et six tués; le capitaine Navarete fut blessé à la jambe et atteint au casque de deux coups d'arquebuse. Ils firent à l'ennemi deux prisonniers, et n'en laissèrent aucun en ses mains. Suivant leurs rapports, il perdit plus de deux cents hommes tués ou blessés, et cette version semble justifiée par les rapports français, qui accusent la perte du seigneur' de Marigny tué, des seigneurs de Mompha, de Silly, de la Vaure morts des suites de leurs blessures. Deux autres capitaines. Saint- Aubin et Soley, furent mis hors de combat^. Le duc, maître de la campagne, compléta sa reconnaissance, sans plus être inquiété \

' « L'ordre que se doibt tenir pour marcher demain xviij» d'octobre 1552. » Annexe accompagnant une lettre de de Boussu, du 47 octobre. Lettres des seigneurs, VII, f" 454. — Les chiffres sont tirés d'une lettre de Louis de Orejuela à Gonzalve Ferez, du 28 juillet. Archives de Simancas, annexe au Journal du siège de Metz, 1. c. •

' Nouvelles de l'armée de Sa Majesté et de la S^rénissime Reine Marie, pour le Sérénissime prince, notre seigneur, datées du 22 octobre 45S2. Archives de Simancas. Annexe au Journal du siège de Metz. — Salignac Fénelon porte cette division à 44,000 piétons, 4,000 chevaux et 6 pièces de campagne; c'est comme on l'a vu plus haut, le chiffre du corps d'armée qui passa la Sarre.

^ Nouvelles de V armée, — Salignac Fénelon.

* « Par ces prisonniers nous avons appris que les François ont eu, entre morts et blessés, plus de deux cents hommes, quoique ce fussent des soldats gascons et qu'ils fussent embusqués dans des vignes qui s'étendent près de la

Dans rentre-temps, Gharles-Quint, malgré ses souffrances, s'était mis en marche avec son corps d'armée* ; mais ses forces physiques trahirent son énerve, et il fut obl^é de s arrêter à Boulay (20 octobre). Il y appela le duc d'Albe, qui vint, accompagné de de Boussu, lui rendre compte de Tétat des choses et, prévoyant d'assez longues opérations préliminaires, il résolut de se retirer provisoirement à Thionville^ Il ne garda près de sa personne que deux régiments allemands avec quelque cavalerie, et envoya le surplus de ses troupes à l'armée de siège ^. De Boussu la rejoignit également, le 22 octobre, et le même jour le duc s'établit sur le mont Châtillon avec sa grosse artillerie, qu'il entoura de retrancheplace. Nous les délogeâmes vite de ces vignes, les forçant à se retirer dans la ville, de manière que la campagne resta libre, et qu'on put faire la reconnoissance à loisir. La cavalerie françoise n'osa point sortir pour escarmoucher contre la nôtre; aussi le duc, après avoir complété sa reconnoissance, rentra avec ses troupes au camp d'où il étoit parti. » Nouvelles de l'armée, etc.

' Lettre du 25 décembre, précitée. — a Sa Majesté s'était arrêtée à landau, à cause de son indisposition, et ensuite pour ne pas perdre trop de temps, elle se mit en route malgré ses souffrances, avec le reste de l'armée, commis à la garde de sa personne. » Lettre de Francisco Eraso à Philippe, du 46 novembre !552. Archives de Simancas, l. c.

' « Aux environs de Boulay, Sa Majesté ne se trouvant pas bien, et sa présence à l'armée n'étant pas nécessaire, puisqu'il ne s'agissait que de reconnaître la place de Metz, de faire parvenir les munitions et l'artillerie dont on attendait l'arrivée par eau, et de faire des tranchées et des plates-formes pour détruire quelques tours très-élevées, d'où l'on pouvait tourmenter et faire quelque mal dans le camp. Sa Majesté se«résoiut venir à Thionville pour se guérir. » Ibid, ^

« Par cestes Votre Majesté sera advertie que la goutte de Sa Majesté aiant esté au bras et main droicte bien forte et à deux genoulx, et touché le bras senestre, est venue en totale déclination, la fièvre a esté à l'accoustumé, mais moins forte et suivante la défluxion et douleurs. Il dort maintenant bien et recouvre quelque goust à manger. » Lettre de Corneille de Baesdorp à Marie de Hongrie, du 26 octobre. Reg. Colleclion de doc. hist., IX, f® 429. — Rabutin. L. IV, 574 . — Lettre de Charles-Quint, précitée. — Nouvelles de l'armée.

^ Lettre du 25 décembre, précitée. — Nouvelles de l'armée

ments*. De Boussu, à son arrivée, eut à soutenir un combat de cinq à six heures contre un corps d'environ 5,000 hommes sorti de la place, « et en furent des deux côtés plusieurs accoustrez^. » Le lendemain l'armée parut devant la ville ^ mais de fortes pluies l'obligèrent à rétrograder à un quart de lieue ou « deux milles d'Italie de la muraille ^ » Dans cette position, elle attendit le retour du beau temps, faiblement inquiétée par des sorties. Il y eut aussi quelques escarmouches entre la cavalerie française et les chevau-légers espagnols, qui passaient fréquemment la Seille et la Moselle pour enlever le bétail de la garnison dans les vastes prairies au sud-ouest de Metz ^

' Nouvelles de l'armée. — Salignac Fénelon. — Bref discours.

• • Encore hier en arrivant le camp ici, il y avoit plus de trois mille hommes de la ville dehors tout au long de leurs fossez, harquebutans bien cinq ou six heures de long, et en furent des deux costez plusieurs accoustrez. » Lettre de de Boussu, du 23 octobre, précitée.

' Lettre de Marie de Hongrie, du 25 octobre. Lettres des seigneurs, Vil, fo 520.

4 « Sa Majesté s'est résolue avant-hier de se retirer à Thionville, pour son indisposition, et que les gens de guerre viendroient ici pour se mettre sur Metz, où sommes à présent à ung quart de lieue près. » Lettre de de Boussu, du 23. Reg. Coll. de doc. hist., IX, f» 125. — « Le 23, l'armée arriva à Metz; mais, à cause du mauvais temps, elle s'arrêta dans le logement qu'elle avait pris la première nuit à deux milles italiens de la muraille. « 1>ettre de la cour de Sa Majesté, du 4 novembre. Archives de Simancas, 1. c.

«r Le 23 du mois passé. Sa Majesté est entrée de nuit et par une pluie battante à Thionville. Cette pluie, qui est tombée j4|^qu'au 27, fut très-incom> mode pour l'armée, et particulièrement pour les voitures de vivres, à cause de la boue. » Ibid.

^ « Il se fait toujours quelques escarmouches, mais pas aussi souvent qu'au commencement du siège, où les Français sont souvent venus aux prises avec nos arquebusiers qui, malgré leurs efforts, leur ont pris et leur prennent encore, en passant la rivière à cheval, le bétail qu'ils envoient à la pâture hors de la place. » Nouvelles de la cour de Sa Majesté, pour le Sérénissime prince Notre Seigneur, 29 octobre. Ibid. — Lettre du 25 décembre, précitée.

L'armée assiégeante, dont Teffectif a été singulièrement exagérés était composée « de bonnes gens bien délibérées, et de la plus brave gendarmerie qu'on eût jamais vue^. » La

• Les historiens varient sur la force de Farinée impériale que Sandoval porte à 6,000 Espagnols, 4,000 Italiens, 49,000 Allemands et Belges, et 40,000 chevaux, outre 5,000 chevaux du train ; Sepulveda, à 46,000 Allemands et Belges, 4,000 Italiens, 6,000 Espagnols et 40,000 chevaux allemands, auxquels la défection d'Albert de Brandebourg ajouta 42,000 fantassins et 4,500 cavaliers; Leti, à 44,000 hommes d'infanterie et 40,000 de cavalerie, qu'Albert de Brandebourg renforça de 20,000 piétons et 3,000 chevaux; dom Calmet, à 44 régiments, 463 enseignes de lansquenets, 27 enseignes espagnoles, 4,600 Italiens, 42,000 chevaux et 7,000 pionniers; et M. Worms {Mémoires de V Académie des lettres, sciences, arts et agriculture de Metz, 4847-4848, p. 307), à 42,000 Allemands, 8,000 Espagnols, 4,800 Italiens, 42,000 hommes de troupes des Pays-Bas, plus 7,000 pionniers et les chevaux du train.

On donne encore d'autres chiffres variant de 400,000 à 440,000 hommes, mais ils ne méritent pas d'être rapportés.

Suivant une lettre de Francisco Eraso à Philippe, l'armée impériale, après avoir reçu les renforts d'Albert de Brandebourg, s'élevait de 50,000 à 60,000 hommes. «< Avoir ramené Albert à nous est une chose de grande importance, non-seulement pour le siège de Metz qui, au moyen de son armée, est complètement entourée et devant laquelle se trouvent actuellement de cinquante à soixante mille hommes, mais encore pour le repos de l'Allemagne. » Lettre du 46 novembre précitée. Ce chiffre est celui qui se rapproche le plus de la vérité. En effet, si l'on décompose le chiffre de cette armée, on voit que le corps principal, sous le duc d'Albe, ne comptait d'abord que 4 4,000 fantassins et 4,000 chevaux. DeBoussu lui amena le régiment d'Arenberg, formé de dix enseignes assez mal fournies, quatre bandes d'ordonnances, toutes au-dessous de leur effectif, et 3,000 chevaux du Holstein ; cette division fut renforcée plus tard par quatre enseignes du régiment du bailli du Brabant wallon, et deux autres bandes» d'ordonnances; de son côté le duc d'Albe reçut les troupes qui avaient été chargées de la garde de l'empereur, et qui certainement étaient inférieures en nombre à celles qu'il avait conduites devant Metz. Quant à Albert, il avait 45,000 piétons et 2,000 à 3,000 chevaux. Des rapports disent même 8,000 piétons et 4 ,600 chevaux seulement.

^ « Madame, je ne vous sçaurois escrire le nombre de gens qui sont ici, tant de cheval que de pied , et ne pense que depuis que Sa Majesté est née, qu'il ait jamais eu si belle armée que ceste ici, en si grand nombre ne si belle et bonnes gens, et si bien délibérez comme toute ceste trouppe est. Et il y a la

plupart de ces soldats, Espagnols, Italiens, Allemands, Beiges, avaient vaincu à Pavie , à Ingolstadt, à Muhlberg. Nétaient-ce pas les mêmes soldats qui avaient emporté, rapides comme la foudre, les inexpugnables remparts de Duren? et, « Dieu aidant, ils espéroient bien obtenir la victoire dans cette occasion comme dans les autres \ » Malheureusement ils n'étaient plus conduits par leur grand empereur, et de tous ses généraux, celui qu'il avait pris pour lieutenant, était le moins cfipable de le remplacer.

Don Ferdinand Alvarez de Tolède, duc d'Albe, avait été capitaine général des armées d'Espagne, en 1542, et s'était distingué par la défense de Perpignan. Il n'en était pas moins considéré comme un médiocre capitaine, et « chacun s'étonna, dit un ambassadeur vénitien, juge impartial, de le voir employer dans les guerres d'Allemagne. On comprit que l'empereur voulait complaire aux Espagnols , car il n'y avait aucun homme de guerre qui estimât le duc comme bon général ou même comme bon soldat. Il savait peu de chose ; on le réputait fort timide, et, si ce n'avait été la présence de l'empereur, qui voulait tout faire par lui-même et mettre les autres en évidence, les affaires se seraient passées autrement ^ » Cette appréciation se retrouve dans tous les rapports des ambassadeurs de la république ', dans les écrivains français de

plus brave gendarmerie que j'ai jamais veu en toutes les armées où que me suis oncques trouvé. » Lettre de de Boussu, du 23 octobre. Lettres des sei~ gneurs, VII, f» 498. — Reg. Coll. de doc, hist., IX, f» >I26.

* a Nos soldats sont si bien disposés que rien ne pourra les arrêter : ils espèrent, avec l'aide de Dieu, obtenir la victoire dans cette occasion comme dans les autres. » Lettre de la cour, du 4 novembre.

* Relations de L. Contarini. Relat., 75.

* « A la guerre, il montre, en toutes les occurrences, une grande timidité et si peu d'intelligence, que l'empereur ne lui confia jamais de charge loin de sa

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