‹ Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique (volume 3)Chapitre 3 sur 22 · IX · texte numérisé non relu

IX

En effet, « le bruit de cette condamnation s'étant répandu en la ville, où Tielman étoit fort considéré, tout le peuple en fut si ému, qu'on redouta une sédition. Les prêcheurs tâchèrent en vain de l'apaiser en racontant force calomnies et mensonges contre le condamné; » pour la prévenir, U fallut choisir dans les gardes bourgeoises et les serments six cents satellites. Encore, malgré ce déploiement de forces, « les juges, sachant que la foule étoit fort animée contre eux, n'osèrent amener de jour le prisonnier par la ville. » De grand matin il fut transféré sous bonne escorte à la maison communale, où il resta jusque vers dix heures (27 janvier). Alors les bourreaux l'en tirèrent pour le conduire au supplice. En voyant le grand amas de fagots disposés pour le bûcher, il dit à haute voix : « Qu est-il besoin de tant de bois pour consumer ce pauvre corps ? Il en falloit beaucoup moins, et que ne distribuez-vous le superflu aux pauvres gens qui meurent de froid ?» On avait dressé une espèce de petit tabernacle de bois et de paille, où les bourreaux « dévoient l'étrangler, selon la coutume, afin de lui amoindrir quelque peu le supplice et ne le pas brûler en pleine vie. » Mais il refusa d'y entrer, disant : « Il n'est point nécessaire de vous donner cette peine, frères, car je n'ai pas peur du feli. Non, je l'endurerai volon^ tiers pour la gloire de mon seigneur Jésus-Christ qui a souffert pour moi de plus grands tourmens de corps et d'esprit. Permettez-moi seulement de prier un instant; vous ferez ensuite de moi tout ce que vous voudrez. » Après une courte prière il se déchaussa, demandant qu'on donnât ses souliers à quelque pauvre, au lieu de les perdre dans le feu, et il monta ensuite avec sérénité sur le bûcher, d'où ses cendres furent retirées pour être jetées dans la Senne- « Le peuple murmura assez ouvertement d'une telle impiété et se

disoient des propos assez ouverts contre un si méchant acte. De ce temps-là les moines et autres m^nus prêtres commencèrent à être fort hayz à Bruxelles, combien qu'auparavant ils ne fussent guère aimés; mais dès lors quand ils venoient demander Taumône aux maisons des bourgeois, on leur répondoit qu'il n'y avoit personne qui leur donnast qu'ils ne fussent pretz par leurs calomnies de faire mourir en récompense ; que Gilles n'avoit esté brûlé pour autre chose que pour avoir distribué tout son bien aux pauvres, et partant qu'on ne leur donneroit rien de peur de mourir. Ce qu'encore maintenant les enfans chantent à Bruxelles V »

L'auteur de ces récits, François de Enzinas, faillit subir le même sort. Ce gentilhomme espagnol avait traduit dans sa langue le Nouveau Testament, et dans une audience qu'il eut à Bruxelles, il avait offert la dédicace de son livre à Charles- Quint. Ce prince en accepta un exemplaire et lui promit sa protection, dans le cas où son confesseur, Pierre de Soto, ne trouverait rien de répréhensible dans cette publication. L'accueil était de nature à encourager l'auteur ; mais le mécompte fut prompt et cruel. « François, lui dit Pierre de Soto, la lecture du Nouveau Testament a toujours été estimée, entre les catholiques, la cause d'où sont sorties toutes les hérésies. Aussi le seul moyen qui a gardé l'Espagne pure de toute erreur, a été la prohibition de cette lecture en langue vulgaire^. Votre traduction est donc une entreprise par trop

' De l'estatdu Paisbas, \%S-'^'3^0.

' La connaissance de la parole de Dieu semblait en effet chose bien dangereuse à ces prêtres. Corneille-Henri Mathys, de Bruges^ le médecin de Philippe n, qui accompagna Charles-Quint à Yuste, y ayant apporté une Bible française, le confesseur de l'empereur l'obligea de la déchirer. Anecdote recueillie aux archives de Simancas par M. Gachard. Retraite et mort de Charles- Quint, I, 197.

a2 RÉGNE DE GH ARLES-QUINT EN BELGIQUE.

audacieuse, c'est un crime contre l'empereur, contre votre pays, contre la religion. En effet, vous avez méprisé les lois du grand monarque du monde, vous avez souillé la beauté et la pureté de votre patrie par un mauvais exemple de nouveauté, vous avez violé la religion, vous avez, en un mot, fait un acte exécrable surpassant tous les crimes possibles, et méritant plus que la mort. En outre, j'apprends que vous avez été en Allemagne, que vous avez demeuré avec Philippe Mélanchton, et que, partout où vous vous trouvez, vous avez accoutumé d'exalter ses vertus et ses louanges, ce qui est de soy digne de mort, quand il n'y auroit autre chose. Enfin, on vous attribue un petit livre espagnol très-pernicieux, qui trotte aujourd'huy çà et là. Or ces faits sont fort graves et je ne sais comment vous vous en purgerez, ni comment vous éviterez le tourment \ » A l'issue de cet entretien, et à la porte même du couvent où il avait été attiré, le malheureux traducteur fut arrêté et jeté en prison, d'où il ne comptait sortir que pour marcher au supplice, lorsque après quinze mois de détention, il trouva les barreaux d'une fenêtre descellés et les portes ouvertes. Charles-Quint, revenu récemment à Bruxelles, avait -il favorisé cette évasion? Avait -elle été préparée par les nombreux et puissants protecteurs d'Enzinas? La conduite du prisonnier qui, rendu à la liberté, resta plus d'un mois encore dans le pays, les épithètes louangeuses qu'il donne à Marie de Hongrie, son admiration pour Charles-Quint, dont il attribue l'intolérance à de funestes pressions contre lesquelles sa raison et son cœur luttaient en vain, ouvrent le champ à d'étranges suppositions ^.

> De restât du pais bas, 90-92.

* Le livre d'Enzinas eut une grande vogue dans les Pays-Bas, comme le prouvent les violentes attaques de ses adversaires.

Tandis que le traducteur du Nouveau Testament échappait de la sorte à ses persécuteurs, la plupart des personnes qui avaient encouragé son entreprise, eurent en partage la prison ou l'échafaud. Le plus célèbre d'entre eux, François de San Roman, fut arrêté, en 1545, au retour d'un voyage, et, après avoir séjourné dans différents cachots, il fut transféré en Espagne, livré au Saint-Office, et brûlé à Valladôlid; l'inquisition eut ainsi la satisfaction de récréer le peuple par l'auto-da-fé d'un hérétique de mérite et de bonne maison \

Les provinces wallonnes subissaient le même sort, et de nombreuses exécutions y montrent tout à la fois et les progrès des doctrines évangéliques ^ et l'impuissance de la persécution. A Douais Jean Marlaer, Marguerite Boular sa tante, Hector Revin et sa femme périrent « pour avoir rejeté les inventions des hommes ^. » Un prédicateur français, Nicolas Larchier, qui se rendait en Angleterre, fut arrêté à Mons, où il avait eu des conférences avec la petite congrégation de cette ville, et condamné à itre « brûlé tout vif, comme schismatique, hérétique, excommunié et impénitent ^. » A la lecture de cette sentence, il loua Dieu et, secouant la poussière de ses habits : « Mes amis, dit-il aux assistants, c'est ainsi que je me purifie, parce que je suis invité au mariage de l'Agneau, » Comme on le conduisait au supplice, il s'écria : « Charles, Charles, votre

' Étude sur le caractère et les vicissitiuies de la Réforme à Anvers.

" « Pour ce que sommes advertys que aucuns inhabitans de nostre ville de Nyvelie, infectez de la secte luthérienne et autre hérésie, se soient abzentez et enfouiz hors ladite ville, tellement que Ton ne les peut appréhender... » Lettre de Charles-Quint, du 4«' août 4545, ordonnant aux maleur et échevins de Nivelles d'ajourner les fugitifs et de procéder contre eux par défaut. M. Ga- CHARD, Anal, hist,, 1. c, VII, 468.

^ j. D£ Wesenbeke, 29»

4 Ibid. — Voir la sentence et Pacte de son exécution. Bulletins de la Commission royale d'histoire, 2« série, VIII, 32 et 33.

34 RÈGNE i)E CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

cœur sera-t-il toujours endurci ! » Frappé au visage pour ce propos , il se tourna vers le peuple et lui dit : « Hélas 1 pauvres gens, vous ne méritez pas qu'on vous prêche la parole de Dieu! » Attaché au poteau et injurié par des moines qui lui reprochaient d'être possédé d'un démon, il leur répondit par ce verset du psalmiste : « Éloignez -vous de moi, ouvriers d'iniquité, car le Seigneur a entendu la voix de mon gémissement. » Il périt en s'écriant deux fois : « Père éternel , je remets mon âme entre vos mains ' ! » Son hôte, Augustin Barbier ou Du March...., paya de sa tête l'hospitalité qu'il lui avait donnée ; et la femme de ce dernier, Marie Fournier, réservée à un plus horrible supplice, fut enterrée vive ^ Nicolas le Vilain, arrêté à Spy avec sa femme « et ung enfant, pour cause qu'il estoit suspitionné estre luthérien, en tant qu'il disoit mal de Dieu et déprisoit notre saint -père le pape, prétendant qu'il n'estoit qu'un pécheur comme les aultres, par quoy on n'estoit tenu aller à confesse à luy *, » fut brûlé vif à Namur, ainsi

' 6. Brandt.

' Ibid. — J. DE Wesenbeke. -— Le Protestantisme belge. — Voir la sentence interlocutoire concernant Marie Fournier. Bulletins précités, 34.

* « L'an mil v « xlv, le xjy* jour du mois de maye, fut prins prisonnier au lieu de Spy, ung appelle Nicolas le Villain, pour cause qu'il estoit suspicionné estre leuther, en tant qu'il disoit mal de Dieu et déprisoit notre saint-père le pape , et qu'il n'estoit qu'un pécheur comme les avltres, par quoy on n'estoit tenu aller à confesse à luy, dont, sur telles paroles, fust appréhendé par le maïeur de Spy avecq sa femme et ung enfant, et a esté ledit prisonnier exécuté à Namur par le feu. » Compte de J. de Feroz (n» 45466), f«» v et v v«>. — « Pour avoir gardé et entretenu es prisons ledit CoUin Villain, sa femme et une sienne fillette, et tenuz prisonniers pour cause d'hérésie l'espace de xxvj jours. » Compte de P. E. deMansfeld (n» 4S222), f«> xxij. — a A Jacques Castaigne, procureur général de l'empereur en son conseil à Namur, pour l'appréhention, procès et exécution criminel dudit feu Collin Villain, natyf de Tournay, luthérien, exécuté par le feu le xvj» jour de novembre xv « xlv. » /ôirf., f*» xxij v*.

que Jacques Driessens*. Jean Coley, maître d'école \ Jean Wanot, condamnés au même supplice, obtinrent d'être décapités, « à la prière de plusieurs gens de bien '. » La même faveur fut accordée à Gaspar Winant de Jambes , et le bourreau « profita des fagots déjà disposés en bûcher *. » A Tournai , où la réforme comptait de nombreux partisans , on exécuta par le feu ou par le glaive Michel Michelot, « pour avoir adhéré à l'évangile *, » Marie d'Audrian, « et plusieurs autres^. » Un tailleur qui abjura fut décapité, et sa femme qui confessa sa foi, » fut enterrée dans un tonneau avec la

' « L'an mil v < et xlvj, le premier jour de mars, ung nommé Jacques Driessens, natif de Moustier-sur-Sambre, leuthérien, jugié à estre ars et brûliez, ce qui at esté fait. » Compte de J. de Feroz, précité, f» v v*.

• « Le xv« jour du mois dé may audit an xv « xxxvij, fut prins et constitué prisonnier ung appelle maistre Jehan Coleye, pour ce qu'il estoit famé d'estre luthérien et infidèle, ce qu'il fut trouvé par les inquisiteurs de la foy, par messieurs du conseil de Tempereur audit Namur, et par plusieurs autres gens d'églîse de la loy et autres, tellement qu'il a esté condempné à estre exécuté par l'espée comme lutérien et infidèle. » Compte de J. de Hemptines (n<> 45554), de 4536*4540, f» vj. — « Pour avoir esté par deux fois aux enquestes audit lieu de Lembourch, auquel lieu ledit maître Jehan a voit demoré et tenu escole. »

/6*U. (• Vj ro.

' « Pour avoir, en l'an xv « xlj, prins et appréhendé au corps au lieu de Thynes, ung nommé Jehan Wanot, estant famé d'estre luthéryan ; que à cause qu'il estoit famé estre luthéryan, le gouverneur de Namur ordonnât le mener à Namur avecq bonnes gardes, que, l'examen faicte et passée, fut jugié estre exécuté par le feu ; néantmoins condeschendant à la pryère et requeste dudit délinquant et plusieurs aultres .fi;ens de byen, fut exécuté par l'espée. » Compte de C. de Bersacques (n« 45634), de 4540-4542, f^xij, xiij.

4 « Le seizième jour du mois de juing l'an xv ^ quarante et huyt, fut prins et constitué prisonnier ledit Jaspart Winant, de Jambes, lez Namur, à raison qu'il estoit famé et chargié de la secte lutairienne, -— Pour l'exécution dudit Jaspart, faicte de l'espée, lex< de décembre xv • xLviij. — Pour les bois et fagotz qui lors furent préparez, dont ledit maistre de la haulte œuvre les a eus à son prouflit. » Compte de J . de Hemptines ( n« 4 5554 ) , f<" xv-xxj .

^ J. DE Wbsenbbkb, 20.

^ Ibid., 29.

corde au cou, Fautre extrémité passée par un orifice, afin de l'étrangler à l'instant où le cercueil serait tout à fait enfoui *. »

Au mois de septembre 1S44 arriva un célèbre prédicateur de Strasbourg nommé Pierre Brusly qui, après y avoir enseigné quelque temps en secret, se rendit à Lille, où l'avaient appelé ses coreligionnaires. A son retour à Tournai, au mois d'octobre, il fut dénoncé aux autorités et recherché avec une telle activité que , perdant Tespoir de le tenir caché, on le descendit le long du rempart. Il touchait déjà la terre quand un de ses amis, se baissant pour lui dire un dernier adieu; détacha de la muraille une grosse pierre qui lui fracassa la cuisse. Au cri de douleur du blessé, la garde accourut et le traîna dans les cachots de l'official. Cette arrestation produisit une grande émotion à Tournai et k l'étranger : les magistrats de Strasbourg réclamèrent en faveur du prisonnier auprès de la commune tournaisienne, et les envoyés des princes protestants, auprès de l'empereur. Tout fut inutile, et le procès, instruit par maître Charles Tisnacq , conseiller et avocat fiscal au conseil de Brabant ^ , aboutit à une condamnation au supplice du feu. Durant son emprisonnement, Brusly ne cessa d'encourager ses nombreux compagnons de captivité, de leur prêcher la constance et la fermeté, et les raffinements de cruauté des bourreaux ^ n'abat-

' Le Protestantisme belge.

=• « A maistre Charles Tjsnacq, conseiller et advocat fiscal en la chancellerie de Brahant, en prest et paiement sur le voyage que par ordonnance de la royne il avoit lors à faire de la ville de Bruxelles en la ville de Tournay, pour, suivant sa commission, entendre au faict d'ung prédicateur de Strasbourg illecq prisonnier. » Compte de H. Stercke (n*» iS9i ). — Compte de la recette générahs.

^ Supplicii genus erat vehemens. Nam igni non magno fuit éxustus, ut tanto major essetcruciatus. Sleidanus, 1. c, 247.

tirent pas un instant son courage. Au milieu des flammes qui le dévoraient lentement (19 février 1548), il soutint jusqu'au dernier soupir rexcellence de ses doctrines *. Mieux encore que leurs prédications, le courage des martyrs faisait des prosélytes. Un bourgeois dune conduite honorable, nommé Bargibant, que depuis longtemps on recherchait en vain, eut honte d'avoir éyité le danger et résolut de courir au-devant du supplice. Après avoir passé trois jours à mettre ordre à ses affaires, ne se laissant arrêter ni par les larmes de sa femme, ni par les instances de ses parents, il se constitua pi*isonnier. Enfin la prison, les. préparatifs du supplice, les menaces des moines, le firent pourtant fléchir, et il abjura « pour obtenir la grâce d être décollé au heu d'être brûlé. » Mais les inquisiteurs ne perdirent point le bois du bûcher qu'ils lui réservaient. Traduit devant eux , un autre bourgeois , Pierre Mioce , confessa hautement sa foi , et lorsqu'on lui imposa silence : « Renvoyez-moi donc, leur dit-il, aux crapauds de mon cachot, qui jamais ne m'interrompent quand je prie, alors que vous autres, créatures raisonnables, me refusez la parole quand je parle de votre créateur. » Au moment de son exécution, lorsque la cartouche de poudre qu'on avait attachée sur la poitrine du patient, éclata , les moines s'écrièrent : « Voilà le diable qui emporte famé de l'hérétique ^! »

Partout ainsi l'ivresse du sang altérait les bourreaux. On ne se contente plus de brûler les réformés à petit feu, « on boute en leurs seins de la poudre à canon ^ » Les prisons

' « Dootrinam suam constanter ad extremam asque spiritum profitebatur, et discipulos, qui passim erant in catenas conjecti, per litteras consolatus e vinculis, ad coDstantiam bortabatur. » Sleidamus. — Le Petit, l. vu, 446.

^ Le ProtestanUsme belg.e. -^ 3, dkWeseubekb^ ^9,

' «« Audit, pour avoir justicié par le feu Jehan Pieterszens, dit den Recktvardifghen /an, à cause d'avoir traité en grosse irrévérence le vénérable sacramçnt

regorgent d'accusés et de suspects \ victimes du fanatisme ou de rinfàme délation^. Ils sont torturés, piloriés ^,

de Tauthel, iij livres; d'avoir trenché sus sa main, xx sols; pour chaînes, fers, cordes, estaches et aultres choses, iiij livres ; pour de la pouldre de canon que l'on bouta au sein du patient; pour boi&, fagotz et fasseaulx, et ung canelle d'estain, v livres xvj sols; pour ung cariot pour mener le corps au gibet, xij sols; pour avoir pendu le corps à ung potence, xx sols; pour avoir attaché la main à la potence, xx sols; pour attacher ung calisse de cuivre sur ladite potence, xx sols; pour ung ciboire de cuivre mis sur ladite potence, xx sols; pour ladicte ciboire et calisse. xx sols. » Compte de J. Despars (n« 49784), fo xvj ▼«. — Quatre autres subissent le môme supplice. Ibid,, f« xvij. — « A luy, pour avoir justicié par le feu Jean V^n Houlle, comme héréticq et incrédule tant du vénérable sacrament de lliostel que de toutes aultres institutions de Nostre-Mère la Saincte-Église. — Pour la poudre de canon que on bouta en son sein. » Ibid., de 4544-1543, f» xv. — Etc.

• En 4534, un grand nombre d'habitants de Bruxelles, la plupart artisans, accusés de luthéranisme, sont sommés de comparaître devant la justice, sous peine d'être condamnés par contumace. Histoire de Bruxelles. — In 't selve jaer, doen wirden t'Antwerpen veel menschen gevanghen.u Antw, Chron., 44. — Voir les comptes de G* Van den Werve (n<» 42905), f«" xix et xx ; de Laurent Van Hasselt, écoutète de Turnhout (n«> 49662), f» viij; de N. DefiFarvacques (n<»3553),f««clvv» etclxxv; d'Adrien de Blehen (n» 49663), f» ij; de N. Van Roden (n» 44553), f» vij; d'A. de Berghes (n» 45247), f» xxij; et le compte rendu par Herman de Goer , seigneur d'Andrimont , stathouder du pays de Limbourg, des exploits provenant de l'arrestation de personnes suspectes d'hérésie.

» Toir p. 23, n. 3. — « Le xviijc jour dudit mois (mars 4533, style de Liège), le sergent de Wierde amena ung home en la ville de Namur, disant qu'il. estoit lutérien ; lequel après qu'il eult esté bien deument interrogé et examiné sur ce, fut trouvé que c'estoit ung pouvre homme innocent. » Compte de J. de Hemptines (n« 45550), f» xvj. — Voir les comptes du môme officier (n® 45554), f» xiij vo; de H. de Stradio, (n» 42707) f» xvj, (n» 42708) f<« xiij ▼• et xiiij; de P. E. de Mansfeld (n« 45225), f» xvj; de Laurent Claisson (n* 44344), f» vir«; de Hubert Thivore, bailli de Nieuport (n° 44287), f®« ix ^o et x ; de Josse Van den Heecke, bailli d'Eecloo (n» 43924), f» xj; de J. de Ferez (n» 45465), f« iiij ; etc.

^ « Payet à l'officier criminel, de mectre au torture vyolente par trois fois ledit Franchoys de Jonghe, accusé de lutherie. » Compte de J. de Halewin (no 44553), fo nj. — « D'ung nommé Barthélémy Battens, lequel fut pris et mis es prisons d'Alost, à cause qu'il estoit suspect et diffamé de la secte luthérienne,

battus de verges, mutilés, bannis, condamnés à de lointains pèlerinages , à des amendes pécuniaires , à des

et furent à sa maison trouvez plusieurs iivretz et auitres pampiers et quartulaires contenans doctrines et propositions dampnées et réprouvées, le tout contre le mandement de l'empereur Notre Sire, et icelluy Barthélémy, après sur luy estre faict répétition de torture et auitres longues procédures, et après estre mené prisonnier à Gand au chastel, par ordonnance de messieurs du conseil en Flandres, pour par eulx estre interrogié sur aucuns articles, fut condempné de faire certaine amende honorable et de brûler ses Iivretz, pampiers et auitres quartulaires en sa présence, ce qui fut faict. » Compte de G. du Bosch, de 4536, f« xxij »». — « Jacop Gorneliszone, pour ce qu'il avoit dict estant en compagnie de plusieurs auitres, qu'il avoit célébré et consacré la messe, et qu'il n'estoit point preslre, a esté condempné par les hommes de fief d'Audenaerde, veu que il ne vouloit rien confesser, d'estre mys à torture. » Compte de P. de Lalaing (n» 43608), de 4533-4534, f» xj; etc.

a Ampl. Vandaele, bourgeois de Courtray, chargié et attainct d'avoir, au despit et déshonneur de la vierge Marie, prins les immages faict à l'onneur d'elle, à iceulx coppé la teste et mamelles; condempn^ d'estre mis une heure sur ung eschafault avecq son tittre escripte en grosse lettre, après avoir la langue perchié, d'estre fustigié de verges et banny dix ans sur la hart, et dégradé de la bourgeoisie. » Compte de L. de Ghistelles (n» 43822), de 4535, f*" x. — « Jacques et Ronge Lœrius frères, chargiés et actaincts de hérésie, et d'avoir blassamé les saincts et sainctes du paradiz, condampné d'estre mis sur ung eschafault, ayant chacun une chandelle en leurs mains, lyé à une estache une heure, et leurs Uvres estre bruslés en présence d'éulx, et après d'aller en une pèlerinaige aux Trois-Roys (à Cologne). » /6td., t* xvij. — « Payé au bourreau, d'avoir mis au pillory Gheertrudt Strostens, Marguerite Sgrooten et Marguerite Vrancx, de luterye. » Compte de F. Van der Gracht (n® 14424), f« iiij »«. — « Rouben Bloncq,pour ce qu'il ne sçavoit Paternostre ny TAve-Maria, neaultre, dont pour ce fut suspectionné qu'il seroit leuther, a esté en prisons le terme de xxvj jours, et après fut mis au quarquanl à l'exemple d'aultres. » Compte de J. de Feroz, précité. ~ « Gilles Martens a esté condempné d'aller en procession en sa chemise et mis sur ung pillori, ayant devant sa poitrine ses délictz par luy commis, et d'aller en voiage à Sainct-Pierre de Romme, à cause par coustume de jurer et blasphémer Dieu, et ayant le bruit d'estre luterian. » Compte de J. de la TroJlière (n» 44376), de 4537-4538, f» xv. — « Pour mettre Kalheline, femme de Jehan Bailgys, laquelle se avoit mesusé en certaines paroles contre la Saincte-Église, sur ung eschavault lyet à ung estake et ung lybel attache à la poytrine. » Compte d'André d'Ongnyes {n^ 44553), de 4540, f* vij vo.

amendes honorables \ Frappés d'épouvante, affaiblis par les tortures, quelques-uns recourent au suicide pour échapper à

. ' « La femme de Jehan Surseele, chargiée et actainte de hérésie, condamnée Dieu et justice prier merchy avecq un© torse de quatre livres en sa main, icelle porter entre deux officiers-en l'église Saint-Martin, devant le Saint-Sacrement, laissant ladite torse illecq, après estre ramenée devant l'Qstel de la ville sur ung eschafault, lyé à une estake une heure, ayant des ymages pendues à son col et partout à ses abillemens, jusque à ce que la justice et fustiement de verges aura esté faict en la présence de Jan Surseele, son mary, et de Jehan Coursin, d'aller deux dimanches ensuivant en procession derrière la croix qu'on porte en ladite église de Saint-Martin à Courtray, après deux aultres dimanches ensuivant à Menin, laissant chacun fois les torses au service du Saint-Sacrement en lesdi tes églises, d'aller en un pèlerinaige à Troys-Roys. » Compte de L. de Ghistelles, de 453^4^36, f» xx. — « Pqur avoir batu de verges ledit Gheeraert Muscart, chargié de lutherie. » Compte de P. Janssonne (n® 44287), de 4539- 4540, fo iij. — « Pour quérir le maistre des œuvres, affin de mectre à la torture ledit Jacop, famé et chargié de hérésie. » Ibid,, î° vij v». — « Pour avoir batu de verges ledit Jacop. » Ibid., f® viij.

« A rolficier criminel, de mectre au torture vyolente par trois fois ledit Franchois de Jonghe, painctre, suspiçionné et accusé de luterie. — De mectre sur ung esçhavault, lyet à ung estake, ledit Franchois, ses yeulx bendez, l'espée de justice lyé derrière luy à la mesme estake, ses livres suspectz bruslez, et après fustigié de verges. » Compte d'A. d'Ongnyes, de 4539, f<» vij et vij ▼*. — « Pour avoir battu de verges Gheest Musschaert, dict Broeder, à cause qu'il estoit de la secte lutérienne. » Compte de J. Despars, de 4539-4544, f« xxv ▼". — « Pour avoir batu de verges Ghysbrecht Gheraerds, estant de la secte lutérienne. — Pour avoir battu de verges Corneille Wittebroot, estant aussi de la secte lutérienne » Ibid., f® xxviij. — « Pour avoir batu de verges Gilles Sonnevyie, batteur de huyle, pour aulcunes espèches de lutherye. » /6td., de 4543- 4545, f** XV.— « Pour eschaffauder ung nommé Adriaen Adriaenssens, suspecté d'hérésie et après le battu de verges et pendu l'espée de justice par dessus sa teste, lequel fut banny hors du pays de Flandres cent ans et ung jour «ur la hart. » Compte d'Antoine de Cherf, bailli d'Ostende (n» 44344), de 4543-4544,

fo ij vo,

« Pour la prinse faicte par ledit bailly, en la personne dç Pierre-Jacob Wouters, natif de la ville, d'Amstelredam en Hollande, inculpé icelluy de la secte luthérienae. — D'avoir mis à torture Pierre-Jacob Wouters, inculpé de la secte luthérienne. — D'avoir fustigié Jedit Pierre, iij livres parisis. » Compte de Ch. Hene, de 4 540-4 542, f°» iiij v« et v ; etc.

« In 't selve jaer (4539), 4 december, wirdt alhier eenen man een stuck van

des juges implacables. Nul n*est à l'abri des poursuites ; il suffit du moindre indice, de la dénonciation d'un misérable,

synder tonghen gesneden, om synder opinien wille. » Ântw. Chron., 32. — « Albeyn Van Delft, wesende van luteriaensche secten is geapprendeert geweest, gedaempt is geweest in den iersten te staende op een schavot, van ix uren smorgens tôt xj uren daer nae, ende vopts met een yser deur syn tonghe gesteken te wordden, ende van wederomme inde poerte tesitten een niaent langhe te wats en te broye, ende ten leste uyt Brabant gebanne te wordden. » Compte d'A. de Blehen (n« 49663), t ij. — « Van Michiel Van Dale, iBgeseten van Turïihout, den welcken desen schoutet omtrent den jaere xxxiiij geapprendeert heeft gehadt, mits dien dat hy geinfecteert was van zekere ketteryen en luyteryen, ende zoe verre daer inné geprocedeert is geweest, nae dien tselve geduert hadde omirent negen maenden in den selven raide gecondempneert is geweest, ieret dat de selve Michiel op een merct dach openbaerlycken op een scavot een ure lanck gestélt soude worde, ende doir nae met een geloyenden ysere gesteken te wordden dwers daer zyn tonge, ende zyn leefdage gebannen te blyven binnen der vryheyt van Turnhout, op te verbaerte van zynen hais. » Compte de L. Van Heylwigen (n*> 49662), f« j.

« De Meuleneere, pour ce qu'il a soustenu la queretle et mauvaise doctryne de Martin Luter, et avoii* proféré des parôiles irrévérentes contre la haulteur du Saint-Sacrement, a esté condempné par sentence des eschevins d'Audenaerde, d'estre eschavaulté les yeulx bendés et sa langue percée. — Pour avoir mys ledit de Meuleneere à torture, y^ Compte de P. de Lalaing (n« 43608), de 4534, !•• vj ^° et vij. — « Pour avoir eschavoté, batu de verges et après perchié la langue à ung dict Cprnilie de Clerc, pour cause de hérésie et lutherye. » Compte de S. de Halewin (n» 43784), de 4534-4536, f» xviij^o. «. En 4640, à Louvain, Albert Van Delft, « homme sans avoir, est jugé comme luthérien et condamné*à être exposé sur un échafaud depuis neuf jusqu'à onze heures du matin, à avoir la langue traversée par un fer rouge, à être gardé à vue pendant un mois et à être ensuite banni à perpétuité du pays de Brabant. » Compte d'A . de Blehen ( n« 4 2663 ) .

« Anno 4534, den 6«'> may, wert alhier een tesmaker gerecht, geheeten Joris, ende was gebannen op zynen bals, om zynder opinien wille » Antw. Chron., 33. ■- « Ahzons Mourice, femme dudit maistre Jehan Coleye, pour «ause qu'elle ostoit suspitionnée d'estre aussy luthérienne comme son mary, fut condempnée de eslre bannye hors du pays et comté de Namur à perpétuité et à tousjours. » Compte de J. de Hemptines (n» 45654 ), f® vj ▼<>. ~ « De Loys de Cohere, chergié et accusé d'hérésie, condemné de pryer à Dieu et la loy merchy, d'estre banny dedans la ville de Courtray ung an sur ung membre et aultres bannisseroens et en aultres honnorables amendes. » Compte de F. de

4â RËGNË DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

pour donner lieu à d'odieuses visites domiciliaires. « Escorté par une nombreuse troupe d'archers, de hallebardiers, dit un témoin oculaire, l'inquisiteur ou l'official cernoit au milieu de

la Barre (n» 13823), f® xxvj v«. — « Collar Delchambre, pour ce qu'il estoit suspectiODDéd'estre leuther, ai esté banny à toujours dudit bailliaige. » Compte de J. de Feroz, de 4547-4546, f» ix »«.

« Van Adriaene van Berghen , boeckprintere , van dat hy favorabel is seweest ende gesuflfrageert diverse lutherianssche persoonen der selven dair om buyten maerkgraefscape, gebannen ende te doen een pelgrinagie tôt Nicosien in Cypers. » Compte de G. Van den W^erve (n« 42905), de 4534, f" v ?•. — « Prins à la requête de frère Jehan Norgandt, soy disant inquisiteur de uostre foy chrétienne, et messire Arendt de Cocq, doyen de chrestienté de monseigneur révesque de Tournay, Jan de Ronge et Courtois, bourgeois de Courtray, à cause de hérésye, condamnés de pryer Dieu et la justice merchy, avecq une torche de quatre livres, icelle torche porter entre les deux officiers en l'église de Saint-Martin, devant le Sainct-Sacrament après estre ramené devant Tostel de la ville sur ung eschavault, lyé à ung eslake une heure, estre fustigié de verges jusques au sang, d'aller deux dimanches ensuyvant en leur linghe derrière la croix en la procession en Téglise de Sainct-Martin, semfolabtement deux aultres dimanches ensuivant à Menin, laissant les torches à chacune fois au service du Sainct-Sacrement, d'aller à Saint-Pierre et Saint- Pol à Rome, leur interdisant de converser le pays et conté de Flandres jusques leur voyage faict, et montré certiffication, sur leur teste. » Compte de L. de Ghistelles, de 4535-4536, f*»« xviij et xix. — « Martin le Grannart, pour c«qu*il renioit Dieu, la Vierge Marie et les Saincts et Sainte, a esté condempné à faire ung voiage de Notre-Dame de Haul, en raportant certiffication audit bailly. » Compte de J . de Feroz, de 4 546-4 547, f» ij v© ; etc. •

« Van David de Dinne , de somme van twee hondert carolus gulden , als van hérésie aengesproken, gecondempneert is geweest die te betalen. n Compte de G. Van den Werve (n° 49669), f» j.

Comptes de Gauthier de Strasbourg, maïeur de Tirlemont (n® 42682), f»* ij, ij v« ; de L. de Ghistelles, précité, fo ix ^® ; de J. de Feroz, de 4546-4547, f« ij ; de J. de Hemptines (n« 45653). f® xv; etc.

« Madame , estant adverty que le personnaige de Valenchiennes que Voti* Majesté scet, et pour lequel l'aulmonier a faict poursuyte, s'est par désespoir en la ville de Gandt estranglé, j'ay incontinent faict saisir tous ses biens audit Valenchiennes, que l'on estime de dix à douze mille livres. » Lettre de Laurent de Longin à Marie de Hongrie, du 26 août 4552. Lettres des seigneurs^ VI, f<» 400.

la nuit les maisons des inculpés ; pour peu que Ton tardât à lui ouvrir, la porte voloit en éclats. Si, éveillés en sursaut, ils se permettoient d'en témoigner de Thumeur, comme cela arrivoit à de pauvres artisans que le travail avoit exténués, ils étoient arrachés des bras de leurs femmes et de leurs enfans, traînés en prison. S'ils parvenoient à se soustraire aux recherches des sbires, on fouettoit les enfans, pour obtenir la révélation de leur retraite ou pour se venger de leur fuite sur d'innocentes créatures ^ »

Les biens des condamnés et des fugitifs étant confisqués ^, l'ardeur de juges avides de se disputer cette proie,

' De Vestat du pais bas, 11. ^

' « Rekeninghe ende declaratie van den geconfisqueerden goeden, compositieo ende amende, gecommen van zekeren lutheranen ende andere met quade ende gereprobeerde secten gefameert ende besmet : Van Wesele de Mesmakere, xxvponden; van Dierichen deBusmakere, xij; van Jan-Hiele Janssens, xviij; van Willem Janssens, schoenmakere, xviij : van Matheys Van Herlaer, schrynmakere, Ix; van Everaert Everaerts, xxxv; van Janne Hendrickx, opteppel, 1 ; van Cristyne Marcelis dochter, 1 ; van Gheert Symaens, snyder, Ixxx ; van Thomaes Jan Thomaes, snyder, Ixxx; van Marcelise Van Meghen ter causen van sekeren borchtagh by hem gedaen voerAert van Leenbergen, dat hem Aert voirschreve nyet en zoude affhendig maken van zyne gevankeuisse, dwelk hy gedaen heeft, ende is gebannen, endezyn goet geconfîsqueert, ende lot dyen de zelve Jan Marcelis gecondempneert is geweest in de somme van twelf hondert ponden, van den welcken de voirschreve onlfanger ontfangen heeft alleenlyk de somme viij « rinsgulden, viij «; van Andries Neuje, cxxiiij; van den bastaert soene van den eschoutet tôt Boexel tôt Tsertogenbossche, vj ; van Adriaen Janssens Weerdt, 1. » Compte de L. Van Heylwigen, f«» j-iij. « Des biens de Michiel . àlias HoUandois , de Goude en Hollande, qui estoit infecté de secte lutheriane et s'absenta hors du pays, lesquels pour ce furent confisquez au proffit de l'empereur. » Compte de G. du Bosch, de 4536, f» xviij. — « Dudit maistre Guillaume Van der Werve, chevalier, mairgravede la ville d'Anvers, la somme de cinq mil livres dudit pris, sur ce qu'il pourroit devoir audit seigneur empereur, à cause de saditte recepte des deniers procédans des biens confisquez de plusieurs luthérians, lors naguaires exécutez audit Anvers. » Compte de H. Sterck, de 4545 (n* 1894 ). — Compte de la recette générale, etc.

44 AÊ6NE DE GHARLëS-QUINT EN BELGIQUE.

doublait les rigueurs de remprisonnement et les tortures morales des prisonniers \ Tandis que le délinquant « non suspect de reprochables opinions, » trouve dans son orthodoxie un titre à l'impunité^, l'imprudent qui aura mangé de la viande un vendredi, ne sera pas seulement pilorié ^ , mais

' II y a une iDfinité d'exemples à cite^; à l'appui de cette assertion. « D'uDg nommé Gillis De Vlieghere, homme marié, lequel estant prins pour cas d'hérésie, par le promoteur de la court espirituelle de Camhray, par les offiders de ce baiiiy, fut exumé dehors les mains d'icellui promoteur et mis es prisons d'Alost et néantmoings, actendu que ledit prisonnier estoit bourgeois de Grantmont, fut renvoyé à Grantmont, et par sentence d'iceulx de Grantmont absolz, icy. . néant. » Compte de G. du Bosch, de ISSMSIrS, f® xxvij. -^ « Ce bailly entendant que le promoteur de la court espirituelle deCambray, avoit appréhendé au corps pour cas d'hérésie ung nommé Gillis De Vlieghere, et qu'il estoit d'intention de le mener à Bruxelles, ce bailly , à la conservation de la haulteur de l'empereur, envoya le bailly d'Erembodegem avecaultres officiers pour exumer ledit prisonnier dehors les mains dudit promoteur; et ledit promoteur, voyant que nonobstant tous debvoirs par luy faits, tant au conseil en Flandres que au grand conseil à Malines, il ne savoit obtenir punision sur ce bailly ne aussy restitution d'icellui prisonnier, pour se venger à pratiquer telle quelle relation citation . sur 4edit bailly d'Erembodegem, en le faisant adjourner en la court espirituelle de Cambray à Bruxelles, le accusant d'avoir défloré une pucelle et d'avoir conversation avecq aultre femme que la sienne, pensant par tels moyens et praticq.ues icellui bailly d'Erembodegem faire venir à Bruxelles, et le contraindre par appréhension ou aultrement de faire la restitution du prisonnier. » Ibid., f° Ivj ▼<>. — Voir aussi la procédure intentée contre un nommé Barthélémy Battens, d'Alost. Compte du même (n® 43568), f® Ixiiijv'».

' « Ung nommé Adrien Bauters, demourant audict lieu, pour par simplesse et ignorance avoir tenu en sa maison certains jeuz et esbatemens par les placards defifenduz, actendu qu'il estoit aultrement de bonne famé et renommée, non suspect de quelques reprochables opinions, moyennant amende honorable, il a esté receu en grâce et composition pour la somme de xij livres. » Compte de J. de Montmorency, de 4545-4546, î^ xij.

* « Que le v« jour de septembre anno xxxviij, ledit maïeur fist appréhender prisonnier ung nommé Jehan Godet, natif de ceste ville, lequel cognut avoir mengé chair ung vendredy publicquement , donnant esclandre aux commandemens de Nostre Mère Saincte-Église, parquoy fut condempné eschavaudé ung jour de marchié l'espace de deux heures, sur son chief en escript le cas perpétré ; ce qui fut fait. » Compte de J. de Haverez (n« 45392), f" v.

La réforme. - MARTYROLOGES. 45

cette violation des jours d'abstinence deviendra même un cas de mort \ « Une fois à Loùvain, en carême, quelques bourgeois ou ennuyés de manger du poisson, ou bien voulant user de leur liberté, firent accoutrer quelque petit banquet de chair. Un d'entre eux, plus infirme que les autres, en fut si frappé et éperdu , qu'il alla s'en confesser au doyen Ruward Tapper. Celui^îi parut traiter la chose légèrement et, de cette manière, arracha à son pénitent les noms de tous ses compagnons. Dès le lendemain, des mandats d'arrestation furent lancés contre eux, et cestuy qui avoit révélé l'affaire, fut pris le premier. Les autres, avertis par des amis, s'enfuirent, aimant mieux laisser leur bourgeoisie, leurs maisons, leurs femmes, leurs en fans, toute leur famille, que de demeurer au danger de leur vie. Ceux qu'on attrapa , à grand'peine , après avoir esté privez de leurs biens, purent sauver leurs têtes^. »

La rétractation la plus complète ne profitait même plus guère aux accusés. En 1543, année de terreur pour la ville de Louvain, qui vit arrêter en une seule nuit vingt-huit de ses bourgeois et plusieurs femmes ^, on dénonça aux inquisiteurs deux chapelains de Saint-Pierre ; l'un parvint à s'échapper, et fut condamné comme contumace; l'autre, nommé Paul, « homme débile, tout chenu, presque âgé de soixante ans, fort modeste et de bon sçavoir, » fut moins heureux. On avait trouvé chez lui « force hymnes, cantiques et aultres écritz

• « Den voirschreve drossaert die welcke geapprehendeert heeft eenen genaempt V^outer de Vos, van Achterbroecke, ende den selven gejusticiert metten zweerden, om dat hy gestolen heeft wel vier hondert scapen, ende ooch drie ruynders, ende om dat hy met zynen. geselien in den vasten vieesch geeten heeft, ende misdaden by hem geppetreert. » Compte de Henri de Nassau { n« 4 2534 ) , de 4 536-4 538, f» vij .

' De Vestat du pais bas, 25.

' Ibid,, 40.

en langue vulgaire de la Saincle Escriture, à quoi il passoit son temps, se plaisant à escripre principalement en rythme; or c'étoit occasion suffisante pour le faire mourir. Mais, afin que cela ne se fist sans pompe et solennité, pour espouvanter le povre peuple, on le voulut premièrement produire en public. » Sur un échafaud dressé dans la grande salle des Augustins et gardé par une forte escouade de sergents armés « contre la sédition du populaire, » Jacques Le Masson \ Ruward Tapper et le président du collège du pape , Tilman , firent comparaître le patient, « petit homme, la barbe longue, blesme, maigre, presque séché et miné de douleur et de povreté que il avoit endurée, brief tel qu'on l'eust peu plustost appeler corps mort ou ombre d'un homme, que non pas homme. » On l'accusa d'avoir possédé grand nombre de livres luthériens et d'avoir « encore de soi-même composé beaucoup d'écrits en allemand, es quels il avoit respandu son venin luthérien; d'avoir soutenu dans ses écrits et par ses paroles, que la foi seule justifie ; — qu'il suffit pour être sauvé de croire à la rémission des péchés et d'embrasser la miséricorde de Dieu présentée en l'Évangile ; — que les traditions des hommes n'obligent point la conscience, quand il n'y a point de danger de scandale ; — d'avoir nié le libre arbitre et l'existence du purgatoire ; - - d'avoir prétendu que ni la vierge Marie ni les saints ne prient pour les hommes en leur personne hors celle de Christ , et qu'ils ne doivent être invoqués qu'autant qu'hommes privés et non entés au corps du Christ. » Ces

' Jacques Le MassoD, dit-on, avait d'abord paru fort disposé à embrasser la réforme ; mais ensuite la peur ou Tambition en fit un de ses plus ardents adversaires. On rapporte qu'il mourut en désespéré, s'écriant souvent « qu'il était damné et qu'il ne pouvait pas espérer d'être sauvé, puisqu'il avait combattu contre Dieu. » G. Brandt.

diverses propositions furent déclarées hérétiques et leur auteur sommé de les rétracter, de brûler lui-même ses livres et ses écrits, sous peine d'être dégradé de sa prêtrise et livré au bras séculier, « afin d'estre puny du supplice réservé à telz hérétiques pertinax. » Affaibli par Tâge et par les tortures, harcelé par des moines et des théologiens , le vieillard céda enfin : « tout tremblant, avec grans soupirs, larmes et sanglots, » il abjura et de sa propre main jeta au feu ses livres et ses écrits. L'effet public était produit ; mais le malheureux ne tira de cette faiblesse d'autre avantage que d'être mis pour la vie, au pain et à l'eau, et enfermé dans le château de Vilvorde *.

Quant aux autres prisonniers, on «i en géhenna fort cruellement un grand nombre pour connoitre leurs coreligionnaires, sans avoir aucune pitié ni discrétion ou de l'âge, ou du sexe, ou d'autre accident quelconque. Les pauvres femmes furent aussi bien géhennées et autant tourmentées que les hommes ; aussi vous n'eussiez rien ouy en toute la ville, quinze jours durant que ceste boucherie se faisoit, que pleurs, soupirs, larmes. Beaucoup s'en allèrent prier le bailly de n'endurer pas que le sang de ses bourgeois fust ainsi répandu alors que la vie avoit été laissée au prêtre Paul ; il leur promit de bon cœur tout ce qui seroit en luy, d'autant qu'il étoit de nature douce et ne prenoit point plaisir à cruauté comme les autres; » mais ses démarches et ses instances furent vaines. Deux de ces malheureux furent condamnés à être brûlés comme relaps, et, en^ présence de l'indignation publique, il fallut un grand déploiement de forces pour exécuter cette sentence. Au milieu du marché on érigea « deux bois en forme de croix,

• De l" estât du Pais bas, 24-36. — De Reiffenbero, Archives philologiques, I, 45-46.

49i RÉGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

de la hauteur d'un homme hors de terre et autant en terre ; au haut d'iceux estoient pendues deux chaînes de fer et y avoit plusieurs trous, par l'un desquels estoit passée une corde de chanvre. Après que les ouvriers eurent dressé tout cet appareil, ils apportèrent force fagots et autres bois, qu'ils mirent dedans le cercle réservé pour cette exécution, et le procureur général étant venu prendre place en une maison, la seule qu'il y eust au marché, vis-à-vis le temple, on amena les pauvres prisonniers. Ils furent conduits devant cet homme cruel, qui les tança et accusa d'impiété, et les adjura d'avoir égard à leur âme, en demandant s'il n'y avoit personne de la compagnie leur portant assez d'affection pour faire chanter quelques messes en leur faveur. Puis, après qu'ils eurent prié, le bourreau incontinent les mena aux deux poteaux séparés de quelque petit espace l'un de l'autre, leur attacha les pieds et leur mit au col la chaîne de fer pendante à chaque poteau, avec un laz coulant de corde assez lasche. Approchant ensuite ses fagotz tout contre, avec force poudre à canon, il accoutra les deux poteaux de tous côtés ^ en sorte qu'il sembloit que ce fussent petites maisons. Et enfin sur un signe du procureur général, il tira le laz à grande force avec lequel it étrangla les patiens. Alors le procureur alluma une torche de cire, et la baDla de sa main au bourreau pour allumer le feu, qui ayant matière sèche aisée à esprendre, s'alluma si grand qu'il est impossible de dire. » Le même jour (juillet 1 543), un autre bourgeois et deux femmes furent condamnés l'un à être décapité, les autres à être enterrées vives; cette sentence fût exécutée le lendemain. Leurs compagnons de captivité « furent condamnez par la bourse, et un chacun en si grosse somme que son bien n'y pouvoit à beaucoup près suffire. En outre, «furent condamnez d'aller au

grand temple, les pieds et têtes nues, n'ayant rien sur eux qu'une chemise, la torche au poing et là s'agenouiller devant le sacrement pour demanSer pardon de leurs péchez; cette humiliante cérémonie devoit se répéter tous les dimanches et fêtes durant l'espace de demi-an , sous peine pour les défaillans d'estre incontinent brûlés comme hérétiques endurcis *. » Ces scènes se reproduisirent sans cesse et partout; chaque localité fournit son contingent de victimes. Pendant l'Avent de 1846, un moine, qui colportait des objets bénits à Saint- Hubert , s'étant installé dans l'église de Bigard , le seigneur de ce village, Jean Estor, lui ordonna de déguerpir, ou l'en expulsa de force, « en lui reprochant de tromper les simples. » L'amman de Bruxelles, Guillaume le Tourneur, reçut l'ordre d'arrêter ce seigneur, sa mère, Marguerite de Baenst, et tous leurs domestiques, et se rendit à Bigard (29 décembre) avec ses sergents, renforcés par 30 hommes choisis dans les serments. Ce déploiement de forces ne lui fut pas inutile, car les inculpés, réfugiés dans une tourelle attenante au château, soutinrent un siège d'un jour et de deux nuits. Jean Estor et sa mère, amenés à Bruxelles, avec un Italien nommé Antonio, furent incarcérés à la Vrunte (Amigo), où ils attendirent un an la fin de leur procès. Enfin, le 10 décembre 1847, Estor et Marguerite de Baenst, furent transférés à Vilvorde, où on les décapita, le 6 janvier suivant, vers six heures du matin. Marguerite périt la première, après avoir obtenu, en considération de sa noblesse, de n'être ni touchée, ni dépouillée par le bourreau, et d'être inhumée en terre sainte. Une demi-heure après , son fils la suivit à réchafaud; il s'enquit du sort de sa mère et ayant appris sa

■ De V estât du pais bas, 42, 47.

mort, il s'agenouilla en silence. Gomme elle, il avait sollicité une sépulture chrétienne ; les deux cadavres furent conduits, « par dix ou douze torches, » à Tégllse paroissiale de Vilvorde, et enterrés devant Fautel des Trois Rois. Lltalien Antonio, qui était parvenu à s'échapper de la Vrunte, fut découvert à Anvers , où il s'était réfugié chez son frère ; voyant la maison cernée, il se jeta par une fenêtre et se tua dans sa chute (2 octobre 1547). Son corps, traîné hors de la ville, fut pendu h la potence de la Justice '.

En même temps, on poursuivait sans relâche toute expression libre de la pensée ^. Les Bibles et les livres traitant de la réforme étaient brûlés publiquement; les posséder ou les lire était un crime puni avec la dernière rigueur. Les ouvrages suspects de contenir des opinions contraires au catholicisme étaient saisis et minutieusement censurés^. L'édit de 1531,

• Anecdola Bruxellensia, Manuscrit précité. — M. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, I, 360, 540. — J. de Wesenbekb, 20.

' « Janne Tons, Janue Van der Eycken, Rodant Van Viierden, en Henné Smet, die van luteryen befaemt waren, zyn van der crimineelder conclusien des amptmans geabsolveert, en hen nocbtans verboden met malcanderen gheen vergaderinge nocb communicatie te houdeu, en dat die boecken affgenomen en nyet en sullen wordden gerestitueert nocb van gelycken nyet meer mogen hebben, nocb coopen ben te lesen buyten gevangenisse. » Compte de H. de Wittbem, de 4532-4533, f» xxx; etc.

43 janvier 4543. « Placard de l'empereur défendant d'imprimer et de vendre le livre intitulé : la Doctrine des enfans, » Compte de P. de Wercbin (n® 45249), f« xxix. — « A ladite trompette, pour avoir publié et descrié que nulluy vendroit ne acbeteroit les livres nommé de Kund. » Compte d'A. Vander Aa (no 45667), de 4543, fo viij ^«.

* « Ledit bailly ayant trouvé au château deFalaix certains livres lutériens, il alla vers monsieur le président Scbore, pour sçavoir ce quoy on en feroit, et fut dit par le président audit bailly qu'il les jetisse au feu, ce que fut fait. » Compte de Cl. de Bersacques (n« 49667).

« Item, gegeven den scerprechter van den bibels ende andere boecken van Jacoppe Van Liesvelt, boeckprintere, te verbrandene metten boute ende stroo

déjà jugé insuffisant, avait reçu diverses extensions. Un placard de 1538, en prescrivant de poursuivre sans merci les partisans de la réforme, prononça la confiscation de corps et de biens contre quiconque lirait ou publierait des livres tolérés dans l'empire'. Une ordonnance du 9 février 1858 interdit

daer toe gedaen, xxvj stuvers vj deniers. » Compte de G. Van den Werve (n« 42903), de 4534-4536, f» xiiij.

« Comme à la maison d'ung nommé Pierre Van der Beecque, demourant à Gavere, par les officiers de ce bailly, avoient esté trouvez certains libvres quy, par les mandemens et placars de Sa Majesté, estoient deffenduz et reprobez, et combien que à cette cause Ton eust d«u criminellement procéder à sa charge, touttefois parceque affirmation, information et aultrement, il apparent souffisammentque ces dits libvres ung nommé messire Jehan Vandermeulen, prebtre estant £uret audit Gavere, les avoit laissez en garde à la maison dudict Pierre Van der Beecque, qui ignoroit le contenu d'iceulx, et actendu que il estoit aultrement homme catholique, non suspect d'aulcunes mauvaises opinions de bonne famé et renommée, par advis des hommes de fief en a esté prins en grâce, moyennant amende honorable en présence d'iceulx faicte, pour la somme de XXX livres, dont icy xx livres. » Compte de J. de Montmorency (n" 43574), de 1545-4^46, f« xj. — « Semblablement un nommé Knebrecht Van den Berghe, demourant audict Gavere, pour cause que dessus, par advis et ordonnance desdits hommes de fief, après certain temps avoir esté prisonnier à Alost, a publicquement bruslé iesdits libvres et aultrement faict amende honorable en payant ses despens de prison et de justice, a esté eslargy. » Ibid,, fo jtj vo. — « Ung nommé Joosse Marlenis, demourant audict lieu, pour semblablement, au contraire des dits placards et mandemens, avoir tenu chez luy et leu certains livres deffenduz, ensamble aussy escript lettres schandaleuses au curet dudit lieu, estant prins après s'en avoir deffendu, a, par advys et ordon-^ nance que dessus, bruslé sesdils livres et lettres , et faict amende hounorable en son linge, portant une torsche, tant à Téglise dudit Vurst que audict Allost, et payant ses despens de prison et de justice, a esté eslargy. » Ibid. — « Item, depuis certain temps fust par ledit bailly trouvé certains livres de secte lutérianne, lesquelz furent par la loy de Courtray condamnés estre brûlés. » Compte de L. de Ghistelles, de 4534-4535. f® xij ▼». — « Au souverain bailly, pour soy avoir transporté au lieu de Moustier, pour prendre et saisir tous les livres, lettres et pappiers trouvez en la maison mademoiselle de Friset, affln de congnoistre par iceulx s'il y avoit aulcune chose suspecte et maulvaise. » Compte de P. E. de Mansfeld (n» 45225), f« xvj.

' Répertoire des Plac. de Hollande, 27.

rintroduction de tous les livres imprimés à l'étnuiger depuis trois ans, de quelque objet qu'ils traitassent, sans autorisation préalable. Il fut enjoint de dresser, dans le mois, des inventaires des magasins de librairie, avec menace de confiscation et de correction arbitraire, contre les imprimeurs et les libraires qui ne se soumettraient pas à cette injonction. Cette ordonnance confirma les dispositions des précédents édits relatives aux livres attaquant le catholicisme, et enjoignit de « procéder contre les transgresseurs sans faveur, simulation ou déport '. »

Après avoir recommandé à diverses reprises aux officiers de justice « de faire bon et diligent devoir de prendre et saisir tous ouvrages suspects qu'ils trouveroient es maisons des imprimeurs, libraires, rhétoriciens et autre part^, i Charles-Quint réitéra , le 22 septembre 1 540 , Tordre donné aux libraires de remettre leurs inventaires à ces officiers; puis, « pour pourvoir aux hérésies et aux erreurs répandues dans le pays, pour éviter que le pauvre et simple peuple fût séduit et abusé par de mauvais esprits, » il défendit d'imprimer livres parlant de la Sainte Écriture ou la mentionnant même, sans qu'ils eussent été préalablement examinés et sanctionnés par des lettres d'octroi ^.

Ces mesures successives montrent combien était grande dès lors la puissance de la presse et l'inanité des efforts tentés pour comprimer ce fluide insaisissable. On ne tarda pas à s'apercevoir que l'ordonnance de 1 840 était éludée comme les autres; en effet, on continuait à imprimer les livres mis à

• Inventaire d^ordonnances. — Elle fut publiée dans le Hainautsous la date du 45. Bulletins de la Commission royale d'histoire, 2« série, VHI, 27. » Ordre du 40 juillet 4540. Compte de Ph. de Croy (n* 44662), f« xlv'"». ' Plac. de Flandre, 1, 422-429. — Inventaire d^ordannances.

LA ftËFORME. - MARTYROLOGES. 53

rindex , en leur donnant de nouveaux ou de faux titres , et beaucoup d'ouvrages écrits en langue étrangère échappaient à la censure \ Afin d'y obvier, un édit du 19 février 1543 confirma Tordonnance de 1 540 et défendit d'imprimer et de publier livres, refrains, ballades, chansons ou autres choses semblables, sans les avoir préalablement soumises au conseil privé, pour en obtenir lettres de privilège, sous peine de bannissement à perpétuité et de 300 carolus d'or d'amende. L'impression des livres en langue étrangère fut interdite. Tout ouvrage non revêtu de Yimprimatur fut considéré comme publié sans autorisation; le privilège, annulé, et l'imprimeur, condamné à une amende de 300 carolus d'or. Les mêmes peines étaient portées contre quiconque, imprimerait, vendrait ou posséderait des livres sans noms d'auteur et d'imprimeur, sans indication du lieu où ils avaient été imprimés, portant de faux titres ou l'indication de faux lieux d'impression. Le libraire vendant ou ayant dans sa boutique des livres non munis en tête du privilège d'impression, était passible, pour chaque cas, d'une amende de 50 carolus d'or, dont le dénonciateur recevait un tiers. Il était enjoint au principal oflîcier de la localité de visiter deux fois l'an les librairies : huit jours avant la Noël et huit jours avant la Nativité de saint Jean-Baptiste ; d'en dresser l'inventaire et de le communiquer « à quelques bons personnages sçavans et entendus , afin de s'assurer qu'ils ne contenoient rien de suspect. » En cas de doute, les livres leur étaient remis, et s'ils étaient entachés d'erreur, d'abus ou d'hérésie, s'ils avaient été imprimés sans privilège, l'officier devait appliquer sur-lechamp les dispositions pénales des ordonnances , sous peine

' Préambule de Tédit du 49 février 4543. Édits de Luxembourg.

d'être cassé et sans préjudice d'autre châtiments. Nul imprimeur ou libraire ne pouvait exposer en vente des livres sans en avoir préalablement remis le catalogue à Tofiicier chargé de s assurer que lïmpression en avait été autorisée et qu'ils portaient le privilège octroyé. Outre les descentes semestrielles, cet officier était autorisé à visiter les librairies et les imprimeries chaque fois qu'il le jugeait convenable ; en cas d'opposition, il était en droit de requérir la force publique, et l'opposant était condamné à une amende de 100 carolus d'or. Tout privilège contraire à ces dispositions était déclaré sans valeur *. Une ordonnance du 17 décembre 1544 confirma ces dispositions ^, et en 1S4S, fut renouvelée la défense de rien livrer à l'impression sans octroi du prince '. Néanmoins des libraires continuèrent à mettre de faux titres aux ouvrages ; d'autres falsifièrent des passages de livres permis, et il fallut un nouvel édit (30 juin 1 546) pour défendre d'accorder des privilèges d'impression aux libraires n'ayant pas fourni t la preuve de leurs qualités, aptitude et bonne renommée. » On les astreignit à jurer de n'imprimer ouvrage quelconque sans examen préalable des autorités, de n'avoir d'autres presses que celles qu'énumérait leur privilège, de ne vendre ou distribuer aucun livre sans en avoir d'abord remis un exemplaire au conseil privé avec le manuscrit en original ou en copie, afin de le collation ner, sous peine de perte d'octroi et même de la vie. Enfin , il leur fut itérativement interdit de vendre des livres imprimés à l'étranger et qui n'auraient

' Èdits du Luxembourg.

• PIm, de Flandre, 1, 429. — Inventaire d ordonnances.

' « A ladite trompette, pour avoir publié et fait deffence de non imprimer certains livres. » Compte d'A: Van der Aa (n® 45667), de 1545, f«> vij vo, M A ladite trompette, pour avoir publié et fait deffence que nuUuy se advance de imprimer aucuns livres sans avoir octroy du prince. » Ibid.

pas été soumis à la censure , ni des livres imprimés dans le pays sans autorisation; chaque libraire fut tenu d'exposer ostensiblement son catalogue dans sa boutique \ La circulaire transmettant cet édit aux siutorités leur prescrivit de « l'exécuter rigoureusement ^ ; » elles n'obéirent que trop bien , et l'imprimeur Jacques Van Liesvelt ne fut pas leur seule victime ^

Comme conséquence naturelle de cette pression sur l'esprit humain, on apporta à la faculté d'enseigner des restrictions propres à changer en Béotiens des peuples placés jusqu'alors au premier rang de la civilisation. Un édit du 7 mars 1544 défendit d'envoyer les enfants à l'école de Wesel, parce qu'elle était fréquentée par des hérétiques *, et, le 6 mars de l'année suivante, parut un placard défendant, pour la même raison, « à tous les sujets d'aller et de communiquer avec cette ville ^. » L'ordonnance du 30 jum 1546 établit des amendes de 12 et de 24 florins carolus pour la première et la deuxième fois ; la peine de l'exil, en cas de récidive, contre quiconque tiendrait école publique sans l'autorisation du magistrat et du curé. Elle prescrivit de n'accorder cette permission qu'à des gens de bonne renommée et reconnus purs de toirte mauvaise doctrine. Les matières et les livres de l'enseignement furent spécifiés ®, et de terribles exemples, tels que le supplice

* Plac. de Flandre, I, 135.

* Compte de P. E. deMansfeld (no 15223), f« xij.

^ Outre Van Liesvelt, Ad vers avait encore à cette époque d'autres imprimeurs protestants, tels que : Antoine De la Haye, Martin de Keyzer, Guillaume Vostermans, François Fraet, qui fut décapité en 4557, et Etienne Meerman, qui imprima en 4543 la traduction de François de Enzinas. Études sur le caractère et les vicissitudes de la Réforme à Anvers.

* Plac. de Flandre, 1, 133. — Inventaire d'ordonnances. .* Compte de P. de Werchin (n» 15221 ), f^ xxxiij.

^ Plac. de Flandre, I, 140.

du maître d'école Matthieu, exécuté à Gand (1849) « pour avoir conseillé contre les persécutions \ » montrent le sort réservé aux esprits assez osés pour s'élever contre cet aflPreux régime.

Or, ces mesures étaient dictées par des hommes généralement intéressés au triomphe de l'obscurantisme. Les monuments historiques constatent le mépris de l'opinion publique contre la crasse ignorance des moines, et l'on n'a pas oublié les mordantes satires d'Érasme contre les fameux théologiens de Louvain ^. La raillerie n'était toutefois pas sans danger, et le plaisir de confondre les coupables de barbarismes fut souvent payé fort cher. A Louvain « demouroit un certain De Cocq (Coccus), de Bruges, dit Persevald, qui, vingt ans entiers, avoit à Paris et à Louvain appris les langues et autres bonnes lettres, et les avoit aussi publiquement enseignées. Il étoit homme de bien et de fort bonne réputation ; aymé des principaux de la ville et hay de nul ; favorisé de tous et en la grâce des grands parce qu'il étoit fort discret en parlant et facétieux en propos. Un jour advint, à la fête du sacrement, qu'il afficha à la porte du temple quelques vers dont le titre était AnBthème du sacrement. Le doyen Ruward Tapper le manda incontinent : Méchant luthérien, lui dit-il, oses-tu appeler le Saint-Sacrement excommunication et chose abomi-

' J. DE Wesenbekb, 20.

" Voir Epistolarum obscurorum virorum volumina omnia et Lamentationes obscurorum virorum, Francfort, 4557. — Voir, dans le même volume, Epistola magistri Benedicti Passavantii. — Conciliabulum Theologistarum ctdversus Germaniœ et bonarum litterarum sfudiosos Coloniœ celebratum, 16 kalend, majij poBlquam I. Hohenstratus dejectua est ab offlcio Prioratus, et ab officia inquisitoris. — Huttenus captivus. — Huttenus illustris. — De generibus ebriosorum et ebrietate vitanda. — Voir aussi De fide concubinarumin saceriotes Francfort, 4549.

nable ? — Coccus lui répondit : Je ne l'ai pas ainsi appelé, et c'est mal de juger témérairement et en mauvaise part de son frère. — Quoi! veux-tu nier ce que je vois de mes yeux? s'écria le doyen. Qu'est-ce autre chose anathème qu'excommunication? — Eh! comment vous êtes maître en Israël, répliqua Coccus, et vous ne savez pas encore ce que veut dire anathème ! Me demandez-vous une chose dont vous prétendez estre docteur ? Vous êtes si grand docteur, si grand théologien, doyen et inquisiteur de la foi, et ignorez la signification d'un petit mot qui s'apprend à la grammaire. Si vous saviez votre granunaire, vous n'ignoreriez pas qu'anathème est pris par bons auteurs en sa propre signification pour l'oflFrande et le don qu'on avoit accoustumé de pendre au temple \ Ne soyez donc pas si léger à reprendre ; lisez les bons livres, apprenez votre grammaire, afin de ne pas mettre en danger par votre ignorance des gens de bien qui profitent à la république. » Le malheureux savant apprit à ses dépens combien il était dangereux de mystifier un inquisiteur. « Depuis il commença à être fort soupçonné de tous les théologiens, dont il avoit quelquefois pincé en ses leçons l'ignorance et la folie, et ils ne tardèrent pas à le faire arrêter, par un dimanche, sur les neuf heures, lorsque tout le monde estoit au temple, afin que la chose eût lieu avec moins de trouble. » Jeté en prison et tenu au secret le plus rigoureux, pendant qtf on s'emparait de ses meubles, de ses livres et même de ses vêtements qui furent vendus pour payer ses frais d'entretien, il se trouva livré sans défense à d'implacables colères. Dans l'entre-temps ses ennemis fabriquaient à pleines mains des calomnies ; on l'accusa même d'être sodomiste, et lorsque cette infâme accusation fut tombée

* Avdcdî7/xa, signifie, en effet, offrande.

58 RÈGNE DE C^ARLES-QUlNT EN BELGIQUE.

SOUS le mépris public, on répandit le bruit de sa mort, « à cette fm que si cela se croyoit une fois, ils peussent par après faire de luy à leur plaisir sans aucune crainte de danger. » Enfin, lorsqu'il fut impossible de prolonger davantage sa détention, « ils dirent que Persevald étoit luthérien et qu'il devoit être condamné comme hérétique. Et pour cette cause, après l'avoir tenu cinq à six mois prisonnier, sans Finterroger ou lui faire autre forme de procès, ils le produisirent en public sur un échafaud et là lui voulurent faire accroire et à toute l'école qu'il estoit luthérien. » En vain protesta-t-il contre cette fausse accusation ; en vain soutint-il avec énergie que s'il « avoit souvent en ses leçons blâmé les vices corrompus des hommes, ce qu'il avoit fait pour le devoir de son oflSce, il n'avoit jamais dit un seul mot contre l'Église, » il fut condamné à un emprisonnement perpétuel au pain et à l'eau (6 janvier 1544). Ses nombreux amis néanmoins ne l'abandonnèrent pas, et cherchèrent à lui feire passer des vivres ; mais les moines du couvent où on l'avait enfermé, interceptèrent ces envois, et leurs auteurs, signalés comme hérétiques, furent arrêtés ou obligés de fuir \

D'autres savants furent également atteints par l'ignorance ou l'envieuse médiocrité. Le célèbre géographe Gérard Mercator, en discourant de l'harmonie des œuvres de Dieu, s'était laissé entraîner, paraît-il, dans des digressions au sujet de l'influence que la divine parole exercerait désormais sur les destinées du monde; il n'en fallut pas davantage pour le signaler aux inquisiteurs. Effrayé de leurs menaces, il quitta clandestinement Louvain et se rendit dans le pays de Waes, où l'appelaient, disait-il, les affaires de la succession d'un de ses ondes.

• De l'esiatdupaiS'-bas, 59.

En ce moment même arrivait à Louvain le procureur général du Brabant chargé d'informer contre plusieurs personnes de cette ville soupçonnées d'adhérer aux nouvelles doctrines (1844). Mercator lui fut dénoncé, arrêté par le bailli du pays de Waes, Louis de Steelant, en vertu d'un ordre de la régente, rt transféré au château de Rupelmonde. Sur les instances de sa femme, le curé de Saint-Pierre à Louvain, Pierre De Corte, attesta la bonne réputation et la vie honorable du savant; mais il fut sévèrement réprimandé par Marie de Hongrie d'avoir délivré une semblable pièce en faveur d'un homme suspect d'hérésie; la princesse lui intima en outre l'ordre de s'expliquer sur les motifs qui l'avaient porté à agir de la sorte, et de révéler, s'il en connaissait, les faits de nature à inférer que l'inculpé appartenait à quelque secte. En vain Pierre De Corte représenta-t-il à cette princesse que les travaux de Mercator l'obligeaient à de fréquents déplacements, que récemment encore il avait été chargé par l'abbé de Saint- Pierre et le prévôt de Saint-Bavon, à Gand, de lever le plan de terres en litige; que les évêques de Valence et d'Arras lui avaient également commandé des travaux semblables; en vain l'abbé de Sainte-Gértrude, en sa qualité de conservateur des privilèges de l'université, menaça-t-il le bailli de Waes de le poursuivre comme infracteur de ces privilèges, la gouvernante déclara que, suspect de luthéranisme, le prisonnier avait perdu le bénéfice de toutes franchises. Il fut enjoint à Fabbé de cesser toutes menaces, s'il ne voulait s'exposer lui-même à une information judiciaire. Dans leur ardent désir de perdre un homme qui portait ombrage peut-être à quelque misérable, ses ennemis recherchèrent minutieusement tous les indices propres à échafauder une accusation; ils allèrent jusqu'à envoyer le bailli de Waes à Malines pour engager secrètement

le gardien du couvent des frères mineurs à se procurer, par tous les moyens en son pouvoir, la correspondance de Mercator avec un religieux de cette maison. En attendant les résultats de Tinstruction, le savant géographe resta détenu dans les sombres cachots du château de Rupelmonde K Un autre savant, Jean Portant, connu comme mathématicien, astronome et poète, auteur d'une carte qu'Ortélius a placée dans son ThecUrum orbis , fut exécuté à Anvers , à Tâge de soixante ans, sous l'accusation de sorcellerie ^.

Plus la persécution était acharnée, plus se révélait son impuissance. De même que les fréquentes condamnations pour blasphème^, pour propos injurieux contre les objets vénérés

• M. Alex. Pinchart, Archives des arts, des sciences et des lettres. Voir les pièces à l'appui extraites des Archives de V Audience. — ^. Ch. Râhlenbbck, L'université et la réforme à Louvain. L'Union, n^ 5 de 48S5.

» Le Protestantisme belge.

' « Pour avoir mis à torture ung Joos Tasseel, à cause d'avoir dict horrible blasphème de Dieu le Créateur et la Vierge Marie sa mère. — Audict, à cause qu'il a mis par trois divers jours le vendredi ledit Joos Tasseel sur un escaftot, et le premier jour luy avoir mis ung bendeau devant son front et après l'avoir battu de verges et luy avoir coupé ung lez de son petit doigt, le second jour l'avoir derechef batu de verges, et le iij« jour aussy l'avoir batu de verges et luy avoir coupé une pièce de sa langue. » Compte de L. de Flandre (n» -13745), de 4534-4535, f® xij. — « D'avoir misa torture ung Godefroit Desnoit, à cause qu'il avoit blasphémé le nom de Dieu et de la Vierge Marie. — Pour sur ung eschavot avoir bastu de verges ledit Godefroit, et luy avoir percié la langue d'ung fer ardent. » Ibid. (n® 43746), de 4547-4548, f« xiij ▼». — « Pour avoir perché la langue à ung joesne garche, qui avoit regnié de Dieu. » Compte de .1. de Hemptines, de 4533-4535, f® viij. — « Catherine Willeman, pource qu'elle avoit regnié Dieu, blasphémant et fait plusieurs viliains sermons, dont elle fut pour ce condempnée de avoir la langhe perchiée comme elle eult. » Ibid., de 4536-4540, f<» iiij vo. — « Jehan Vigneron, dit le duc de Geldre, pour ce qu'il avoit regnié Dieu, la Vierge Marie et toute la court céleste du paradis, fut condempné à avoir la langue perchié. » Ibid., f» v». — « Pierre Langle, pour cause qu'il avoit bafifémé le nom de Dieu et fait plusieurs viliains sermens, fut coudempné estre pillorisié, ce qui fut faict. » Compte de J. Gobelet (n*> 45392), de 4539-4642. f«viijvo, etc.

des catholiques \ montrent qu'elles exaspéraient au lieu de convertir, on voit, par les milliers de livres détruits, en quelle grande quantité ils se répandaient parmi le peuple, avec quelle avidité ils étaient recherchés. L'opinion publique, plu» forte qu$ les instruments de supplice, plus rationnelle que les juges, se roidissait contre ces inqualifiables rigueurs; dans des libelles et des pasquilles, dans des chansons et des ballades, sur les théâtres comme dans les réunions privées, s'aiguisait l'arme du ridicule, du mépris et de l'indignation ^. Le 27 février 1 536, le magistrat de Gand condamna à une amende honorable le poète Guillaume Polgier, auteur d'une chanson contre le clergé, et lui défendit « de mettre désormais en beau langage n'importe quelle chose bonne ou mauvaise. » En même temps on soumit les publications des facteurs de toutes les chambres de rhétorique à l'approbation préalable des échevins, et leurs doctrines religieuses devinrent l'objet d'un sévère examen '.

C'était, à la vérité dans les célèbres gilden de la Flandre et du Brabant que se manifestaient les progrès de la réforme, et son influence sur le monde littéraire se révéla d'une manière éclatante dans le landjuweel tenu à Gand, en 1539. Charles-Quint lui-même avait posé la questioj|: « Quelle

' « Ung nommé Thomas Van der Soest, messagier de la court espirituelle de Cambray à Bruxelles, à cause d'avoir proféré certaines énormes, détestables et schandaleuses parolles comme que les Lombards, Ytaliens, et mesmement que nostre saint-père le pape de Romme avoient conversation avec leurs chevaulx et muletz, a esté prins et mené es prisons d'AlIost, où après certames procédures il est devenu lunaticq et totallement hors de sens, actendu qu'il y avoit aulcane apparence de périr en ses ordures à la prison , on Ta mené vers ledit Bruxelles. » Compte de J. de Montmorency (n« 43574), de 4543-4546, f« xix.

» Voir t. V, ch. XVU.

^ M. J. B. Cannaert, Bydraegen, etc. -— Messager des sciences historiques, 4848, 445. — M. Snellaert, Histoire de la littérature flamande, 78.

6â RÉGNE DE GHÂRLES-QULNT £N BELGIQUE.

est la plus grande consolation pour Thomme mourant ?» et la majeure partie des pièces composées sur ce sujet fun^t de sanglantes satires contre le pape, les moines, les indulgences, les pèierinages, etc.^ En décernant le prix à la chambre de Bergues-Saint-Winocx, qui avait répondu : « La confiance dans Je Christ et dans son esprit, » les Gantois se fondront sur ce que cette solution renfermait toute l'essence de la religion réformée ^. « Je suis ce aujourd'huy esté averty, écrivait à ce sujet le chancelier de Brabant Adolphe Van der Noot à Marie de Hongrie, que à la dernière assemblée des rhétoriciens tenue à Gand, y ont de plusieurs villes et places, tant de Brabant que de Flandres, esté joué jeux plains de malvaises et abusives doctrines et séductions, de tout tendant à l'opinion luthériane, et que tous lesditz jeux par ensemble sont esté imprimez pour les vendre publicquement , ce qui causera beaucoup de mal. » Aussi proposa-t-il à la princesse de défendre sur-le-champ la vente, l'achat et la lecture de ces livres^.

La publication de ces pièces, fameuses sous le nom de Spelen van Sinnen, était un acte de courage en présence des châtiments réprimant les moindres hardiesses de la pensée ; quant à Wiberté dont jouit ce landjuweel, elle ne s'explique que par les circonstances où se trouvait alors la commune gantoise. Mais si elles avaient commandé de grands ménagements, ils cessèrent avec elles : à peine Charles-Quint fut-il entré à Gand, que parurent (16 février 1540) des « lettres closes de la reine touchant plusieurs livres mauvais, déshonnêtes, vicieux et subtils qui se semoient, au mépris des ordon-

' M. Snellaert, 1. c.

» Van Meteren, -I« boeck, 46.

* Lettre du 6 octobre 4539. ■— Appendice à la Hel. des troubles de Gand, 256.

nances et placards publiés afin de les rebouter \ x> Ce fut en vain toutefois que Tautorité proscrivit sévèrement les Spelen van Sinnen; qu'elle réitéra, sous des peines rigoureuses, la défense à tout facteur, orateur ou poète en titre des chambres de rhétorique de parler en public, sans consentement des échevins et examen préalable de leur œuvre ^; ce fut en vain qu'elle livra au bourreau des victimes telles que le poète Pierre Schuddematte, décapité à Anvers « pour avoir composé une ballade touchant quelques cas commis par les cordeliers ^, » la raison avait brisé ses barrières ; nul frein ne pouvait plus désormais arrêter l'intelligence humaine.

« Bien qu'il soit assez notoire, dit Gharies-Quint, dans son ordonnance du 19 février 1843, que tous pasquilles, libelles fameux et injurieux, sont, de droit commun, défendus sous peine de mort ; que cette peine est applicable tant à leurs auteurs et aux personnes qui les distribuent, qu'à celles qui, au lieu de les détruire incontinent, en conservent ou les propagent; bien qu'il semble dès lors superflu de réglementer derechef des dispositions souvent confirmées, nous en avons reconnu la nécessité en voyant, depuis quelque temps, des esprits pervers et méchans écrire, semer de nouveaux libelles, abuser de l'Écriture-Sainte pour propager leurs foUes et leurs méchancetés, car s'ils restent impunis, ils feront pis encore.

' Compte d'A. deBerghes (n« 452^4),^ xxxv.

' Messager des sciences historiques, ]. c.

* J. DE Wesenbeke, 20. — Anno 4547, den 40 mey, doen wirt hier t'Antwerpen, voorhet stathuys gericht M. Peeter Schuddematte, schoelmeester, ende was eeo fray rethoriseer, om dat men hem ketterey opleyde. Anlw, Ckron., 47. — Van meester Peeter Schuddematte, van Oudenaerden, die overmidts zynder quaden secten en opinie op ten xxvjeo dach van mey xv « xivij alhier t'Antwerpen geexecuteert is geweest. » Compte de G. Van den Werve (n® 49669), f«» ij v<».

En conséquence nous défendons, tant pour l'honneur de Dieu que pour le repos et la tranquillité du pays, à tout individu, de quelque qualité et état qu'il soit, indigène ou étranger, de composer, écrire, imprimer, semer, afficher, publier, en aucune manière, des libelles ou autres écrits injurieux contre la religion catholique, le bien public, nos droits, hauteur et souveraineté, contre des administrations constituées, ou contre des particuliers, sous peine de la hart et de la confiscation des biens. Les coupables seront exécutés sommairement et sans rémission. Quiconque a trouvé ou trouvera des écrits de l'espèce, est tenu de les brûler sur-le-champ ou de les remettre aux officiers de justice sans les montrer à personne ; toute infraction à cet égard sera punie de peines arbitraires. Pour arriver plus sûrement à arrêter ce désordre , cette licence effrénée, il sera accordé une prime de 600 livres à prélever sur les biens des condamnés à chaque dénonciateur d'imprimeurs ou de détenteurs de libelles attaquant la religion ou notre hauteur, ou provoquant à la sédition; dans le cas où il n'y auroit pas de biens, la prime sera payée de nos propres deniers. Elle sera de 200 florins pour les écrits attaquant des particuliers. Les complices du délit n'y auront aucun droit, récompensés qu'ils seront de leur dénonciation, par une amnistie complète. » Cette ordonnance était rétroactive et afin que nul ne prétextât ignorance, elle fut publiée et affichée dans toutes les localités des Pays-Bas ^ Sa sévérité pqjirtant n'imposa guère, et le sentiment de l'indignation continua à se manifester de mille manières. Ainsi, cinq ans après (1 848), dans une Principauté de Plaisance célébrée à Valenciennes, l'Abbé des Pau-Pourvus d'Ath et sa folle momerie

' Édita de Luxembourg.

s'avisèrent de bénir un puits, en parodiant d'une façon bouffonne les exercices du cuite, en y employant mille traits « dignes du fagot, » dit d'Oultreman ' .

Déjà ce n'était plus le catholicisme seul qui était engagé dans la lutte ; comme l'avait pressenti Charles-Quint , la réforme prenait un nouveau caractère, et l'autorité souveraine à son tour se voyait attaquée dans son essence. Le despote avait prévu que les mécontents « s'aideroient un jour des desvoyez de la foi, dont il y avoit grand nombre en ses pays ^ ; » il avait vu les réformés assez puissants à Groningue et à Amsterdam, là pour renverser l'autorité du duc de Gueldre , ici pour tenter de donner à ce prince une partie de la Hollande. Il se disait que si Van Rossem ne s'était pas présenté comme lieutenant du roi de France, ils lui auraient peutrêtre ouvert les portes d'Anvers. Plus que jamais convaincu qu'il combattait en eux des ennemis de son autorité et de sa puissance, plus que jamais il fut impitoyable; son opiniâtreté naturelle s'irrita des résistances opposées à ses efforts, et les édits de persécution se succédèrent sans relâche, traquant la liberté sous quelque forme qu'elle se produisît.

A la demande de l'empereur, l'université de Louvain dressa un formulaire de doctrine destiné à trancher toutes les questions soulevées par les nouvelles idées. Cette espèce de catéchisme raisonné parut le 6 novembre 1S44 ^ et il fut prescrit de s'y conformer sous peine de mort. Mais, Charles-Quint, qui ne s'était pas dissimulé non plus les causes

' M. A. DiNAux, Une Fête flamande sous Charles- Quint. Archives historiques et littéraires du nord de la France.

' Lettre du 30 septembre 4 839, précitée.

^ Raynaldus, Annales ecclesiastici, XIV, 85.

du mépris dans lequel était tombée Téglise romaine, les combattit avec d'autant plus d'ardeur, qu'elle était l'appui de ses vues ambitieuses. « Attribuant l'insuccès de ses mesures contre l'hérésie à l'ignorance ou- à l'inconduite de beaucoup de menabres du clergé, qui, loin d'avoir pour leurs ouailles les soins de bons bergers, se conduisoient en gens de mauvaise vie et donnoient de pernicieux exemples de scandale ; à la cupidité qui portoit des titulaires de bénéfices à ne pas résider dans leurs paroisses ou au siège de leurs églises, et à confier leur troupeau non au plus digne mais au plus offrant , » par une ordonnance du 18 décembre 1544, il prescrivit à ses officiers de se procurer, dans les quarante jours, et de transmettre sur-le-champ à la régente des listes indiquant les noms et prénoms de tous les desservants de paroisse, eff*ectifs ou suppléants, avec un rapport sur leur conduite, sur leur réputation, sur leurs capacités, ainsi que sur les conditions des contrats de desserte. Il recommanda à la reine d'examiner avec soin ces rapports et de corriger sans délai et d'oflSce les abus signalés \

La promulgation de cet édit fut accompagnée d'une nouvelle publication des « placards contre les sectes " , » et suivie

' Plac. de Brabant, 1 , 34. — 18 décembre 4544. Placard de l'empereur ordonnant à tous les officiers « d'envoyer par escriptzles noms et surnoms des curez desservans, curez es metes de leur office, ensemble de quelle vie, famé et renommée ilz sont. »> Compte de P. de Werchin (n« 1S221 ), f° xxviij vo.

' « Le xxiiij« jour de janvier l'an xv « xlv, pour avoir esté faire publier le placcart publié l'an quarante contre les sectes, est dit entre aultres choses que la publication d'icelles doibt estre faicte et renouvellée deux fois l'an, assavoir la veille de Noël et saint Jehan-Baptiste, et avecq ce envoyer par escript les noms et sournoms des curez desservans, curez et résidens es mettes dudit office, ensemble de quelle vye, famé, conversation et renomée, s'ilz sont propriétaires ou substitutz et vice-curez, et combien ilz en rendent annuellement. » Compte de J. B. de Werchin (n» 4S362), f« 1 >«.

LA RÉFORME. - BtARTYROLOGES. 67

d un mandement qui, « pour pan^enir au recouvrement des hé> rétiques, ensemble de leurs complices, faulteurs et adhérens, ^ défendait, sous peine de la vie, de « loger, recevoir ou favoriser aucuns fugitifs entachés d'hérésie , et d'accepter procuration pour administrer leurs biens et affaires ' . » De son côté , le pape, par un bref apostolique du 1 2 mars 1 544, avait permis à tout ecclésiastique, séculier et régulier, de témoigner en affaires d'hérésie, alors même qu'il était à prévoir que, suivant les édits, la mort ou d'autres châtiments corporels s'ensuivraient ^. Mais ces mesures étant encore restées sans efficacité, il fallut rechercher de nouveaux modes de répression, et, pour donner aux poursuites religieuses plus d'ensemble d'unité et d'énergie, Charles - Quint résolut d'augmenter le nombre des inquisiteurs et de rétablir leurs rapports avec l'autorité civile, supprimés en 1525.

Jean Goppin étant décédé, Paul III avait substitué aux trois inquisiteurs nommés en 1524 deux inquisiteurs généraux; mais il s'était borné à confirmer les instructions données à leurs prédécesseurs, en faisant une réserve pour l'exécution des sentences de dégradation ecclésiastique, laquelle ne put désormais avoir lieu par un abbé seul ^ Ruward Tapper, d'Enkhuizen , successeur de Jean Coppin dans le doyenné de Saint-Pierre, à Louvain, et Michel Druitius, officiai de l'évéché, dans la même ville, furent investis de ces nouvelles fonctions, et leurs pouvoirs, étendus à toutes les provinces, où ils étaient autorisés à déléguer des substituts. C'est ainsi qu'un

* 26 janvier 4545. Compte de P. de Werchin (n® 45221 ), f® xxxiij. — Inventaire d'ordonnances.

' Reg. Sur le faict des liérésies et inquisitions, fo 554. — Azevedo. — Voir les instructions données au sujet de ce bref par Marie de Hongrie, le 26 janvier et le 2 février 4549. Bull, de la Comm. royale d'histoire, 2« série, VIII, 35, 36.

' Bref du 6 juillet 1537. Beg. Sur le faict des hérésies, fo 571 .

68 RÊGNË DE CHÂRLES-QUINT EN BELGIQUE.

chanoine de Liège, Théodore Hesius, devint inquisiteur pour le Brabant et la Flandre \ et Jacques de Lattre, pour le Hainaut ^ Ce fut aussi de ce droit de délégation qu'on se servit pour augmenter le nombre des inquisiteurs.

En 1545, par les ordres de l'empereur, les deux inquisiteurs généraux établirent pour substituts : en Brabant, Nicolas Houseau, qui venait de succéder à Jacques de Lattre (mort en 1543) dans les fonctions de prieur des Écoliers, à Mons, et Nicolas de Monte, doyen deBeke; — en Hainaut, Jean Fabri, doyen de la collégiale de Saint-Germain à Mons, et Jean Bonhomme, chanoine de cette ^lise ; — en Hollande et en Zélande, François Van Zoon (del Campo a Zon), chanoine de la cathédrale d'Utrecht et de Saint-Pierre à Louvain, et Corneille Stryen , chanoine de la Chapelle à La Haye ; — en Flandre , Pierre Titelman , doyen de Saint-Hermès à Renaix , et Jean PoUet, chanoine de Saint-Pierre, à Lille ; — en Artois, Jean Barbier, doyen et prévôt de la cathédrale d'Arras, et Christophe de la Bussière, chanoine de la même éghse ^. Dans le Luxembourg, où l'inquisition n'avait pas été introduite, non plus que dans la Gueldre et dans la seigneurie de Groningue, qui invoquaient leurs capitulations pour la repousser, il ne fut pas établi de substituts ^ Mais, comme les besoins de

* Theodoricus Hesius, canonicus Leodiensis, inquisitor haereticae pravitatis perFlandriam et Brabantiam. Instructions données au nonce du pape, près de la diète germanique, le 45 mai 1540. Papiers d'état de GranvellCf II, 594.

' « A Jacques de Lattre, prieur des escoliers en la ville de Mons et inquisiteur de la foy, la somme de deux cent cinquante livres dudit pris, pour le récompenser des peines et travaux et dilligences par luy faites, pour atteindre et examiner, et faire le procès à plusieurs luthériens. » Compte de la recette gêné' raie de 4539.

* Reg. Sur le faict des hérésies et inquisitions, f« 634.

^ M. Gachard, Rapport à M, le minisire de l'intérieur sur les Archives de Simancas.

l'œuvre croissaient sans cesse, on ne s'arrêta pas au nombre de subdélégués établis en 1 548, et l'on en voit figurer d'autres encore , tels que Gaspard Lebrun , NicoUe de Terne, Thierry Du Mont, Goubille, Jean Estacquet, etc. ^ Restait à rétablir les rapports des inquisiteurs avec l'autorité civile, afin de consacrer leurs pouvoirs, et Ton prit pour prétexte à cet effet la nécessité de régler les formes à observer par ces juges et par leurs délégués, ainsi que l'étendue et les limites de leur juridiction. Ce fut à Maestricht, le dernier jour de février 1 546 , au moment où il quittait les Pays-Bas pour entreprendre sa campagne d'Allemagne , que Charles-Quint signa l'instruction qui, en réglant ces points, établissait de fait le saint-oiBce.

« Les inquisiteurs et leurs substituts, dit cette instruction qui fut tenue secrète , visiteront la province de leur ressort , accompagnés d'un notaire connu par son intégrité et par son aptitude, afin de s'y enquérir des hérétiques, des personnes plus ou moins suspectes d'hérésie , de celles qui ont ou lisent des livres condamnés, de celles enfin qui assistent à des conventicules où la religion catholique est mise en discussion. Le notaire rédigera authentiquement ces informations, et les inquisiteurs les garderont avec soin, pour y avoir recours chaque fois qu'il sera nécessaire. Les témoins jureront de dire la vérité, sans haine, ni faveur ; ils seront interrogés

' Voir la sentence prononcée « par lesdis sieurs inquisiteurs de la foi » à Mons, contre Marie Foumier, en i 548. M. Arsène Loin, Documents concernant les placards, Vinquisition, etc., L c, 34. — Par lettres du 4 février 4549, Marie de Hongrie, « ayant pour bien agréable ce que ils avoient fait durant les deux dernières années passées, et jugeant que pour le service de Dieu et la conservation de la sainte foi, il étoit plus que nécessaire de encore continuer ladite inquisition, » prolongea « pour une année les fonctions des inquisiteurs de la foi au pays de Hainaut. » Ibid., 38.

sur la source de leurs renseignements, et elle sera mentionnée dans la procédure, pour ne point scandaliser injustement les honnêtes gens. La dénonciation , dont l'auteur voudra rester inconnu, ne servira pas de base de procédure ; s'il est établi que Taccusation, dictée par Tenvie ou par d'autres motifs, est injuste, le dénonciateur sera déféré aux tribunaux ordinaires pour qu'il en soit fait justice. Il est permis aux inquisiteurs et à leurs subdélégués d'appeler devant eux et d'interroger tous sujets de l'empereur, quelles que soient leur qualité, leur condition ou leur charge, même les bourgmestres et les échevins des villes, les présidents et les conseillers des cours de justice; ceux-ci sont tenus de déposer, sous peine d'être réputés fauteurs d'hérésie et , s'ils sont laïques, punis comme tels conformément aux édits. Quant aux gens d'église, il sera procédé contre eux selon que les inquisiteurs le trouveront juste et équitable.

» Les inquisiteurs feront appréhender et détenir sous bonne garde, par les juges locaux ou par d'autres officiers à leur choix, les individus qui, ensuite des informations prises, sur la déposition de deux témoins ou sur d'autres preuves légitimes, seront convaincus d'hérésie ou de contravention aux édits. L'inculpé ecclésiastique sera transféré dans les prisons du conseil provincial ; sa cause s'y instruira sommairement et sans forme de procès, selon la teneur de la commission des inquisiteurs qui, pour rendre leur arrêt, s'adjoindront un ou plusieurs membres de cette cour ou en référeront h elle-même. En cas de refus du conseil ou de quelqu'un de ses membres, il en sera fait rapport à la régente ou au conseil privé, qui y pourvoira. Quand l'arrêt prononcera la dégradation ecclésiastique d'un prêtre et sa remise au bras séculier, dès que le condamné aura été dégradé , le conseil fera pro-

Là Reforme. ^ martyrologes. 71

céder à rexécution de la sentence. Les informations prises à charge de laïques convaincus de contravention aux édits, seront communiquées à un membre du conseil provincial ; sur son rapport, le conseil fera arrêter et châtiera le coupable. S'il résulte de ces informations que Tinculpé est suspect d'hérésie sans preuve de contravention aux édits , les inquisiteurs procéderont selon le droit, jusqu'à la sentence définitive, qu'ils rendront avec le concours d'un membre du conseil provincial. Il est défendu à toutes les cours de justice , sous peine d'encourir l'indignation de l'empereur, d'entraver, en aucune manière, l'exercice de la juridiction des inquisiteurs ; toute difficulté qui s'élèvera à cet égard sera soumise à la régente. Même défense est adressée aux évêques et à leurs officiaux ; mais ceux-ci, à leur tour, ne peuvent être troublés par les inquisiteurs dans les procédures qu'ils ont commencées.

» Dans leurs tournées, les inquisiteurs s'enquerront de la conduite des maîtres d'école et de leur enseignement; ils provoqueront la correction ou la destitution de ceux qui leur paraîtront le mériter. Les libraires et les imprimeurs, ainsi que les livres débités et imprimés par eux, seront également l'objet de sévères investigations. Enfin , les inquisiteurs s'assureront si les curés sont hommes de bien, purs et catholiques. Lorsqu'ils trouveront des cures administrées par des mercenaires ou par des vice-curés, anciens religieux ayant quitté le froc, ils les remplaceront, quelque dispense ou licence que ces desservants aient obtenue de l'autorité ecclésiastique. Les curés concubinaires ou livrés à une vie scandaleuse, ainsi que les ignorants et incapables, seront signalés à l'évéque et à ses officiaux avec invitation de les remplacer ; en cas de refus, il en sera donné avis à la régente , qui statuera. » — « Les

72 RÉGNE DE GHARLES-QUiNT EN BELGIQUE.

inquisiteurs, ajoute, en forme de conclusion, ce règlement, se conduiront de manière à ne pas rendre impossible une œuvre aussi sainte qu'elle est difficile ; ils ne se montreront pas trop exigeants, mais, avant tout, ils s'appliqueront à redresser les abus qui ne pourroient être tolérés sans péril pour la religion, ou sans inconvénient pour la chose publique. Ils s'efforceront aussi de persuader à tout le monde que ce n'est pas leur profit, mais celui du Christ, qu'ils cherchent, s'attachant seulement à purger les Pays-Bas de toute erreur , et à les préserver de l'hérésie \ »

Le même jour, parut une ordonnance enjoignant aux cours de justice, aux justiciers et officiers de l'empereur, ainsi qu'aux officiers de ses vassaux, de faire appréhender et garder en leurs prisons quiconque, ecclésiastique ou laïque, leur serait dénoncé par les inquisiteurs ou par leurs subdélégués ; de veiller à ce que ceux-ci reçussent toute aide et assistance, sans délai ni difficulté d'aucune espèce, et de ne souffrir ni permettre qu'ils rencontrassent obstacle ou qu'ils fussent exposés à l'injure. « En ce, ajoutait cette ordonnance, vous vous acquitterez de sorte que cette affaire d'inquisition, tant importante, ne soit empêchée ni retardée, mais soigneusement et diligemment avancée et exécutée, selon qu'il convient au bien de la chrétienté, au salut, au repos et à la tranquillité de nos pays et sujets, et de sorte que de votre bon devoir en cette partie ayons cause de contentement ^. »

Ainsi implantée, l'inquisition produisit bientôt ses effets; mais ils furent impuissants à arrêter le torrent qui menaçait et l'autel et le trône. Les comptes des bourreaux montrent la réforme embrassant tout le pays, et malgré le zèle des inqui-

' Reg. Sur le faict des hérésies, (° 547. — M. Gachard, 1. c. ' Reg. Sur le faict des hérésies, f® 266. — M. Gacharo, 1. c.

siteurs, malgré Tappàt des récompenses ofTertes à la délation, on voit les évangélistes former des congrégations dans la Flandre \ dans le comté de Namur^, à Valenciennes^ à Louvain, à Lierre, à Anvers ^ à Nivelles ^ à Bruxelles®. Dans cette dernière ville on comptait « plus de sept mille hommes qui

* « Madame, ce jourd'huy matin, les procureur, advocat de l'empereur et moy, avons esté advertizde quelque nombre de luthériens et anabaptistes, qui seroient résidens et demourans à une et deux lieues de ceste ville, sans assemblée dangereuse, ni péril autre que de la secte. Et pour effoncher la vérité, et povoir parvenir à la cognoissance, avons à l'un, qui seroit l'accusateur, soubz la confidence de Vostre dite Majesté, fait promectre grâce et rappel de ban, de ce quMl auroit espousé deux femmes, et esté dudit nombre, quant aux erreurs luthériens, mais non rebaptisé, et soubz icelle condition. Dont, pour icelle promesse de grâce, ay bien voUu advertir Votre dite Majesté, et que ferons nostre extrême debvoir pour en savoir la vérité, et parvenir à l'appréhension des coupables, sy avant que en nous sera. » Lettre de Pierre Tayspil à Marie de Hongrie, du H juin 4538. App. à la Relation des troubles de Gand, 216.

' « Que le xviij« de mars audit an xxxiiij, stil de Liège, lettres closes furent despeschées aux président et gens du conseil à Namur, par lesquelles fut commandé advertir à dilligence les chief et officiers du pays, que plusieurs de secte lutériane se transportoient secrètement en pays, pour y semer leurs folies et erreurs dampnables, affin de s'enquerre si aucun se trouveroit es mettes de leurs offices. » Compte d'A. deBerghes (n» 45214 ), de 1S33-4534, f* xxx.

* « Louis de Gavre, seigneur de Frezin et dlnchy, écuyer tranchant de Tempereur, envoyé à Valenciennes pour instruire le fait des luthériens, et faire rapport à la reine. » Compte de la recette générale de 4545.

4 /6td. de 4544-4543.

* Voir page 33, note 2.

* »< lerst want d'amptman ende v^ethouderen geadverteert waeren van den gardiaen van den minderbroederen van Loeven, dat in de Gulden strate, achter der stadhuys, dicwlh vergaerderden in tv\ree huysen daerstaende, acht, negen oft thien luyterianen (ende om die lieden heymelyck te bespieden, als zy in eenich van den twee huysen zun souden), heeft d'amptman daer toe gehuert twee mans personen, die hy voer secreet hiel te wetenen, Danielen Dopper, knape, ende Jacoppen, scouder mouv^ren, om hem tselve te adverteren, w^ant hy tôt zyn huyse hadde aile de dieners, ende oick tv^ee scepenen, die daer toe gedeputeert vraeren, ende hebben gev^acht zesse avonden, te weten : xxiiij, XXV, xxvj, xxvij, xxviij, xxix marcy, en gegeven elcken voer elcken nacht iiij stuvers. » Compte de H. de Stradio (n<» 42708), de 4540-4544, f-xvij.

cognoissoient les abuz de ces hypocrisies et qui adhéroyent à la pure doctrine de TÉvangile ; tous ses boui^eois portoient faveur aux nouvelles croyances, de sorte que s'ils n'avoient craint le danger de leur vie, ils auroient changé la religion bientôt et auroient rétabli publiquement la pure doctrine de l'Évangile'. » La terreur des supplices ne refroidit pas un instant le prosélytisme des prédicateurs; maître Pierre, le jacobin Roland Calon, Herman de Struycker dit Modedt, George Sylvain, Gaspar de Lahaye, une foule d'autres parcouraient en tous sens le pays semant la bonne parole^. Dans les classes inûmes, que poussaient vers la réforme de vagues aspirations à un sort meilleur ; dans les classes éclairées, qui voyaient en elle la religion chrétienne plus pure et plus conforme aux principes de son divin fondateur, il y eut chaque jour des progrès marqués. Si Marie de Hongrie devint l'exécutrice des terribles volontés de son frère, plus d'un seigneur de sa cour resta fidèle aux doctrines qu'elle avait reniées. Ainsi, un arrière-petit -fils de Philippe le Bon, Jacques de Bourgogne, seigneur de Falais ^, qui avait déjà été emprisonné au mépris des statuts de FOrdre de la Toison d'or, vit tous ses biens confisqués* et fut obligé de se réfugier à Genève. Les poursuites dirigées contre des prêtres et des

< De VestcU du pais-bas, 425.

' J. DE Wesenbeke, 25, 26. — Étude sur le caractère et les vicissitudes de la Hé forme à Anvers. 1. c.

^ n était petit-fils de Baudouin, fils naturel de Philippe le Bon.

4 On lit dans la commission de Louis de Sivry, du 40 juin 4546: « Comme par la fuitte du seigneur de Fallaix, pour la suspition d'hérésye , nous avons faict saisir et mettre en nostre main tous et quelzconcques ses biens, terres et seigneuries, scituées en noz pays de par deçà, comme confisquez à nostre proffit, etc., parquoy soit besoing commettre de par nous èsdites terres et seigneuries nouveaulx officiers. » Compte de cet officier (n* 4 5009 ), de 4546-4 647, f" j.

religieux prévenus d'avoir « parlé contre l'église', » « ou prêché conlre la foi \ » les ordres rigoureux donnés à l'égard « des religieux et des religieuses abandonnant leurs cloistres et couvons ^, » l'autorisation de les arrêter sans mandat du juge S la défense sévère de les accueillir et de les loger ^,

* « Fut prins et constitué prisonnier ung prebtre nommé messire Rollandt

Gallye, à raison qu'il avoit parlez contre l'église. » Compte de J. de Hemptines (n» 45553), f<>xviiij»o.

' « Frère Quirin Henricy, cordelier, quy fut constitué prisonnier pour ce qu'il estoitfamé qu'il alloit prescher par les villaiges et que en ses sermons il preschoit aulcuns propos contre la foi, fut banny hors la comté de Namur et deffendu de plus preschier pour Tadvenir, lequel fut en ladite prison le terme de quatre-vingtz seize jours. » Compte de la veuve de J. de Hemptines, f« iij ▼». — « Pour soy avoir transporté en la cilé de Liège portant lettres closes à la personne de l'official de Liège, contenant l'advertissement d'aucunes hérésies que ung frère Jehan Dubois, religieux de l'ordre de Saint-François, estant pour lors arrivé au couvent des Frères mineurs emprès Dinant, et deveroit avoir publicquement preschiez en aulcunes églises paroichles illecq et alenthour, aflan d'en faire enquête. » Compte de P. E. de Mansfeld (n* 15222), f® xxiij.

Le prieur des carmes de Valenciennes, Jean de Cartheny ou de Cartigny, ' « personnage docte et très-renommé à cause qu'il estoit très-versé en langue hébraïque, grécienne et latine, » fut obligé, en 1539, d'abjurer publiquement . à Mons les hérésies qu'il était accusé d'avoir professées à Louvain ; il fut condamné, en outre, à rester perpétuellement en prison dans Cambrai, sous les yeux de son évéque. Vinchant, V, 242. — Jean de Cartheny, par M. A. Dinaux. Archives historiques et littéraires du nord de la France, IV. — 48 juin 4542. « Maistre Jean Mauret, greffier des inquisiteurs de la foi, commis par le pape et par l'empereur au pays de Hainaut, est chargé de s'enquérir en plusieurs lieux du Hainaut d'aucuns sermons de frère Jean de Càtegny, prieur des carmes à Valenciennes. » Compte de la recette générale.

' Compte de N. le Gouverneur (n« 2637), f» xiij. — Édits du 47 février 4533 (AzEVEDo) et du 45 septembre 4540, défendant de les loger, de les aider et ordonnant de les dénoncer sur-le-champ. Inventaire d'ordonnances.

* a Ainsi sont semblablement apostats, et moynes ou nonnains, et béguines coëffées et consacrées, enfuyes de leur religion, appréhensibles sans autorité du juge. » Damhoudere, Practique judiciaire es causes criminelles , ch. xv.

^ Édits du 47 février 4535. — « A ladicte trompette, quand l'on publia et fit deffense de non logier aucunes personnes ecdésiastiques estant fuyz hours de leurs cloistres. » Compte de J. Van den Daele (n« 45667), de 4535, f« vij.

attestent d'autre part que, dans le clergé catholique même, la réforme ne cessait de recruter des prosélytes et de lever son contingent de martyrs pour l'émancipation intellectuelle des peuples.

Vers la fin de i 542, le promoteur de Tévéque de Cambrai porta une accusation d'hérésie contre le carme Pierre Alexander d'Arras, docteur en théologie et prédicateur de la régente, qui avait eu, parait-il, de fréquentes discussions théologiques avec le confesseur de Charles-Quint , Pierre de Soto ' . Le chanoine François Van Zoon, Pierre De Corte (Curtius), curé de Saint-Pierre à Louvain, et Thomas de La Chapelle, prieur des Jacobins à Arras, furent chargés de l'instruction \ qui commença le 21 février 1543, et se continua sans relâche jusqu'au 19 octobre suivant. On adjoignit alors à ces trois commissaires, maître Hermès de Cramez, Jean de Saint- Mauris, et Louis de Zoete, secrétaire de l'empereur ^ et dans Ma procédure, qui dura plus d'un an encore, on entendit en faveur de l'accusé la plupart des seigneurs de la cour *. En revanche, parmi les témoins à charge on voit figurer frère Philippe Travellin, confesseur des sœurs grises, dites colétines de Gand ; frère Jacques Mailletty, docteur en théologie et gardien du couvent des cordeliers à Arras ; frère Bernardin de Zychenen, gardien du couvent des frères mineurs à Diest ; frère Simon Sapiens, provincial de l'ordre des frères mineurs de la province de Flandre \ Lorsque enfin un mandat d'amener fut

' De V estât du pais-bas ^ 233.

' Ihid. — Compte de la recette générale.

' îhid.

*Z)e Vestat du pais-bas, 233. — D'après une enquête ouverte, en 4564, sur le compte de Viglius, il « avoit favorisé frère Alexander par tous moyens. » Précis de la correspondance de Philippe /f, I, 349.

5 Compte de la recette générale.

lancé contre le carme, il avait fui, et aucun de ses serviteurs, arrêtés sur-le-champ, ne put ou ne voulut révéler sa retraite. Après de vaines sommations de comparaître, De Corte, Van Zoon et de La Chapelle rendirent alors contre l'accusé contumace une sentence d'excommunication et de dégradation, le privant de tous privilèges ecclésiastiques et le livrant au bras séculier pour recevoir le châtiment réservé aux hérétiques obstinés. Cette sentence fut prononcée dans l'église de Sainte- Gudule à Bruxelles, le 2 janvier 1S45, et l'on brûla les ouvrages du condamné sur la place de la Chancellerie V

Suivant l'arrêt, Alexander avait soutenu des « propositions suspectes, scandaleuses, luthériennes, ofiensives des saintes oreilles, séditieuses, hérétiques, et déjà condamnées par l'église en la personne de Luther et autres, » telles que celles-ci : Toutes choses nécessaires au salut sont contenues en l'Évangile, et il n'y a de croyable que ce qu'il contient. — Il faut adhérer seulement à la parole de Dieu renfermée dans l'Évangile. La mission donnée aux apôtres de Jésus-Christ est indiquée dans les Saintes-Écritures, et les hommes excèdent leurs pouvoirs en imposant des obligations autres que celles qu'elles mentionnent. — La foi seule justifie devant Dieu ; les œuvres, devant les hommes. — Les véritables indulgences s'acquièrent sans or ni argent, par la seule foi et assurance du mérite du Christ.— Une vraie foi n'existe pas sans les œuvres, qui en sont le fruit, la suite et la preuve extérieure. — Quiconque n'a pas les vraies œuvres de charité est incapable d'avoir la foi. — Il suffit de se reconnaître pécheur, de se soumettre à Dieu, de détester son péché, de croire fermement aux promesses du Christ, pour être sauvé par l'assurance de sa foi. — Qui-

* Chronique manuscrite de Foppens. — Histoire de Bruxelles,

78 RÈGNE DE CHARLËS*aUINT EN BELGIQUE.

conque se repent de ses péchés sans croire au pardon de Dieu, fait injure à la Passion de Jésus-Christ. — Il n'y a point de différence entre le baptême de Jean et celui des apôtres de Christ, car l'un et l'autre ont enrôlé des citoyens pour le royaume des cieux; par l'un et par l'autre la rémission des péchés et le Saint-Esprit ont été donnés. — Le premier baptême célébré par saint Jean-Baptiste et puis parmi les gentils, est un instrument donnant le Saint-Esprit à ceux qui croient en Christ. — Nul ne sera damné que l'infidèle obstiné. — Ne pas croire en Jésus-Christ est le seul péché damnable. — Les hommes ne sont pas condamnés pour avoir péché, mais seulement pour avoir refusé de recevoir la grâce de Dieu et de se repentir. — La vraie pénitence c'est de s'abstenir de péché. — Il n'y a pour le péché d'autre satisfaction quel'oblation de Jésus- Christ. — L'homme qui a une vraie foi est, par grâce, aussi avant dans l'amour de Dieu que Jésus-Christ. — Qui croit en Jésus-Christ participe à toutes ses grâces. — Il ne faut pas adorer les saints, mais les honorer. — Le Christ seul prie Dieu pour nous et non les saints. — Nous obtenons plus aisément de Dieu une grâce par nous-mêmes que par les saints. — On se trompe en attribuant à saint Jean ou à saint Hubert la guérison de maladies. — Il ne faut pas honorer plus la Viei^e Marie et les àaints que ne les honore la Sainte-Écriture. — Il n'y a que deux médiateurs entre Dieu et les hommes : le Fils et le Saint-Esprit, qui conduisent toutes nos actions à la gloire du père. — Jésus- Christ seul a accompli tous les commandements. — Personne ne peut se vanter d'aimer Dieu autant qu'il le doit. — Les bonnes œuvres servent seulement à louer Dieu et à donner bon exemple au prochain. — Nous ne méritons rien par nos bonnes œuvres, ni grâce, ni rémission des péchés, ni gloire. — Il faut se fier entièrement à Dieu, et ne

rien attribuer à nos mérites. — La religion monastique est hypocrisie. — Dieu ne se soucie pas que les hommes ne mangent qu'une ou deux fois par jour, et s'abstiennent de viandes. — Le jeûne qui nous recommande à Dieu n'est pas l'abstinence de boire et de manger. — Le jeûne évangélique est le jeûne de Dieu, et non pas le jeûne du carême. — Le jeûne de Dieu est un jeûne perpétuel, et non pas de tel ou tel jour. — Le jeûne du carême n est point évangélique, puisqu'il n'est pas commandé par l'Évangile. — Depuis trois cents ans le véritable et pur Évangile n'avait plus été prêché. — Il n'est plus permis de prêcher l'Évangile, puisque ceux qui le prêchent sont réputés hérétiques. — Les hommes qui sont constitués en dignités, s'opposent à cette prédication, parce qu'elle dévoilerait leurs péchés ' .

Accéléré moralement par la pureté de ses doctrines et par le sang de ses martyrs, le mouvement de la réforme trouvait, en outre, un appui matériel dans les événements pohtiques. Les rois de France qui livraient aux bûchers leurs sujets accusés d'hérésie, traitaient avec les protestants d'Allemagne et appuyaient secrètement ceux des Pays-Bas, dont ils comptaient exploiter le désespoir. En 1543, lorsque les Français occupaient le Luxembourg, le duc d'Orléans disait, dans une instruction donnée à son secrétaire et valet de chambre Antoine Maillet, envoyé au duc de Saxe et au landgrave de Hesse : « J'ai grand désir que, par la grâce de Dieu, le saint évangile soit prêché par tout le royaume de France. Si dans la crainte de déplaire au roi mon père et à mon frère aîné, et de soulever l'inimitié du pape, de l'empereur, d'autres princes, je ne le laisse pas prêcher librement dans mon duché d'Orléans,

' FopPENS, Varia ecclesiastica. Manuscrit de la bibliot. royale, f« 19. — De V estât dit pais bas, S3Ô.

je permets aux princes protestans de le faire prêcher librement dans le duché de Luxembourg dont j'espère que le roi nous laissera jouir, et dans les autres terres qui nous appartiennent du droit de la guerre. Mais nous voudrions qu'il plût aux princes protestans nous recevoir en alliance et confédération offensive et défensive, non pour nous aider de leur support , forces et aide contre aucun prince particulier, mais seulement en ce qui concerne le fait de la religion chrétienne, dont nous désirons grandement et avant toutes choses faugmentation, laquelle par ce moyen viendra facilement en lumière en nos aultres terres et le royaume de notre père *.» Avec de tels appuis les symptômes de résistance devenaient plus graves et présageaient de terribles réactions. L'essor était aussi donné aux émigrations qui transportèrent en partie à l'étranger la prospérité industrielle de la Belgique ^. Dès l'apparition des premiers édits de persécution, une foule de marchands d'Anvers s'étaient empressés de liquider leurs affaires et s'étaient expatriés. « Au train dont vont les choses, écrivaient-ils à leurs amis, nul, s'il n'est pas un pauvre diable perdu dans la foule, ne peut répondre de son lendemain. » Ce premier courant de l'émigration se dirigea vers le pays de Clèves, et la ville de Wesel devint le refuge de beaucoup de

• Correspondenz, II, 644.

» « Van Damele, voirz vuyte cuyper poerter der stadt van Loeven, befaemt wesende van luteriaensche sechten, heeft hem geapsenteert en vluchticb gemaect. — Van Mathys Van der Donck, befaempt wesende van luteriaensche sechten, heeft hem geapsenteert en vluchtich gemaect. — Van Peeter Paeschiers, poerter der stadt van Loven, van dat hy befaempt was van luteriaensche sechten, heeft hem geapsenteert en vluchtich gemaect. «Compte d'A. de Blehen /n» 49663), fo« j et ij. — Le même fait s'applique à J. Dillens, Arnould Vynckt, Elisabeth HoUants, et une foule d'autres. Ihid.— & De somme van twee hondert ponden, gecomen van den verchochten goederen vanAertVan Ly berge, fugityff van lutherie ende hérésie. » Compte de L. Van Heylwigen (n® 49662), f* vj ; etc.

protestants des Pays-Bas ^ Ils y furent rejoints plus tard par les proscrits de Gand, qui donnèrent à cette émigration un caractère menaçant. Prenant pour devise : Recuperare aut mori, elle intervint activement dans toutes les conjurations et dans toutes les guerres fomentées contre Charles-Quint. Ce fut ensuite vers l'Angleterre que se portèrent les émigrés^, et une vieille chanson, du temps de Henri VIII, rappelle que les Belges y introduisirent la draperie et la culture du houblon'. L'Angleterre accueillit avec empressement ces proscrits, qui lui apportaient les richesses du travail, et qui de villes pauvres et peu peuplées, ne tardèrent pas à faire les centres d'un grand commerce*.

En 1 547, le pasteur Jean Uutenhoven fonda à Canterbury, sous la protection de l'archevêque Cranmer, une église de réfugiés, la première qui exista en Angleterre, et, le 27 juillet 1 550, Edouard VI accorda aux émigrés flamands la permission d'avoir un temple à Austin-Friars**. Sous les auspices de ce prince, Martin Klein, dit Micron, fonda, avec Walter de Laen, l'église flamande de Londres, tandis que Valérand Poullain (Valeranus Flandrus) établissait à Glastonbury, dans le comté de Somerset, une église wallonne, que les persécutions de Marie Tudor firent transférer ensuite (1554) à Francfort sur le Mein **. Dans toutes ces églises s'élevaient vers le ciel

' Étude sur le caractère et tes vicissitudes de la Réforme à Anvers.

' In 't selve jaer (4544), doen wirden t'Antwerpen veel menschen gevaDghen, ende veel ontliepen 't in Ingelant. Antw. Chron., 44.

^ Hops, reformation, bays and béer

Came into England ail in a year.

M. Kervyn de Lettenhove, VI, 248-249.

♦ « Telles furent les villes de Norwich, de Sandwich, de Colchester, de Southampton, de Maidstone, de Canterbury.

^ M. Kervyn de Lettenhove, 1. c.

^ Élude sur le caractère et les vicissitudes de la réforme à Anvers.

d'ardentes prièreà en faveur des victimes dont les souffrances venaient chaque jour frapper d'horreur les coreligionnaires, et bientôt ce ne sera plus seulement par des prières que se manifesteront leurs sympathies.

Les premières tentatives de résistance furent encouragées par le sentiment de réprobation que soulevaient partout l'iniquité des condamnations, l'atrocité des supplices d'hommes généralement estimés, victimes d'un absurde fanatisme et le plus souvent d'odieuses passions. Ce sentiment éclatait partout. A Oudenbourg, lorsque Jean Abbard fut condamné à être brûlé vif, les magistrats « ordonnèrent au bailli de faire guet, à cause que ledit Abbard avoit plusieurs adhérens et qu'il estudioit attraire à son intencion les habitans de la ville '. » Non moins dévoués à leur maître que ceux du seigneur de Bigard, les serviteurs de Jacques de Bourgogne chassèrent de son château de Falais et blessèrent le maïeur Claude de Bersacques, chargé d'en prendre possession; cet officier étant revenu accompagné de vingt sergents, fut repoussé avec perte, et il fallut que, par ordre de la régente, le prévôt Thierry de Herlaer lui amenât un nombreux corps de gardes à pied et h cheval^. Dans les villes, les exécutions « ne se commettoient plus qu'avec grand danger et péril de venir par là en quelque tumulte et à sang^. » A Louvain (1543)*, à Bruxelles (1S44)*,

• Compte de G. de Steelandt {n« U326), f« iiij v«. '' Compte de C. deBersacques (n» ^9667).

^ .1. DE Wesenbere, 28.

4 « A Louvain, peu sen failloit d'une ouverte esmotion quand l'on y print en leurs maisons à ung coup à 28 ou 30 tant hommes que femmes, et en brusla depuis quelques-ungs. » Ihid., 29.

* « Aussi a-t-on entendu à Bruxelles le grand murmure que y survint quand l'on exécuta Juste Jusbergh et Gilles Tilleman, pour ne vouloir adorer images. » Ibid., 29.

h Gand (1545)', à Bruges ^ à Tournai (1545) ^ à Mons (1549)*, à Malines et surtout à Anvers, fut « souvent Témotion quasi encommenchée pour tels massacres, mesmes nonoth stant que par leurs confrairies et autres gens armés les persécuteurs se fortifièrent ; toutefois se trouvèrent souvent en apparent danger de perdre' non-seulement leurs condamnés prisonniers, mais quant et quant leur vie ^. »

Un mandement du 25 avril 1 545 ayant rendu aux échevins de Gand « la connoissance et punition du crime de lèse-majesté divine®, » que leur avait enlevées Tédit de 1540, ils exposèrent à Charles-Quint que cette mesure les jetait dans « une grande perplexité.» — « De telles matières, dirent-ils, sont souventes fois très-scrupuleuses, aussi mêlées et participantes avec autres espèces de lèse-majesté, mesmement humaine, de sorte que celui qui a en son nom la connoissance de l'un, devroit bien avoir et retenir celle de l'autre. Y joint que les gens du conseil de Flandre sont gens lettrés et savans en droit divin et humain, qui plus dexlérement peuvent connoître et débattre lesdites matières, que ne sauroient le faire les supplians, gens laïques, se renouvelant d'an en an, et grandement occupés d'autres affaires de justice. » En conséquence

* « A Gand ne fut petite altération, quand par une aspre persécution furent entre beaucoup d'aultres mis à mort, Martin Huerbloch, Jehan le Bocq et Nicolas du Poel. » J. de Wesenbeke, 29.

* Ibid., 30. .

^ « n est notoir en quel hazard fut constitué Tournai, quant l'on y institua les aspres persécutions, soubz lesquelles furent exécutez M. Pierre Bruly, Pierre Mioce, Marie d'Adrian et plusieurs autres. » Ibid., 29.

* « Ceulx de Mons en Haynault se recordent encores du danger auquel se trouvèrent durant leurs grands inquisitions, soubs lesquelles soufifrirent M. Nicolas François, Augustin Barbier et sa femme. » Ibid., 29.

® Reg. sur le faict des hérésies, f® 538. — M. J. B. Cannaert, Bydragen, 545.

ils supplièrent l'empereur de les décharger de cette mission et de la laisser en entier au conseil de Flandre. Mais Charles-Quint rejeta leur demande : « Les supplians, répondit-il, pour le bien de la religion, ne doivent faire difficulté de prendre la connoissance des transgresseurs des placards publiés contre les sectes ; pour le service de Dieu et pour la tranquillité de la chose publique, ils doivent les poursuivre et exemplairement châtier. Là où ils trouveront les matières difficiles, il leur sera loisible de prendre avis du conseil de Flandre, à qui il est ordonné de les assister quand il en sera requis '. »

Une autre hérésie excitait, chez les gouvernants, plus d'alarmes encore : les anabaptistes leur inspiraient une véritable terreur. Leur piété, leur résignation au milieu des plus affreux supplices, leurs doctrines si chères aux classes infimes, les attiraient vers elles. Dès 1 525, ils s'étaient montrés k Anvers et à Louvain ^. Un de leurs chefs, Pierre Loey, maître couvreur, se rendit à Wittemberg, dans l'espoir de rallier Luther à leur cause ; le réformateur, à qui l'on peut reprocher d'avoir exaspéré ces sectaires au lieu d'éclaircir leurs doctrines et de purifier leur action, le rebuta durement ; et Pierre Loey, revenu en Belgique, fut brûlé vif à Anvers ^. Mais déjà la secte des frères du Baptême avait gagné toutes nos provinces; dans celles du nord elle comptait des milliers d'adeptes, obéissant à des chefs résolus, tels que Jean Mathis, qui se donnait pour Enoch, comme Tripmaaker de Strasbourg se faisait passer pour ÉUe, Jean Bokelszoon, Bernard Rotman, Bernard KnipperdoUing, Jacques de Campen et Jean de Geelen.

' M. J. B. Cannaert, 543, 5U. — » Ântiv. Chron., 26. ^ Ibid., 44. — Étude sur le caractère et les vicissitudes de la réforme a Anvers.

Aussi la prise de Munster sembla-t-elle à Marie de Hongrie la première étincelle d'un redoutable incendie. Elle ordonna « des prières, des oraisons, des processions hebdomadaires durant six semaines, avec prédications et sermons, pour ce que ceulx du quartier de Munster et de la secte des rabatitz se multiplioient de plus en plus \ » Puis, comme il importait de les ménager en ce moment, une ordonnance du 27 février JS34 « accorda grâce et pardon à tous les anabaptistes ou melchioristes de la Hollande qui confesseroient leur erreur dans le terme de vingt- quatre jours, à dater de sa publication ^. p Ceux qui profitèrent du bénéfice de cette ordonnance s'emprassèrent, paraît-il, de s'expatrier ou de rejoindre leurs coreligionnaires armés; car un placard du 31 mars suivant défendit « aux anabaptistes ou melchioristes repentans de bouger, d'un an, de leur dernière résidence, sans le consentement du gouverneur et du conseil de Frise ^. »

Ces ménagements cessèrent dès que Munster fut assiégé ; Marie de Hongrie ne se borna pas à envoyer à l'évêque de l'argent et des munitions ; elle proposa aux états généraux d'intervenir activement en sa faveur (12 juillet 1534). «Il faut à tout prix, dit-elle, empêcher les assiégés de se répandre en Allemagne et dans les Pays-Bas, il faut exterminer tous les membres de cette secte, plus abominable et détestable que les luthériens. Composée généralement de gens non lettrez, povres, mécaniques ou ayant vescu oyseusement, elle tend à mectre au néant, abolyr, destruyre, ruyner les églises, dignités et biens spirituelz ; à non tenir les saincts sacremens, cérémonies et commandemens de Dieu et de l'Église; à pren-

' Compte d'A. deBerghes (n« 45241 ), f» xxx vo. * Reg. Sur le faict des hérésies, f« 690.

' Inventaire d'ordonnances.

dre et à piller les joyaulx, casses et relicques et ornemeas, bulles et tiltres desdites églises, nobles, bourgeois, marehans et gens de métier ayant biens, propriétaires, et, en ce, à faire une masse pour, sur ce, distribuer à chacun en particulier son vivre et sustentacion, et ordonner places et maisons, où chacun se trouveroit par nombre de personnes pour prendre leurs réfections, comme se fait en ung couvent de religieuk mendians. » Elle réclama instamment le concours des états, ajoutant qu'il était d'autant plus urgent d'agir, «que lesdits de Munster avoient suscité plusieurs povres gens mécaniques, gens subtilz, gaignez d'esprits dyaboliques, qu'ils appeloient prophètes, lesquels faisoient preschemens et harenghes contre la sainte foy catholique, le tout à l'intention d'amener à leur secîte les subjectz qui étoient povres et du plus grand nombre des pays, ne vouloient cognoistre supérieurs, et faisoient et tâchoient de faire tous les biens communs ^ »

Si sombres que fussent les couleurs dont la régente chargea son tableau, elle ne convainquit pas les états. Les députés de Hollande refusèrent de s'associer aux mesures proposées pour l'extirpation des anabaptistes, en prétendant qu'on donnerait trop d'autorité au clergé. Ils promirent de punir quiconque prêcherait des nouveautés, de n'admettre dans la chaire que des personnes dont la doctrine et les mœurs auraient été scrupuleusement examinées, et de réprimer les injures de parti, ainsi que toute espèce de discussions sur les nouvelles croyances ^. Cette opposition et les dangers de la situation retardèrent la publication de l'édit préparé par la régente. Déjà en effet en Hollande, en Frise, dans l'Overyssel, il y

' M. Altmeter, Histoire des relations commercicUes, 303-306. — On voit que ridée des phalanstères n'est pas nouvelle. • JReg, Ad. Van der Goes.

avait eu des mouvements que le comte d'Hoogstraeteu avait étouffés dans le sang ^ Les principaux acteurs du grand drame de Munster appartenaient à ces provinces. Jean Mathis, le « prophète et gouverneur de la cité de Dieu, de la nouvelle Sion, » tué dans une sortie, avait eu pour successeur un autre Hollandais, le terrible Jean Bokelszoon, qui prit le titre de roi, et nomma bourgmestre son compatriote Knipperdolling. Ce fut de la Hollande, de la Frise, du Brabant, comme il l'avoua dans son interrogatoire, qu'il tira les plus grands secours; c'est de ces provinces qu'il espérait une diversion pour la délivrance de la ville assiégée ^ « Il attendait, disait-il, la gendarmerie de la Frise et de la Hollande, pour marcher à la conquête du monde et exterminer les rois en punition de leurs injustices ^. » Les tentatives réitérées des anabaptistes sur Amsterdam, Leyde, d'autres villes de la Hollande et de la Frise avaient une corrélation directe avec la défense de leurs frères de Munster.

Dans les provinces du centre, telles que le Brabant, où le danger était moins grand, les exécutions avaient suivi leur cours. Ainsi, le 4 mars 1534, un manœuvre et un armurier furent décapités à Anvers ; leurs corps furent brûlés, et leurs tètes, exposées sur des pieux *. Quelques jours après, on y noya quatre femmes, cousues dans des sacs ^. Puis, lorsque la trahison eut livré Munster aux assiégeants, les anabaptistes furent traqués partout avec l'ardeur qu'apportent les réactionnaires en raison de l'épouvante qu'ils ont éprouvée. Mais dans

* Discours précité de Marie de Hongrie, 1. c.

* Mémoires de Luther, II, 25, 29.

* Le Petit, L. VII, 101.

* Ânttv. Chron.y 35.

* Mars 1 534. « Wirden t'Antwerpen vier vrouwen verdroncken van heerdooperye weghen, elck in eenen sack gesteken. » Ihid., 36.

les provinces du nord il fallut prendre certaines précautions. En ordonnant au comte d'Hoogstraeten d'arrêter par la rigueur des châtiments Textension du mal, la régente eut soin de lui envoyer des renforts, pour surveiller les localités suspectes'. Ces mesures étant prises, elle publia Tédit qui avait soulevé la réprobation des états de Hollande. Cet édit (10 juin 153S) condamna au dernier supplice « tous les individus infectés de la secte réprouvée d'anabaptistes ou rebaptiseurs, de quelque état ou condition qu'ils fussent, ainsi que leurs adhérens et complices. » Les pertinaces, les propagateurs de la secte, ses prophètes, ses apôtres, ses évéques devaient être brûlés vifs. La seule concession faite au repentir était la faveur accordée aux hommes de périr par Fépée, aux femmes d'être enterrées vives. Était réputé complice et comme tel réservé aux mêmes supplices, quiconque ne dénonçait pas sur-le-champ les personnes qu'il savait atteintes d'anabaptisme ; en revanche, le dénonciateur recevait un tiers du produit de la confiscation. Il était interdit, sous peine de châtiment, d'intercéder en faveur de ces malheureux, à qui il ne pouvait être accordé, dans aucun cas, ni grâce, ni commutation de peine ^.

Les dispositions de cet édit furent fréquemment rappelées, avec injonction sévère « d'appréhender et faire appréhender à bonne diligence tous ceux et celles soy disans anabaptistes ou rebatiseurs et aultres tenant secte réprouvée ^. » Des milliers de malheureux périrent dans les flammes, dans les eaux ou enfouis vivants dans le sein de la terre. La plupart des villes de la Belgique , Malines , Gand , Bruges , Bois-le-

' Lettre des 27 et 28 mai 4635. Correspondenz, II, 180. ' Plac. de Flandre, 1, 448.

^Compte d'Antoine de Berghes (n® 4S242), f<» xxx. — Inventaire d'ordonnances, L c.

Duc, Anvers surtout, fournirent leur contingent de victimes au minotaure de Fintolérance \ Le moindre soupçon entraînait

' « D'avoir exécuté par le feu ung uommé Bruyne, natif de Couloingne, anabaptiste. » Compte de J. Van den Daele, de i538, f*»xj. — « D'avoir exécuté par le feu ung Mathieu, natif de Liège, anabaptiste. » Ihid., [° xj vo. — « Aiant aussi exécuté par le feu Henry Scroemaekers, anabaptiste. » Ibid. — « Pour avoir noyé par justice ungne femme héréticque et anabaptiste nommée Adrienne Hermans. — Aiant aussy noyé par justice ungne femme héréticque et anabaptiste nommée Achte Hermans. — De douze aulnes de canevas, dont furent faictz deux sacqz, èsquelz furent noyées deux femmes anabaptistes, savoir : Adrienne et Achte Hermans. » Ihid. — « D'avoir miz au dernier supplice et exécuté par le feu ung Jehan Gewyets, anabaptiste. — Pour avoir mis au dernier supplice et exécuté par le feu ung nommé Rombault de Rymenam, anabaptiste. — Pour avoir mis au dernier supplice et exécuté par le feu ung Corneille Muyskens, anabaptiste. — Pour avoir miz au dernier supplice et exécuté par le feu Rombault Zuetens , alias Papeete, anabaptiste. — Pour avoir mis au dernier supplice et exécuté par le feu Pierre de Beringe, alias Baten, anabaptiste. » Compte d'A. Van der Aa, de 4543, f» v j **>. — « Pour avoir miz dedans ung sacq et noyé, une femme nommée Anne Verleyen, anabaptiste. » /feid., f« vij. — Voir le Compte de L, de Ghistelles, f«» xxv et xxx.

A l'officier criminel, pour avoir justicié par le feu Laurence femme de Gaultier Heyne, comme héréticque et anabaptiste, et fust icelle bruslée à une estache au bourg, iij livres ; pour de la poudre de canon que l'on bouta au sein delà patiente, xij sols; pour chaînes, fers, cordes, estaches et autres choses, iiij livres; pour du bois, fagotz et fasseaulx, iiij livres; pour une carrette d'estrain, xxxvj sols; pour ung chariot pour mener le corps soubz le gibet pour illec estre en terre, xij sols; pour pareille justice faire de la personne de Ena, vefve de Guerard Listinc, aussi hereticq et anabaptiste, laquelle justice fut faicte en la forme et manière ^omme de la personne de Laurence Heyne. — Pour pareille justice faire des personnes de Cornille, femme de Adrien Adrienszon; Adrienne, femme de Carie de Vos; et Josyne, vefve de Jacques Vandermose, touttes trois héréticques et anabaptistes lesquelles furent toutes distinctement pugnies par le feu en la manière susdite. — Pour avoir justicié par la fosse, Marguerite, femme de Jehan Ynghels, auparavant hérétique et ana baptiste, mais depuis qu'elle estoit es prisons convertie, par quoy elle fut condempnée d'estre enfouye vive. — Pour avoir fait pareille justice de la personne de Magdaleine, fille de Guillaume de Vos, aus.si anabaptiste, et depuis son emprisonnement convertye. » Compte de J. Despars (n« 43784), de 4537-1539, f»»xvij voetxviij.

En 4538, on brûla à Bois-le-Duc 47 anabaptistes, hommes et femmes, que

iiOD -seulement les rigueurs de remprisounement , mais les plus affreuses tortures. La ville de Courtrai en offrit un exemple navrant.

l'on avait d*abord bâillonnés, pour les empêcher de parler. « Men hadt hun een touw met knopen in den mond gestoken, op dat zy niet zouden kunnen spreken ; allen ondergingen den dood geduldig, lydzaam en blyde. » Steph. Hanne-

WINKEL, ^78.

Van Jheronimo de droochscheerdere , van by Dolen geboren zynde, een van den principaelen herdoopers die welcke onthalft is ende voirst verbrant. — Van Godevaerde Holaert, metsers van Mecbelen, die een van den herdoopers is geweest, ende onthalft ende voirs. verbrant. » Compte de G. Van den Werve ( n» 42905), de 4534, fo ij *<>. — « Van Dyne Jaœps, die herdoopt was is in't Scelt verdroncken geweest in eenen sack. — Van Cornelia Sclericx, die herdoopt is geweest ende in't Schelt verdroncken in eenen sack. — Van Barbelen Peters, van Gheldorp, die oick herdoopt was ende in Schelt verdroncken is geweest. « îhid., f® iij. — u Van Peeteren Van Hese, van dat hy conversacie gehadt badde metteu herdoopers ende lutherianen, den selven daerom uiten marckgraefifscape gebannen ende te doen een pelgrinagie tôt Nicosyen in Gypers op zyn handt. » f® v v». — * Van de huysvrouwe van Janne de Cock, die welcke herdoopt was, maer met kinde zeer zwaer begordt, soo heeft de scouthet haer geconsenteert in haer huys te bliven tôt dat zy daer afif verlosl soude wesen op te borch tochte van ij « carolus gulden eens by haer gestelt. om als dan wederomme in handen Scouthet te comen, ende gemerct dat zy in haer kinderbede secretel wech geloopen is, ende meer sculden dan goedts achtergelaten hadde. « f« vj. — i Item, gegeven van vij boomen, vij raderen, vier kethenen, ende twee schavotten, ende anderssins, stroo, bernhout ende poedere, tsamen mits datter twee herdoopers tôt pulvere verbrant ende heur hoofden op staken gestelt zyn, ende drye vrouwen metsacken in't Schelt verdroncken zyn. » Ibid.y f« xij ?». — « Van Joose Balen, satynwerckere, vat dat hy een van den principalen herdoopers geweest hadde, ende metten zweerde geexecuteert ende voirts tôt pulvere verbrant, ende zyn hoof op een staeck geset. » Ihid., de 4334-4536, f« j ^". — « Van Margrietten Diegge, alias Hoibas die welcke herdoopt ende in een sack in't Schelt verdroncken is geweest. » Ibid., f" ij. — « Den voirschreve Scouthet, die welcke gereyst is tôt Amstelredame ome te vernemen naeden herdoopers, ende dat uyt crachte van zekeren verclaren gedaen by Joose de sattynwerckere, die oick herdoopt ende verbrant is geweest. » Ibid.y f«» xiiij. — « Van Lambrechte Linthermans, WuUenwene, ende Loys de Clerck, die mits hueren heerdoopsele verbrant zyn geweest. » Ibid. y de 4536-4537, f« ij *». — « Van Jacoppe Van Middeldonck, die oick midis den herdoopsele geexecutteerl metten zweerde is geweest. — Van Dierick

LA RÉFORAIË. - MARTYROLOGES. 91

Au mois d'août 1538, les échevins de Menin arrêtèrent, en vertu d un mandat du conseil de Flandre, deux Gourtraisiens, Pierre Van der Helst et Gauthier Gourtin , soupçonnés d'être

Vanderhagen, dis oick herdoopt was ende verbrant is geweest. — Van Janne de Hane, die oick herdoopt was en verbrant is geweest. » f*» iij. — « Van bruederen Janne Specke, predickeere van Groeningen, die oick herdoopt was ende verbrant is geweest. — Van Janne Smekens, van Tricht, die oick herdoopt is geweest ende verbrant. »> f*> iij ▼*». — « Item, gegeven van xxv boomen xij raderen ende x schavotten, stroo, bernhout, x ketenen, buspoeder, ende anders, tsamen mits datse hérdoopers al tôt pulvere verbrant zyn. » f» xvij. — Van Hansken Fruberck, die herdoopt is geweest ende verbrant. — Van Geerde van Grolle, van dat hy herdoopt was, verbrant is geweest. » Ibid., de 4537- 4538, f« jj *« — « Van der wedeven wylen Thomase, de schrynwerckere, de welcke mits herdoeperyen gejusticieert is geweest. » Ibid., de 4538-4539, ^ ij.

— « Van Hanse de Potberkere, van Sherlogenbossche, die herdoopt was, en verbrant ende t'hoof op eenen staeck geset is geweest. » f*» iij.

4647. €» Van Janne Plaetmans, passementwercker, vuyten lande van Luydich, die overmidts dyen hy bevond is en bekent hadde herdoopt te zyne, alhier metten brande justicien gebracht is geweest. — Van Henrich Van Myerick, cleermaeker, die overmidts zyne quade secte en herdoopt zyn alhier metten voorschreve Janne Plaetmans, metten brande ter justicie gebracht is geweest.

— Van Bernaert Janssens, oick metten voirschreve Janne Plaetmans en Henrich Van Myerick. ter causen van herdoopt te zyn, metten brande geexecuteerf .

— Item, ontfangen van d'overschotepenn. gecomen vandit vercochten huysraet van Geeraert Rogge wonende in Borgerhout, die ter causen van dat hy metten .lan Plaetmans en zyn medegesellen befaemt was herdoopt te zyn, en nae hun apprehensie vluchtich is geweest. — Van d'overschote penninge van den vercochten huysraet van Janne Pennewaerts, cleermaeker, vercocht alhier t'Antwerpen, ter causen van dat hy befaemt zyn metten voirschreve Janne Plaetmans, met zyn consorteu herdoopt, te zyn gevlucht. » Autre compte du même écoutète (no 49669), f^» ij ▼« et iij.

Den 49 mey (4537), doen wirden lot Antwerpen vier heerdoopers ten juslitien gebracht, waer afF de dry gebrant wierden, maer den vierden wirdt onthooft. Antw. Chron.y 38.— Den 26 mey, doen wirden noch twee andere heerdoopers levendich elck aen eenen staeck verbrant. Ibid. — En 4560, un anabaptiste, boulanger de Gand, fut brûlé à Anvers ; comme il montait sur le bûcher un jeune garçon vint l'embrasser et lui recommander de rester ferme jusqu'au bout. Arrêté aussitôt, celui-ci fut brûlé à son tour quelques jours après, sans vouloir se rétracter. Ibid,, 48. — Voir le volumineux martyrologe des anabaptistes publié par Tileman Van Bragt, sous le titre : Het bloedig

9â RÉGNE DE GHARLES-QUINT EN BELGIQUE^

anabaptistes; en leur qualité de bourgeois de Gourtrai, ils furent transférés dans la prison de cette dernière ville. L'inculpation contre le premier était fondée sur quelques mots écrits dans un livret ayant appartenu à un anabaptiste, Nicolas Dubellier , qui avait été exécuté à Gand et les lui avait attribués; à deux reprises, sa maison fut fouillée de fond en comble, « afin d'y chercher livres ou écritures pour comparer avec ladite apostille. » Pendant l'information, le procureur général reçut des dénonciations contre d'autres personnes de Courtrai, « infectées, disait-on, de ladite secte, » et l'on arrêta une foule d'habitants. Tous, ainsi que Van der Helst et Courtin, furent appliqués à la question, bien que les échevins « trouvassent plusieurs difficultés pour seurement besoigner en ceste affaire. » Les tortures ne leur arrachèrent aucun aveu, et, à défaut de chaînes, la persécution dut lâcher sa proie! G était un échec qu'elle avait hâte de réparer, et la délation se remit aussitôt en campagne, surexcitée par l'appât des récompenses. Elle imputa alors à un autre bourgeois, Jean de Gracht, d'avoir logé des personnes suspectes d'anabaptisme et soutenu « diverses opinions contraires aux ordonnances de l'Église. » Jeté sur-le-champ en prison, il fut soumis deux fois a à l'examen rigoureux ; » une fois à la Vierschare , par ordre des échevins; une seconde fois, dans une tour de la ville, par ordre du procureur général. On emprisonna en même temps une femme, Josine de Geule, accusée par l'hôtesse

tooneel of martelaars spieyeî der doops gesinde, i vol. in-f». ~ Ce livre a eu plusieurs éditions dans la seconde moitié du xvii" siècle.

Le nombre de victimes fut plus considérable encore dans les provinces du nord. A Amsterdam, le 6 mars 4535, douze femmes, et, le 45 mai suivant, seize furent cousues dans des sacs et précipitées dans IT du haut de la tour dite Kruisloren: d'autres furent submergées dans des tonnes d'eau placées sur léchafaud, M. J. B. Cannaert, Bydragen, etc.

d'une taverne située sur le chemin de Gand, « d'avoir proféré plusieurs opinions erroneuses et hérétiques. » Mais cette fois encore les charges manquèrent, et après leur avoir fait subir une longue détention, on dut relâcher ces prisonniers ; en revanche , on appréhenda un nommé Michel Van den Broucke , sur l'accusation, devenue banale tant elle était fréquente, « d'avoir soutenu des opinions contraires à la foi catholique. » Celui-ci avait déjà été puni de ce chef, et, à défaut de motifs suffisants pour le livrer au supplice, cette circonstance servit de prétexte pour lui imposer une amende honorable. Désespérés de manquer ainsi l'occasion d'auto-da-fé qui témoignassent de leur zèle, les magistrats députèrent alors vers le magistrat de Bruges, pour s'enquérir si des femmes anabaptistes récemment exécutées dans cette ville, n'avaient chaîné aucune personne de Courtrai, et ils demandèrent à la cour spirituelle de Tournai , occupée à juger une jeune fille nommée Sinken De Gherste, si l'inculpée n'avait révélé aucun fait de nature à leur signaler des suspects '.

Cette fièvre de persécutions régnait partout, et Marie de Hongrie alla jusqu'à réprimander la chambre impériale de Spire de ce que l'anabaptisme avait été traité avec trop de condescendance à Maestricht : « Habitués à rendre la justice au riche comme au pauvre , lui répondirent les membres de cette haute cour, nous n'obéissons qu'aux inspirations de notre conscience, et aux règles de notre devoir. Aucune menace ne nous intimidera , et nous espérons qu'à l'avenir on nous épargnera de pareilles attaques et réprimandes ^ » L'ambassadeur vénitien Bernard Navagero rapporte, en 1S46, que

• Compte de L. de Ghistelles (n» 43822), de 4537-1539, f«» xxv-xxx. — Voir le môme compte au f» x ▼«.

' M. Altmeyer, Histoire des relalions commerciales, 417, note 2.

n RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

plus de 30,000 individus infectés d'anabaptisme avaient déjà été exécutés alors dans les Pays-Bas, par autorité de justice '.

Ainsi que la réforme, Fanabaptisme résista aux efforts des bourreaux. En décembre 1337, des anabaptistes qui s'enfuyaient en France, furent atteints, près du Quesnoy, par le capitaine Antoine de Landas, et engagèrent avec ses gens une lutte sanglante ^ Dans le même temps , le frison Simonis Mennon, ancien prêtre catholique, rassemblait les anabaptistes dispersés après la prise de Munster et les organisait en société. Substituant une doctrine positive au vague de leurs premières croyances, il constitua cette communauté qui, sous le nom de Doops-gezinden, amis du baptême, ou de Mennonites , compte encore aujourd'hui plus de deux cents églises dans le royaume des Pays-Bas. David George ou Jooris, peintre sur verre à Delft, qui succéda, en 1 340, au prophète Melchior Hoffman, se prétendit appelé par une révélation divine à régénérer l'église, et ses écrits pleins de chaleur, de force, de poésie ^, en le faisant considérer comme un nouveau Messie, réveillèrent les espérances des proscrits et doublèrent les forces des martyrs *.

Une guerre à mort était engagée, et Charles -Quint jugea que la moindre concession livrerait ses barrages à des flots furieux. Il n'était pas homme, du reste, à céder à des considérations d'humanité quand son autorité était en jeu ; et avant de quitter les Pays-Bas, il avait décrété une série de mesures dénotant ses inflexibles volontés. Une ordonnance du

• Monuments de la diplomatie vénitienne,!, c , 404.

' Compte de la recette générale.

^ Voir son livre des Sept Merveilles, publié en 4542.

^ Ëdit du 34 août 4544, « touchant la prise des complices et adhérens des sectaires de David Jooriszoon, estant au quartier de Groningue. » Inventaire d'ordonnances.

20 ûovembre 1549 réglementa la conûscation des biens des condamnés pour crime de lèse-majesté divine et humaine, et, au mépris des lois constitutionnelles, interdit aux parents de les racheter. « Plusieurs confiscations de flefs, terres, seigneuries et autres héritages , biens et revenus , dit Charles-Quint dans cet acte, m'ayant été adjugées par des arrêts rendus en cause de crimes de lèse- majesté divine et humaine, et de contravention aux édits contre les luthériens et les sectaires , quelc[ues-uns de ces biens, tenus et mouvans en fief de

seigneurs particuliers, ont été réclamés par eux. D'un autre côté, des villes et des pays ont contesté la légalité de ces confiscations, contraires à leurs privilèges. Enfin, pour acquitter les dettes des condamnés et pour purger leurs biens d'hypothèques, il est souvent nécessaire de les vendre, et les héritiers des condamnés sollicitent fréquemment la restitution de ces biens en tout ou en partie. Afin de prévenir toute contestation à ce sujet, de l'avis des cours souveraines, des conseils provinciaux et des conseils collatéraux , nous avons arrêté et arrêtons : Les biens, tant féodaux qu'allodiaux, des coupables de délits entraînant la confiscation, seront dévolus au souverain, à qui incombent la conservation de la foi catholique ainsi que les frais de l'inquisition et des mises de justice. Pour que cette disposition ne porte point atteinte au droit féodal des seigneurs particuliers , il sera substitué un autre vassal au vassal condamné, soit que l'empereur vende ou donne le bien, soit que, le gardant et ne pouvant être le vassal d'un de ses propres vassaux, il en constitue un qui fasse pour lui le relief et prenne la position du vassal condamné. Quand un individu condamné par l'inquisiteur ou par tout autre juge ecclésiastique, persistera dans son hérésie, ses biens et ses fiefs reviendront à l'empereur, s'il les tient du

souverain , ou au seigneur particulier de qui il les tient. Si rhérétique est condamné par des juges séculiers, les biens tenus des seigneurs seront partagés par moitié entre eux et le souverain, attendu que, dans ce cas, le condamné aura contrevenu aux ordonnances de Fempereur. En cas de lèsemajesté humaine, la confiscation sera adjugée au souverain offensé et blessé , avec réserve toutefois des droits des seigneurs féodaux, qui seront conservés de la manière préindiquée. Tous les privilèges, usages et coutumes prétendument contraires à ces dispositions ne prévaudront point contre leur exécution \ »

Un édit du 13 avril 1S50 défendit, sous peine de mort et de confiscation des biens, d'acheter, de lire ou de conserver les ouvrages de Luther, de Zwingle, d*OEcolampade, de Calvin et de leurs adhérents ; de discuter publiquement ou en particulier le texte des saintes écritures; de posséder aucun tableau ou estampe caricaturant la Vierge ou les saints. Pour mieux atteindre les délinquants, la délation était encouragée par la promesse d'une large part dans les dépouilles des condamnés ^. Sur l'avis de l'université de Louvain, on publia un catalogue des livres défendus, préliminaire du fameux index expurgatoire du duc d'Albe ^. Un second édit du 28 avril déclara les hérétiques inhabiles à disposer de leurs biens, depuis le jour où ils étaient tombés dans l'erreur. Comme celui de 1 535 , il supprima même la pitié : demander grâce pour des hérétiques considérés comme per-

' Êdits de Luxembourg.

' Plac, de Flandre, 1, 457.

^ Ce catalogue, en français et en flamand, fut imprimé à Louvain en 4550 chez Servais Van Sassen, qui avait le monopole de ces publications. Les deux catalogues se trouvent à la bibliothèque royale, n«» 22780 et 22784 de la bibl Van Hullhem. — Plac. de Flandre, 1, 445 et suiv.

turbâteurs du repos public, c'était devenir leur complice. Les peines établies contre eux étaient applicables à quiconque les accueillerait, les logerait ou ne les dénoncerait pas. Les parents des condamnés furent itérativement exclus du droit de racheter leurs biens, et, sans tenir compte des suites qu'une semblable mesure devait produire, il fut défendu d'accorder l'entrée des villes aux étrangers non munis de certificats de leurs curés \

Enfin, un troisième édit du 31 mai suivant compléta l'œuvre et établit, sans plus dissimuler, l'inquisition. Jusqu'alors, reconnaissant la difficulté d'introduire ce tribunal aux mystérieuses procédures, on avait tenu secrètes les instructions de 1 546, et elles étaient connues de peu de monde ^. Mais cette fois on jeta le masque; enivré de ses succès en Allemagne, Charles-Quint se crut assez fort pour tout oser.

Les instructions de 1546 sont renouvelées avec quelques légères modifications qui avaient été réclamées par les inqui-

» Plac. de Flandre, I, ibl-MO. — Ce recueil donne à cet édit la date du 29 avril, mais la copie insérée dans le registre intitulé : Sur le faict des hérésies, et formé de pièces rassemblées par Viglius, porte le 28. L'observation en a été faite par M. Gachard, dans son Rapport à M. le ministre de l intérieur sur les Archives de Simancas.

• Aussi tous les historiens ont-ils rapporté à l'éditdu 34 mai 4550, l'établissement de rinquisition. — « Il est bien vray que depuis Ton s'est aperceu qu'on avoit tâché d'y introduire le mesme moien (l'inquisition) dès plusieurs ans encha, et que les ecclésiastiques avoient de ce impétré povoir et charge, nonseulement des papes de Rome, mais aussi des princes et gouvernantes du^ys, par diverses fois comme es années i 524 , 4 525, 4529, 4 537, 4 540, 4 545 et autres (par les commissions et instructions des inquisiteurs), mais comme ne l'avoient seu ni osé mettre en œuvre, ne se déclarer publiquement pour telz, n'en avoit esté guère de murmure parmy le peuple, sauf auprès de ceux qui en avoient ouy quelque chose, et aussi auprez des entenduz qui craindoient et avoient toujours quelque arrière pensée, qu'on voudroit aussi quelque jour en iceux pais practiquer et imiter l'exemple des aultres pais èsquels le même moyen s'estoit mis en œuvre. » J. de Wesenbeke, 36.

siteurs \ permettant d'incarcérer les ecclésiastiques dans les prisons du conseil provincial ou dans celles de Tévêque diocésain, conférant au conseil provincial ou au juge local, « ledit conseil préalablement averti, » le pouvoir d'exécuter les sentences de dégradation prononcées par les juges de la foi, leur accordant la faculté, pour les sentences à rendre contre les laïques suspects d'hérésie, de prendre l'avis d'un conseiller de l'empereur « ou bien de quelque homme expert, à nommer par le conseil provincial. » Mais toutes les autres dispositions sont maintenues.

Des inquisiteurs ont mission de parcourir le pays en tous sens, pour découvrir des coupables et entendre des témoins. Ils ont le pouvoir de citer devant eux, même les magistrats et les ecclésiastiques, qui sont tenus, sous peine de complicité, de leur signaler les personnes suspectes d'hérésie. L'autorité de cette nouvelle juridiction est étendue à toutes les classes de la société, et il est prescrit aux gouverneurs et aux officiers de lui prêter main-forte. De pressantes recommandations sont adressées aux évéques, aux abbés, à toutes les personnes constituées en dignité pour l'examen scrupuleux des croyances de leurs subordonnés. Si les dénonciations restent toujours prescrites et encouragées, il est cependant stipulé, en présence des déplorables abus qu'elles ont engendrés, que toute fausse délation sera punie comme calomnie, que toute dénonciation anonyme sera nulle. Enfin, pour pallier cette exorbitante infraction aux privilèges, les juges de l'empereur et, dans certains cas, les conseils provinciaux sont appelés à concourir aux sentences ^.

' Voir la remontrance de Ruward Tapper et de Michel Druitius, du 22 novembre 4549. Reg. Sur le faictdes hérésies.

* Plac. de Brabant, I, 35.

Appuyés ainsi par le gouvernement, surexcités par une bulle du pape les exhortant à remplir exactement les fonctions de leur terrible ministère \ les inquisiteurs poussèrent jusqu'au paroxysme la fureur de la persécution ^. Le pays entier était plongé dans la terreur, et bientôt les oppositions légales préludèrent à la résistance. L'édit du 28 avril mentionnant différentes fois finquisition, le souverain conseil de Brabant qui , dès l'origine, avait repoussé la juridiction des inquisiteurs, refusa de sceller cet acte; il fallut que, par un ordre arbitraire, Marie de Hongrie obligeât le chancelier d'y faire apposer le sceau ^. A Anvers déjà « le marchand faisoit ses apprests pour se retirer, surséoit son train, n'achetoit plus de denrées, n'en expédioit, n'en faisoit venir ; le commerce tendoit à diminuer, le prix des maisons s'en alloit, le commun bourgeois se trouvoit sans ouvrage et argent, de sorte que l'apparente ruine de la ville se voyoil à l'œil *, » quand Marie de Hongrie pressa son frère de modifier cet édit, pour prévenir cette funeste et inévitable conséquence. Il lui répondit, le 29 juillet, qu'il consentait à ce qu'on n'exigeât pas des marchands étrangers des certificats des curés; mais ils devaient « jurer de vivre catholiquement et sans scandale , et s'ils y faisoient faute , il falloit les châtier selon leurs démérites ^ »

Dans un mémoire signé par tous les membres de la commune, ainsi que par un grand nombre de notables et de marchands, le magistrat exposa à Marie de Hongrie les déplo-

' Répert. des Plac. de Holltinde, 64.

' Wagenaar.

' M. Gachard, Rapport précité.

4 J. DE Wesenbbke, 38.

* Reg. Sur le faict des hérésies, f» 386.

rables effets des nouveaux édits; il invoqua contre rétablissement de l'inquisition les privilèges du pays, les franchises de la cité s'accordant d'ailleurs avec des raisons d'humanité et d'intérêt public ^ Des députés vinrent présenter solennellement ce mémoire à la princesse, et, par l'oi^ane du pensioimaire Jacques Macs , ils lui démontrèrent qu'au seul nom d'inquisition, les étrangers n'osaient plus aborder en leur ville; que les négociants se disposaient à la quitter; qu'il n'était plus question de vente, d'achat, ni de traité ; que les artisans manquaient d'ouvrage; que les manufactures étaient désertes et la circulation de l'aident arrêtée ; que le peuple serait bientôt poussé au désespoir et qu'en étendant la persécution jusque sur les étrangers, on ruinerait le pays où ils se voyaient exposés aux supplices sur le moindre soupçon, où il n'était plus permis de se rendre qu'avec des attestations de catholicité ^.

Cette démarche eut un grand retentissement dans les autres cités brabançonnes; leurs magistrats, à l'exemple de ceux d'Anvers, refusèrent de publier le nouvel édit ^ et le conseil de Brabant fut chargé, simultanément avec Viglius, d'examiner la réclamation des Anversois. Le conseil inclina en leur faveur'; mais Viglius, désireux sans doute de complaire à son maître, estima au contraire qu'on avait tort de dépeindre sous des couleurs si noires ut\ tribunal respectable et nécessaire pour la défense de la religion. « Les princes chrétiens, dit-il, ont été autorisés, de tout temps, à conserver le dépôt de la foi et les lois canoniques ; l'empereur est donc dans son droit. Du reste, la rigueur contre laquelle on se récrie tant,

' Voir J. DE Wesenbeke.

» G. Brandt, I. c, 1, 460. — J. DE Wesenbeke. — Le Petit.

' J. DE Wesenbeke.

ne s'applique qu'aux anabaptistes et aux sacramentaires. Jamais il n'est entré dans les intentions de ce prince de gêner le commerce, ni de scruter la conscience des étrangers; seulement il prétend veiller au salut de ses sujets, et, à cet effet, il lui importe de connaître les personnes qui viennent s'établir dans ses états; sinon ce serait ouvrir les portes à l'erreur et favoriser l'hérésie, dont les progrès ne sont que trop rapides \ » Cette réponse attira Fanimadversion publique sur Viglius, considéré déjà comme le rédacteur des derniers édits. Il prétendit pourtant « qu'ayant toujours craint l'effet des moyens violents, il avait fortement insisté pour faire diminuer les supplices et établir une distinction entre les sectaires ; mais que son opinion n'avait pas prévalu et que l'on avait résolu de sévir contre l'hérésie en général, pour en inspirer plus d'horreur. Au surplus, ajoutait-il, on a tort de pousser tant de clameurs au sujet d'édits qui en réalité ne sont que le renouvellement des anciennes ordonnances. D'ailleurs le coup est porté, et nul n'ignore le danger d'engager un souverain à reculer. S'il eût été désirable que l'empereur consultât les villes préalablement à la publication de cet édit, maintenant il faut se borner à enjoindre aux inquisiteurs de se conduire avec modération et sagesse ^. » L'homme qui parlait de la sorte, et qui avait probablement rédigé ces farouches édits, fut accusé « d'avoir été, dès sa jeunesse, grandement suspect d'hérésie, principalement de celle de Martin Luther, d'avoir été réputé pour tel, non-seulement aux Pays-Bas, mais en France, en Italie, en Allemagne, et de l'être encore; de n'avoir hanté que des hérétiques et de les avoir favorisés ^. »

• ViGLii, Epist. sélect, n» cxlviii, 348.

• Ibid. et n« cxlix, 354.

' Information faite en 4564, précitée.

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